‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle (volume 2)Chapitre 71 sur 147 · XV. Systems des îles de Cobse et de Sardaig>b · texte numérisé non relu

XV. Systems des îles de Cobse et de Sardaig>b

Les couches qu'on nomme tertiaires sont

(i) TradiH tioii francaiie du Manuel géolofique de 6 la Berlie, p 658 (i833).

!?) Bulletin de la ^ociiti biologique dt France, s* t. IV, p. 369

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loin da former un loîit continu. On y remarque plusieurs inlerruptionsdont chacune pourrait avoircorrespondti à un soulèvement de montagnes opéré dans des contrées plus ou moins voisines des nôtres. Un examen attentif de la nature et de la disposition géométrique des terrains tertiaires du nord et du midi de la France m'a conduit à les diviser en trois séries, dont l'inférieure, composée de l'argile plastique, du calcaire grossier et de toute la formation gypseuse, y compris les marnes marines supérieures, ne s'avance guère au S. et au S.-O. des environs de Paris. La suivante, qui est la plus complexe, est représentée, dans leN., par le grès de Fontainebleau, le terrain d'eau douce supérieur et les faluns de la Touraine: elle comprend, à peu d'exceptions près, tous les dépôts tertiaires du midi de la France et de la Suisse, et notamment les dépôts de lignites de Fuveau, de Kœprnacli et autres semblables. Le grès de Fontainebleau, superposé aux. marnes de la formalion gypseuse, est la première assise de ce Système, de même que le grès du lias, superposé aux marnes irisées, est la première assise du terrain jurassique. Le grès de Fontainebleau est peut-être, par rapport aux arkoses tertiaires de l'Auvergne, ce qu'est le grès inférieur du lias, par rapport aux arkoses jurassiques d'Avallon. Ces deux séries tertiaires ne sont pas moins distinctes par les débris de grands animaux qu'elles renferment que par leur gisement. Certaines espèces d'Anoploihérium et de Paiéothérium, trouvées à Montmartre, caractérisent la première, tandis que d'autres espèces de Paléolhérium, presque toutes les espèces du genre Lophiodon, tout le genre AnlLracotliérium, et les espèces les plus anciennes des genres Mastodonte, Rliinocéros, Hippopotame, Castor, etc., particularisent la seconde. Les dépôts marins des collines subapennineset les dépôts lacustres de la Bresse représenteraient la troisième |)ério(ie tertiaire caractérisée par la présence des Éléphants, de l'Ours et de l'Hyène des cavernes, etc.

C'est à la ligne de démarcation qui existe entre la première et la seconde de ces deux séries tertiaires que paraît avoir correspondu le soulèvement du Système de montagnes dont il s'agit ici, et dont la direction domi-

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ranle est du N. au S. ; les couches de cette seconde série sont, en effet, les seules qui soient venues en dessiner les contours.

Au nombre deces accidents, dirigés du N. au S., se trouvent les chaînes qui, comme M. Dufrénoy l'a remarqué, bordent les hautes vallées de la Loire et de l'Allier, et dans le sens desquelles se sont alignées plus tard, près de Clermont, les masses volcaniques des monts Dômes; c'est dans les larges sillons, dirigés du N. au S., qui oéparent ces chaînes, que se sont déposés les terrains d'eau douce de la Limagne d'Auvergne et de la haute vallée de la Loire.

M. Antoine Passy m'a fait connaître dernièrement l'existence d'un relèvement jusqu'à présent inaperçu de la craie chloritée, qui l'amène au jour, à Vernon, dans la vallée de la Seine. Ce relèvement de la craie chloritée est dans le prolongement d'une série de relèvements de la craie qui se montrent dans les départements de l'Eure, de Seine-et-Oise et d'Eure-et-Loir, le long d'une ligne N.-S., passant par Vernon.

D'après la belle carte géologique du département de Seine-el-Oise, exécutée par M. de Sénarmont, ingénieur en chef des mines, les couches du terrain tertiaire inférieur passeni sans s'interrompre sur cette ride saillante de la craie, mais le grès de Fontainebleau s'y arrête et ne paraît pas l'avoir dépassée. Elle semble avoir formé la limite occidentale du bassin où le grès de Fontainebleau s'est déposé; d'où il résulterait que les accidents stratigraphiques N.S., dont nous nous occupons, sont d'une date intermédiaire entre le dépôt des gypses de Montmartre et celui du grès de Fontainebleau.

La vallée du Rhône qui, à partir de Lyon, se dirige du N. au S., comme celle de la Loire et de l'Allier, a de même été comblée jusqu'à un certain niveau pur un dépôt tertiaire dont les couches inférieures, très analogues à celles de l'Auvergne, sont également d'eau douce, mais dont les couches supérieures sont marines. Ici la régula» rite des couches tertiaires a été forlemenî altérée dans les révolutions liées aux soulèvements très récents des Alpes occidentales et de la chaîne principale des Alpes.

La même direction se retrouve dans quelques accidents stratigraphiques et orographiques des montagnees du Jura et de U

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Savoie, où le fond des vallées les plus profondes est comblé par l'étage tertiaire moyen; dans une partie de la crête des Alpes entre le Mont-Blanc et le mont Viso , et dans le groupe des lies de Corse et de Sardaigne , dont les côtes présentent des dépôts tertiaires miocènes en couches horizontales.

On retrouve encore cette direction avec les mêmes indices d'ancienneté dans quelques accidents du sol de l'Italie et de la Grèce, et même dans la chaîne du Liban.

Le groupe des îles de Corse et de Sardaigne, orienté précisément du nord au sud, étant, parmi tous ceux qui viennent d'être cités, celui où la direction qui nous occupe est le plus fortement et le plus nettement dessinée, on peut prendre pour grand cercle de comparaison de tout le Système l'un des méridiens de la Corse, par exemple, celui du cap Corse situé à 7" 2' 40'' a l'E. du méridien de Paris.

Une parallèle menée par Corinlhe ( lat. 37° 54' 15" N. , long. 20° 32' 45" E. de Paris), au méridien du cap Corse, se dirige au N. 8° 23' 27" E. Le Système des iles de Corse et de Sardaigne est représenté en Morée , d'après MM. Boblaye et Virlet (1)*, par la chaîne de Santa-Meri, orientée, suivant eux , au N. 3" à 4° E., orientation qui diffère de 4° ^ à 5° 7 de celle que le calcul nous indique. M. Viquesnel a cru reconnaître le même Système en Macédoine, dans une série de crêtes et de vallées telles que celles du Drin noir, dont la direction oscille entre le N. 7° E. et le N. 10° E. (2), moyenne N. 8° 30' E. C'est presque exactement la direction que le calcul nous indique pour Corinlhe, et, à très peu près aussi, celle qu'il donnerait pour la Macédoine. M. Viquesnel pense qu'en Servie, la sortie du porphyre pétro-siliceux , quartzifère, et de certains trachytes , coïncide avec les soulèvements de cette époque.

J'ai moi-même signalé depuis longtemps, comme se rapportant au Système des iles de Corse et de Sardaigne, différents accidents stratigraphiques et orographiques de la Hongrie et du Bannat, qui sont placés, à peu

(i) Boblaye et Virlet, Erpidition scientifique dé Morit , l, II, J« partie, p. 34.

(2) Viquesnel. Joarnal d'un voyage dans la Turquie d'Euvope {Mémoms dt la Société féolosigue de Fiance, 2« série, . l. ', p. »99)-

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de chose près, dans le prolongement de ceui que M. Viquesnel a observés en Turquie.

« Les trachytes de la Hongrie avaient commencé à paraître à la surface du sol avant le dépôt des dernières couches tertiaires, puisque, dans les conglotnérats formés de leurs débris transportés dans les plaines de la partie S. -E. du groupe trachytiqiie de Schemnitz, entre Palojiia et Prebeli, M. Beudant a signalé des coquilles marines de l'époque tertiaire ( miocène ou pliocène?) {Foyage minéralogique et géologique en Hongrie, par M. Beudant, t. III , p. 439 et 510). » En d'autres points , les roches trachytiques sont d'ailleurs recouvertes par des mollasses (miocènes).

