‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelleChapitre 44 sur 129 · ROCHE. (C. P · texte numérisé non relu

ROCHE. (C. P

AGRÉGÉES. Aggregaiœ. géol., bot. — Se dit 1" en géologie , des roches dont tous les individus composants sont formés sur place , par voie de cristallisation sans ciment intermédiaire { ex. : le Granité ) ; 2o en botanique , de tous les organes ( fleurs , fruits, feuilles, etc.) qui, naissant d'un même point, ou ayant une insertion très rapprochée, sont disposés par paquets ou capitules. Quelques anciens botanistes donnaient aussi ce nom à la famille des Synan- Ihérées , et plus récemment M. Bartiing {Ord. lYal.) imposa cette même dénomination à une classe qui renferme des plantes de cette catégorie ; ex. : les Plantaginées, les Dipsacées, etc. (G. d'O.)

AGRÉGÉS. Aggregati. zooL. — Nom donné ] ' par Illiger a un groupe d'Oiseaux marcheurs, comprenant ceux qui vivent habituellement en troupes ; 2° par Cuvier à une famille de sa classe des Acéphales, composée de Mollusques réunis en une masse commune. (C. d'O.)

AGRE.\AS. BOT. PR. — M. Bory rapporte ( Dict. cl. ) que les Provençaux donnent ce nom au Prunier sauvage , dont ils appellent aussi les fruits .Ayreno. (C. L.)

"AGRETA, Eckl. bot. fh. — Synon.

d'Ixia, L.

' AGREUTER («ypeur^'p, chasseur), ins.

— Genre de Coléoptères pentamères, famille des Carabiques, tribu des Patellimanes, établi dans V Encyclopédie par MM. Lepelletier de Saint-Fargeau et Serville, aux dépens du g. Cltlœiiiiis de lionelli , dont il ne diffère que par le labre fortement échancré et les mandibules avancées , étroites et presque droites. Ce g., non adopté par M. Dejean, a pour type le Chlœnius chlorodius de Mégerle.

AGRIA. INS.— P^oy. AcniE.

• AGRIAIMTIIUS (ayptoç , sauvage ; âvGoî , ileur). BOT. PH. — M. Marlius a donné ce nom a quelques plantes du Brésil appartenant à la famille des Composées, tribu des Eupatoriées. — Le g. Agrianihus renferme 3 esp ,

AGR

originaires du Brésil. Ce sonldes arbrisseaux rameux , glabres, couverts de feuilles alternes , presque imbriquées, raides, linéaires- ! lancéolées ou acérées. Les capitules naissent scssiles à l'aisselle des feuilles supérieures, ou disposées en une sorte de corymbe asser dense. Ce g., suivant M. De Candolle, est intermédiaire entre les Agératécs et les Adénostylées. (J- D.)

AGRICOLA (qui habite les champs), bot.

PU. — Genre de la famille des Verbénacées , tribu des Lantanées , fondé par Schrank ( in Regensb denksch., 1808), et réuni depuis par les auteurs au g. ClerodenJron de R. Brown. P'oy. ce mot. (C. L.)

"AGRIDES. Agrtdœ (â/pioç, sauvage).

INS. — Section établie par M. Robineau- Desvoidy, et correspondant à une portion du g. Seiiometopia , Macq. , de l'ordre des Diptères. Foy. ce mol. (D.)

"AGRIE. y/giia [oiypioi;, ca , sauvage). INS. — Genre de l'ordre des Diptères, division des Brachocères , subdivision des Dichœtes, tribu des 3Iuscides , section des Créophiles , sous-tribu des Sarcophagiens , formé par M. Macquart avec quelques esp. du g. Sarcopliaga de Meigen , et présentant les caractères suivants : Front large chez les femelles. Antennes peu allongées ; 3""^ article large , style brièvement velu. Abdomen non déprimé chez la femelle. Point de soies distinctes au bord du 2'"^ segment. Ailes ordinairement assez courtes ; nervure externomédiaire peu arquée après le coude. — Ce g., dont M. Robineau-Desvoidy a fait, sous le nom de Mascides floiicotœ , une section de sa tribu des Muscides , et qui contient quelques espèces du g. Musca de Fallen , renferme une douzaine d'espèces, toutes européennes. Nous n'en citerons qu'une seule, l'^. affinis de Meigen , qui se trouve en France et en Suède. (D.)

AGRIFOLS. BOT. PH. /^O!/. AGREFOU».

(C. L.) * AGRILITES. y4grilHœ (dimin. d'J^^rilus ). INS. — MM. Delaporle et Gory, dans leur Iconographie des Coléoptères, désignent ainsi un groupe de Bupreslides, qui se composent de 10 g. dont les noms suivent : Castalia, Pœcilonola, Zemina, Sleuogasier, Eu-' rybia , Agrilus , Pseudagrilus , Aniorphosoma , Eumerus et Corœbus. Ils assignent pour caractère commun à tous ces genres ,

AGR

d'avoir les crochets des tarses avec une dent. (D.)

AGRILORIIIMJS, Bonap. ois. — Syn.

d'Uncirostre.

•AGRILUS(<îypco;, rustique), ins.— Genre de Coléoptères pentamères, famille des Sternoxes, tribu des Buprestides, établi par Mégerle et adopté par M. Solier dans sa Monographie de celte tribu, ainsi que par M. Dejean dans son dernier Catalogue. — Ce g., renfermant un grand nombre d'espèces (M. Dejean [Catal., 3™* édit.] en mentionne lOG) a été divisé en deux sections : la première comprend celle dont le prosternum , tronqué antérieurement, laisse le menton à découvert ; exemple : ^. uiidatus [Elaier id Fabr.), qui se trouve quelquefois en août aux environs de Paris. La deuxième se compose des espèces dont le prosternum recouvre entièrement le menton, et se subdivise en deux autres, savoir: celles dont le prosternum est coupé carrément à sa partie antérieure ; exemple: -<<. G«erini Dej., qui se trouve vers le milieu dejuin, sur lesaule Marceau, mais rarement ; celles dont le proslernum est échancré antérieurement; exemple : ^. biguiinius Fabr. , Richard à points blancs de Geoffroy, qui se trouve en juin et juillet dans la forêt de Saint-Germain. Les AgrUus sont des Insectes de moyenne taille, de forme allongée et plus ou moins cylindrique; la plupart d'un vert ou bleu métallique , ou couleur de bronze très brillant. Ils ne se montrent que lorsqu'il fait très chaud. (D.)

AGRIHIOMA. BOT. PII. — Voyez aighe- MOINE. (Sp.)

* AGKIÎHOIVIOroES , Tourn. bot. ph — Synonyme d'^remonia, Neck.

AGRIOIV (a/ptoç, agreste, farouche), ins. — Genre appartenant à l'ordre des Névroptèrcs, famille des Libelluliens ou Subulicornes , Lat., groupe des Libellulites , établi par Fabricius et adopté par Lalreille , et tous les entomologistes modernes, confondu avec les LibelUda par Linné, Geoffroy, Degéer, Olivier, etc., séparé en plusieurs autres g. par MM. Leach et Brullé. Les caractères qui distinguent ce g. des Libellida et des Mshna sont faciles à saisir : le corps est plus grêle, la tête est dépourvue de vésicule ou d'élévation transversale, et les ocelles sont disposés en triangle sur le vertex. Les antennes sont composées seulement de 4 arti-

AGR

des ; la lèvre inférieure est assez semblable à celle des /Eshna; mais le lobe intermédiaire est divisé en deux jusqu'à sa base; les mâchoires ont leur côté intérieur pourvu de trois petites épines fort aiguës ; l'abdomen est filiforme et toujours fort mince. Les larves et les nymphes d'Agrions vivent dans l'eaJi, et sont au moins aussi carnassières que celles des Libellula et des jEsIma. Leur corps est plus grêle et plus allongé que celui de ces derniers ; leur masque est aplati ; leur languette est bifide, et leur abdomen porte à son extrémité trois feuillets minces en forme d« nageoires. — Le genre Agriou renferme un grand nombre d'espèces réparliesdans toutes les contrées du monde ; mais la plupart des espèces exotiques sont encore inédites. On en connaît une vingtaine propres à notre pays, dont plusieurs ne le cèdent pas en beauté aux espèces exotiques. En général , les Agrions joignent à la plus grande agilité, aux formes les plus sveltes, les couleurs les plus belles et les plus éclatantes ; ce qui leur a valu le nom vulgaire de Demohetles , qu'ils partagent avec les Libellules et les ^Eshnes. L'espèce que l'on doit considérer comme le type du g. ç.i\.\'Agnonvirgo Fabr. (Libellula virgo Linn.) répandu dans presque toute l'Europe, et qui se trouve pendant la belle saison dans les endroits marécageux. (Bi..)

"AGRIOPE. j4griopus (âyptuirôç , qui a le regard farouche), poiss. — Genre établi par MM. Cuvieret Valenciennes(/c/2(/ij/o/. génér.) pour des Poissons de l'hémisphère austral, dont une seule espèce , originaire du Cap, était connue depuis longtemps, mais avait été placée très arbitrairement, par W'albaum, dans le genre des Blennics, quoique les ventrales soient soutenues par six rayons. Les Agriopes sont des Poissons à bouche très petite, presque sans dents ; à nuque relevée ; à tête rugueuse , surtout sur les sous-orbitaires ; à dorsale longue et élevée , étendue depuis le sommet de la tête jusqu'à la queue. On n'en connaît que trois espèces: l'une du Cap, le Seepaard des Hollandais , Agriopu: torvus Cuv., et Val.; une deuxième rugueuse, des mêmes côtes; et la troisième du Pérou. (Val.)

*AGRIOPnYLLE. Agriophyllum, Marsh , Bieb. (â>p!o;, rude, sauvage; a>v/)ov, feuille). BOT. PII. — Genre de la famille des Chénopodées , voisin des Corispermitm , et fondé

AGR

sur une seule espèce ( Corispermum squarrosiim L.) , qui habite la Crimée et les landes voisines du Caucase. (Sp.)

