‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelleChapitre 104 sur 129 · AN G · texte numérisé non relu

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spécifiques, tiennent à la différence des sexes. Je présume, par exemple, que l'Anguille nommée le Pimperneau est le mâle de l'Anguille pki(-?)ec,- toutefois, je n'ose encore l'affirmer. Ces diverses Anguilles ont à peu près les mêmes mœurs , et, par conséquent , le même genre de vie.

L'Anguille vit dans les eaux courantes ou dormantes indifféremment. Elle aime le mouvement de la vanne d'un moulin , de même qu'elle croît dans l'eau d'un fossé. C'est un poisson voracc , qui se nourrit de petits animaux de sa classe , et surtout de Goujons, dont il est très friand; mais qui attaque aussi les petits quadrupèdes et les oiseaux aquatiques , les vers , et même les débris des corps des animaux que l'on jette à l'eau. Il chasse particulièrement pendant la nuit; le jour, il se tient blotti dans les touffes de plantes aquatiques , ou même se retire dans des trous le long des berges, et l'on en prend jusqu'à trente dans un même trou. On les force à en sortir en les enfumant comme on le fait pour les Renards.

L'Anguille s'enfonce aussi sous la vase des étangs, pendant le froid, mais c'est surtout quand on met ces amas d'eau à sec; pour en faire la pêche ; on est même oblige de faire marcher sur cette vase et de la piétiner pour en faire sortir les Anguilles. Dans les chaleurs de l'été, et quand le temps est orageux, les Anguilles aiment aussi à sortir de l'eau, et vont quelquefois très loin au travers des herbes. Elles chassent à terre, mangent les petits reptiles, les colimaçons, et même, quand elles sont dans les champs cultivés, certaines plantes dont elles sont très friandes, entre autres les pois. Si elles sont surprises par le jour et les chaleurs , elles se blottissent dans une touffe d'herbes , et , roulées sur elles-mêmes, y attendent la nuit suivante. Il n'est pas très rare qu'en fauchant les prairies le fer des travailleurs coupe une Anguille. J'en ai vu de très grosses qui avaient été ainsi blessées.

Dans les eaux courantes, elles nagent avec force et rapidité contre les courants ; mais en descendant, elles se laissent, le plus souvent, entraîner au fil de l'eau sans faire d'efforts; aussi prend-on beaucoup d'Anguilles dans de grandes nasses tendues eu travers

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des rivières, et bordées, de chaque côté, d'une muraille faite avec de grandes perches entrelacées de branchages, et dont les trous sont bouchés avec de la vase. C'est ce que les nôcheurs appellent des gords. On en prend surtout en grande quantité dans ces lilets, à 'époque où l'Anguille descend le courant des rivières pour se rendre à la mer, vers 'eau salée ou saumàtre, aOn d'y frayer.

II y a lieu de s'étonner que Ton ait perpétué et que l'on perpétue encore les contes les plus ridicules sur la reproduction des Anguilles ; car, au milieu de toutes ces fables, on trouve consignés, dans presque tous les ouvrages qui traitent de l'histoire naturelle de l'Anguille, des faits vrais, et plus ou moins déguisés dans des rapports basés sur les erreurs populaires.

L'observation que les Anguilles se rendent à la mer pour y frayer est, je dirai, aussi ancienne que {"Histoire naturelle. Elle est déjà consignée dans les Halieutiques d'Oppien. Depuis , de très bons observateurs ont affirmé ces faits , et Spallanzani l'a très bien établi dans ses ouvrages, si remplis de faits curieux et bien observés.

Ces observations ont été reproduites de nouveau par M. Yarell dans son excellent ouvrage.

Nos pêcheurs de la basse Seine croient que l'Anguille est ovipare. Suivant eux , elle fraie une première fois vers la fin de février ou le commencement de mars , et une seconde fois au mois de septembre. Cependant un fait avancé par M. de Joannis (Revue zoologique, 1859, n" 2) pourrait faire croire à la viviparité, ou mieux, à l'ovo-viviparité de l'Anguille. Un paysan lui a dit qu'ayant mis une grosse Anguille entre deux plats, et l'ayant ensuite découverte à son retour à la maison , après le travail aux champs, il la trouva entourée de ;)lus de deux cents petites Anguilles longues d'un pouce et demi à deux pouces, grosses comme des fils et presque blanches. M. de Joannis n'a d'ailleurs pas vu cette ponte ; il ne la rapporte que sur l'assertion d'un homme qui n'était pas en état de bien observer. La longcur, la couleur et la grosseur indiquées pour les petits nouveaux-nés, me portent à croire que l'Anguille en question s'était débarassée d'une grande quantité d'Ascarides ou de filaires, sortes d'intes-