« En considérant avec attention la carte géologique de la Hongrie et de la Transylvanie, par M. Beudant, on ne peut manquer d'être frappé des alignements à peu près nord-sud qui, à côté de directions parallèles à celles dont je m'occupe principalement dans ce mémoire ( Côte-d'Or, Pyrénées, Alpes occidentales, chaîne principale des Alpes ) , se manifestent dans la disposition de plusieurs des groupes trachytiques et des niasses de roches métallifères dont ils sont accompagnés, aussi bien que dans la direction des gîtes métallifères de Schemnitz, Kremnitz, Szaszka, Oravicza, Dognaszka (voyez les plans joints à l'ouvrage de M. Boue, \nùlu\é : Geognosliches gem'àlde von Deulschland, 1829}. A 30 lieues au sud de Szaszka commence, au milieu de la Servie, près de Kruschevacz , la chaîne des monts Caponi , qui se prolonge , parallèlement au méridien, entre la Macédoine et la Thessalie d'une part , et l'Albanie de l'autre , en bordant à Test les vallées du Drin noir et de l'Arta (1). » Les observations de M. Viquesnel tendent à conûrmer ce premier aperçu dans ce qu'il avait d'essentiel.

Une parallèle au méridien du cap Corse menée par Beyruth, port de Syrie situé au pied du Liban (lat. 33" 49' 45" N., long, 33°5'43"E), se dirige au N. 15M3'27"E.

Cette ligne , tracée avec soin sur une carte de Syrie, est très sensiblement parallèle à la direction générale de la côte, de Gaza h Alexandrette (Skanderun). Elle l'est aussi à peu près à la direction du golfe d'Âkaba, à celle de la vallée du Jourdain , et à celle

(i) Jlunales des sciineis naiurcUei , t. XVIII. »., 303. Ib2a.

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des crêtes du î.iL.ni , et de quelques parties au moins, de l'anti-Liban. Prolongée vers le nord à travers i'Àsie Mineure et la nier Noire, cette même ligne est très sensiblement parallèle à la longue portion du cours du Volga, qui s'étend de Kasan à Sarepta et qui est presque d;ins le prolongement du cours du Jourdain. Elle est parallèle au.-si à la direction de quelques accidents slratigrapbiques de l'Oural méridional.

D'après les savants voyageurs M, Botta et M. Russegger, les calcaires du Liban appartiennent, du moins en partie, au terrain crétacé, et d'après la belle carte géologique de la Syrie publiée par M. Russegger (1), et les coupes qui l'accompagnent, des couches tertiaires à lignites, probablement contemporaines de celles de la Provence, de la Suisse et de la Toscane, s'étendent horizontalement au pied même de la chaîne.

D'après la carte, si souvent citée déjà , de MM. Murchison, de Verneuil et Keyserllng, les terrains crétacés de la Russie centrale sont interrompus par la vallée du Volga , dans l'intervalle ci-dessus indiqué, et bordent souvent de leurs falaises le cours du fleuve, à l'est duquel s'étendent à perte de vue les terrains modernes des steppes de la mer Caspienne. Dans tout l'intervalle de Kasan à la mer Rouge, les terrains tertiaires moyens et supérieurs couvrent çà et là d'assez grands espaces, mais en gisements discontinus. Les terrains tertiaires de l'époque éocènc parisienne y sont fort rares , si même ils y existent. Il me paraît, d'après cela, très admissible de supposer que la longue série d'accidents stratigraphiques que j'ai signalés de la mer Rouge à Kasan appartient, par son âge comme par sa direction, au Système des ilesde Corse et de Sardaigne.

La direction du Sijstème des îles de Corse et de Sardaigne est peu différente de celle du Système du nord de l'Angleterre. Une ^sarallèle au méridien du cap Corse, menée par le point du Yoredale situé par 54° 13' de lat. N.,et par 4° 15' de long 0. de Paris, se dirige au N. 9° 12' 25" 0. Le grand cercle de comparaison du Syslètne du nord de l'Angleterre est orienté au même point vers le N. 5° 0. La dilTérence est de 4* 12' 25".

il; J. ^ussefffr, Reiten in Europa, A$ien nad Afrika, 184J.

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Le Système des îles de Corse et de Sardaigne me paraît avoir été suivi dans l'ordre chronologique, comme le Système du nord de l'Angleterre par un Système dont la direction est presque exactement perpendiculaire à la sienne.

XVL Système de l'île de Wight, du Tatra, DU Rilo-Dagh et de l'Humus.

Il est assez curieux de remarquer qu les directions du STjslème du Pilas et de la Côte-d'Or, du Système des Pyrénées et du Système des iles de Corse et de Sardaigne, sont respectivement presque parallèles à celles du Système du Westmoreland et du Hundsriik, du Système des Ballons et des collines du Bocage, et du Système du nord de l'Angleterre. Les directions correspondantes ne diffèrent que d'un petit nombre de degrés, et les Systèmes correspondants (les deux séries se sont succédé dans le même ordre; ce qui conduit à l'idée d'une sorte de récurrence périodique des mêmes directions de soulèvement ou de directions très voisines.

M. Conybeare, dans un article inséré dans h Pliilosophical Magazine and Journal of science, 3* série, 2* cahier, août 1832, p. 1 18, place immédiatement après la période du dépôt de l'argile de Londres l'époque du redressement des couches de l'île de Wight et du district de Weymouih ( Dorsetshire ) , dont il rapproche plusieurs autres lignes de dislocation, de même peu éloignées de la direction E.-O., qui s'observent en Angleterre: Rien ne prouve cependant que le redressement des couches de l'argile de Londres, dans l'île de Wight, soit aussiancicn que M. Conybeare l'a supposé, car on ne voit nulle p&rt la couches tertiaires subséquentes reposer sur les tranches de celles de l'argile de Londres; les faits parlent même contre la supposition de M. Conybeare, les couches alternativement marines et fluviatiles d'Headen-Hil présentant des traces de dérangement, soit dans leur disposition, soit dans leur hauteur absolue comparée à celle des couches correspondantes de la côte opposée du Hanipshire. Toutefois il ne serait pas impossible qu'une partie des dislo<'alions que M. Conybeare a rapprochées eussent été produites pendant la période tertiaire; qu'elles correspondisscAt, par exemple, à la liglièdédé-

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jn.irc.ulon qui existe entre le grès de Fontainebleau et le calcaire d'eau douce supérieur des environs de Paris, ou à celle qui s'observe entre ce dernier calcaire et les faluns de la Touraine. Or, s'il en était ainsi, la direction des dislocations de l'île deWight étant sensiblement parallèle à celle du Système des Pays Bas et du sud du pays de Galles, on aurait un quatrième exeni|)le du retour à de longs intervalles des mêmes directions de dislocations dans le même ordre.

Le Système des Alpes occidentales, comparé au Système du Rhin dont il partage la direction à quelques degrés près, ainsi que nous le verrons bientôt, pourrait fournir un cinquième terme à la série de rapprochements qui indique cette singulière périodicité dans les directions des dislocations.

Je m'étais arrêté là, dans l'extrait de mes recherches, inséré en 1833 dans la traduc Uon française du Manuel géologiquede M, de la Bêche; mais les progrès récents de la science me permettent de fixer aujourd'hui l'âge et la direction du Système de montagnes dont je ne faisais qu'entrevoir l'existence, lorsque j'écrivais ce premier aperçu.

Ce Système, ainsi qu'on va en voir les motifs, me paraît avoir pris naissance à la première des deux époques indiquées ci-dessus, c'est-à-dire entre la période du dépôt du grès de Fontainebleau et celle du dépôt des calcaires d'eau douce supérieurs des environs de Paris.

Sa direction, comme je l'ai annoncé de prime abord , me paraît s'éloigner peu de celle du Système des Pays-Bas.

Ce n'est pas dans la direction des accidents stratigraphiques de l'île de Wight, ui dans celle de la ligne d'élévation du Dorsetshire, étudiée avec tant de soin par MM. Buckland et de la Bêche (1) que je chercherai l'orientation du Système entier. J'ai déjà dit cidessus, p. 361 et 363, que la direction de la grande ligne de dislocation de l'île de Wight et du Dorsetshire me paraît n'être qu'une reproduction de la direction du Système des Pays-Bas; et il me paraît d'autant plus naturel d'y voir unedirection d'emprunt qu'elle répète , je ne dirai pas les fautes , mais les déviations de l'original souterrain sur lequel elle paraît en quelque sorte décalquée. Tou-

(1) Transactions dt ta Société géologique de Londres, 2«sun.

