SECTION II
Des organes de sécrétion dont les produits servent aux actions des animaux sur les autres animaux, ou sur le monde extérieur en général.
§ 3. Nous rangerons, en premier lieu, dans cette catégorie , les glandes du derme qui appartiennent aux fonctions de la génération.
A. Les glandes mammaires sont les plus importantes. Nous ajouterons peu de lignes à ce quia été dit, dans ce Dictionnaire (t. VII),
au mot MAMELLES.
Rappelons d'abord que les glandes mammaires sont situées sous la peau dans un tissu cellulaire graisseux plus ou moins abondant. Leurs canaux excréteurs sont percés, chez la femme, à l'extrémité d'une papille de la peau (le mamelon), sensible et érectile, située au milieu d'une aréole circulaire, colorée en rouge clair ou plus ou moins foncé, suivant la teinte générale de la peau, et plus ou moins étendue, suivant les races (3).
La sensibilité dont tout l'organe est doué,
(t) Voir cette structure compliTuée figurée pi. V, fig. 4, it l'ouvrage cité de J. JluUt-r, d'.iprès une préparation de la Claude lacrymale d'une Tortue de mer, faite par M. de Froriep.
(ï) Sur les caractères anatomiques qui distinguent les Serpents venimeux t\es Sei-pents non venimeux , et Fragments d'iiiKÉtomie sur l'organisation îles Serpents, § 6, de In Glamle tacrymnie, et pi. IV. Annales des ic. nalur., t. XXX.
(J) Voir les ifwnj <<'a««r. comv , t Vlll, p boi. ï. XU.
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par exception, est à la fois la source de son activité et des modifications qu'elle éprouve ' et que peut montrer son produit (le lait) i dans sa quantité et dans sa composition.
Cette seiisibilitése manifeste, entre autres, par l'influence sympathique qu'exercent sur les organes de la sécrétion du lait, les organes internes de la génération, et réciproquement. Elle se montre surtout au dehors, par l'impression de plaisir qui pénètre jusqu'aux entrailles d'une mère, lorsqu'elle sent les joues de son enfant s'appliquer contre son sein, et les lèvres en sucer le mamelon.
Dans l'espèce humaine, les glandes mammaires ne se développent généralement que dans le sexe féminin , et, dans les Mammifères, que chez les femelles. Cependant ces glandes existent chez les mâles de ceux-ci, et chez l'Homme, à l'état plus ou moins rudimentaire. Leur présence est encore indiquée par les mamelons que porte l'Homme, ou les tétines que montrent les mâles des Mammifères.
Dans quelques cas rares, on a vu des Hommes, et des mâles de Mammifères domestiques, avoir les glandes mammaires assez développées pour sécréter une quantité de sérum ou même de lait assez abomiante, suivantuneobservation faite parM. deliumbolt, pour qu'un père ait pu en nourrir son fils pendant cinq mois.
Aristote(l) cite l'exemple d'un Bouc lactifère, originaire de l'île de Lemnos. M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, en rappelant cette ancienne observation, à l'Académie des sciences, dans sa séance du 18 août 1845, lui annonçaitque la ménagerie du Jardin des Plantes possédait un Bouc lactifère de la même île (2).
Déjà, en 1844, M. le docteur J. Schossberger avait fait connaître, à la sollicitation de M. Liébig , l'analyse chimique du lait d'un Bouc âgé de quatre ans, qui vivait dans une ferme des environs de Giessen. Ce Bouc avait encore donné, l'année précédente, des preuves de sa fécondité. Ses testicules , sa verge et ses cornes sont à l'état normal.
Les deux mamelles sont à la place où se trouvent celles de la Chèvre : elles ont la grosseur du poing. On ne peut en extraire
(i) Iliitvn-e des animaux, hv. III , rli. xi. (?) Comptes rendus de l' Académie des sciences , t. XX!, p. 4i5aii7.
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du lait qu'en esciiaiii de lu ddiilenr, et en petite quantité, attendu que ce Bouc est souvent occupé à sucer ses tétines.
On est cependant parvenu à en rassembler 2 onces pour les analyser.
Voici le dernier résultat de cette analyse. Sur 100 parties, ce lait contenait :
Eau 83,0r)
Caséine avec des sels .... 9,66
Sucre (le lait (avec des sels) . . 2,60
! Beurre 2,63
Cette analyse montre que le lait de Bouc ge rapproche plus du lait de Chèvre que du lait de Vache, dont il diffère par une plus grande proportion decaséine, etunemoinilre proportion de beurre et de sucre de lait (I ).
On a souvent objecté au système des causes finales, l'existence des mamelons devenus inutiles chez les mâles des Mammifères. C'est qu'on oubliait que chaque cause finale particulière, concernant l'emploi physiologique de tel ou tel organe, est subordonnée à une cause finale plus générale; celle d'un plan commun de composition , d'après lequel l'un et l'autre .sexe de certains groupes d'animaux ont été organisés. Ce plan commun de composition harmonique , est susceptible d'être modifié à l'infini , mais non changé, par le développement de certains organes ou de certains appareils ; ou par l'état rudimentaireoii ils sont réduits, suivant les nécessités de la vie de chaque être.
Après celte courte digression, je reviens à mon sujet, l'organisation intime des glandes mammaires.
Il y a, au premier coup d'oeil, une très grande différence entre les grands cœcums sinueux, en forme de massue, qui composent la glande mammaire des Mammifères les plus inférieurs (les Monolrèmes) , et les nombreuses vésicules extrêmement petites qui entrent dans la composition de la partie de la glande des autres Mammifères , qui est chargée plus particulièrement de la sécrétion du lait. Mais ces tubes aveugles ne sont que I de grands follicules, qui montrent, par l'orjganisation plus simple et plus manifeste de la glande, une dégradation organique- Ici, la partie chargée de la sécrétion se continue
(i) archives de chimie et de microscopie thysiologique et pathologique^ par le docteur Joli. Floiian Hesler, année »84*, a* cailler, p. 2oi et 20 j.
