‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle (volume 2)Chapitre 69 sur 147 · VS · texte numérisé non relu

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a peu près la direction du Système de la Côte-d'Or.

Commeon devait naturellement s'y attendre, la direction des chaînes du mont Pila, lie la Côte-d'Or, de l'Erzgebirge et des autres chaînes qui ont pris leur relief actuel irnniédiatenient avant le dépôt du grès vert et de la craie, a eu une grande influence sur la distribution de ce terrain dans la partie occidentale de l'Europe. On conçoit, en effet, qu'elle a dû avoir une influence très marquée sur la disposition des parties adjacentes de la surface du globe qui, pendant la période du dépôt de ce même terrain, se trouvaient à sec ou submergées.

Parallèlement aux directions des chaînes que je viens de citer , s'étend des bords de l'Elbe et de la Saale à ceux de la Vienne, de la Charente et de la Dordogne, une niasse de terrain qui , comme le montre la carte déjà citée , formait évidemment, dans la mer qui déposait le terrain crétacé inférieur, une presqu'île liée vers Poitiersaux contrées niontueuses, déjà façonnées à cette époque, de la Vendée, de la Bretagne et, par elles, à celles du Cornouailles, du pays de Galles, de l'Irlande et de l'Ecosse. La mer ne venait plus battre jusqu'au pied des Vosges; un rivage s'étendait de Ratisbonne vers Alais, et, le long de cette ligne, on reconnaît beaucoup de dépôts littoraux de l'âge du grès vert, tels que ceux de la Perte du Rhône et des hautes vallées longitudinales du Jura. Plus au S.-E., on voit le même terrain prendre une épaisseur et souvent des caractères qui prouvent qu'il s'est déposé sous une grande profondeur d'eau, ou dans une mer dont la profondeur s'est considérablement accrue, pendant queledépôts'opérait, par l'enfoncement de son proprefond.

Il est à remarquer que le terrain du grès vert et de la craie a pris des caractères différents sur diverses côtes de la presqu'île que je viens de désigner, et ce n'est peut-être que dans le large golfe qui continua longtemps à s'étendre entre la même presqu'île et les collines oolilhiques de l'Angleterre, jusqu'aux montagnes de TÉcosse et de la Scandinavie , que sa partie supérieure s'est liéposée avec celte consistance crayeuse de laquelle est dérivé son nom général quoi qu'elle tienne, selon toute apparence, à une circonstance exceptionnelle.

XlII. Système do mont Viso et du Pinde.

On est dans l'habitude de réunir en un seul groupe toutes les couches de sédiment comprises entre la partie supérieure du calcaire du Jura et la partie inférieure des dépôts tertiaires. Parmi ces couches sont comprises la craie avec les sables et argiles qui lui servent de support; couches que les géologues anglais désignent par les noms de Wealden formation greensand and chalk.

M. d'Omalius dHalloy a proposé de nommer terrain crétacé ce groupe de couches , de même qu'on nomme terrain jurassique le.

groupe de couches dont le calcaire du Jura fait partie. Ces mêmes couches, que le besoin d'un nombre limité de coupures a fait réunir, forment un assemblage beaucoup plus hétérogène et beaucoup moins continu que celles dont on compose le groupe jurassique. Il me paraît bien probable que , pendant la durée de leur dépôt, il s'est opéré plus d'un bouleversement, soit dans nos contrées mêmes , soit dans les parties de la surface du globe qui en sont peu éloignées. Il me semble même qu'on peut dèsa présentsignalerun groupe assezétendu, et assez fortement dessiné, d'accidents de stratification et de crêtes de montagnes, comme correspondant à la plus tranchée des lignes de partage que nous offrent les couches comprises dans le groupe crétacé.

L'ensemble des couches du terrain crétacé peut, (BU effet, se diviser en deux assises li es distinctes par leurs caractères zoologiques el par leur distribution sur la surface de l'Europe: l'une, que je propose de désignersous le nom de terrain crétacé inférieur, comprendrait les diverses couches de lépoque de la formation wealdienne et celles du grès vert jusques et y compris le reygale flrestoi a des Anglais, ou jusqueset y compris notre cr.e chloritée et notre craie tufeau ; l'autre, ciue je proposede désigner sous le nom de terrais» crétacé supérieur, comprendrait seulement une partie de la craie marneuse, la cr^te blanche et les couches qui la suivent.

La ligne de partage entre le terrain crétacé inférieur et le terrain crétacé supérienr me paraît correspondre à l'apparition d'un Système d'accidents du sol que je propose de nommer Système du mont Fiso, d'après une seule cime des Alpes françaises qui, comi:;9

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prp<;que toutes les cimes alpines, doit sa bailleur absolue actuelle à plusieurs soulèvements successifs, mais dans laquelle les accidents de stratification propres à l'époque qui nous occupe se montrent d'une manière très prononcée.