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tefois l'ensemble rectiligne de la côte méridionale de la Grande-Bretagne, depuis le Pas-de-Calais jusqu'au Landsend , est un trait orographique tellement simple et tellement étendu, que s'il n'a pas exactement la direction du Système auquel il appartient par l'époque moderne à laquelle il s'esî produit, on doit naturellement présumeir qu'il ne s'en éloigne que fort peu. Voici par quelles considérations je crois être parventi à fixer rigoureusement la direction propie de ce dernier.

J'ai remarqué ci-dessus, p. 361, que la perpendiculaire à la méridienne de Rothenburg, dont je me suis d'abord servi pomme grand cercle de comparaison provisoire du Système des Pays-Bas, passe à peu près par Deal (Kent) et par Saint-Colomb Minor (Cornouailles), et que sa direction représente, aussi exactement que possible, la direction générale de\acôle méridionale de la Grande- Bretagne qui, étant formée en partie de craie et de dépôts tertiaires, ne peut avoir été façonnée qu'à une époque postérieure de beaucoup à la formation du Système des Pays-Bas. D'après ce que nous venons de dire, il s'agirait maintenant de découvrir sur la surfacede l'Europe un Système d'accidents stratigraphiqueset orographiques d'une date postérieure au dépôt des terrains tertiaires inférieurs et d'une direction peu différente de celle du Système des Pays-Bas, mais en même temps assez étendu et assez proéminent pour que sa direction ne puisse être taxée de direction d'emprunt.

Pour y parvenir, je suis vers l'est la direction de la perpendiculaire à la méridienne de Rolhenburg que j'ai déjà tracée ci-dessus, p. 352 et 353, à travers l'Europe presque entière, jusqu'au méridien de Taganrog. En construisant cette ligne sur la belle carte géologique de l'Europe centrale par M. de Deehen , je vois qu'elle traverse la Pologne méridionale et que la partie de son cours qui se trouve entre Varsovie et Cracovie répond au massif montagneux du Tatra, situé au sud des Carpathes, dans le nord de la Hongrie, et est à peu près parallèle aux lignes les plus remarquables de ce massif, notamment à la direction générale des hautes vallées de la Czerni-Vag et de l'Hernad.

Il a paru à Berlin, il y a quelques années, chez Simon Schropp, uns Carte géologique de

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la chaîne du Taira et des soulèvements paraîièlesy dont l'auteur, ens'enveloppniilduvoile de l'anonyme, n'a pu empêcher qu'on ne devinât assez sûrement son nom, en vertu du vieil adage ex ungue leonem.

En examinant attentivement cette carte et en ta comparant aux autres cartes de ces contrées, on voit qu'il existe, dans le N. de la Hongrie, plusieurs Systèmes bien distincts de lignes slraligraphiques ayant des directions très diverses; notamment une ligne sensiblement parallèle au Système du mont Fiso qui part des environs de Cisoviec, et qui n'affetteque les couches antérieures au terrain nummulitique méditerranéen, le Système des lignes pyrénéennes des Carpalhes, celui des lignes presque N.-S. dont j'ai déjà parlé ci-dessus, et qui se dessinent particulièrement aux environs de Kremmilz, dans les méridiens de Mikolasz, de Pohoreta , de Dobszyna , de Podbradzie, de Folkmar, et mieux encore dans le groupe du Tatra et dans ses prolongements au N. et au S. ; mais le mieux dessiné de tous, est celui des soulèvements parallèles deTatra indiqué sur le litre même de la carte qui me sert de guide.

L'une des lignes les plus nettes du Système du Tatra est formée par les couches redressées du terrain nummulitique méditerranéen; par conséquent l'époque du soulèvement de ce Système tombe dans les périodes leriiaires. Tout annonce qu'il est antérieur au (If^pôi des couches tertiaires miocèDes oi» pliocènes du centre de la Hongrie; mais le dessin même de la carte conduit à supposer qu'il est postérieur au Système N.-S. du Tatra [Système des iles de Corse et de Sardaigne) . Leslignesd'élévation étantd'ailleurs presque parallèles à la direction générale des hautes vallées de la Czerni-Vag et de l'Hernad, et, par conséquent, à la perpendiculaire à la méridienne de Rothenburg, on voit que, de toutes manières, elles répondent à ce que Dous cherchons.

Les lignes stratigraphiques, très peu divergentes, que la main du maître a tracées dans le massif de Tatra, se dirigent moyen- 'nementà l'O. 4° 50' N. Je prendrai, en conséquence, pour grand cercle de comparaison du Système du Tatra, un grand cercle pasgant par le mont Lomnica, cime culminante du Tatra (8,012 pieds de Paris=2,602'" au-

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dessus de la mer.; lat. 49° H' N., long. 17° 52' 40'' E. de Paris), et orienté en ce point à rO. 4" 50' N. En me servant de ce grand cercle de comparaison, j'examinerai rapidement le rôle que joue le Système du Tatra, dans l'Europe continentale d'abord, et ensuite dans l'Angleterre méridionale.

Je commence par la Turquie, et je remarque que M. Viquesnel a signalé, comme particulier à la Turquie, un Système qu'il a désigné sous le nom de Système du Rilo- Dagk et de l'Hœmus, et dont il observe que l'orientation 0. 7° N. est parallèle, à 1 degré près, à celle du Système du Hainaut {Système des Pays-Bas), et otTre un nouvel exemple de la récurrence à des époques très diiïérentes de directions analogues. C'est bien encore là le Système que nous cherchons. D'après M. Viquesnel, ce soulèvement a fait surgir la crête dentelée du Rilo-Dagh. le mont Kognavo, les montagnes d'Egri-Palunka, dont les escarpements dominent d'un côté la plaine de Moustapha, etc.; de l'autre, la cavité de Ghioustendil, etc. Nous lui attribuons encore, ajoute M. Viquesnel, la chaîne de l'Haernus qui, d'après M. Boue, court 0. quelques degrés N. (1).

Les roches éruptives du Système sont, d'après M. Viquesnel, des trachytes amphibolifères dont les débris entrent dans la composition des couches de la mollasse. L'âge du soulèvement qui affecte les couches crétacées est probablement plus récent que le Système achaïque(5i/sième des Pyrénées), et se trouve fixé, d'après M. Viquesnel, entre la fin de la période secondaire et le dépôt de l'étage tertiaire moyen. D'après ces données, M. Viquesnel considère le Système du Rilo- Dagh et de l'Hœmus comme immédiatement antérieur au Système des iles de Corse et do Sardaigne. On peut observer, toutefois, qu'il n'est pas prouvé que ce Système a été antérieur à la totalité de l'étage tertiaire moyen mais seulement à l'étage des mollasses, et que, par conséquent, on peut le supposer postérieur au grès de Fontainebleau, dont le dépôt est postérieur lui-même à la formation du Système des îles de Corse et de Sardaigne.

D'après la carte de M. Viquesnel, dont le réseau géographique a été tracé avec beau-

(i) A. Viquesnfl , Journal d'un voyage dam ta Turçiti d'Europe (Mémoires de la Soeiili géologique 4* Franc», 2* série, 1. 1, p. 29S;.

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foijp (le soin par ^[. le colonel Lapie, le point culminant du Rilo-Diigh est situé à peu près par 42° 7' 30" de I;it.N., et par 21° 13' de long, E. de Paris. Une parallèle au grand cercle de comparaison du-Sijslènie du Taira, menée par ce point, court à l'O. 7° 23' N. Elle fait un angle de 23 mi?iu(es avec l'orientalion indiquée par M. Viquesnel.

Cet habile géoloi^ue a indiqué l'orientation en degrés seulement, et il est certain qu'en pareille matière l'emploi des minutes est une sorte de luxe, lorsqu'elles ne sont pas données par la moyenne d'un grand nombre de relèvements. Ainsi la coïncidence ne pouvait être plus exacte, et cette coïncidence est d'autant plus remarquable que, d'après les dates mêmes des publications, il serait impossible de supposer que M. Viquesnel et le savant auteur de la carte du Tatra n'aient par déterminé leurs orientations d'une manière absolument indépendante.

En résumé, il me paraît évident que le Syslème du Taira et le Sytlème du Rilo-Dagh et de l'IIœmus sont un seul et même Système que je nommerai dans la suite Syslème du Taira, du RiloDagh el de l'Hœmus.