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tinaux dont ces poissons nourrissent quelquefois des masses surprenantes. L'innombrable quantité de petits produite par l'Anguille me ferait croire au mode de reproduction o\iparc. Elle fraie dans la vase, après une sorte d'accouplement; c'est-àdire que le mâle se place près de la femelle , et, le plus souvent, les individus sont tète bêche. Ils exécutent tous deux des mouvements qui font dire aux pécheurs qu'ils se frottent le ventre l'un contre l'autre ; le mâle arrose de sa laitance les œufs que pond la femelle, de sorte que l'accouplement est analogue et comparable à celui des grenouilles et des crapauds , dont le mâle arrose les œufs de sa laitance , et les féconde au fur et à mesure que le chapelet qui les contient est expulsé par la femelle. Il paraît même que quelquefois plusieurs Anguilles de sexe différent se tiennent entrelacées. Je ne pense pas que les œufs de l'Anguille soient isolés ; je les crois réunis ensemble par une viscosité analogue à celle qui réunit les œufs de nos Perches d'eau douce. Ces œufs forment de petits pelotons en forme de boules arrondies. Je ne sais pas si chaque boule contient tout ce qu'a pondu une môme Anguille, ou si une femelle produit plusieurs de ces pelotes. Les petits éclosent bientôt , et restent , pendant les premiers jours de leur naissance , réunis dans ces pelotes , que les pêcheurs des rives de !a Loire, au dessous de Nantes, vont ramasser et jeter dans des étangs qu'ils veulent peupler d'Anguilles. Quand les petits ont atteint 4* à 5 centim. de longueur , ils se débarrassent des liens qui les retenaient ainsi pelotonnés , et ils semblent alors adhérer à la plage qu'ils paraissent encore sucer. Ceci explique pourquoi l'on dit que les Anguilles naissent du limon ou de la vase de la mer. Quand ces poissons ont acquis quelques forces, ils remontent tous en bandes serrées le fleuve principal ou ses afïluens : ils reçoivent alors le nom 4e Montée. Ils se répandent ainsi dans toutes les eaux avoisinantes. La quantité de ces poissons est si grande dans certaines rivières, qu'on ne saurait s'en faire d'idée sans l'avoir vue. On en prend la charge de chevaux sur les bords de la Loire. Quand les petites Anguilles ont atteint. 10 à 12 centimètres, elles sont grosses comme un tuyau de plume , le plus

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ouvent d'un beau jaune soufre, et prennent dans quelques localités le nom de CiveUesj mais, parvenues à cet âge, il y a dans leur croissance , dans leur manière de vivre et dans leur mode de dispersion dans les différentes eaux, plusieurs points encore obscurs , et , par conséquent , il y a encore plusieurs questions auxquelles il est difficile de répondre d'une manière très précise.

Ceux qui étudient et observent les Poissons ont dû être étonnés que ce ne soit que dans ies ports de mer , ou très près d'eux , que l'on voit arriver sur les marchés de petites Anguilles; j'entends des Anguilles ayant déjà la couleur et la forme des Anguilles adultes, et longues seulement deO^.SO àO^-jûG environ. La montée se cache-t-elle dans les premiers étangs voisins de la mer , et les Anguilles y prennent-elles leur seconde croissance? Et, cependant, les Civelles montent dans la Loire jusqu'à Angers , et en troupes très nombreuses; mais j'ignore ce que deviennent les Anguilles dans nos livières et nos lacs jusqu'à ce qu'elles aient atteint la taille de 0'",45 à 0'",50, qui est celle où l'on commence à les trouver dans nos eaux douces.

Elles prennent ordinairement une taille d'un mètre et même davantage. Le Cabinet du Roi en possède une qui a l'",70 de longueur, et dont la circonférence est de O-^SS. M. Yarell en cite du poids de vingt-sept livres.

Une seconde question, dont la solution est loin d'être complète , est celle de savoir comment les Anguilles se rendent dans les lacs intérieurs, et les peuplent, surtout quand ces lacs sont à de grandes hauteurs au dessus du niveau de la mer. Scnnebier a déjà fait remarquer qu'il n'y a pas d'Anguilles dans le lac de Genève, parce que, dit-il, il ne communique pas avec la mer, à cause de la perle du Rhône; tandis que l'on trouve ce poisson dans le lac de Morat; mais il est toujours dlIFicilc de donner une explication bien satisfaisante de la quantité d'Anguilles qui se trouvent dans certains lacs , du développement qu'elles y prennent, de la convenance qu'elles y trouvent et dont on peut juger , par la grosseur à laquelle elles parviennent , lorsqu'on a la certitude que la nature n'a pas mis les organes génitaux en état de reproduire l'espèce.

