VIII. — Système du nord de l'Angleterre
Je passe maintenant au Système du nord de l'Angleterre, qui a pris naissance immédiatement après le dépôt du terrain houiller auquel le Système du Forez était antérieur.
L'existence du Système du nord de l'An'
(1) Keyserling, Reintin dut Pettcnara-Land, p. 663.
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gleterre a été reconnue, pour la première
fois, par M. le professeur Sedgwick, en 1831. Ce savant géologue en a trouvé le type dans la grande chaîne pennine. Nous avons vu que le Système du Forez avait produit de nombreux accidents, encore reconnaissables aujourd'hui dans l'espace occupé par cette chaîne; nnais ces accidents ont probablement été amplifiés lors de la formation du Système du nord de l'Angleterre, et leur existence ne détruit pas l'exactitude des conclusions de M. le professeur Sedgwick, dont je crois devoir conserver ici le résumé tel que je l'avais consigné, en 1833, dans le Manuel géologique de M. de La Bècbe, pag. 630, avant iju'on n'eût songé à •'occuper du Système du Forez.
Depuis la latitude de Derby jusqu'aux frontières de l'Ecosse, ie sol de l'Angleterre se trouve partagé par un axe montagneux qui , pris dans son ensemble, court presque exactement du S. au N., en s'écartant seulement un peu vers le N.-N.-O. Dans cette chiiine qui, étant formée entièrement par des couches de la série carbonifère, est aujourd'hui nommée la grande chaîne carbonifère du nord de l'Angleterre , les forces soulevantes semblent, en prenant la diose dans son ensemble, avoir agi (non toutefois sans des déviations considérables ) suivant des lignes dirigées à peu près du S. 5° E. au N. o" 0. Ces forces soulevantes ont produit de grandes failles, dont l'une forme le bord occidental de la chaîne dans le Peak du Derbyshire. Elle est prolongée par une ligne anticlinale dans les montagnes appelées Western Moors du Yorkshire, et, a partir de là, l'escarpement occidental de la chaîne est accompagné par d'énormes fractures , depuis le centre du Craven jusqu'au pied du Stainmoor. Une autre fracture très considérable, passant au pied de l'escarpement occidental du chaînon du Gross-Fell , rencontre sous un angle obtus, près du pied du Stainmoor , la grande faille du Craven.
Cette dernière faille explique immédiatement la position isolée des montagnes du district des Lacs.
M. le professeur Sedgwick prouve directement, dans le mémoire qu'il a consacré à la structure de cette chaîne, que toutes les fractures ci -dessus mentionnées ont été produites iminédiatcmeut avaat la forma-
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tlon des conglomérats du nouveau grès rouge {Rothe todte liegende), et il présenie les plus fortes raisons pour penser qu'elles ont été occasionnées par une action à la fois vio. lente et de courte durée; car on passe sans intermédiaire des masses inclinées et rompues aux conglomérats qui s'étendent sur elles horizontalement, et il n'y a aucune trace qui puisse indiquer un p.issnge lent d'un ordre de choses à l'autre. Enfin M. le professeur Sedgwick , recherchant quelle pourrait être l'origine des phénomènes décrits, indique les différentes roches cristallines qui se montrent en contact avec les roches de la série carbonifère (le Toadslone du Derbyshire et le Whinslone du Cuniberland ).
L'élévation de la chaîne du nord de l'Angleterre n'a probablement pas été un phénomène isolé ; mais si l'on jette un coup d'œil sur la carte géologique de l'Angleterre par M. Greenough , sur celle jointe au Mémoire de MM. Buckland et Conybeare sur les environs de Bristol, et sur la carte géologique de la région silurienne par sir Koderick Murchison , on est naturellement conduit à remarquer qu'une partie des roches éruptives , qui percent et qui disloquent les dépôts houillers de Shrewsbury, de Coalbrook-Dale, de Dudley, du Lower- Lickey, et celles qui forment l'axe des Malvern Hills , paraissent liées à une série de dislocations qui, courant presque du nord au sud , se prolonge, à travers les couches de transition récentes et les couches de la série carbonifère , jusqu'aux environs de Bristol.