On devra probablement rapporter au Syslème du Rilo-Dagh el de l'Hœmus, ainsi que l'a indiqué M. Viquesnel, plusieurs des lignes de dislocation de la Grèce méridionale, que MM. Boblaye et Virlet ont classées avec doute dans leur Système argolique, et dont ils ont dit : « Les grandes fractures de » la côte de l'Achaïe et de la Mégaride ap- » partiendraient-elles à une époque anté- » rieure(à celle de la chaîne principale des » Alpes)? Les résultats que nous avons pu » constater sont le soulèvement des pou- » dingues jusqu'à la hauteur de 1,800 » mètres sur tout le versant achaique dans j) la direction E.-O., et la position horizon- » taie du terrain subapenniu au pied des » plus grands escarpements de ce même » Système (1). n

' La direction générale de l'île de Candie est très sensiblement parallèle à celle du Syslème du Rilo-Dagh et de l'Hœmus.

En poursuivant la direction du Rilo-Dagh vers 10. jusqu'aux rivages de l'Adriatique, on arrive à la partie méridionale des côtes

(.) .'i.bl.iyp n Virlot, Expédition soieniifique de Morce, t. U, 2^ parue, j». ii.

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delaDalmalie.et 1 on voit lesîIes.deMeleda, de Corzola, de Lissa et de Lésina se détachei de celles qui s'étendent au N.-O., pour dessiner avec une netteté remarquable l'orientation du Syslème du Rilo-Dagh et de l'Hœmus.

La direction de ce groupe d'îles, prolongée à travers l'Italie, passerait très près de l'île d'Klbe, dans une direction à peu près E.-O., c'est à-dire parallèlement à son axe longitudinal. Il eslprobabiequ'on pourra y raitaiher l'origine de l'un des accidents straljgraphiques post pyrénéens , qui se sont superposés pour former la charpente compliquée de cette île célèbre à tant de litres divers. Je regrette de ne pouvoir compléter cette recherche pour le moment. La direction de l'île d'Elbe, prolongée à l'O., coupe l'île de Corse à l'entrée du golfe de Saint-Florent , détachant ainsi du reste de l'île la crête étroite dirigée N. -S., qui se termine au cap Corse. Les îles del Giglio et de Monte-Cristo s'alignent de l'E. à l'O., parallèlement à l'axe de l'île d'Elbe. Entre les deux lignes se trouve la t-'ianosa, formée de couches horizontales de mollasse miocène dont son nom même indique l'horizontalion.

Plus au N., la même direction se dessine beaucoup plus en grand dans une partie considérable des Alpes et du Jura.

AGn de pouvoir la reconnaître d'abord dans les Alpes orientales, je mène par Villach, en Corinihie (lat. 46° 36' 50" N., long. 11° 30' 31' 0. de Paris), une parallèle au grand cercle de comparaison du Syslem,e du Taira, du lido-Dagh et de l'Hœmus, qui est orienté, au mont Lomnica, à l'O. 4"50'!V. Je trouve qu'à Villach , celle parallèle esî orientée à l'O. 0°9' S., ou, en d'autres terme.?, à très peu près de l'E. à l'O.

Cette direction n'est certainement pas celle des accidents orographiques et stratigraphiques les plus largement dessinés des Alpes orientales. Ces accidents de premier ordre sont d'une part les lignes pyrénéennes des Alpes Juliennes dirigées vers l'E.-S.-E., et de l'autre la grande bande calcaire septentrionale qui s'avance à l'E. , quelques degrés N. vers Vien-Neustadt. Mais entre ces deux directions divergentes il existe une direction intermédiaire que M. Léopold de Buch a signalée depyis longtemps, direction qui, sans être «:.-sâi iiellement des-

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sinée que les deux auues, pourrait être regardée comme la plus fondamentale. C'est la direction de l'axe de roches primitives qui s'avance du Brenner vers Graelz, et qui comprend les cimes les plus élevées de tes contrées, le gros Glockuer, le Wenediger, etc. Cette direction court pfesque exactement de l'O. à l'E.; par t niséqueiit, elle est sensiblement parallèle à celle du Système du Tatra, du Rilo-Dagh et de VHœmus, et l'on pourrait même être tenté de la considérer comme étant en Europe le type principal de ce système.

Celle même direction se retrouve dans une foule d'accidents orographiques et de lignes remarquables des Alpes autrichiennes, bavaroises, suisses et italiennes. Je ne puis en citer ici que quelques exemples.

On peut remarquer d'abord que la ligne E.-O. menée par Villach même représente très bien la direction générale de la vallée de la Drave, de Villach à Marburg, et qu'elle est très sensiblement parallèle à la vallée de Piisterthal , de Brunecken à Lienz, à la haute vallée de l'Adige, de Glurns à Meran, à la haute vallée de la Salza, à une partie de la vallée de l'Iim aux environs d'Innspruck, au passage de l'Arlberg et à une partie de la vallée de Klosterle qui en descend; on la retrouve même dans la partie inférieure de la Valteline, au-dessous de Tirano, dans une partie de la vallée d'Aoste, dans quelques parties du Valais, etc., etc.

Celle direction s'observe également dans une partie des crêtes qui bordent ou qui avoisinent les grandes vallées dont je viens de parler. C'est la direction d'une série de crêtes qui, commençant au Bâcher, près de Marburg , s'étend par le Terglou jusqu'au deladuTagliamento.C'estunedesdireclions qvii se dessinent le plus nettement dans les montagnes dolomitiques si justement célèbres qui dominent les vallées de Passa et de Saint-Cassian (Marmelade, Sasso Vernale, montagnes du Seisser-Alp, etc.). C'est celle suivant laquelle se raccordent les masses énormes qui bordent au nord la haute vallée de l'Adige, entre le passage de Brenner et celui de Heiden. C'est la direction des accidents stratigraphiques et des crêtes principales du massif calcaire qui

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domine Innspruck vers le nord (Solstein, Speckkor, etc.).

Je dois abrt';^er cette liste dont il me serait facile de cou'rir des pages entières. J'ajouterai seulement n;^e l'origine de ces accidents orographiques esC évidemment postérieure à toute la série des Couches alpines jusqu'au terrain nummulitique méditerranéen, avec le flysh inclusivement, mais antérieure a toute la série des mollasses miocènes.

Je passe au Jura, où le Système du Tatra, du Rilo-Dagh et de VHœmus se dessine très nettement dans la chaîne du Lomont, qui nous conduira à jeter encore un coupd'œil sur les Alpes de la Suisse.

La chaîne du Lomont et l'ensemble des chaînes qui lui sont parallèles dans le Jura septentrional, entre Regensperg et Baumeles-Dames d'une part, Delemont et Ferette de l'autre, ont une direction très sensiblement parallèle à une ligne tirée de Regensperg à Courtavant, sur la route de Porrenlruy à Bàle, ou à une ligne parallèleà la première, tirée d'Auenstein, près d'Arau, à Baume-les-Dames (Doubs).

La direction commune de ces deux lignes court à très peu de chose près de l'E. 5° N. à l'O. 5° S. de la projection de Cassini; le centre de l'espace que je viens d'indiquer dans la partie septentrionale du Jura se trouve à peu près, à Porrentruy, par 47* 22' N. et par 4° 45' de lat. E. de Paris. Une parallèle au grand cercle de comparaison du Système du Taira, du Rilo-Dagh etdel'Hœmus, menée par Porrentruy, court en ce pointa l'O. 5° 12' S. du monde. Les ligues horizontales de la projection de Cassini était orientées à Porrentruy à l'O. 3° 29' 34" N. du monde, il eu résulte que la parallèle au Système du Tatra, du Rilo-Dagh 'et de l'Hœmus, nieuée par Porrentruy, se dirige à l'O, 8 ' 40' S. de Cassini, et qu'elle fait avec la direction de la chaîne du Lomont un angle de 3" 40'. Cette différence est inférieure à la divergence des lignes dont il faut prendre séparément la moyenne pour avoir la direction soit du Tatra, soit du Lomont, et elle n'est guère plus grande que celle qui existe à Porrentruy, entre, l'orieulalion astronomique et l'orieiitation de Cassini. Elle disparaîtrait presque si I'ob faisait abstraction de celle dernière. Elle

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ne devra pas toujours êlre négligée, et elle jouera le rôle qui lui appartient lori^qu'on appliquera les méihoiles iiidiquces au commencement de cet article à la fixation définitive du grand cercle de comparaison du Syxtème du Taira, du Rilo-Dagh et de l'FIœmus; mais je crois que pour le moment on peut en Taire abstraction.