*AGRIOPIS (à/piuTTo;, qui a le regard farouche). K\s. —Genre de Lépidoptères, famille des Nocturnes, tribu des Hadénidcs, établi par M. Boisduval aux dépens des Miselia d'Ochsenheimer , et qu'il caractérise ainsi [Gênera ellndex Lepidopt.) : Antennes un peu épaisses, légèrement crénelées. Palpes de la largeur du front, à dernier article grèle. Corselet quadrangulaire , velu. Dos crété dans les deux sexes ; ailes robustes, variées de noir et de vert, à taches ordinaires bien écrites. — Ce g. est fondé sur la IVoct. aprilina de Linné , qu'on trouve aux environs de Paris. (D.)

'AGRIOIllVIS (â'xp'Oî, sauvage, farouche; ôpviî, oiseau). OIS. — Genre de Gould que nous adoptons comme sous-genre de notre genre Pepoaza, et répondant à notre section des Pepoaza reciirostris (d'O. et Lafr. Stjrwpsis-.Mag. de Zool. 4837). K. pepoaza. (Lafr.)

*AGRIOTES (âVpio:. agreste), ins. — Genre de l'ordre des Coléoptères pentamères, famille des Sternoxes, tribu des Élatérides, établi par Eschschoitz, et adopté par M. Dejean dans son dernier Catalogue, qui y rapporte 17 espèces , dont plus de moitié appartient à l'Europe , et les autres â l'Amérique. Toutes ces espèces sont, en général, de petite taille, rarement de moyenne grandeur. Nous citerons d'abord comme type , VElaier pilosus Fabr., et ensuite 1'^. sputalor du même auteur, qui se trouve, comme le premier, aux environs de Paris; et, chose assez curieuse , il a été rapporté de la Perse occidentale par Faldermann, qui, le croyant nouveau , l'avait nommé A. lapicida. (D.)

'AGRIOTYPLS [Agrion , g. d'insectes; TVTro;, forme), ins. — Genre de la famille des ichneumoniens, de l'ordre des Hyménoptères , établi par Walker, qui en a tiré les principaux caractères de l'écusson présentant une large épine, et de l'abdomen épais et ovalaire, avec ses deuxième et troisième segments réunis, et son pédoncule long, grêle et recourbé. Ce g. a été formé sur une seule espèce indigène, décrite par Walker sous le nom à' A. armatus. (Bl.)

AGRIPAUME. BOT. ph. — ^. léonure.

(Sp.)

AGRIP£\IVE ou OrtolaD de riz. Buff.

AGR

{Emberiza oryzivora I-. ). OIS. — C'est l'es* pèce type du g. Dolicliomjx, Sw., que nous adoptons, f^. doliciionyx. (Lafr.)

AGRIPHYLLUM ( àypi'a , houx ; «pvAio» , feuille). BOT. ph. — A. L. de Jussieu a donné ce nom à un g. appartenant à la famille des Composées, considéré aujourd'hui comme une section du Berckheija. Celle-ci se dislingue par son involucre à folioles à peine cohérentes à la base, denticulées sur les bords , les extérieures foliacées, les intérieures scarieuses. Ce sont des arbrisseaux ou des herbes garnis de feuilles dentées, épineuses, assez semblables à celles du Houx, quelquefois blanches en dessous ; les fleurs sont jaunes. Tous sont originaires de l'.Vfrique australe. (J. D.)

AGRIPHYLLUM. bot. ph. — Synon. du g. Rohria. F. ce mot. (C. L.)

•AGROBATES (à^poSary);, qui erre dans les champs). ois. — Genre formé par Svvainson. faisant partie de sa famille des Sylviadce et de sa sous-famille des Pldlomelinœ, et ayant pour type le Bec-fin Galactote (Temm. col. 231, 1 ). Pour Temminck, cet oiseau n'est qu'un Bec-fin de sa section des Becs-fins sylvains ( Man., 3<^ part., p. 129 ), où il change son nom en celui de Bec-fin rubigineux. (Lafr.)

•AGRODROMA (àypô?, champ; 'îoeof^ù, je cours ). ois. — Genre de M. Swainson , démembré de celui des Anihus (Pipit de Cuvier, Vieillolet autres) , dontl'espèce type est, d'après Swainson, le Pipit rousseline de Temminck (Buff. enl. 666, 1 ), à laquelle il ajoute V Anihus ausiralis , et son Agrodroma bislrigata. (Lafr.)

AGRCœCIA (àypô;, champ; oixia, demeure). INS. — Genre de la famille des Locustaires, de l'ordre des Orthoptères, établi par M. Serville (/ft'f. mélh. de l'ordre des Orth.), adopté par le docteur Burraeister ( Hanbd. der Eut. ), et réuni au g. Locusta par M. Brullé ( Hisi. des Ins. ). Ses caractères principaux sont tirés : lo de la forme de la tête prolongée en pointe aiguë ; 2° des jambes antérieures armées d'épines au côté interne ; 3° du prosternum muni de 2 épines. — La seule espèce connue est VA, punctaia Serv., Burm., propre au Brésil. (Bl.)

*AGROMYZE. Agromyza (àypo's, champ; fxvÇû» , je murmure ; allusion au bourdonnement de ces insectes), ins. — Genre de

AGR

l'ordre des Diptères , division des Brachocèrcs , subdivision des Dichœtes, famille des Alhéricéres , tribu des Muscidcs , section des Acalyplères, sous-tribu des Héléromyzides. — Ce g. ne diffère guère du g. Oscinis que par les soies qui garnissent la face et le front. Il se compose de plus de 40 espèces, se trouvant toutes en France et en Allemagne, et vivant sur les herbes des prairies et des bois. Nous n'en citerons qu'une qui- est très commune, V^gromyza mobilis de Meigen. (D.)

*AGROPniLA {àypiç, champ; ^aoç, ami). INS. — Genre de Lépidoptères, famille des Nocturnes , tribu des Noctuo-Phalénides , établi par M. Boisduval [Gênera et Index Lepidopt.). — Ce g. a pour type la Pyralis sulphurali.s de Linné. (D.)

•AGROPIIILUS (à-/ps;, champ; yuoç, ami ). ois. — Genre de M. Swainson , faisant partie de sa famille des FringilUdœ , et de sa sous-famille des Fringillinœ. — Le type de ce genre est le Ploceus superciliosus àe Ruppel [Atlas, pi. 15). P^oy. tisserin. (Lafr.)

AGROPYROIV [à-ypk, champ; Trvoo'ç, blé, blé sauvage), bot. ph. — Genre établi par Gœrlner dans la famille des Graminées pour quelques esp. de froment [Triiicum], dont les glumes sont lancéolées ou linéaires , aiguës ou obtuses, les épillets mullillores. Ce g., assez nombreux en esp. , et qui renferme entre autres les Triiicum repem L. , jnncenm h. , etc. , a été adopté par Trinius, Palisot deBeauvois, P.œmer et Schultes , etc. iMais le professeur Kunlh a cru devoir le réunir de nouveau , comme une simple section , au g. Triiicum. Voy. froment. [k. R.)

AGKOSTEMMA, L. (àypo'ç, champ ; T-nu.- \i.a., couronne), bot. ph. — Genre de la famille des Silénées , à peine distinct des Lychnli , auxquels il a été réuni par plusieurs auteurs modernes. Suivant Linné, son caractère différentiel consisterait en un calice coriace, au lieu d'être membraneux ; mais si l'on admettait cette différence comme caractère générique , la plupart des Lychnis des auteurs rentreraient dans le g. Agroslemma. ( f. Lychnis , Spach, Histoire des Plant, pkan., v. 5 , p. 164.) (Sp.)

'AGROSTERA (âj-pctrTvîp, chasseur), lîss.

— Genre de l'ordre des Lépidoptères , famille des Nocturnes, établi par Schranck, et qui correspond en partie au g. Asopia de

AGPx

Treitschke, que nous avons adopté, yoy. ca mot. (D.)

•AGROSTICLLA ( dimin. A'Agrostis; âypujTt; , nom grcc du chiendent), bot. pu. — Sous le nom d'Agrosticnla muralis, le professeur Raddi [Aijrost. brasil., 33, t. 1 , f. 2) a décrit une petite plante de la famille des Graminées, très voisine des Agrosiis, et que Link a réunie au g. Sporobolus sous le nom de S. minuiiflorus. Elle est vivace et originaire du Brésil. (A. R.)

AGROSTIDE. Agrosiis [SLypu>uxi<; , nom grec du chiendent), bot. ph. — Grand g. de la famille des Graminées , qui se compose d'environ une centaine d'esp. éparses dans presque toutes les contrées du globe, et ayant des représentants sous les pôles comme dans les régions tropicales de l'un et de l'autre hémisphère. Établi par Linné, ce g. a été adopté par tous les botanistes , qui en ont successivement retiré un certain nombre d'esp. devenues les types de g. distincts. Voici les caractères du g. Agrosiis, tel qu'il a été circonscrit par les auteurs modernes , et en particulier par Trinius et Kunlh dans leur Agrostog^aphie : Fleurs disposées en panicule tantôt étalée, tantôt contractée. Épillets uniflores ; glumes à peu près égales entre elles , ordinairement plus longues que la fleur, carénées et mutiques, c'est-à-dire sans arête. Écailles au nombre de 2 ; l'inférieure portant une arête dorsale et rarement mulique; la supérieure bi-carénée, quelquefois très petite ou même complètement nulle. Ce dernier caractère se remarque dans les espèces dont on avait fait le g. Trichodium. On trouve quelquefois, mais rarement, un petit appendice subulé à la base de la fleur, et qui est l'indice d'une seconde fleur avortée. Etamines 1 à 3. Ovaire glabre. Styles 2, extrêmement courts et plumeux. Écailles hypogynes , glabres et presque entières. Fruit glabre, libre et nu. — Ainsi que nou.s venons de le dire, ce g. est très nombreux en espèces, et plusieurs g. ont été formés d'espèces qu'on y avait d'abord réunies. Nous mentionnerons ici quelques unes des plus remarquables : 1" le g. Trichodium, que nous venons de citer, et dans lequel on avait placé les esp. dont la paillette supérieure est avortée ; 2° yuja d'Adanson ou Sporobolus de Brown , qui comprend les esp. dont les glumes sont plus courtes ou tout au plug

AGR

de la même longueur que la fleur. Celte «ection renferme un grand nombre d'espèces ; 3o Mibora, qui comprend VAgio>,iis tninima L. ; 4 » Anemagrosiis de Trinius ou Apera de Palisot de Beauvois, dans lequel on a rangé les Agrosiis spica venu et internipta L. ( voyez ces différents noms ). — Parmi les esp. d'Agro.stis , il en est quelques unes qui sont excessivement communes dans presque toutes les contrées de l'Europe: telles sont les Af/rosiis vulgaris , alOa, canina , spica venii, etc. Aucune des esp. de ce g. n'a d'ulililé. Ce sont en général des Graminées vivaces , qui croissent soit dans les bois , soit dans les champs ou les lieux incultes et sablonneux. (A. Pi.)