Les Alpes françaises, et l'extrémité S.-O. (lu Jura, depuis les environs d'Anlibes et de Nice jusqu'aux environs de Pont-d'Ain et de Lons-Ie-Saulnier, présentent une série de crêtes et de dislocations dirigées à peu près vers le N.-N.-O. et dans lesquelles les coucbes du terrain crétacé inférieur se trouvent redressées aussi bien que les couches jurastiques.

La pyramide de rocbes primitives du mont Viso est traversée par d'énormes failles qui, d'après leur direction, appartiennent a ce Système de fractures. Des accidents stratigraphiques orientés de même jouent un grand rôle dans toute la contrée, qui s'étend (lu mont Viso aux rives du Rhône; et au pied des crêtes orientales du Devoluy, formées par les couches du terrain crétacé inférieur redressées dans la direction dont il s'agit , sont déposées horizontalement, près du col de Bayard , des couches qui se distinguent des précédentes par la présence d'un grand nombre de nummulites, de cérites, d'ampullaires et d'autres coquilles appartenante des genres et même souvent à des espèces qu'on avait crus pendant longtemps exclusi vement propres aux terrains tertiaires , couches auxquelles beaucoup de géologues aiment à conserver la dénomination de tertiaire, que M. Brongniart leur a donnée dans son mémorable Mémoire sur les terrains calcaréo-trappéens du Vicentin.

Plusieurs géologues ont cru pendant quelque temps que la craie blanche manquerait dans le midi de l'Europe, et que le terrain nummulitique en occuperait la place. J'ai moi-même partagé cette opinion; mais M. de Verneuil a constaté dès 1836 que la craie blanche existe en Crimée au-dessous du terrain nummulitique; M. Leymerie l'a reconnue, dans la même position, au pied des Pyrénées; et dernièrement M. Murchison a observé , en Savoie , en Suisse et en Bavière, des sections naturelles qui montrent un ordre ascendante partir du terrain ncocomien, par une zone chargée de fossiles du gault et du greensand supérieur, à

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un calcaire contenant des Inocérames etVAnanchites ovata qui, soit qu'il soit blanc, gris ou rouge, occupe la place de la craia blanche, et sans doute aussi celle de la craie de Maëstricht (calcaire pisolithiqiie des environs de Paris); il a observé des passaaes concordants de ce calcaire à inocérames [Thone (Savoie), Hoher-Sentis (ApenzeH), Sont-Hofen (Bavière)] à des couches coquillières et nummuliliques (Flysh) qui sont encore caractérisées par une Gryphée qu'on ne peut distinguer de la Gryphœa vesicnlaris de la craie. Plus haut, on ne trouve plus de fossiles crétacés (1). Je n'ai pas constaté si le petit groupe de couches calcaires à inocérames de Thone. que je connaissais depuis longtemps , mais dans lequel je n'avais pas eu le bonheur de trouver les Inocérames et les Ananchites, existe aux environs de Gap; mais , d'après les allures gé nérales des couches, je crois avoir de bonnes raisons pour présumer que ce serait plutôt a la base des couches à nummulites du cd de Bayard qu'à la cime des montagnes du Devoluy qu'il faudrait chercher ce mince représentant de la craie supérieure , d'où il résulterait que l'époque du soulèvement du iS'yslème du mont Viso a été intermédiaire entre les périodes représentées d'une part par le terrain néocomien et le grès vert, et de l'autre par la craie blanche , le calcaire pisolithique, et le terrain nummulitique.

Toutefois ce ne serait encore là qu'une conjecture; mais les observations géologiques que M. Duhamel, ingénieur en chef des mines à Chaumont, a recueillies dans le département de la Haute Marne, et celles que MM. Sauvage et Buvignier ont faiieg dans les départements de la Marne et de la Meuse , ont constaté, près de Joinville et de Saint-Dizier et généralement en différents points de l'espace compris entre Chaumont, Bar-le-Duc et Vitry-le-Français, l'existence de plusieurs failles dirigées en moyenne vers le N-N.-O. à peu près. Ces failles, situées presque exactement dans le prolongement des accidents straiigraphiques que je viens de signaler dans les Alpes françaises, et dont elles partagent la direction , affectent le terrain jurassique et le terrain crétacé inférieur, et y causent souvent des dénivellations considérables; mais elles ne paraissent

(i) Murrhison. Philosophicat Magazin: , mars 1849.

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Ji.-îs sVleiidie dans la craie blanche des coteaux de Sainle-Ménéhould. Elles semblerajeiil plutôt avoir contribué à déterminer les limites du bassin dans lequel cette craie s'est déposée. Elles doivent par conséquent voir été produites entre la période du déjôl du grès vert et celle du dépôt de la craie.