Le Lomont et les chaînons qui lui sont sensiblement parallèles sont évidemment antérieurs au dépôt du terrain d'eau douce de couleurs bariolées (miocène, mollasse d'eau douce inrérieure)qui remplit le bassin de Delemont. Les traces de dérangement que présente ce dépôt miocène et la hauteur à laquelle il se trouve porté s'expliquent naturellement par les accidents slraligrapbiques d'une date postérieure ( Alpes occidentales, cha^ie principale des Alpes) qui sont venus et iser le Lomoni dans le nord du massirdu Jura.

Ce fait assujettit l'âge relatif du Lomont et des soulèvements parallèles à ne pas être plus moderne que les premières couches du terrain des mollasses miocènes; condition un peu plus précise que celles trouvées pour le Taira et le Rilo-Dagh , auquel le Lomont est sensiblement parallèle, parce que les mollasses de la Suisse sont plus épaisses et mieux connues que celles de Iq Hongrie et de la Turquie.

Les crêtes du Lomont ne traversent en aucun point les mollasses de la Suisse; elles en sont enveloppées, et leurs dislocations propres n'y pénètrent pas, du moins en général. Mais au delà de la grande vallée subalpine et subjurassique, dont les mollasses et le nagellliihe ont rempli le fond, on retrouve la direction du Lomont, c'està-dire la direction du Système du Taira, du ^ilo-Dagh et de CHœmus, dans plusieurs accidents stratigraphiques remarquables du versant nord des Alpes; notammentau midi du lac Léman, dans le massif des dents d'Oche et des rochers de Meillerie; au midi de Berne, dans le massifdu Stockhorn, entre les bains du Gurnigel, GruyèreetErlenbach ; au midi de Lucerne, dans le flanc nord du mont Pilale; et au midi du lac de Zurich, dans la ligne qui sépare les mollasses du terrain numinulilique épicrétaeé et du il j sh (C2 de la Carte géologique de la France), *ntre le lac d'Egeri et Vesen.

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Le massifdu Gurnigel et du Stockhorn, est situé à environ 15'àl'E.du méridien dePorrentruy ; une parallèle au Système du TatrOf menée par son centre, se dirigerait à peu près à 10. 5° S. du monde. Or, si par le Schwefelberg-Bad , on trace, sur la carte des Alpes suisses occidentales par M. Studcr, une ligne dirigée à l'O. 5° S. , on verra qu'elle est parallèle à la direction géner.ilft de la vallée de la Kalte-Sense, à celle de la crête de l'Arnisch; et en faisant abstraction de quelques accidents parallèles au Système de la chaîne principale des Alpes, on concevra qu'elle représente assez bien la direction qui devait caractériser te petit groupe du Gurnigel, lorsque le dépôt des mollasses miocènes est venu entourer sa base.

Ainsi qu'on peut le voir sur la carte géologique de la France, toutes les lignes que je viens de citer en Suisse, orientées entre l'O. et l'E. 10° S. de la projection de Cassini, et par conséquent très peu éloignées de la direction du Système du Taira ^ du Rilo-Dagh et de l'Hœmus, se distinguent très nettement de celles qui appartiennent au Système de la chaîne principale des Alpes. Celles-ci sont représentées dans le Jura par une ligne tirée de Salins à Baden, et au pied nord des Alpes par la grande faille, si longtemps problématique , qui court de ritznau à Naefels, et qui reporte le terrain niimmulitique méditerranéen sur le nagelfliihe du Righi. Bien différentes de ces dernières, les lignes qui appartiennent au Système du Taira, du Rilo-Dagh et de l'Hœmus s'arrêtent généralement à la rencontre du terrain de mollasse et de nageifluhe; elles sont donc évidemment plus anciennes.

On peut suivre ces lignes dans les Alpes autrichiennes et bavaroises où elles vont se rattacher à celles que j'ai déjà signalées dans le Vorarlberg, le Tyrol et la Carynthie.

Le Système du Taira , du Rdo-Dagh et de l'Hœmus joue donc, comme le Système des Pyrénées et plusieurs autres des Systèmes dont nous nous sommes déjà occupé, un rôle important dans la structure des Alpes. Peut-être exisle-i-il aussi, en Provence, dans les Corbières (Aude) et dans quelques parties du versant N. des Pyrénées (Rimont, Bagnères-de-Bigorre, Pic du Midi, ligne de Peyreborade à Bayonne, Cbalosse),

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ainsi que dans le prolongement de celte chaîne vers les Asluries. Peut-être doit-on rapporter à ce Système certaines lignes do direction orientées un peu au S. de 10. que M. Boihet, ingénieur des mines, a signalées, daus un mémoire inédit sur la structure des Pyrénées. Il est toutefois évident que le Système du Taira, de même que le Système des îles de Corse et de Sai-daigne, ne doit jouer, dans toute la Gascogne, qu'un rôle extrêmement limité, puisque les couches de l'étage éocène parisien et celles de l'étage miocène y sont assez sensiblement concordantes pour qu'il soit souvent difficile de tracer leur limite commune.

Le prolongement occidental de quelques unes des lignes du Système du Taira que ] ai signalées en Suisse passe très près des tertres balsatiqnes de Drevin , au nord du Creuset (Saône-et-Loire), et les alignements à peu près E.-O. que M. Rozet a signalés dans les masses basaltiques, disséminées sur la surface de l'Auvergne, pourraient peutêtre aussi être attribués à l'existence de fentes parallèles au Système du Taira, dont la formation a précédé les éruptions basaltiques de cette contrée. Mais je me hâte de revenir à la partie méridionale de l'Angleterre.

Une parallèle au grand cercle de comparaison du Système du Trata, du Rilo-Dagh el de VHœmus, menée par le pointoù la perpendiculaire à la méridiennedeRothenburg, coupe le méridien d'East-Cowes (lat. 50° 55' 20" N., long. 3 3ti' 30" 0. de Paris ), se dirige à l'O. 11° 23' S. du monde. Elle forme, avec la direction en ce point de la perpendiculaire à la méridienne de Rolhenburg indiquée ci-dessus, p. 352, un angle de lo 13' 33". Cet angle est a peu près négligeable; par conséquent on peut dire que la parallèle au Système du Tatra représente la direction générale de la côte méridionale de l'Angleterre presque aussi bien que la perpendiculaire à la méridienne de Rothenburg. L'angle formé par les directions du Système des Pays-Bas et du Système du Taira est si peu considérable, qu'il est très difficile de décider si une ligne géologi(|ue donnée appartient à l'un plutôt qu'à l'autre. Par conséquent, le Système du Taira offre bien réellement, comme nous l'avions soupçonné dès l'abord , un nouvel

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exemple de la récurrence des mêmes directions à diverses époques, et même un exemple plus net qu'aucun de ceux déjà cités.

Par la même raison , il devient difficile de décider définitivement si la ligne de dislocation de l'île deWight et du Dorsetshire appartient, comme direction d'emprunt, au Syilemc des Pays-Bas, ou si elle appartieftt purement et simplement, par sa direction comme par son âge, au Système du Tatra; mais cette question cesse en même temps d'avoir aucune importance : elle s'évanouit pour ainsi dire. Le Système des Pays-Bas a été en quelque sorte reproduit en masse à l'époque beaucoup plus moderne de l'apparition du Système du Taira, et chacun de ses accidents a pu être reproduit ou continué, même dans ses détails et ses déviations.

Mais le Système du Tatra n'est peutêtre pas le seul dont l'apparition ait rouvert et amplifié les dislocations du Système des Pays-Bas. Quoique le Système des Pyrénées forme avec le Système des Pays-Bas un angle de plus de 26", il ne serait pas impossible qu'il eût produit un ellet semblable; nous avons déjà admis ci-dessus que le Sys tème de la Côte d'Or a produit un effet ana logue sur les accidents préexistants du SyS' tème du Rhin avec la direction desquels il forme un angle d'environ 30".

