C. Organes électriques des Poissons
Le fluide électrique est sans doute le produit le plus étonnant des sécrétions. Ce sont des nerfs de diverses branches qui paraissent en être les conducteurs, et la partie du cerveau, de la moelle allongée ou de la moelle épinière, dans lesquelles ces nerfs prennent leur origine,qui en sont les organes sécréteurs. Ce fluide est ensuite condensé dans l'organe électrique, et déchargé au dehors pour agir à distance sur une proie, ou sur un ennemi, suivant la volonté de l'animal ainsi puissamment armé de la foudre. Aussi, au rapport de M. Et. Geoffroy Saint-Hilaire, qui a fait connaître l'organe électrique d'une espèce delà grande famille des Ni/wres , que l'on trouve entre autres dans le Nil, ce Poisson avait-il reçu des peuples de l'Éaypte le nom vulgaire de tonnerre, bien des siècles avanf la découverte du siècle dernier sur l'identité de l'électricité et de la foudre.
Les espèces du genre Torpille, Dum. (le
(i) J.Muller.oUvrageclté, pi. Il, fig. lo, et Kuller, De OrHithorxHcho parëdoxa.
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Silure électrique et !e Gymnote électrique), isont les seuls Poissons reconnus générale- !ment comme électriques, dont l'anatomie uit fait connaître les organes de ce nom, et eur histoire naturelle proprement dite, les phénomènes électriques incontestables. Dans chacun de ces Poissons, l'organe électrique, qui est symétrique, est en rapport avec la peau. Il s'y compose essentiellementde lames wu de feuillets fibreux, interceptant des cellules (le Silure électrique); ou de capsules empilées (les TorpHles); ou deséries de piliers composant les lames de cet organe (le G}jmnote électrique) .
Les nerfs, dans l'appareil électrique du Gyjnjiote, sortent successivement de la moelle épinière ; dans celui du Silure électrique, ils proviennentd'une branche du nerf de la ligne latérale qui appartient à la huitième paire.
C'est encore, en plus grande partie, de la huitième paire que proviennent les nerfs de l'organe électrique des Torpilles; mais il en reçoit un, en premier lieu, qui appartient à la troisième branche de la cinquième paire.
On a cherché, dans ces derniers temps, avec beaucoup de soin, à découvrir comment les filets nerveux se distribuent ou se terminent dans cet appareil , dans celui de la Torpille, en particulier.
II faut se rappeler que, dans ce Poisson, cet appareil se compose de colonnes parallèles, qui vont d'une surface du corps à l'autre ; que chacune de ces colonnes est formée de nombreuses petites capsules aplaties, polygonales, placées les unes par-dessus les autres et qui ne paraissent adhérer ensemble que par deux arêtes ou deux points de leur circonférence, qui est libre dans tout le reste de son étendue.
Nous avons observé, au microscope, la d istribution d'un rameau nerveux dans une de ces lames ; il serpente sur cette lame, s'y décompose en filets déliés qui s'écartent les uns des autres et semblent se perdre en se ramifiant dans les granulations qui entrent dans la composition de ces lames. Nous n'avons pas vu qu'ils Formassent de réseaux (1).
M. R. "Wagner a fait la même observation p. iiérale. Cet anatomisle célèbre a vu le filet |ii incipal d'une lame,' parvenu à la surface da cette lame, produire, immédiatement
(i; Leçons d'anat.comf., t. vni, p. 6»4
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après s'être un peu renflé en massue, un faisceau de filets plus petits qui finissent par disparaître après s'être divisés et ramifiés en filets de second et de troisième ordre (1), sans se joindre pour former des mailles, et sans se replier sur eux-mêmes en arcad-^s.
§ 5. Sécrétions qui servent aux moMuementa de Vanimal , sans appartenir à ses téguments.
Nous rangeons dans cette catégorie fonctionnelle, en premier lieu :
A. Les glandes synoviales, dont l'existence, rejetée par Bichat, a été de nouveau démontrée par M. le docteur Lacauchio {?.). Cet anatomiste appelle cette sorte d'organ^.., glandes projetées; parce qu'au lieu d'avoir leur surface de sécrétion formant la paroi d'une cavité, elle est une paroi saillante. Ainsi les glandes synoviales, dans cette manière de voir, seraient des aggrégations de follicules retournés , qui sécrètent une humeur visqueuse, la synovie, dont l'usage évident est de faciliter les mouvements des surfaces articulaires des os, les unes sur les autres, et de prévenir les inflammations qui en résulteraient.