• AGllOSTIDÉES. Agrosiideœ ( àVpto<7Ti5, chiendent), bot. ph. — Dans sa classilication des (iraminées , le professeur Kunth a nommé ainsi la ô"'* des tribus qu'il a établies dans cette famille, et qui comprend les g. Muehleuhergia, Lagurus, Coleanihus, Pliippsia, Colpodium , Ciitiia , Epicampes , Sporobolus, Agro.Hiis, Caniridiam, Cliœlo-~ iropis , A'owodworskya , Polypogon, Cliœliirus, J'ereilema el OEgopogon. f^oy. grami-

MiES. (A. P,.)

•AGUOSTOPIIYLLE. Agronophyllum a,poiaTiç, graminée; «pûUov, feuille), bot. ph. — Genre de la famille des Orchidées, établi par M. Blume dans sa Flore de Java , et que M. Lindiey place dans sa tribu desVandées, entre les g. Angrœcam et Calmulie. Il ne renferme qu'une seule esp. {A. javunicum Bl., Bijdr. 368 , t. 53 ) qui croit dans les forêts montueuses de l'ile de Java. (A. R.)

* AGROTIS (àypoTiç, qui habite les champs ). INS. — Genre de l'ordre des Lépidoptères , famille des Nocturnes, tribu des Noctuélides, établi par Ochsenheimer et Treitschke , son continuateur, aux dépens du g. Nociua de Fabricius , et adopté par M. Guénée dans son Essai pour servir à la classification des espèces de cette tribu [Ami. Soc. euinm. de France, t. VI). Les Agroiis, à l'état parfait, volent rapidement au crépuscule du soir, et se tiennent cachées pendant le jour dans les broussailles et les hautes herbes , ou appliquées contre les arbres et ies murs. Quelques unes cependant volent à l'ardeur du soleil, comme \'A. vulligera, qui aime à se reposer sur les chardons. M. Guéuoe rapporte à ce g. une soixantaine d'es-

AGY

pèces, parmi lesquelles nous ne citerons qut VA. exclamaiionis des auteurs, qui se trouve partout. Elle est figurée dans VHistoire des Lépidoptères de France, t. V, pi. 67, fig. 3 et 4. (D.)

AGRYLORDINLS. ois.—roy. agrilor-

HINUS.

AGRIPIMIA (âypuiTvia, veille, insomnie; parce que ces insectes voltigent la nuit), ins. — Genre de la famille des Phryganiens , de l'ordre des Névroptères [Trichopiera, Kirb.) établi parCurtis, qui n'y rapporte qu'une seule espèce décrite par lui sous le nom ù'A. pagetana, et qui est d'Angleterre. (Bl.)

*AGRlPMl]Si«)'P"''voç, qui veille), ins. — Genre de Coléoptères pentamères , fainille des Sternoxcs, tribu des Élatérides , établi par Eschschoitz — M. Dejean, qui adopte ce g. [Calai. , Z'"^ édit.), y rapporte 43 espèces , dont C seulement sont d'Europe ; les autres sont exotiques. Nous citerons parmi les premières V Etaler atomariusFàbr. , oucarbonarius Oliv., qui se trouve dans le midi de la France , et ['Elat. murimts Fabr. , très commun aux environs de Paris. Les Agrypnes sont des insectes de moyenne taille» qui se tiennent pour la plupart sous les écorces et dans les troncs des arbres cariés. (D.)

* AGLA8SIÈRE. Uydrobata. ois. — C'est le nom français générique employé parVieillot pour le Merle d'eau, et celui que porte cet oiseau dans les Pyrénées. Foy. cingle.

(Lafr.)

AGUSTITE. MIN. — Foy. phosphorite.

(Del.)

* AGYIVAIRE. Agyiiarius (à priv. ; yvvïi, femme; en botanique, pistil), bot. ph. — Dénomination appliquée par M. De Candolle aux fleurs qu'il ap[>c\le penmiiécs , c'c&l-àdirc dont les élamines sont, en toutou en partie, transformées en pétales et où manque le style. (C. L.)

AGYIVEIA (à, piiv.;yuvyî , femelle. Plante considérée à tort comme dépourvue des organes femelles), bot. ph. — Genre de la famille des Euphorbiacées , établi pour des plantes originaires de la Chine , de l'Inde , des îles de la Sonde. Ce sont des végétaux frutescents ou herbacés , à feuilles alternes ou presque opposées , stipulées, petites; à fleurs disposées en faisceaux axillaires dans lesquels elles sont enireniêlées de bractées en petit nombre; une ou deux femelles plus

longuement pédonculées pour plusieurs mâles. (Ad. J.)

* AGYRILM. Fries (à priv.; yOpo;, cercle, circonvolution), bot. cr. — Petit genre de Champignons appartenant à l'ordre des Trémellinés, ainsi nommé parce qu'il n'offre pas de circonvolutions comme lesTrémelIes. (LÉv.)

•AGIRTES (àyv'pTn;, jongleur), ins.— Genre de l'ordre des Coléoptères pentaméres, famille des Clavicornes, tribu des Peltoides, établi par Frcilich aux dépens des Mycétophages de Fabricius.— Ce g. a pour type l'A. MARRON, Myceiophagus castatieus Fabr. , figuré par Panzer [Faun. Insecl. Germ. fascic, 24, tab. 20), et qui se trouve quelquefois aux environs de Paris. M. Dejean ( Catat. , d'"^ édit.) en désigne 3 autres , savoir : VA. subniger, de la Belgique ; VA. glaber Payk. [iritoma), de la Laponie, et VA. latus Esch. , de l'Amérique boréale occidentale. fD.)

AII;ETULA. REPT.— Nomspécifique d'un Ophidien du g. Dendrophis. (G. B.)

AllOUAI(nom indien), bot. ph. — Genre de la famille des Apocynacées, fondé par Tournefort ( Jnst. , t. 434 ), et réuni depuis au g. Tlievetia, L. Voy. ce mot. (C. L.)

AIALT. BOT. PH. — Nom vulgaire, dans quelques cantons de la France, du Narcis' sus pseudo-Narcissus. (C. L.)

AIDIE. Aidia, Lour. (àWioî, éternel).

BOT. PH. — Genre incomplètement connu établi par Loureiro , et sur la classification duquel on n'est pas d'accord. M. De Candolle le range, avec doute, à la suite des Caprifoîiacées.— Grand arbre. Feuilles opposées, lancéolées , très entières. Fleurs blanches , disposées en courtes grappes axillaires. — L'unique csp. sur laquelle se fonde le g. est indigène de la Cochinchine. Elle fournit un eicellent bois de construction. (Sp.)

AIGLE. Aquila. ois. — Genre de l'ordre des Kapaces diurnes , famille des Faucons , établi par Brisson. Les caractères de ce g. sont : Bec très fort, droit à sa base , courbé seulement à la pointe, n'ayant qu'un léger feston et pas de dent; cire poilue; narines elliptiques et transversales ; ailes aussi longues que la queue; la première rémige la plus courte , les quatrième et cinquième rémiges les plus longues ; pieds forts et nerveux ; tarses emplumés jusqu'à la racine des doigts ; ongles robustes et très recourbés;

AIG

queue composée de douze rcclrices égales ou étagées.

Les Aigles sont smon les plus grands des Oiseaux de proie, du moins ceux dont les formes massives et le corps musculeux conviennent le mieux à leur genre de vie. Leur taille est ramassée, leur tête plate, leur sourcil très proéminent, leur œil enfoncé et brillant d'un sombre éclat ; leurs ailes sont robustes, et leur sternum est pourvu d'un bréchet très saillant; leurs pieds, courts et nerveux, donnent à leur préhension une force irrésistible. Ils n'ont ni la forme gracieuse des Faucons ni l'allure ignoble des Vautours. Tout en eux annonce la force et l'énergie, mais l'énergie brutale. Ce sont des Oiseaux de proie par excellence.

Leurs particularités anatomiques sont peu nombreuses, et sans doute qu'ils présentent dans leur structure beaucoup de points communs avec les autres Rapaces, sauf quelques modifications de peu d'importance.

Chez eux,le jabot est susceptible d'une dilatation considérable, tandis que le gésier ou l'estomac proprement dit est d'une très petite capacité , et presque complètement membraneux, ce qui explique la propriété dont jouisscntcesOiseauxdesupporter une longue abstinence; car lanourriture, accumulée dans le jabot comme dans un réservoir, ne passe que successivement dans le gésier où s'opère la digestion. Spallanzani a remarque sur l'Aigle commun que, pendant la déglutition, il lui sort des narines une liqueur bleuâtre qui coule le long du bec et vient se mêler aux aliments. Ce liquide, de saveur alcaline, est sans doute destiné à faciliter la digestion. Leurs intestins sont courts et petits: i! n'y a pas de cœcum dans le màie ; mais la femelle en possède deux asseï amples ; la vésicule biliaire a le volume d'une noix; les reins sont petits à proportion de la taille de l'oiscau; les testicules du mâle ne sont, dit-on, que de la grosseur d'un pois , ce qui dépend de l'époque où l'anatomic de ces oiseaux a eu lieu; car au moment de la pariade, ils doivent avoir plus de volume.