On pourrait admettre d'après cela que dans les lignes d'élévation de la région wealdienne, que M. Hopkins, ainsi que je l'ai déjà remarqué, a figurées sur sa carte du S.-E. de l'Angleterre (1) par des lignes brisées plutôt que par des lignes courbes , les parties dirigées a PO., ou à l'O. quelques dégrés S., sont des déviations de la direction pyrénéenne , suivant la direction propre ou suivant des directions accidentelles du Système des Pays-Bas. Mais toutes les lignes d'élévation 0. un peu S. de M. Hopkins ne sont pas dans ce cas. Toutes ne sont pas de l'âge du Système des Pyrénées. Quelques unes sont, comme la grande ligne de dislocation de l'île deWigih et du Dorsetshire, de l'âge du Système du Tatra, et elles se rapprochent beaucoup en même temps de la direction propre à ce système.

Je m'attacherai principalement à l'une

(i) Transactions of the getlogitcl SotUtr cf Ltnitn, 2" •« ie. t. VU.

d'elles pour laquelle cette conclusion me paraît surtout évidente.

Parmi toutes les lignes d'élévation de la région wealdienne que M. Hopkins a figurées sur sa carte déjà citée, celle qui se prêle le moins bien à son Système général d'explication , est la ligne [anliclinale dans une partie au moins de sa longueur (p. 22)] qui, passant au pied du Hogsback, s'étend de Farnham à Seal. Cette ligne d'élévation présente une courbure légère, mais opposée à celles des lignes correspondantes du diagramme théorique de la page 40 du mémoire de M. Hopkins. Je la remplace non par une ligne d'une courbure contraire, mais par une simple ligne droite tirée de l'une à l'autre de ses deux extrémités (ce qui est lui faire subir une modification moitié moindre),elie remarque que cette ligne de Farnham à Seal, prolongée vers l'est, va traverser le relèvement de la craie qui forme l'île de Thanet à l'exiiémiié méridionale de l'embouchure de la Tamise, entre Ramsgate otMargate. Cela me confirme d'abord dans la pensée que M. Hopkins a eu parfaitement raison de ne pas figurer sur sa carte la ligne anliclinale de Seal comme tournant vers l'E. S.-E.,au pied des North-Downs,etme prouve que cette ligne poursuit son cours dans une direction à peu près rectiligne à l'E. N.-E., en dehors de la région wealdienne proprement dite. Dans une direction opposée, je vois que M. de la Bêche a Irccé sur les feuilles 19, 20 et 21 de la carte géologique de l'ordonnance, entre Froome, Mère, Milverlon et la baie de Bridgewater, au midi des Mendips -Hills , plusieurs failles dirigées à ro. ou à l'O. un peu S. de la carte de l'ordonnance, qui affectent toutes les couches triasiques , oolilhiqnes et crétacées qui 86 rencontrent sur leur passage.

A Wanstrow, existe une faille dirigée à ro. 12" 7 S. de la carte de l'ordonnance. Son prolongement passe un peu au sud de Glastonbury-tor. Le côté nord est abaissé.

A l'O.-N.-O. de Tauntou , un peu au nord de Wiveliscombe et de Milverton, une faille dirigée à l'O. 5° S. de la carte de l'ordonnance coupe le nouveau grès rouge {Geological Survey, feuille 21).

A Mère existe une faille dirigée à peu près à ro. 13" S. (Geological Survey, feuille 19) de la carte de Pordonnanee, qui élève l'ar-

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gile de Kimmeridge , situé au sud , au niveau de la craie situé au nord.

La faille de Mère me paraît être la plus favorablement placée pour représenter approximativement le prolongement O.-S.-O.

de la ligne d'élévation de Seal à Farnham. En elTct, si je tire sur la carte de M. Greenough une ligne de Mère à Margate, je vois que cette ligne passe juste à Farnham , qu'elle suit exactement le pied septenlrio nal de la créle ou IIogs-Back en laissant ai nord les coteaux tertiaires d'Epsom , e qu'elle finit par raser dans toute leur Ion gueur les falaises d'argile de Londres et d' craie de Chute (^liff et de Margate, dont ell dessine exactement la direction jusqu'au Foreness, qui termine au sud l'embouchure de laTamise. Près de celte ligne, à une petite dislance au nord, les sources minérales de Jessop-Well et d'Epsom, au sud celle de Whitstable, attestent qu'elle marque la direction de dislocations assez anciennes. Je crois , en somme totale , qu'elle représente la direction de la ligne d'élévation dont une partie & été dessinée par M. Hopkins , de Farnham à Seal, mieux que ne pourrait le faire une rectification quelconque de la ligne légèrement sinueuse qu'il a tracée.

Cette ligne de Margate à Mère, et à Taunton,estaccompagiiée au sud et au nord d'autres accidents stratigraphiques parallèles déjà indiqués, ainsi que je l'ai rappelé cidessus, par M. Conybeare, et dessinés, ou cités en partie par M. Hopkins

Au nord surtout, on doit remarquer laligne anticlinale exactement parallèle à celle de Mère à Margate, qui s'étend de Steeple- Ashton à Shalbourne, en relevant avec la craie les lambeaux d'argile de Londres, du Great Betwin et de l'Inkpen Beacon.

Entre les deux s'étend, de Shalbourne à Bassingstoke, une ligne de collines crayeuses dessinées d'une manière proéminente sur la belle carte de M. Greenough, ligne sur laquelle sont venues édore quelques unes des vallées d'élévation de M. Buckland (mémoire déjà cité). La ligne de Shalbourne à Bassingstoke n'est autre chose que la prolongation de J'axe pyrénéen desWeaids, qui est croisé par les lignes anticlinales de Seal et de Steeple-Ashton, et qui a été accidenté postérieurement à son origine première par la formation des vallées d'élévation. L'axe 26*

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pyrénéen des Wealds est antérieur au dépOt de Targile plastique et de l'argile de Londres ; les lignes anticlinales de Seal ( Hogs- Back)etde Steeple-Ashton lui sont postérieures, de même que les vallées d'élévation. Un coup d'oeil jeté sur la belle carte de M. Greenough, qui offre un si excellent tableau de la structure géologique et orographique de l'Angleterre, montre, plus clairement qu'aucune description ne pourrait le faire, comment deux systèmes d'âges différents et de directions différentes se croisent sans se confondre, tout en se soudant et s'anastomosant, pour ainsi dire, à leurs points de rencontre. C'est ce qui arrive aussi pour les lignes d'élévation du Jura français et suisse , dont on a souvent dit qu'elles s'inûéchissent , parce qu'on n'a pas cherché ou qu'on n'a pas su trouver leurs prolongations rectilignes ; et je rappellerai à cette occasion ce que M. Scipion Gras a si bien dit des montagnes du déparlement de la Drôme, « que, dans un groupe de montagnes, quelque compliqué qu'il soit, les chaînes qui ne sont pas parallèles se croisent sans seconfondre, et qu'il peut résulter de ces croisements que des sommités soient alignées , quoique les directions de leurs couches ne soient pas les mêmes (1). »

Le groupe de lignes stratigraphiques dont nous nous occupons joue dans le midi de l'Angleterre un rôle capital. La ligne de dislocation de l'Ile de Wight est en rapport, comme je l'ai déjà fait observer, avec la direction, rectiligne dans son ensemble, de la côte méridionale de l'Angleterre, du Pasde-Calais ou Landsend. La ligne d'eléviilion de Seal avec son cortège de lignes parallèles correspond à l'étranglement si remarquable que présente l'Angleterre entre l'embouchuie de la Tamise et celle de la Sayerne.

Mais les lignes que nous considérons ne «ont pas seulement des lignes britanniques; ceslignes sont au nombredesplus remarquables dans la charpente de l'Europe entière. Pour le constater je reviens à leur direction.

La ligne de Margate à Farnham , à Mère et à Taunton , coupe le méridien de Green- Wich sous un angle de 82<» et à 11' j au midi de cet observatoire célèbre, c'est-à-dire par 51" 15' 10" de lat. N. Elle se dirige en ce point de l'E. 8° N. à l'O. S" S. du monde.

(1) s. Gras, Statistique minir, du iép. di la Drômf, p. is.