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insensiblement avec la partie chargée do porter au dehors le produit de cette sécrétion.
Dans une organisation plus élevée, ces deux parties sont bien limitées. La première se compose de très petites vésicules; la seconde, de leurs conduits excréteurs. Ces vésicules sont agglomérées à un conduit excréteur principal, auquel aboutissent chacun de leurs petits canaux excréteurs. Cette agglomération forme un lobule. Plusieurs lobules, réunis par leur canal excréteur i une branche plus considérable, forment u:. lobe. Plusieurs lobes enfin composent 1.! glande mammaire, dont la forme générale varie d'un Mammifère à l'autre , mais dont la composition intime est telle que nous venons de l'indiquer.
B, Des glandes prépuciales.
La peau qui revêt le gland de la verge de l'Homme et de la plupart des Mammifères, ou celui du clitoris chez la Femme, et chez les femelles de ces derniers, a des cryptes ou de très petites poches glanduleuses, qui sécrètent une pommade épaisse, dont un des usages doit être d'empêcher les inflammations qui résulteraient des frottemenij du prépuce sur le gland ; mais dont les qualités odorantes et labondance, dans certaines espèces , paraissent être en rapport avec l'âge de propagation, l'époque du rut et le rapprochement des sexes.
Le développement et l'importance qu'ac quièrent ces glandes chez les mâles des espèces de Mammifères , chez lesquels ces rapports existent, sont un nouvel exemple de cette uniformité de plan dans l'organisation d'une même classe, dont nous avons parlé en décrivant les glandes mammaires; il montre les nombreuses difl"érences qui peuvent exister, en conservant le même plan de composition organique général , dans le développement proportionnel de toutes les parties, et dans les détails de leur structure.
Dans les Rais, les Hamsters, les Campagnols, les glandes prépuciales prennent un développement considérable, se séparent de la peau du prépuce, forment une agglomération distincte de poches glanduleuses, qu communiquent les unes dans les autres et finissent par aboutir à un canal excréteur commun.
C'est dans la même catégorie qu'il faut
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classer le» glandes piépiiciales d'un autre Rongeur, du Caslor, qui séerèlent lu substance odoranle connue dans le commerce sous le nom de castoréum; ainsi que la poche à musc du Chevrolain porte -musc.
r.. Autres glandes des différentes régions des téguments, dont les produits sont généralement plus abondants à l'époque du rut, ou dont la sécrétion n'est en acUvilé qu'à cette époque.
Après avoir rappelé que ces glandes se eoiiipiîseiil généralement de poches plus «u îuoiiis niimbreuses , agglomérées et etnbdîtées les unes dans les autres, dont les éléments organiques sécréteurs sont des cryptes ou des follicules très petits, nous ne ferons qii'indiquei" ces organes glanduleux, dont les produits sont toujours très odorants.
Ce sont: l" tes Larmiers des Cerfs et des Antilopes, poches glanduleuses situées dans une fosse sous-orbitaire de l'os maxillaire supérieur (1).
2° La glande temporale de i'Éléphanl mâle.
3° Je crois devoir ranger ici les poches glanduleuses, qui existent dans le voisinage des organes génitaux et de l'anus chez plusieurs Carnassiers; celles de la Civette, de Vkhneumon et même du Blaireau et de V Hyène, quoique situées entre l'anus et la queue.
Mais j'en sépare les vésicules anales qui appartiennent aux organes glanduleux du paragraphe suivant.
§ 4. Organes dé Sécrétion du derme ou de ses dépendances dont les produits sont des moyens défensifs ou offensifs pour les animaux qui en sont pourvus.
Nous rangeons dans cette catégorie:
A. Eu premier lieu, les véiicules dites a-' aies.
Ce sont deux vessies glanduleuses qui existent sous la peau de la région anale • ( hez les Mammifères carnassiers et chez les Jlongeurs; leur canal excréteur s'ouvre de (haq.ue côté de la marge de l'anus. Leur produit est une substance dilTéieinmeut
{t) On a fait l'ubseivation singulière que dans le Ctrf murictjack, ces larmiers sont de grandes poches que l'aniiii-il
):• r.x'ulté d'ouvrir et de fermer. Lecont W tinutontie eoiit- P«'«, t.IH,p. 4 58.
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colurëe, de consistance liquide oa plus épaisse, toujours odorante, dont l'odeur désagréable a fait donner, entre autres au Vutois, le nom qu'il porte.
Chez les Mouffettes, c'est une odeur d'ail excessivement concentrée, repoussante au plus haut degré, et à une assez grande distance.
Les Crocodiles, parmi lea Reptiles, ont de semblables glandes.
B. La glande venimeuse dont le canal excréteur comtnunique avec l'éperon du pied de derrière (l) de VOrnithorhynque et de VEchidné, appartient à ce groupe physiologique d'organes sécréteurs.
Cette glande assez considérable, de forme pyramidale et un peu en cœur, est située au haut de la cuisse, sous le peaucier de cette partie; ellesecomposedefollicules très petits, réunis ett lobules. Leur canal excréteur commun s'ouvre dans l'ongle creux qui se voit à la partie inférieure de la plante du pied, où il forme une espèce d'ergot; le canal excréteur de la glande se prolonge dans le canal de cet ongle et de l'os qui le soutient, jusque près de soo extrémité, qui est terminée en pointe.