C'est doncenlreles périodesdu dépôtdeces deux parties du vaste ensemble des terrains crétacés que les couches du Système du mont Viso ont été redressées. L'époque de son apparition diviserait les terrains crétacés en deux groupes, dont le supérieur se distinguerait zoologiquement de l'inférieur par la rareté comparative des Céphalopodes à cloisons persillées, tels que les Ammonites, les Hamites , les Turrilites , les Scaphites , qui abondent dans certaines couches du terrain crétacé inférieur, et qui sont au moins beaucoup plus rares dans les terrains crétacés supérieurs; car c'est depuis peu d'années seulement que la présence de véritables Ammonites a été bien constatée dans la craie de Maëstricht, équivalent du calcaire pisolithique de Paris , et les observations de M Gras et de M. Pareto qui ont signalé des Ammonites dans le terrain nummulitique delà vallée duVaret de la rivière de Gênes sont encore contestées.

Dans l'intérieur de la France, on pourrait gignalcr quelques accidents slratigraphiques api)artenant au Syslème du mont Viso, et t'est probablement une ride légèrement saillante de ce Système qui a empêché la craie blanche du bassin parisien de s'étendre sur la craie tufeau des environs de Blois, de Tours et de Saumur.

Plus à l'ouest , de nombreuses lignes de fractures, d'assez nombreuses crêtes formées en partie par les couches redressées du terrain crétacé inférieur, se montrent depuis l'île de Noirmoutiers, où M. Bertrand Ges- Nn en a indiqué un exemple (1) , jusque Wans la partie méridionale du royaume de Valence. A Orthès (Basses-tyrénées) et dans les gorges de Pancorbo (entre Miranda et Burgos ), on trouve les coures du terrain crétacé inférieur redressées dans la direction dont il s'agit.

MM. Boblaye et Virlet ont signalé dans la Grèce un Système de crête» très élevées

{i) Méniviret »le la Société péologigue de Fnitici; ' série, ». I.p. 3ij.

nommé par eux Système pindique, dont la direction approcherait d'être parallèle à celle du grand cercle qui passe par le mont Viso (lat. 44° 40' 2" N., long. 4° 45' 10" E. ) en se dirigeant du N.-N.-O. au S.-S.-E., et dont les couches les plus récentes leur paraissent se rapporter au terrain crétacé inférieur. Toutefois , la différence réelle d'orientation, dans la Morée, est plus grande que la plupart de celles que nous avons enregistrées jusqu'à présent. Une parallèle menée par Corinlhe (lat. 37» 54' 54'' N., long. 20o 32' 45''E.) au grand cercle de comparaison orienté au mont Viso, vers le N. 22" 30- 0., se dirigerait au N. 12° 33' 30' 0. Cependant la direction du Syslème pindique est, d'après MM. Boblaye et Virlet,N. 24 à 25° 0. (I); la différence est de 1 1° 26' 30" à 12° 26' 30'' , mais cette différence lient probablement à quelques déviations locales : car M. Viquesnel qui, dans ses voyages en Turquie, a exploré avec un grand soin le prolongement septentrional de la chaîne du Pinde , en Macédoine et en Albanie, trouve que sa direction normale dans cette contrée est N. 15° 0. (2). Or, cette direction ne s'écarte de celle du Système du mont Viso que de 2° 26' 30", et même d'une quantité moindre encore en raison de ce qu'en Macédoine et en Albanie, la chaîne du Pinde est située à 2° environ à l'ouest du méridien de Corinlhe. Dans cette chaîne , les dislocations orientées, suivant la direction normale N. 15" 0., s'associent, d'après M. Viquesnel, à un grand nombre d'autres qui courent au N. 23", 37° et 40° 0., déviations qu'il attribue à l'influence de dislocations préexistantes du Système de Tkuringerwald {Système olympique).

La direction du Système Thiiringerivald, transportée à Corinthe, est, comme nous l'avons vu ci-dessus, page 276, N. 42° 20' 0. La direction du Systètne du mont Viso ^ transportée au même point , est , comme nous venons de le voir, N. 12° 33' 30" 0, La ligne qui diviserait en deux parties égales l'angle formé par ces deux directions

(i) Boblaye et Virlet, Expédilion de Morée, t. II, »c part\e ; Géologie et Minératûgti!, p. âo.

(?) Viqitfsiiel, Journal d'un voyagtdantia Turquie d'Eu' rope. — Mémoires de la Société géoloiiqiu de France, t. 1 d« la 2» série, p. 297,

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^rait orientée au N. 27o26'4o" 0. Elle ne formerait par conséquent qu'un angle de 2°- à 3° ] avec la direclion du vi'î/siè/»epJKdique en Morée , telle que MM. Boblaye et Virlel l'ont indiquée. Cette dernière me parait d'après cela pouvoir être considérée comme une déviation de la direction du Système du mont Fiso, résultant de sa combinaison avec la direction du Syslème de Thuringerwald ; la direction normale N.

23° 0. mentionnée par M. Viquesnel est probablement dans le même cas. Le Devonshire nous a offert ci-dessus, page 258, des faits du même genre.

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