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Une parallèle au grand cercle de con)p;iraison du Système du Taira , menée par ce point d'intersection , qui tombe sur la carte de M. Greenough , un peu au nord de Botley-Hill, court del'E. 10''27'N. Elle forme avec la ligne de Mère à Margate un angle de 2° 27'. Cet angle surpasse un peu celui que nous avons trouvé à l'île de Wight, entre la parallèle au Système du Taira et la direction générale de la côte méridionale de l'Angleterre; il est un peu plus petit que celui que nous avons trouvé dans le Jura, entre la parallèle au Système du Taira et la direction du Lomont ; mais ce qui doit être surtout remarqué, c'est que les trois différences sont comptées dans le même sens, d'où il résulte que les trois directions de Lomont, de la côte méridionale de l'Angleterre, et de la ligne de Margate à Farnham et à Mère, approchent encore plus d'être parallèles entre elles qu'elles n'approchent de l'être au grand cercle de comparaison du Syslème du Taira, tel que nous l'avons adopté provisoirement.

Quoiqu'il en soit, cette différence de 2" 27' me parait assez petite pour pouvoir être négligée dans le tâtonnement actuel. Afln que ce tâtonnement repose sur une baseuniformejesnbstitiieà la ligne de Mère à Margate une parallèle au grand cercle de comparaison du Syslème du Taira , menée par le point d'intersection de celle même ligne avec le méridien de Greenwich(lal. 51" 15' 10 "N. long 2 20' 24" 0. de Paris), et je prolonge la parallèle vers l'est, comme un arc de grand cercle.

La résolution d'un simple triangle rectangle montre que cet arc du grand cercle coupe perpcndiculaiiement, par 32° 0' i" de lat. N., le méridien situé à 10° 57' 54" à lE. de celui de Paris. Le point d'intersection tombe à 29' 35" au sud et à 5' 36" à l'ouest de Berlin.

Notre ligne prolongée est très facile à construire, d'après ces données, sur la belle carte géologique de l'Europe <enirale par M. de Dechen. On voit alors qu'elle passe un peu au nord des collines de sables tertiaires de Berg-op-Zoom et de Gertruydenbeig, si analogues à celles de Bagshot- Healh. Plus à l'est, elle traverse les collines crétacées des environs e Munster parallèlement à la bande presque rectiligne de ter-

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raiii crétacé qui, au nord de Dortmund, se termine à peu près à la ligne tirée de Vesel à Paderborn. Plus à l'est encore, notre ligne traverse la v liée d'élévation au fond de laquelle surgissent les célèbres eaux minérales dePyrmont, ce qui établit une sorte de lien stratigraphique, peut-être assez inattendu, entre ces eaux et celles d'Epsom, et entre la vallée de Pyrmont elle-même et les vallées d'élévation du midi de l'Angleterre.

En suivant, plus à restenccre,le cours de cette même ligne, on la voit passer au pied nord du Hariz , traverser l'Elbe un peu au sud de Magdebourg, puis s'étendre dans la plaine erratique immense delà Prusse et de la Pologne, dont elle côtoieà peu dedistance la limite méridionale. Les protubérances de roches solides inférieures deviennent des raretés au nord de cette ligne; mais ce qui est bien digne de remarque, c'est que leur influence se faisant probablement sentir à travers le manteau erratique qui les dérobe à la vue, la direction de notre ligne se retrouve d'une manière frappante dans celles de plusieurs grandes portions de rivières : la Sprée et la Havel , près de Berlin; l'Elbe entre Wiitemberg et Dessau ; l'Oder, dans une partie de son cours, entre Glogau et Frankfort; laWarte et la Bzura,dans leurs principaux tronçons; le Buget la Vislule, de Brzesk-Litewsk à Polk. Le cours de toutes ces portions de rivières est parallèle à notre ligne, comme le cours de la Tamise ellemême dans sa partie inférieure.

Prolongé plus à l'est encore, le même arc de grand cercle coupe le méridien de Kiev ( 28° 13' 21" à 10. de Paris ) par 50„ 42' 47" de lat. N. , c'est-à dire à 13' 44'' au nord de cette capitale de l'Ukraine, çt sous un angle de 76° 29' 10", en se dirigeant à l'E. 13° 30' 50" S. Construite sur la belle carte géologique de la Russie , publiée par MM. Murchison , de Verneuil et Keyserling, cette ligne passe un peu au sud de la rivière Narine, à laquelle elle est parallèle. Elle est parallèle aussi, à peu de chose près , à la direction cônérale, des rivières Pripet et Sem qu'elle laisse au nord, et à celle de Douetz, qu'elle aisse un peu au sud. Elle laisse au nord les célèbres marais de Pinsk,dont les eaux, incertaines de leurs cours, se partagent entre lu mer Baltigue et la mer Noire, et

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elle traverse le Dnieper près du point où, après avoir reçu une grande partie des eaux du midi de la Pologne et de la Russie, il s'engoulTre dans les gorges pittoresques qui le conduisent à la mer Noire. Notre ligne marque donc à peu près le bord septentrional de cette longue protubérance d'une faible saillie, mais d'une influence bien marquée sur les directions des rivières, qui forme, en quelque sorte, le seuil de la Russie méridionale.

On voit ainsi que notre ligne forme la limite septentrionale , non seulement de l'Angleterre méridionale, mais de l'Europe méridionale tout entière. Elle laisse au nord les comtés d'Essex, de SulTolk, de Norfolk, le bassin peu profond de la mer du Nord , les plaines du Hanovre et l'immense étendue des plaines baltiques, «armâtes et russes.

Cette même ligne passe à environ vingtcinq lieues vers le nord des cataractes du Dnieper. L'intervalle est un peu plus grand que celui qui la sépare en Angleterre de la ligne de dislocation de l'Ile de Wight, dont la direction prolongée jusqu'en Ukraine passerait par conséquent un peu au nord , mais à une assez petite distance de ces cataractes célèbres.

Une telle réunion de circonstances montre, si je ne me trompe, que le groupe de lignes stratigraphiques du midi de l'Angleterre, dans lequel j'avais entrevu originairement, ainsi queje l'ai rappelé en commençant, un premierrudiment dusystèmedontnous nous occupons, forme en efl'et un des traits les plus remarquables de ce système, que je propose de nommer en conséquence Système de l'île de Wight , dit Taira , du RilO' Dagk et de l'Hœmus.

L'âge relatif de ce système me parait être intermédiaire entre l'époque du grès de Fontainebleau et celle des mollasseï d'eau douce inférieures del'étage miocène, qui correspondent au calcaire d'eau douce supérieur et aux meulières supérieures du bassin deParis. 11 est d'abord évident, d'après les faits que j'ai brièvement rappelés ci-des* sus , que ce système est postérieur à toutes les couches de l'étage tertiaire inférieur qui existentdans le midi de l'Angleterre, etroo peut assez naturellement en conciurequ'il eit postérieur à tout l'étage tertiaire inférieur.

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Depuis le Rilo-Dagh jusqu'au Lomont , les rides produites par ce même système ont servi d'assiette à tout le terrain des mollasses miocènes qui se sont moulées sur leurs Jouteurs avec une exactitude remarquable, ce qui porte naturellement à penser qu'il ^eur est antérieur. Je crois mênie qu'il leur est immédiatement antérieur, car le grès de Fontainebleau ne mon trépas cette disposition toute spéciale à se modeler sur les contours que ce système a déterminés. Il est vrai que jusqu'à présent legrès de Fontainebleau n'est bien positivement connu que dans le bassin de Paris; mais ce fait négatif vient luimême à l'appui de la remarque précédente. Dans le bassin de Paris les grès et sables de Fontainebleau ne montrent aucune tendance à se rapprocher des rides de notre système, tandis que le grand dépôt d'argiles bariolées, de sable granitique et de silex qui forme la base du sol des plaines de la haute Normandie, et qui se rattache aux meulières supérieures des environs de Paris, s'éiend jusqu'au haut des falaises du pays de Caux, et s'approche par conséquent aussi près que possible de la ligne saillante des côtes méridionales de l'Angleterre, qu'il ne paraît pas avoir dépassée et qui a probablement formé sa limite originaire. L'influence de cette ligne sur le dépôt rie toutes les assises supérieures de grand étage miocène est tellement marquée, que depuis l'île de Wight jusqu'à l'Ukraine on n'en troiive plus au nord que des lambeaux peu étendus, tels que le crag inférieur duSurfulk , tandis qu'au sud elles couvrent de très vastes espaces.