B. La vessie natatoire àes Poissons, qui fait varier leur pesanteur spécifique , suivant que l'air qui la remplit est comprimé ou dilaté, doit être comprise dans cette catégorie des organes de sécrétion.
Lorsque cette vessie est entièrement fermée, lorsqu'elle manque absolument de toute espèce de communication , soit avec l'œsophage, soit avec l'estomac, il est nécessaire qu'elle, ait dans sa composition, un ou plusieurs organes de sécrétion de l'air qu'elle renferme.
Ces organes existent encore dans quelques unes des vessies natatoires qui ont un canal excréteur. Ils sont connus sous le nom de corps rouges, et doivent être classés parmi les corps glanduleux sans canaux excréteurs particuliers, tels que la rate, les corps surrénaux, la glande thyroïde.
Ils se composent essentiellement de ré« seaux, ou de faisceaux , de vaisseaux sanguins extrêmement ténus , et même , dmi
(i) Sur la structure intime de l'organe électrique rie Im Torpille ; Goettiiigue, 1847, in.4, avec une planche.
(2) Dans les Etudes hjdrotomiquet et miciographiques , p. 3a et suiv., et pL IV, fig. 1 et 3. Paris, i«4t.
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rinelques cas évidents, de tissus caverneux, que le liquide nourricier, destiné à la sécrétion de l'air, doit traverser, et dont ils modilient le mouvement et la composition pour cette sécrétion.
La forme et la position de ces corps rouges sont très variables. Nous n'en citerons que trois exemples.
Dans la Perche fluviatile, ils sont petits , multipliés et dispersés dans la première moitié du plancher de la vessie. On dirait, en J«s examinant, voir un lacisde vaisseaux sanguins. De ces petits corps partent en rayonnant d'autres vaisseaux, dont les ramuscules sont disposés en pinceaux, et que l'on trouve quelquefois remplis d'air.
La singulière vessie natatoire du Maigre (Sciœna umbra) a une grande partie de son plancher couvert par un corps rouge , dont la surface présente des sillonset des canelures arrondies , disposées comme les circonvolutions cérébrales.
La substance de ce corps se compose de lames, qui vontobliquementde la membrane interne à la membrane propre de la vessie natatoire, et laissent des intervalles entre elles, que nous avons trouvés quelquefois abreuvés de sang.
Une forte artère marche entre les deux moitiés de ce corps glanduleux, et lui fournit beaucoup de branches.
Dans les deux exemples précédents , la vessie natatoire n'a pas de canal excréteur. Celle de VAnguiUe fluviatile en a un. C'est entre la muqueuse et la membrane propre de cette vessie , de chaque côté de son canal excréteur, que sont placés les deux corps rouges symétriques, qui appartiennentà cette espèce. Ils ont une forme demi-cylindrique. Les deux extrémités de chacun de ces corps, celle plus rapprochée du canal aérien , comme celle opposée , montrent un réseau vasculaire à gros cordon , aboutissant au point de départ des vaisseaux plus fins, qui composent la substance propre de ces corps rouges.
C'est de ce réseau vasculaire des extrémités du corps rouge, que partent les quatre troncs artériels qui se distribuent, en avant et en arrière , dans les parois de la vessie, ou les troncs veineux qui se rendent dans la veine porte. C'est à ce réseau qu'aboutissent les deux artères, divisions d'une branche du
tronc cœliaque , ou les veines qui y reviennent des parois de la vessie.
Il y a, dans ces réseaux, unedécomposition des troncs artériels et veineux, comparable à celle des artères humérale et fémorale des Loris et des Paresseux (1).
Cette frappante analogie nous a conduit à l'idée que la production de l'air, dans la vessie natatoire, pourrait dépendre, en grande partie, du ralentissement du cours du sang, par l'extrême division des vaisseaux capillaires qui composent ces ganglions sanguins (2); de même que la production des gaz intestinaux peut avoir, en partie, pour cause, le mouvement du sang dans l'arbre veineux, qui a ses racines dans l'intestin, et ses branches dans le foie.