Le rapport du cerveau de l'Aigle au volume du corps est dans des proportions peu favorables à son intelligence, ou du moins au développement de sa sensibilité ; car, tandis que chez les Oiseaux chanteurs et les Passereaux en général, il esi dans les propor-

AIG

lions de 1 à 14 au plus (dans le Tarin), et de 1 à 67 au moins ( dans le Merle ) , il n'est, d'après Borrichius, que de 1 à 160 dans S'Aigle; en revanche son cervelet est, comme dans tous les Oiseaux de proie, dans un rapport de développement considérable avec le cerveau; il est de 1 à 3.

Ils ont le cristallin très plat et la cornée très convexe ; l'œil est protégé par une membrane clignotante, assez épaisse pour qu'en l'abaissant ils puissent flxer le soleil, dont la vivacité lumineuse est affaiblie par l'interposition de ce voile. D'après Petit, le globe oculaire de l'Aigle, qui est très volumineux, a près de 1 pouce 1 /2 de diamètre. La couleur de l'iris, brune dans l'enfance, est généralement jaune à l'époque où ils ont pris le plumage qu'ils doivent conserver toute leur vie, c'est-à-dire au bout de la troisième année. Celte coloration leur est commune avec la plupart des Oiseaux de proie qui sont arrivés à l'âge adulte. D'après M. Temminck, l'iris de l'Aigle royal est toujours brun.

La membrane mince, dure et transparente que Perrault dit avoir trouvée chez un Aigle, au-devant de la pupille, n'est pas une particularité anatomique propre à cet Oiseau , mais le résultat d'un état pathologique de l'œil , d'après l'opinion de Tiedemann. Ces Oiseaux sont, suivant la plupartdes auteurs , sujets aux affections ophlhalmiques, et surtout à la cataracte.

Lesler, à qui l'on doit l'anatomie de l'appacil vocal de ces Piapaces, a trouvé, dans la Iructure du larynx de l'Aigle impérial et «le l'Aigle commun, des différences assez grandes et caractéristiques; la plus importante est l'existence, dans le premier, entre la trachée et la première ramiflcation des bronches , d'un os triangulaire qui manque complètement chez le second.

Le bec est chez eux dans des proportions égales au volume de la boite osseuse.

Dans les Oiseaux de ce genre, comme dans tous les Rapaces, la femelle est d'environ un tiers plus grosse que le mâle, et cette différence de taille est rendue nécessaire par 5'activilé qu'il lui faut pour nourrir des petits d'une voracité extrême , et qui sont obliges de garder longtemps le nid.

La couleur de ces Oiseaux est le brun plus ou moins foncé , le roux vif et doré ou Jaunâtre, et le blanc. Le plumage, aui est

AIG

grossier, mais ni rude ni moelleux, varie suivant les sexes ; il est presque toujours d'uns coloration plus pâle dans la femelle, et subit, dans le cours de leur vie, quatre séries de modifications bien distinctes. Les variations accidentelles de plumage sont si communes dans ces Oiseaux, que leur histoire est très difEcile à faire, et que leur synonymie est encore assez embrouillée; car il serait nécessaire, pour l'établir avec certitude , que l'on connût huit états de chaque espèce dans les deux sexes , sans compter les variétés, et pour cela, il faudrait pouvoir les élever et les faire reproduire en captivité, chose assez difficile , si elle n'est impossible, et qui serait très dispendieuse.

Le nom français de ces Oiseaux vient évidemment du mot latin Aquila, et c'est un des noms qui a subi le moins de transformations ; nous trouvons déjà le mot d'Aigle dans les auteurs du wn" siècle, et plus rarement Aglez, Aiglez tiAygles : aussi rien n'est plus facile que de remonter àrorigine de ce mot. Les Grecs anciens appelaient ces Oiseaux às-o^, et ce nom a été conservé par les modernes sans aucun changement. Les Allemands l'appellent Adler et Aar , les Anglais Eagle , les Hollandais Arend ou Adelaar , les Danois et les Suédois OEm , les Polonais Orzel, les Russes Orel, les Italiens ^qHiVa, les Espagnols Agiiila, les Portugais Aguia. Il y a entre tous ces mots un certain air de parenté qui semblerait indiquer une source commune.

Les Aigles, dont les ailes sont si longues que leur envergure est de plus de 7 pieds dans l'Aigle royal , de 6 dans l'Aigle impérial, et de 5 dans l'Aigle criard, ont un vol léger et facile dans les hautes régions de l'air, mais pesant lorsqu'ils volent à peu de distance du sol , à moins qu'ils ne poursuivent une proie; alors il devient rapide et impétueux. On les voit souvent au temps des amours s'ébattre avec leur femelle pendant des heures entières en décrivant les figures les plus capricieuses , les ailes largement déployées et presque immobiles, la queue épanouie. On a dit que leur vol est assez rapide pour qu'ils fassent 20 lieues à l'heure, mais cette assertion est démentie par Naumann, qui affirme qu'au vol, l'Aigle est incapable d'atteindre un oiseau tel qu'un Pigeon fuyantà tire d'ailes. Lorsqu'ils veulent, étant

AIG à terre , prendre leur essor, ils sont obligés de courir quelques pas, les ailes de plus en plus déployées, et, avant de s'élever, ils font un dernier effort qui les fait quitter la terre.

On a remarqué , et cette remarque remonte à Aristote , que les Oiseaux de proie , lorsqu'ils déchirent leur victime, la battent fréquemment de leurs ailes ou la frappent du bec et des ongles. Cette action est moins une expression de colère qu'un moyen de rétablir l'équilibre troublé par les efforts qu'ils font pour lacérer leur proie.

Leur voix n'est pas nniforme, quoique toujours elle ait le son aigre et criard, ce qui est commun à tous les Oiseaux de proie. Ainsi l'Aigle impérial fait entendre un cri rauque et assez sourd , semblable à celui du Corbeau, et qu'on peut représenter par krâ, krâ, krd, krâ; de loin , il ressemble assez bien à l'aboiement d'un gros chien. Dans la captivité il fait entendre ce cri chaque fois qu'on s'approche de lui ; il en a un autre plus profond , comme ga, ga, ça. L'Aigle commun crie d'une manière toute différente; sa voix , claire et retentissante, ressemble à celle de la Buse, et la femelle a un autre cri, c'estun long hiâ, liiâ, hiâ, difficile à représenter par des mots. En attaquant une proie, il fait entendre un kek, kek, kek, très précipité. La voix de l'Ai- .gle criard a quelque chose de lamentable; mais, dans la satisfaction , il émet un petit cri assez agréablement modulé. L'Aigle griffard a un cri aigu et perçant, et parfois rauque et lugubre.

A la voix redoutable de ces tyrans des airs, les Oiseaux se cachent en tremblant dans l'épaisseur du feuillage , et le gibier regagne en toute hâte son gîte ou son terrier; car leur présence est toujours d'un sinistre présage: rarement ils attaquent en vain, leurs étreintes sont irrésistibles, et la victime que l'œil de l'Aigle a désignée ne peut lai échapper.

La force de l'Aigle et sa supériorité physi- <iae sur les autres Oiseaux l'ont fait considérer comme le représentant du Lion parmi les •êtres de cette classe , et l'en ont fait appeler le roi. Les convenances physiques et morales <|ui existent entre eux sont assez frappantes pour justifier ce nom. Mais pourquoi a-t-on -appelé roi celui qui domine par la force?

Est-ce que l'humanité serait soumise aux mêmes lois que le reste du monde organique? Force serait-elle synonyme de droit, et droit de justice? et la force serait-elle la justice ? Il paraît toutefois en être ainsi ; car, en lisant l'hisloire du monde , on voit que ces deux mots sont inséparables ; que la justice est toujours établie par le plus fort, et que le plus faible obéit. Notre grand fabuliste , je ne dis pas moraliste , a dit : « La raison du plus fortest toujours la meilleure, » et un des chefs de l'école éclectique a fait de cet adage l'objet de leçons qui furent suivies avec empressement par la jeunesse d'avant la révolution. C'est à tort qu'on a appelé l'Aigle le roi des oiseaux ; on aurait mieux fait de l'appeler le tyran des airs, car tout ce qui se meut dans son vaste domaine est sujet à son sanglant empire. Heureux alors le plus petit d'entre ses sujets; il est l'objet de son dédain, et il a déjà bien assez d'ennemis sans ajouter celui-là.

L'instinct de la sociabilité n'existe paschez les animaux carnivores; l'association ne va pas au-delà du mâle et de la femelle. D'un caractère sombre et solitaire, fondé sur le besoin, l'Aigle ne connaît pas les douceurs de la famille, et dès que ses petits sont en état de pourvoir à leur subsistance, ils sont chassés par leurs parents, et vont au loin s'établir dans un district où il ne se trouve aucun oiseau de leur espèce.

La nourriture des Aigles se compose, pour les grandes espèces , de Mammifères de moyenne taille: dans nos pays, ce sont de jeunes Cerfs, des Daims, des Chevreuils , des Renards, des Agneaux, de gros Oiseaux, même des Reptiles, mais jamais de Poissons, et, dans le casde disette, de cadavres; et parmi les petites espèces, de Lapins, de Rats, de Mulots, de Chauves-Souris, de Canards et d'Oiseaux de basse-cour. Mais en été surtout ils vivent de gros insectes, ainsi que l'ont confirmé Hermann et Stoll, qui n'ont trouvé dans l'estomac de trois Aigles criards rien autre chose que des insectes. Pourtant ils ont la réputation d'être de grands destructeurs d'oiseaux d'eau.