L'influence du Système du Tatra sur toutes les assises supérieures de l'étage miocène n'est pas moins marquée que celle du Ayslème des Pyrénées sur l'étage éocène parisien.

Sir Roderirk Murchison remarque , dans son dernier mémoire déjà cité plus haut, qu'au pied des Alpes la grande solution de continuité dans la séiiedes couches sédimeiitaires modernes, le grand hiatus, suivant sa propre expression (22s <i :508), se trouve entre les couches à fuconies (macigno, flysh) et les mollasses miocènes. Le /na<us est en effet très grand, car il correspond à tout l'ii 'ervalie <ie temps qui s'est écoulé entre la formation du àyslème des Pyrénées et celle du

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Système du Tatra. Il est supérieur en étendue, mais assez analogue à celui qui existe entre le calcaire carbonifère et le terrain permien qui, dans les plaines de la Russie, sont superposés l'un à l'autre en stratification presque concordante, et ne peuvent être distingués d'une manière certaine que par des dilférences paléontologiques. Ces différences sont a peu près du même ordre que celles qui permettent de distinguer le terrain miocène du terrain nummulitique méditerranéen, auquel il est superposé parallèlement dans les provinces vénitiennes, au pied des crêtes pyrénéennes des Alpes Juliennes. L'existence bien avérée de pa* reilles lacunes (hiatus, si l'on trouve le mot plus élégant) m'a fait suspecter un momenW la continuité que j'avais remarquée en Savoie entre les couches crétacées et les couches nummulitiques. Les faits constatés par sir Roderick Murchison tendent a prouver que j'avais fait trop bon marché de mes propres observations à cetégard; mais ils n'infirment pas l'existence de la lacune (ou hiatus) que j'ai signalée aux environs de Paris entre la la craie et l'argile plastique, lacune qui n'est que très imparfaitement remplie par le calcaire pisolithique. Lorsqu'on borne ses observations à un seul pays, une répugnance involontaire, une sorte d'horreur du fide éloigne l'idée de longues lacunes chronologiques entre des couches qui s'appliquent l'une sur l'autre, et dont la supérieure a souvent emprunté quelques uns de ses éléments et même sa couleur à celle qui la supporte; mais quand on vient à embrassser un horizon plus étendu, on voit que cette répugnance n'est qu'un préjugé local, et l'on arrive à concevoir que lorsque toutes les lacunes du même genre auront été reconnues et comblées, la série zoologique de la paléontologie prendra une continuité et une régularité bien dillérentes de la forme saccadée qu'on lui a attribuée pendant longtemps, et pour le maintien de laquelle l'existence des Systèmes de montagnes ne fournit aucun argument solide.

Un fait remarquable à noter encore relativement au i'i/s/è/ne du Tnlra, c'est que sa direction, qui est parallèle à celle de l'ensemble du massif du Caucase, joue un rôle important au pied méridional de i'Ural. Une parallèle au grand cercle de comparaison de

ce système, menée parUralsksur la rivière Ural (lat. 51° U' 23" N., long. 49o 2 22' E. de Paris), se diri^^e à TE. 27» 33' S. Construite sur la belle carte géologique de la Russie d'Europe, publiée par MM. Murcliison, de Verneuil et Keyserling, carie qui m'a déjà fourni tant de rap|)rocheuieiits remarquables, lette ligue coupe TUral au Pic figuré au sud du mont Airuk, et elle représente aussi exaclemenl que possible la direction générale de la bande de terrain crétacé que les savants auteurs ont figurée au sud d'Orenburg, et qui forme la limite nord de la grande steppe des Kirghis , dont le sol est généralement formé par des terrains tertiaires récents.

Cette steppe immense, considérée dans ses traits les plus généraux, présente vers le N.-O., près de Volsk, une terminaison presque rectangulaire due à la rencontre à peu près orthogonale de la ligne que je viens de citer avec les falaises de la rive droite du Volga , qui appartiennent, par leur direction , au Système des iles de Corse et de Sardaigne.

La c.iu<e de cette rectangularité est la même que celle qui fait que la direction de l'île d'Elbe est perpendiculaire à celle de la crête étroite du cap Corse. C'est que les deux systèmes des iles de Corse et de Sardaigne et du Taira sont orientés suivant des directions à très peu près perpendiculaires entre elles.

11 est facile de calculer, en effet, que le grand cercle de comparaison du Système du Taira, orienté au mont Lomnica,à l'O.

4" 50' N., coupe le méridien du cap Corse au milieu de l'Allemagne, au S. -0. de Wurizburg, sous un angle de 86'^ 37' 07''. il ne s'en faut donc que de S" 22' 53", qu'il ne lui soit perpemiiculaire.

Si j'avais pris pour grand cercle de comparaison du Système du Taira un grand cercle orienté au mont Lomnica vers l'O. 8" 14' 25'' N., la perpendicularité aurait été rigoureusement exacte. Dans cette hypothèse, la différence trouvée pour la direction de Lomont aurait été complètement insignifiante (15' 35''). Celles relatives à la côte mériiiionale de la Grande-Bretagne et à la ligne de Mère à Margate auraient été très petites aussi (2" 1 1' et 57') , mais dans un sens inverse de celui dans lequel étaient

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comptées les différences que nous avons trouvées précédemment Les prolongements de ces lignes vers l'Ukraine auraient cadré, d'une manière peut-être plus frappante encore, avec les grandes lignes de celte contrée.

De son côté, le grand cercle de comparaison du Système des iles de Corse et de Sardaigne aura probablement à subir ultérieurement quelque modification. Il me paraît très vraisemblable que lorsque les deux grands cercles de comparaison seront rigoureusement déterminés, ils seront exactement perpendiculaires entre eux. Mais cette détermination rigoureuse exigera maintenant d'assez longues recherches et des calculs fastidieux.

C'est surtout par leur petitesse que les incertitudes qui affectent encore les directions du Système des iles de Corse et de Sardaigne et du Système du Tatra me paraissent mériter l'attention de ceux qui seraient tentés de croire que les Systèmes de inonlagnes n'existent que dans quelques imaginations prévenues.

Les rencontres curieuses auxquelles donne lieu la prolongation , jusqu'au Caucase et à rUral, des lignes de dislocation du midi de l'Angleterre, me paraissent mériter aussi l'attention des personnes qui penseraient que la tendance générale des lignes d'élévation est de s'infléchir suivant des courbes continues (comme l'a si ingénieusement expliqué M. le professeur Hopkins , et comme il en existe sans doute quelques exemples locaux), plutôt que de prolonger leur cours en ligne droite, ou de dévier brusquement suivant des lignes de fracture préexistantes.

J'iijoutorai en terniiuaui que les motifs qui me fout considérer le Système du Tatra comme plus récent que le Système des iles de Corse et de Sardaigne laissent encore à mes yeux quelque chose à désirer. Je suis convaincu que le second est plus récent que le premier, et que le grès de Fontainebleau s'est déposé enire les époques de leurs formations respectives ; mais le peu d'extension de ce grès rend peut-être la démonstration trop peu concluante: elle n'établit pas encore suffisamment que l'ordre d'apparition des deux Systèmes n'ait pas été inverse de celui que j'ai indiqué, ni mêmequ'ils n'aient I pas été contemporains l'un de l'aulre. Je

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ferai au reste remarquer, sous ce dernier rapport, que deux Systèmes dont les directions sont perpendiculaires entre elles ont entre eux par cela même une relation de direction très simple, et que s'ils étaient reconnus contemporains (ainsi que M. Hopkins en a parfaitement fait comprendre la possibilité pour des phénomènes opérés sur une petite échelle), le principe des directions en recevrait une atteinte beaucoup moins grande que si Ton parvenait à établir la contemporanëilé de deux Systèmes dont les relations de direction seraient moins directes. Mais comme il doit y avoir eu deux révolutions considérables sur la surface de l'Europe, l'une immédiatement avant, l'autre immédiatement après le dépôt du grés de Fontainebleau, il y a , je crois, bien peu de chances pour que les deux Systèmes dont je viens de parler soient reconnus contemporains. Quant à la question de savoir quel est celui des deux Systèmes qui est le plus ancien, des observations nouvelles achèveront probablement de la résoudre dans un avenir peu éloigné.

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