La côte, dirigée presque du nord au sud, qui forme la limite occidentale du département de la Manche, et différentes lignes de fracture , dirigées de niêriie dans le setis du méridien que présente le Bocage de la Normandie, doivent aussi probablement leur origine première à des dislocations de la même catégorie que celles de la grande chaîne carbonifère du nord de l'Angleten e.
Peut-être aussi des traces du même phénomène pourraient-elles être reconnues dans le massif central de la France ( chaîne de Pierre- sur-Haute, chaîne de Tarare ), dans les montagnes des Maures (département du Var ), et dans les montagnes primitives de la Corse.
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La direction N. 5° 0. de la chaîne du non! de l'Angleterre peut être censée rapportée aux environs de Midilleham et de Leyhiirn dans le Yoredale (Yorkshire) , iat. 54° 15' N., long. 4" 13' à l'O. de Paris. Cette direction transportée à Saint-Étienne (département de la Loire), Iat. 45"26' 9"N., long. 2» 3' 20" E. de Paris , devient N. 0° 10' 0., c'est-à-dire très sensiblement N. S. Or, on peut voir sur la carte géologique de la France qu'il existe dans la chaîne de Tarare des lignes de masses porphyriques, dirigée» du nord au sud. L'une de ces lignes passe à Thisy, et son prolongement méridional rencontre l'extrémité occidentale du terrain houiller de Saint Etienne, où elle influe probablement sur la tendance particulière que les couches de houille des environs de Roche-la-Molière ont à se rapprocher de la direction N. S. Ces éruptions porphyriques étant d'ailleurs bien évidemment antérieures au terrain jurassique, on est assez naturellement conduit à les rapporter au Système du nord de l'Angleterre, et c'est, en effet, l'âge que M. Dufrénoy leur a assigné (1).
Parmi les directions de couches que j'ai relevées dans les montagnes des Maures (département du Var) , il en est un groupe assez bien déterminé dont la moyenne est N.-S. Les dislocations auxquelles elles se rapportent m'ont paru affecter le petit lambeau de terrain houiller du plan de la Tour. Cette circonstance jointe à leur direction m'a conduit à les rapporter au Système du nord de l'Angleterre (2). La direction de ce Système transportée à Saint- Tropez, Iat. 43'' 16' 27" N., long. 4° 18' 29" E. de Paris, devient, en ayant égard à l'excès sphérique calculé comme si l'arc de grand cercle mené dans le Yoredale au N. 5° 0. était le grand cercle de comparaison du Système, N. 0° 59' E., la différence est de 59'.
M. Coquand , pendant son voyage dans l'empire du Maroc, a observé dans les terrains paléozoïques , dont il a constaté Texislence sur les côtes de la Méditerranée , aux environs de Tétuan , un Système de dislocations qui lui ont paru se diriger en moyenne au
(i) Explication delà Carte féotogique de la France, t. I, p. lob.
(,) Itid., p. 468
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N. lo 3' 0. (1), el qu'il a rapportées au Système du nord de V Angleterre. En effet , la direction de ce Système , rapportée à Tétuan, Iat. 35° 33' N. , long. 7* 45' 0. de Paris, devient, en ayant égard à l'excèj sphérique, calculé comme si l'arc de grand cercle, mené dans le Yoredale vers le N. o" 0., était le grand cercle de comparaison dij Système , N. 6° 45' 0. La différence est seulement de 5« 42'; et aucun autre des Systèmes européens auxquels on pourrait comparer la direction moyenne déterminée par M. Coquand n'en donnerait une aussi faible.
On pourrait signaler aussi dans les Vosges (2), et dans d'autres parties de l'Europe centrale , quelques accidents stratigraphiques dépendants du Système du nord de l'Ari' glelerre; mais, obligé d'abréger, je n'en citerai plus que deux, qui jouent un rôle assez remarquable dans la structure de l'Europe septentrionale.