C'est du plus haut des airs, et plus rarement perché, que l'Aigle, qui quelquefois chasse de concert avec sa femelle , excepté pendantrincubation,vaen quête de la proie qui doit lui servir de pâture. Grâce à sa vue

AIG

perçante, aussi célèbre, mais plus vraie que celle du Lynx, rien de ce qui se meut sur le sol ne lui échappe. Cependant il a le vol trop pesant pour pouvoir suivre dans les airs les Oiseaux dont la fuite est rapide , et il les chasse à la course ; mais dès qu'il s'est attaché à une victime , elle a peine à lui échapper. Si c'est en planant qu'il l'a aperçue , il replie ses ailes, se laisse tomber sur sa proie, les serres largement ouvertes, etlasaisit avec une force qui ne lui permet plus aucun mouvement. Peu inquiet des souffrances qu'il cause et des cris lamentables que pousse sa victime , il la dévore sans la tuer ; si c'est un oiseau , il le plume vivantavant de le manger. Tous les carnassiers en sont là ; ils doivent senourrirde proie vivante, etilsaccomplisscnt.leurs fonctions. A quoi leur servirait la pitié.'* S'ils étaient pitoyables, ils ne tarderaient pas à mourir de faim , et ils n'ont pas été élevés à l'école de Pylhagore. On a remarqué sur deux Aigles criards élevés en captivité et auxquels on jetait de temps à autre des Chats vivants, qu'ils leur arrachaient d'abord les yeux, dont ils sont très friands, leur déchiraient ensuite les flancs pour leur dévorer le foie, qu'ils se disputaient, e-t finissaient ensuite de les mettre en lambeaux. Rien de plus dégoûtant que le repas d'un Oiseaudeproie, dontla voracité brutale, qui ressemble plus à de la colère qu'à de la faim, ne s'assouvit qu'après qu'ils sont tom.bés dans la torpeur d'une réplétion complète.

Si l'Aigle manque sa proie ou qu'elle lui échappe, ce qui est rare, il s'envole, et va, dit-on, se percher plus loin d'un air déconcerté.

Quand l'Aigle a terrassé un animal trop pesant pour qu'il puisse l'emporter, il le tue sur place et le dépèce par morceaux.

Souvent, les Aigles pressés par la faim .«ont d'une audace extraordinaire. Espinar raconte qu'un jour Philippe III étant en chasse au Pardo, la reine Marguerite, sa î'emmc, s'y promenait accompagnée d'une petite chienne qu'elle aimait beaucoup. Cet animal s'étant écarté à quelque distance et les chasseurs ayant vu un Aigle .s'abattre, 'un d'eux se détacha pour lui faire lâcher le (îibier qu'il avait pris, et vit avec étonnerjiînt la pauvre petite chienne morte entre i."j .erres de l'Oiseau.

AIG

Malgré son peu d'intelligence , 1 Aigle royal est assez habile pour enlever de temps à autre sa proie au Faucon pèlerin , ce qui fait que quelquefois on l'a vu dévorer des Pigeons, dont le vol est trop rapide pour qu'il puisse les atteindre.

La plupart des animaux dont l'Aigle fait sa pâture ne peuvent résister à ses redoutables serres. Audubon a décritdans un style poétique la lutte inégale du Cygne et du Pygargue à tête blanche, et les ruses impuissantes de la victime pour échappera son ennemi. Il est un oiseau qui lui résiste longtemps et lui fait quelquefois abandonner la partie: c'est le Héron. S'il peut se réfugier sous une pierre ou sous la souche d'un arbre et qu'il soit à l'abri de la serre et du bec de l'Aigle , il lui donne sur les pattes de vigoureux coups de bec qui fatiguent d'autant plus son adversaire qu'il n'y peut riposter. On enferma un jour, chez le duc d'Athol, à Blair, un Héron dans la cage d'un Aigle. Le Héron se retira sous un bloc de bois qui servait de perchoir à son ennemi , et s'y défendit si bien que ce ne fut qu'après vingt-quatre heures de lutte qu'il succomba.

Laissons l'Aigle attaquer de petits Mammifères et des Oiseaux d'une grande taille , mais moins bien armés que lui; quant aux Taureaux , aux Ours et aux grands Quadrupèdes, il est permis d'en douter. Ainsi l'on peut mettre au rang des fables ce qui est dit des Aigles qui nichent dans les rochers d'Heligoland et forcent le gros bétail à se jeter dans la mer du haut des récifs , en l'aveuglant au moyen de sable dont ils ont chargé leurs ailes après les avoir mouillées. On rapporte, dans tous les livres où il est question de ces Oiseaux , qu'il enlèvent des enfants , et l'on en cite des exemples : ainsi en Norvège, en 1737, dans la paroisse de Nudderhangs,un enfant de deux ans fut enlevé prés de ses parents ; à Tinkalen ( îles Fœroë ), un semblable événement eut lieu. P.ay, qui n'était cependant pas un naturaliste crédule, cite un pareil fait dans les Orcades. L'histoire touchante deHannah Lamond , insérée dans le Blackwood's vingazine (novembre 1S2G) paraît n'être qu'une paraphrase de cet événement. Si toutefois ces exemples d'enlèvement sont vrais , ils sont néanmoms fort rares.

C'est à tort sans doute qu'on a dit que le*

AIG

A igles ne boivent pas, et que le sang de leurs victimes suffit pour les abreuver; le Tait est que, dans l'état de captivité, ils boivent volontiers quand on leur donne de l'eau, et même <e baignent à la manière des autres oiseaux.

Comme tous les Oiseaux de proie, les Aigles peuvent rester fort longtemps sans manger, buffoii rapporte qu'un de ces Oiseaux pris dans un piège à renard passa cinq semaines entières sans prendre aucune nourriture, et un auteur anglais parle d'un Aigle auquel on oublia de donner à manger pendant 21 jours, et qui, au bout de ce temps, ne paraissait pas avoir souffert.

Nous ne connaissons pas l'époque et la pariade des espèces étrangères ; nous savons seulement pour les espèces principales d'Europe, d'après Naumann, qu'en mars, l'Aigle royal s'ébat gaiement dans les airs avec sa femelle, et travaille sinon à la reconstruction du moins à la réparation de son nid; le même auteur vit en juin les mêmes manœuvres de la part de l'Aigle criard, et au milieu d'août on lui apporta un Aiglon qui n'avait pas pris tout son accroissement. En Silésie, on a tué dans le courant de l'été des Aiglons qui volaient difficilement , et auxquels les parents donnaient encore leurs soins.

Le nid de l'Aigle , que l'on appelle aire , a une forme large et évasée ; il est composé d'un amas de bûchettes réunies sans art, ressemblant assez pour la structure à un plancher grossièrement entrelacé. Des branches souples qui lient entre eux les matériaux qui ont servi à sa construction , etdcs joncs , des bruyères , des feuillages, le tapissent en dessus et le rendent plus doux. Ce nid est si plat que les œufs reposent dans une cavité à peine visible. On conçoit qu'un tel nid, destiné à porter le poids de quatre ou cinq Oiseaux , formant ensemble environ 60 ou 80 livres, et de plus, les provisions qui y sont accumulées, a besoin d'une grande solidité. Dans \es pays montagneux , comme les Alpes, les Pyrénées, l'Allemagne méridionale, ils choisissent de préférence une anfractuosilé de rocher dans une partie dont l'accès est difficile. Il n'est pas couvert en dessus, et n'est souvent abrité que par une saillie du rocsouslequel il est construit; mais dans les pays du Nord, c'est au sommet des arbres élevés qu'il est établi, dans les fo-

AIG

rôts les plus profondes , dans l'cnfourchure des branches de chêne ou de sapin , et le plus souvent dans le voisinage des eaux : le Griffard fait aussi son nid sur de grands arbres. On a trouvé dans les montagnes de l'Auvergne des aires ayant plus de 6 pieds carrés. Ces nids gigantesques durent, diton, autant que le couple qui les a construits, et ils ne font que les réparer à chaque ponte.

La plupart des auteurs s'accordent à dire que l'aire de l'Aigle est sans cesse chargée de vivres : ce sont des animaux entiers, des débris de cadavres, des lambeaux de chair palpitante , destinés à satisfaire la voracité de leurs petits. Comme, à celte époque, tous les êtres abandonnant leurs retraites sont répandus dans les champs et les montagnes, ces Oiseaux ne manquent pas de proie. D'autres disent au contraire qu'elle est très propre. Meyer rapporte qu'un couple d'Aigles qui avaient établi leur nid dans une fente de rocher à 10 pieds de profondeur, tenaient le nid lui-même dans un état complet de propreté ; les débris de leur proie, les os, etc., étaient déposés sur une saillie plate que formail le rocher, et Naumann confirme le fait, en disant que les animaux donnés en pâture aux petits sont déchirés, non pas dans le nid, mais sur les bords, et que, dans les montagnes, c'est en dehors du nid, et sur une saillie du roc.

La femelle de l'Ai^^le dépose dans ce nid 2 ou 3 œufs, rarement 4, arrondis, d'un blanc sale, dans l'Aigle impérial ; blancs et sales , marqués de taches rousses dans l'Aigle royal : blancs rayés de rouge dans l'Aigle criard , entièrement blancs dans l'Aigle griffard; mais sur ces 2 ou 3 œufs, il n'en vient presque jamais que deux à bien.

Les pelils sortent de l'œuf au bout de trente jours. Dans le premier âge ils sont couverts de duvet , et leur plumage subit trois modifications bien distinctes avant d'avoir pris les couleurs qu'ils porteront toute la vie.

Comme les petits des autres Oiseaux de proie , ils sont aveugles à leur naissance. Pendant la durée de l'incubation, le mâle pourvoit seul aux besoins de la femelle , et sans doute pour charmer ses ennuis, il fait des évolutions continuelles et très variées au-dessus du nid , s'élevanl à perle de vue

pour redescendre de cette hauteur avec la rapidité de la flèche.

Rien de plus vorace que ces jeunes Oiseaux, dont il est difficile d'assouvir la gloutonnerie, et jusqu'à ce qu'ils soient assez forts pour pourvoir eux-mêmes à leur subsistance, époque où les parents les chassent impitoyablement du nid. On dit que l'Aigle impérial et l'Aigle criard ont plus longtemps soin de leurs petits ; ils ne cessent de chas- -ser pour approvisionner leurs nourrissons, en étendant pour cela leur district de chasse. Ce n'est pas sans péril qu'on tente de leur enlever leur petits , car ils sont attentifs à les défendre contre tout danger ; et l'homme assez audacieux pour essayer une ascension est accueilli par des coups d'aile dans le visage, assez vigoureux pour le renverser.