On ne voit pas, du moins dans nos eaui douces, d'Anguilles avec des laitances ou des ovaires pleins. C'est à cette circonstance qu'il faut attribuer l'origine de toutes les fables reproduites sur les générations des Anguilles. Pourquoi, si les Anguilles peuvent entrer dans ces lacs, n'en sortent-elles pas quand elles sont adultes et assez grandes pour frayer? L'action continue de l'eau douce de ces étangs empêche- t- elle le développement des organes génitaux ? produit-elle une sorte de castration naturelle? et alors n'estce pas à cette circonstance que tient la quantité de graisse et d'huile dont le corps de ce poisson abonde? Les Anguilles sont, dans certains pays, d'un très grand rapport. Le marché de Londres en est fourni par deux compagnies hollandaises, qui ont chacune cinq vaisseaux disposés pour contenir une cargaison de 15 à 20,000 livres d'Anguilles vivantes. L'un est stationnaire près de Londres quand les autres retournent en Hollande pour se fournir de nouvelles Anguilles. Chaque marchand paie un droit de treize livres sterling par chaque cargaison pour avoir la permission de vendre. Les lagunes salées de Commachio, qui reçoivent les crues du Pô , du Reno et du Ronco , et de tous leurs affluents, sont célèbres aussi depuis longues années par la quantité de Muges et surtout d'Anguilles qu'elles produisent. On estime que la pèche des Anguilles, qui se fait de septembre à décembre , produit cent dix raille pesi d'Anguilles ( un peso vaut 25 livres romaines ou 8'^ ,-*!), et dans le printemps on en tire 8 à 10,000 pesi. Ces Anguilles , préparées de diverses manières, sont envoyées dans toute l'Allemagne , et celles qu'on mange fraîches sont distribuées dans les états pontificaux, le royaume Lombardo-Vénitien , le Piémont , les états de Modène , de Parme , de Toscane et deNaples.

Après ces généralités sur les Anguilles , j'ajouterai que nous distinguons surnos côtes :

\oUAngmlle au long bec{AnguUla acutirostris Yarell) , qui a la tOte étroite , le museau pointu, la mâchoire inférieure plus longue, et cependant le crâne plus large, et cent trente vertèbres au squelette.

2o L'Anguille pimperneau ( Glut-eels des Anglais), à tète plus large, à cause de la

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grosseur des crotaphytes ; à yeux plus grands, il crâne plus étroit , et qui n'a que cent quinze vertèbres.

5" L'Anguille plat bec (ou Grig-eel des Anglais), qui a l'œil plus petit, le museau plus aplati, le crâne encore plus étroit.

BI. Yarell croit qu'il faut encore distinguer comme espèce le Snig-eel des Anglais.

Je crois aussi qu'il faudrait encore en distinguer d'autres en Europe. M. Savigny m'a entre autres donné une Anguille distincte par ses formes, et qu'il m'a assuré «Hrc tout à fait marine ; il l'a prise à Naples ; elle ne sortirait , selon lui , jamais de l'eau salée.

On volt d'après cela que l'Anguille devait Otre considérée comme type de genre dans !a famille des Anguilliformes ; et c'est effectivement ce qu'a fait M. Cuvier. Les Anguilles sont pour lui des Apodes qui ont les trois nageoires réunies, les pectorales et les ouïes ouvertes sous les nageoires. Il divise le groupe en deux : celui des Anguilles dont la dorsale naît sur le dos, loin en arrière des pectorales , et celui des Congres [Voy. ce mot), dont la dorsale naît presque sur la nuque. Celles-ci sont marines, tandis que les Anguilles sont généralement d'eau douce. Le g. des Anguilles est nombreux en espèces étrangères. On en connaît des États-Unis, des eaux douces de l'Inde. Les îles les plus isolées en nourrissent aussi dans leurs eaux douces. Nous en possédons des Canaries , de l'île de France , où elles atteignent une (aille aussi grande qu'en Europe.

Celles des Canaries offrent une habitude plus extraordinaire encore que celles de l'Europe , car elles vivent dans des torrents qui se dessèchent, et restent trois ou quatre mois à sec cachées sous les pierres. Toutes les espèces de ce g. étaient confondues sous 'le nom de Murœna anguilla. (Val.)

' ANGUILLE DE HAIE. rept. - Nom vulgaire de l'Orvet. (G. B.)

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