Si l'on transporte à Wisby dans l'île de Goihiand , Iat. 58° 39' 15" N., long. Iff 6' 15' à l'E. de Paris, la direction N. 5" 0. du Système du nord de l'Angleterre, en tenant compte de l'excès sphérique calculé comme si l'arc mené dans le Yoredale au N. 5° 0. appartenait au grand cercle de comparaison du Système , elle devient N. 12° 30' E. Or, si l'on construit cette ligne sur une carte, on verra qu'elle est très sensiblement parallèle à la direction générale de l'île de Gothland, à celle de l'île d'Oland, el à celle de la partie des côtes de la Suède qui s'étend de Nykopiiig à Calmar et audelà. Les îles d'Oland et de Gothland sont composées découches siluriennes faiblement accidentées. Leur séparation de la terre ferme de la Suède s'expliquerait très naturellement par des failles parallèlesà celles de la grande chaîne du nord de l'Angleterre, et qu'on pourrait supposer du même âge.
Un groupe d'accidents stratigraphiques , appartenant au Système du nord de l'Angle^ terre , me paraît indiqué, avec plus de probabilité encore, dans le nord de la Russie. L'un des traits les plus remarquables de la belle carte géologique de la Russie d'Europe, publiée par MM. Murchisun , de Ver-
(i) Coqunnil , Bulletin de ta Société géolosique de Fratut, »• série, t. IVi p 120S.
(2) Explication delà Carte eéolosique de la Franc* ,t. I p. 41Î-
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iipiiil et Kcyscriing, est la bande du calcaire carbonifère qui s'étend presque en ligne droite des bords de la Duna au-dessus de Velij , aux rivages de la mer Blancbe , près de Mézène, sur une longueur de 300 lieues. Vytegra , au midi du lac Onega , se trouve à peu près à égale distance de ses deux extrémités. Si l'on transporte la direction N. 5" 0. du Yoredale à Vytegra, lat. 61° 0,2' 5" N., long. 34° 8' 54' E. de Paris, avec les précautions déjà indiquées, elle devient exactement N. 30° E. Or, si l'on trace cette ligne avec soin sur la carie de M. Murchison , on verra que, partant de Vytegra , elle va, dune part, couper la Duna, à Suraj, un peu au-dessous de Velij ; que, de l'autre, elle va couper la Duna un peu au-dessus d'Archangel, et passer à l'embouchure même de la rivière de Mezène , et que dans cet intervalle de 300 lieues elle représente, aussi eœaclemenl qu'une ligne droiUpuisse le faire, la ligne légèrement sinueuse que forme le bord N.-O. de la bande du calcaire carbonifère. Cette ligne, le long de laquelle le vieux grès rouge disparaît à la base des coteaux que forme la tranche du calcaire carbonifère auquel il sert de support, représente la direction du mouvement d'clévaiion qui a déterminé le bord N.-O. du bassin dans lequel s'est formé le vaste dépôt du terrain permien , du trias et du terrain jurassique qui occupe les plaines centrales de la Russie septentrionale. Ce mouvement doit avoir précédé immédiatement le dépôt du terrain permien , qui représente le grès rouge et le calcaire magnésifère du Yorksbire et des comtés adjacents. Il correspond donc , par son âge comme par sa direction, au Syslème iu nord de l'Angleterre.
Je m'étais borné, en 1833 , à des tâtonnements graphiques, pour déterminer l'orientation N. 5° 0. que j'avais adoptée pour représenter dans la chaîne pennine la direction de ce Système. Les épreuves auxquelles je viens de la soumettre montrent qu'elle satisfait, aussi bien que possible, aux observations faites depuis lors. Je crois inutile, d'après cela , de chercher à lui donner plus d'exactitude par le calcul d'une moyenne qui ne la changerait pas sensiblement.
On voit d'ailleurs que les accidents stratii;raphiques qui peuvent être rapportés au Hyslcme du Fores et au Syslème du nord de
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V Angleterre, sont bien distincts les uns des autres. Ces deux Systèmes se trouvent réunis, et, pour ainsi dire, superposés, dans la grande chaîne pennine et dans les montagnes mêmes du Forez , et ils ont pu pendant longtemps y demeurer confondus. Mais, quoique leurs directions ne diffèrent que de 15°, et quoique leurs âges soient peu différents , ils forment , sur la surface de lEurope , deux groupes d'accidents très distincts.