On raconte sur l'audace de cet oiseau au temps de l'éducation des petits les exemples les plus surprenants; mais ils sont, sinon complètement controuvés, du moins exagérés. Quand l'homme se prend à croire, il ne sait plus mettre de terme à sa conflance , et il accepte les contes les plus ridicules avec une naïveté singulière. Toutefois, l'Aigle ne se hasarde pas toujours à affronter le chasseur ; car Natlerer rapporte qu'un nid d'Aigle ayant été trouvéavec trois petits dans l'île deLobau.on tuaun des parents, ctquel'autre ayant été effrayé n'osa plus s'en approcher; il laissa même les petits jeûner un jour tout entier, et fut tué au moment où , se croyant en pleine sécurité, il descendait du haut des airs sur le nid, avec la rapidité de la flèche.

Les Aigles, défiants comme tous les Oiseaux de proie, se laissent rarement approcher, et on ne les tue guère que par surprise, et après une longue attente. La balle lancée par une carabine est le moyen de mort le plus sûr, et souvent une seule ne suffit pas pour tuer l'oiseau sur la place. Les monlagnardsdcsPyrénées, accoutumés auxchasses périlleuses, s'exposent à des dangers sans nombre pour aller dénicher des Aiglons; et l'on ne peut les avoir qu'en luttant avec la mère, qui cherche à arracher ses petits aux mains de leurs ravisseurs. Cette chasse se fait à deux: l'un des dénicheurs est armé d'une carabine àdouble canon, l'autre, d'une espèce de pique de fer longue d'environ GO centimètres. Aux premières lueurs du jour, Jes chasseurs arrivent suv la cime de la mon-

ATG

tagne où l'Aigle a établi son aire, et pendant qu'il est aller chercher la nourriture pour ses petits. Le premier se place sur le sommet du roc, et la carabine à la main, attend l'arrivée de l'Aigle pour l'attaquer; l'autre descend au fond de l'aire, soit d'anfractuosilé en anfractuosité , soit au moyen de cordes. Il s'empare d'une main hardie des Aiglons, trop faibles encore pour opposer une longue résistance; l'Aigle, entendant les cris de ses petits , accourt avec furie, et se précipite sur l'intrépide montagnard, qui le frappe de sa pique, tandis que son camarade tire sur l'oiseau, qui tombe percé de coups. Cette chasse a pour objet de délivrer le pays d'un ennemi des troupeaux, et est pour les deux montagnards un sujet de gloire.

On prend encore les Aigles au piège, et les traquenards sont ceux qui conviennent le mieux ; il faut encore qu'ils soient bien fixés en terre pour que l'Oiseau ne les emporte pas. Meisner rapporte qu'un Aigle commun s'élant pris par le pied dans un piège à Renard, dans rObcrhassli, il arracha le piège à force de se débattre, s'envola avec , et fut trouvé le lendemain à demi mort de fatigue de l'autre côté de la montagne dans l'Urbachrhal , quoique le piège pesât de 6 à 8 livres.

On ne connaît pas d'ennemis aux grandes espèces de ce genre. Plus forts, mieux armés et plus courageux que la plupart des autres Oiseaux , ils ne peuvent redouter d'autre ennemi que l'homme ; car on ne peut donner ce nom aux Helminthes qui habitent la profondeur de leurs organes, et aux parasites établis sous leur plumage. Souvent, néanmoins, les Corbeaux et les Corneilles les poursuivent en poussant des cris, mais sans les attaquer, quoique pourtant Levaillant ait vu un Balbuzard poursuivi par des Grives se réfugier sous un buisson, où il fut tenu en respect pendant assez de temps pour qu'il pût aller chercher un fusil. Sans doute que partout il en est de même , et que les Aigles étrangers , dont les mœurs ne nous sont que fort peu connues, dominent en tyrans dans le pays où ils ont établi leur séjour, et ne reconnaissent d'autre maître que l'homme, dont ils bravent souvent la colère en se réfugiant dans des retraites inaccessibles.

Pris jeunes, les Aigles s'apprivoisent as-

AIG

«ez volontiers ; mais leur caractère est triste, et ilsn'onlnulie gentillesse; adultes, ils deviennent quelquefois méchants, et quand ils sont vieux il n'est pas possible de les dompter. Ils sont toujours menaçants, et l'on n'en peut approcher qu'avec précaution. En captivité ils jettent souvent un cri lamentable. L'Aigle criard est d'un caractère plus doux et plus docile , mais a la réputation d'être lâche, et il est facilement vaincu par un Epervier bien dressé.

Si l'on cherche dans les Oiseaux leur utilité et les dommages qu'ils causent, on verra que les grandes espèces ne nous sont d'aucun avantage, à moins, comme le dit Naumann en parlant de l'Aigle impérial , qu'on ne regarde comme un mérite la part qu'il a dans le maintien de l'équilibre des êtres organisés en dévorant ceux qui sont de trop ! Je ferai remarquer, en passant, que Naumann n'a vu les Oiseaux qu'en ornithologiste ; et son livre, tout précieux qu'il est pour les renseignements nombreux et consciencieux qu'on y trouve, est empreint d'un esprit de détails minutieux, qui indique que son auteur n'a pas vu l'histoire naturelle avec le coup d'œil d'un philosophe. A part ce prétendu service, il est le plus terrible ennemi du gibier à poil et à plume, et malheur au lieu où il a trouvé l'occasion de faire un bon repas , il ne manquera pas d'y revenir. LesTataresde l'Asie septentrionale dressent à la chasse l'Aigle commun , et s'en servent contre les Antilopes, les Renards, les Lièvres et les Loups. Comme cet oiseau est trop lourd pour être porté sur le poing, les chasseurs le portent à cheval devant eux , et le lâchent contre l'animal dont ils veulent .s'emparer. Ils se servent encore des rémiges et des rectrices de ces Oiseaux pour empenner leurs flèches. L'Aigle criard , quoique faible et peu courageux en état de servitude, est encore dressé à la chasse.

Les Indiens de l'Amérique septentrionale recherchent avec beaucoup d'empressement les plumes et la queue de l'Aigle royal pour en orner leurs calumets , ainsi que le prouvent plusieurs de ces calumets apportés par le capitaine Lewis des parties les plus reculées de la Louisiane, et déposés maintenant dans le Muséum de M. Peal.

Les petites espèces sont moins nuisibles , et détruisent beaucoup de petits Piongeurs et

de gros insectes. Du reste , ces oiseaux sont des voisins incommodes et dangereux, et la chasse qu'on leur fait les a éloignés des demeures de l'homme, et les a forcés sans doute à se retirer dans les lieux inaccessibles & leur plus dangereux ennemi.

On voit à Péterwardin plusieurs couples d'Aigles nichant depuis longues années sur les points culminants de la citadelle ; et ils jouissent de la protection du gouvernement sans doute comme symboles vivants des armes de l'empire. Ils s'abattent souvent avec la rapidité de la flèche sur les provisions apportées au marché par les paysans, et regagnent tranquillement leur aire pour y dévorer leur capture.

Leur chair, qui est blanche, sans être précisément désagréable au goût, est dure et filandreuse.

La durée de la vie des Aigles n'est pas connue ; tous les naturalistes s'accordent à leur attribuer une grande longévité. Dans plusieurs parties de l'Ecosse , et entre autres a Lochlee, dans le Forfarshire, on a vu un couple d'Aigles habiter la même aire depuis une époque dont aucun des habitants les plus anciens n'avait souvenir.

La captivité n'abrège pas ses jours ; car l'auteur du Briiinh naluralisi dit, d'après Klein sans doute , qu'on garda à Vienne un Aigle pendant cent quatre ans. Pennant (J?^f^ 200/. ,1, 123 , éd. 8) dit qu'on fit présent à M.OwenHollanddeConwayd'un .\igle royal qui avait déjà vécu trente-deux ans chez son premier maître, lequel l'avait reçu d'Irlande déjà adulte ; et lorsque Pennant le vit, il y avait neuf ans qu'il appartenait à un nouveau propriétaire.

Les anciens avaient l'idée de la longé vite de l'Aigle , car il est dit dans la Bible ( psaume cm , 5 ), en parlant du juste : « Il comble de bien sa vieillesse, et renouvelle sa jeunesse comme l'Aigle la sienne. » Ce passage a donné lieu à de nombreuses interprétations ; saint Jérôme, saint Ambroise, saint Grégoire, Nicéphoreet le rabbin David disent que quand cet oiseau sent qu'il avance en âge, par le poids de ses plumes et l'affaiblissement de sa vue , il se rend à une certaine source, s'y plonge, et en sort complètement rajeuni. Saint Damien ajoute qu'avant de boire il s'expose au soleil , met le feu à ses ailes afin de consumer son vieux plumage.

AIG

Le rabbin David dit aussi que quand l'Aigle attend trop longtemps pour faire celle opération, il n'a plus la force de sortir de l'eau et se noie.

Saint Augustin dit que, quand l'Aigle devient vieux, la mandibule supérieure de son becacquiertuntelaccroissemenlqu'ilnepeut plus prendre de nourriture ; il la frotle alors le long d'un rocher ou d'une pierre, et l'use jusqu'à ce qu'elle soit revenue à des proportions convenables. Ces idées de rajeunissement furent reproduites au moyen-àge. Albert-le-Grand rapporte, d'après Jorachus et Andelinus.quel'Aigleétantvieuialtendque ses petits soient couverts de plumes ; et, profitant d'une belle journée de printemps, il s'élève jusque dans la région des météores , où il éprouve une chaleur extrême ; il rcdescendalors, se plonge dans l'eau, qui, par Je froid extérieur qu'elle cause, augmente la chaleur intérieure. Il sort de l'eau, regagne son nid, et vachercherla chaleursous ses petits. Il éprouve alors un rajeunisscmentcomplet; mais pendant sa métamorphose, il dévore ses enfants. Disons à la louange d'Albertle-Grand qu'il ajoute n'avoir rien remarqué de semblable chez deux Aigles apprivoisés qu'il élevait, et qu'ils muaient de la même manière que les autres Oiseaux.

La distribution géographique de l'Aigle est très vaste. On a trouvé l'Aigle impérial en Egypte et en Abyssinie , dans les Alpes , en Autriche, dans le Tyrol, en Bohême et dans le Harz, mais toujours dans les montagnes ; sur quelques points il est sédentaire , sur d'autres de passage. L'Aigle commun ou Aigle royal est répandu dans toute l'Europe, dans l'Asie et dans l'Amérique septentrionale. Il vit dans les forets des montagnes, et plus rarement dans les grandes forêts des pays plats ; c'est en hiver seulement qu'il p&rait dans les plaines. L'Aigle criard habite les forêts de l'Europe méridionale et orientale, toute l'Asie septentrionale, même la Sibérie et le Kamtschatka, etl'Afrique.On dit même qu'il n'est pas rare en Egypte. On le trouve communément en Russie ; il est moins commun en Pologne et en Hongrie, et ne faitquede rares apparitionsen Allemagne. Il se montre cependant quelquefois dans la partie septentrionale de ce pays, et l'on en a vu et tué en Silésie, dans le Brandebourg cl rn Saxe. Il est de passage sur up point et

AIG

sédentaire sur d'autres. Il aime les foréls voisines des grandes eaux. Très rarement il se montre dans les plaines. Les deux Indes , l'Afrique occidentale et l'Océanie possèdent aussi des espèces particulières d'Aigles ; mai«> on peut plutôt regarder ces oiseaux comme des habitants du Nord , si l'on en juge par l'habitat des espèces répandues sur tout le globe.

Comme tous les animaux qui ont fixé le» regards de l'homme par les services qu'il en pouvait tirer et les dommages qu'il en devait craindre , l'Aigle occupe comme animal historique une place importante.

« L'Aigle, dit Johnston, réclame la première place , non pas à cause de l'excellence de sa chair, car personne n'en veut manger, mais parce qu'il est le roi des oiseaux. » Josèphe ( de lielio judaico ) dit que les l\omains l'avaient choisi pour étendard parce qu'il est le roi de tous les oiseaux et le plus puissant de tous, et qu'on en a fait le symbole de l'empire et le présage de la victoire. Josèphese trompe, et, contre son ordinaire, il ne fait pas preuve d'érudition, car nous voyons dans la Cyropédie ( liv. VII ) qu'Arasamba ou Arasama faisait porter en léle de son infanterie une Aigle d'or posée à l'extrémité d'une pique les ailes étendues, et que les rois de Perse conservaient cette enseigne , d'origine assyrienne. Aldrovandc donne une preuve singulière de la supériorité de cet Oiseau; il dit que l'Aigle provoque les Dragons et les combat, attaque les Taureaux, et les lue; puis il termine sa narration en ajoutant qu'il subjugue les Lapereaux, met en pièces les Renards et se nourrit de Serpents.

Caius Marins fut le premier qui, lors de son second consulat , ordonna que les légions romaines eussent un Aigle pour unique enseigne, et pas d'autres; car avant cette époque, l'Aigle marchait bien en tête, il est vrai , mais il était suivi de quatre autres animaux, tels que le Loup, le Alinautore, le Cheval et le Sanglier, qui étaient portés devant chaque escadron et chaque compagnie.

L'Aigle est encore l'oiseau de Jupiter, et Lucien le satirique, qui se moqua des travers de son temps avec tant d'audace et d'esprit, fait dire par Momus à Jupiter qu'il doit s'es> limer heureux de ce qu'il ne prend pas à

AIG

l'Aigle envie de lui construire un nid sur la tète. C'est sous la figure de cet oiseau que le maître de l'Olympe enleva Ganymède pour remplacer Hébé. Lactance , pour ôler à Jupiter l'honneur de celte capture, dit que Ganymède fut pris par une légion ayant un Aigle pour enseigne, ou mis à bord d'un navire sur la proue duquel était sculptée la 6gure de cet oiseau.

On sait combien les Oiseaux de proie présentent de dilTérence dans la coloration, suivant l'âge et le seie: aussi règne-t-il encore la plus grande incertitude dans la distinction des espèces. De tous les ornithologistes , M. Temminck est celui qui a le plus contribué à Taire disparaître certains doutes, et qui a eu le plus d'occasions de vérifier les variations nombreuses que présente leur livrée.

Le nombre total des espèces de ce genre, d'après les travaux les plus récents et sauf vérification, est d'environ 12. Celui des espèces à queue égale est de 1 1 . Nous n'en avons en Europe que S espèces.

AiCLK IMPÉRIAL, Aqiiila imperiatis Cuv., yiq. heliaca Sav. [Falco imper lalis Temm., F. mogilnik Gm.).

Les caractères généraux de cet oiseau , qui est de plus petite taille que l'Aigle royal, sont : Ailes plus longues ou de la longueur de la queue, qui est presque carrée ; narines obliques à bord supérieur échancré; ouverture du bec fendue jusqu'au-dessous du bord postérieur de l'œil; sur la dernière phalange du doigt du milieu, S écailles ; sur les autres, seulement 3 ou 4, suivant l'âge.

Chez les vieux, le sommet de la tête et l'occiput sont garnis de plumes acuminées, roussàlres, bordées de roux vif; tout le dessous du corps est d'un brun noir très foncé, l'abdomen excepté, qui est d'un roux jaunâtre ; les parties supérieures sont d'un brun très foncé et lustré ; on voit toujours quelques plumes scapulaires d'un blanc pur, ce qui produit quelques grandes taches sur le manteau ; la queue est d'un gris cendré très foncé, avec des bandes noires irrégulières ; toutes les plumes ont une large bande noire vers leur bout, et elles sont terminées de jaunâtre. L'iris est d'un jaune très pâle ; la cire et les doigts sont jaunes. La femelle a 1 mètre de longueur, et le mâle 80 cent, seulement.

Les jeunes d'un an et de deux ont les par- T. \.

AlCr

'im

ties supérieures d'un brun roussàtre, variées de grandes taches d'un roux très clair; on voit sur les scapulaires quelques plumes à pointes blanches; la queue est d'un cendré uniforme , tachetée de brun vers le bout et terminée de roussàtre ; la nuque et les parlies inférieures sont d'un jaune roussàtre ou de couleur Isabelle, les plumes delà poitrine et du ventre étant bordées et terminées de roux vif; la gorge, les cuisses et l'abdomen sont Isabelle sans taches ; le bec est cendré , l'iris brun , les pieds d'un jaune livide.

Chez les individus d'un âge plus avancé les teintes sont plus foncées; on remarque du blanc sur quelques unes des plumes scapulaires, et quelques plumes noirâtres et d'un brun foncé paraissent sur toutes les parties du corps.

Celte espèce diffère surtout de l'Aigle royal par son mode de station : au lieu de tenir comme ce dernier le corps dans une position verticale, elle l'a plus horizontal , ce qui lui donne plutôt l'air d'une Oie que d'un Aigle.

Aigle royal, A. commun, grand Aicr.K, udquila fulva Mcy. [F alco J'ulvus h., F. mdanaëtos, F. niger Gmel., F. chrysuëlos Tem.l.

Caractères généraux : la queue , plus longue que les ailes , est très arrondie ; les narines sont elliptiques, près de moitié plus hautes que larges, et à bord antérieur émoussé; l'ouverture du bec ne s'étend pas au-delà du bord antérieur de l'ceil; sur la dernière phalange de tous les doigts seulement 3 écailles.

Chez les vieux , le sommet de la tète et la nuque sont à plumes acuminées, d'un roux vif et doré ; toutes les autres parties du corps «ont d'un brun obscur, plus ou moins noirâtres, suivant l'âge ; la partie intérieure des cuisses et les plumes du tarse sont d'un brun clair; il n'a jamais de plumes blanches aux scapulaires ; la queue est d'un gris foncé , rayée assez régulièrement de brun noirâtre , et terminée jusqu'à la pointe par une large bande de cette couleur ; le bec est de couleur de corne; l'iris, toujours brun; la cire et les pieds sont jaunes. La longueur des mâles est de près de 1 mètre , et les femelles ont jusqu'à !■" 20^

On distingue facilement du vieux le jeune d'un et de deux ans : tout le plumage est d'un brun ferrugineux ou roussàtre assez obscur,

AIG

el anirorme sur toutes les parties du corps ; les couvertures du dessous de la queue sont blanchâtres; la partie intérieure des cuisses el les plumes du tarse d'un blanc pur ; la queue d'un blanc parfait, depuis la base jusqu'aux trois quarts de la longueur, mais gris brun jusqu'à la pointe; les barbes inférieures des rémiges et des pennes caudales sont d'un blanc pur ; cette même couleur occupe aussi la plus grande partie de toutes les plumes du corps , depuis leur base.

A mesure que les jeunes avancent en âge, leurs couleurs se rembrunissent, le blanc de la queue occupe moins d'espace , et il commence à s'y former des indices de barres transversales. C'est à la troisième année que les jeunes prennent leur plumage d'adulte.

Cuvier a formé deux espèces de l'Aigle commun et de l'Aigle royal, en n'établissant entre eux d'autre dilTérenceque dans les bandes blanches , irrégulières , cendrées, sur les pennes caudales de son Aigle royal , tandis que la moitié supérieure de la queue est blanche dans son Aigle commun. M. Temminck , à qui j'ai emprunté ces descriptions , et je ne pouvais mieux choisir qu'en les puisant chez cet observateur aussi exact que consciencieux, dit que le premier, ou l'Aigle royal de Cuvier, est un adulte, et le second, ou l'Aigle commun, un jeune d'un an ou deux.

On a établi sous le nom A'AquUa alba une espèce distincte d'Aigle d'Europe; mais son existence est très problématique.

A. CRIARD, A. TACHETÉ, PETIT Aigle, ^q(a7a tiOEvia [Falco tiœvius , F. maculatus Gra. , Aq. metanaëtos Sav.)

Les Aigles de cette espèce , dont le mâle a 60 centim., et la femelle 70, ont, chez les adultes , le corps , la tête , les ailes et la queue d'un brun lustré, tantôt plus clair ou tantôt plus foncé, suivant les différents états d'âge et de sexe. Ce brun devient plus clair en approchant du croupion et vers la région des cuisses , qui , de même que les plumes 4Jes tarses et les couvertures inférieures de ^• queue , sont d'un brun clair ; la queue, quieslunicolore, est terminée de roux clair. Dans les individus de moyen âge, on remarque encore quelques faibles taches pres- «^ue effacées eur les ailes et sur les scapu-

AIG

laires; mais chez les vieux, on n'en trouve plus aucune trace. Le plumage est alors d'une couleur uniforme; le bec est noir ; la cire et les doigts sont jaunes.

Les jeunes de l'année et ceux d'un an ont tout le plumage, sans exception, d'un brun foncé très lustré; mais toutes les couverture» des ailes sont marquées vers le bout de grandes taches ovales d'un blanc grisâtre; toutes celles du dessous de la queue , ainsi que les pennes secondaires des ailes, sont terminées par de grandes taches de cette couleur; on en voit encore un nombre plus ou moins considérable en forme de gouttes, sur les flancs et sur les cuisses. Plus les individus sont jeunes, plus les taches sont nombreuses et distinctes; elles se fondent avec l'âge dans la couleur brune, el n'existent plus chez les vieux. Les divers synonymes donnés en tête de cet article appartiennent aux jeunes Aigles criards.

A. BOTTÉ, ^. pennata. — Très jolie petite espèce d'Aigle , ayant pour caractères spécifiques : Pieds emplumés jusqu'aux doigts; un bouquet de plumes blanches à l'insertion des ailes ; queue toute brune en dessus.

Chez les vieux, le front est blanchâtre; les joues et le sinciput sont d'un brun très foncé; l'occiput et la nuque sont d'un jaune roussâtre marqué de taches brunes ; le dos, les couvertures des ailes et les scapulaircs sont d'un brun sombre, bordé souvent de brun plus clair; à l'insertion des ailes se trouvent huit ou dix plumes d'un blanc pur sans aucune tache ; les pennes des ailes et de la queue sont d'un brun noir dans toute leur étendue; sur ces dernières se distinguent faiblement quelques bandes transversales très étroites; toutes les plunaes des parties inférieures sont d'un blanc très pur, marquées le long des baguettes par une étroite raie d'un brun foncé ; les plumes des cuisses le sont par de petites bandes transversales d'un roux pur distinct; les pieds, la cire et l'iris sont jaunes. La longueur du mâle est de 45 cent., et la femelle d'environ 50; cette dernière différée peine du mâle sous le rapport de la coloration, mais seulement sa taille est un peu plus forte.

Les jeunes ont, en général, plus de brun roussâtre sur la tête et sur le cou ; et les parties inférieures sont totalement d'un roux clair avec des raies noires très mar-

quéesle long des baguettes; ils ont aussi les bandes de la queue mieux marquées; mais les plumes, à l'insertion des ailes, sont, dans tous les âges , d'un blanc pur.

Ilestimportantd'avoirégardauxcaractéres spécifiques placés en tête de cette espèce, pour ne pas la confondre avec la Duse paltue, qui lui ressemble tellement, qu'à la première vue on les prendrait l'un pour l'autre.

A. BotiHELLi, Aquila fasciata\ie'û\. [A.inlermedia Boit. , F. Bonnelli Tem.) .— Cet Aigle fut découvert en 1823, presque en même temps aux environs de Paris et en Piémont ; M. Boitard l'a décrit le premier dans sa. 'T/o«ographiedes Oiseaux de proie d'Europe sous le nom d'^. intermedia , parce que sa taille est ntre celle de l'Aigle commun et celle de l'Aile impérial. M. Temminek le dédia ensuite à *.I. Bonnelli, professeur d'histoire naturelle à Turin , et cette dénomination , quoique plus récente , a prévalu. Le dédain que témoigna alors l'ornithologiste hollandais pour un jeune naturaliste encore sans réputation, m'a fait rétablir ici la synonymie et le droit de priorité. Tout en avouant naïvement que pour mon propre compte j'y attache peu d'importance , c'est seulement pour me conformer à l'usage que je relate ici le fait; ce qui n'empêchera pas que cet .\igle ne continue de s'appeler Aigle Bonnelli.

Voici la description qui en a été donnée par M. Boitard , d'après un individu tué dans les environs de Paris, et qui était alors déposé dans le cabinet de M. Delalande : les parties supérieures sont d'un brun foncé, avec le bout des plumes scapulaires noirâtres à reflets; les parties inférieures sont d'un fauve vif, tachées longitudinalement de brun noirâtre sur le milieu de chaque plume; les pennes des ailes sont brunes et barrées de grisâtre; la queue est grise , avec 6 ou 7 bandes étroites d'un brun foncé, dont la dernière est très large; l'cilrémité est bordée de blanc roussàtre; les plumes des jambes sont d'un fauve sombre taché de brun ; les couvertures inférieures de la queue sont roussàtres et tachées de noir; les jambes et les tarses sont fort longs; le bec est plombé; la cire et les doigts sont d'un jaune bleuâtre, et l'iris est noisette. La longueur de l'oiseau est de 40 cent.

L'Afrique possède, outre les espèces qui lui sont communes avec l'Europe :

AIG

L'Aicr.E R AVissEOR, A. rapax {lùilco rupax Temm.). — Cette espèce , du cap de Bonne- Espérance, et que G. Cuvier a désignée sous le nom de petit Aigle du Cap, a de grands rapports avec les Aigles criard et Bonnelli ; mais son bec est à peu près de la force de celui de l'Aigle commun; ses doigts sont courts ; ses serres robustes ; ses jambes sont couvertes de longues plumes qui forment comme de larges bottes. Le mâle a le plumage d'un fauve Isabelle très clair , brunissant sur l'abdomen et sur le dos ; sa queue est brune et sans taches ; la cire et les tarses sont jaunes.

La femelle a le plumage brun tacheté de roux doré et huit ou neuf raies noirâtres , bordées de jaune en travers.

L'Aigle griffard, Aquila armigera Le- Yaill., F. armiger Shaw). — Cet oiseau, originaire de la Cafrerie, est de la taille de l'Aigle royal; mais il a les tarses plus longs et armés de serres plus robustes; les plumes, par leur allongement , simulent un commencement de huppe ; le bec est bleuâtre à son origine et noir à l'extrémité ; les doigts, garnis de plusieurs scutelles , sont jaunes. Le plumage en dessous est d'un blanc pur; le dos et les couvertures sont brunâtres ; les plumes de la tète et du cou, blanches à la base , sont brunes au sommet; la queue et les rémiges des jeunes sont rayées de blanc sale et de noirâtre. I! n'y a d'autre différence entre le mâle et la femelle que la taille, qui est d'un tiers plus forte chez celte dernière.

AiGLE-VAUTOUR , Aquila vuUurinu Cuv.

[A. choka Smith, A. Vereeaux , A. Verreauxii). — Bec bleuâtre plombé, la cire et les doigts jaunes; ongles bruns. Plumes de la tête étroites, légèrement rigides, et le lourdes yeux nus. Un noir lustré profond colore la tète , le cou . le haut du corps et toutes les parties inférieures ; celte couleur est relevée par un blanc neigeux qui règne sur le dos . le croupion et la couverture supérieure de la queue ; les ailes, dont les rémiges sont puissantes et recourbées, sont noires, mais les plumes scapulaires supérieures sont blanches et les pennes primaires et bâtardes d un gris roussàtre que varient en travers des stries de celte dernière couleur, à teinte plus foncée; les tectrices, plus rigides et amples , donnent à ia queue une forme un peu arrondie que l'ex -

AIG

trémilé des ailes n'alleint pas toul-à-fail ; elles sont noires el rayées transversalement dessous. Les plumes duveteuses qui recouvrent les doigts sont également brunes.

La description de l'AigleCafre donnée par Smith se rapporte identiquement à l'Aigle- Vautour ; mais il n'en est pas de même de celle donnée par Levaillant, qui désigne son Aigle Cafre comme étant partout d'un noir mat. Ses habitudes différent encor^de celles delAiglc-Vaulour, qui va par paires, et ne dédaigne pas les charognes, ce qui le rapproche des Oiseaux dont il porte le nom.

Aigle malais, A. malayana C\i\. [Fatco malayensis Tem.). — Cet oiseau est en entier d'un brun ferrugineux ; le bec et la cire sont noirs ; les doigts sont réticulés et jaunes.; la queue est rayée en dessous de brun clair.

Aigle indien, ^. vindhiana Frankl. — Son plumage est varié de brunâtre; la tète, la poitrine, les rémiges secondaires et la queue sont d'un brun plus foncé. Celle-ci est bordée d'un liseré blanc à son extrémité. Les pennes primaires sont noires, et les plumes de la têle et du cou, légèrement lancéolées, sont d'un roux pâle. Il se trouve dans les montagnes de Vindhyan, entre Bénarès et Guerrab- Mundela.

Aigle a deux raies, A. bifasciata Hardw. et (îray. — On n'a sur cet Aigle , figuré par le général Hardwicke dans la Zoologie indiennc, d'autres caractères sinon que l'iris est d'une couleur d'ocrc jaunâtre tintée de brun, et que la coloration des jeunes est plus claire que celle des adultes.

L'Océanie possède une seule espèce à queue étagée, l'A. a queue étagée. A.fucosa (Falco fucosux Cuv.). Cet oiseau, qui semble faire le passage des Aigles aux Pygargues, n'a pas les tarses complètement vêtus. Sa queue est assez longue, de couleur fauve , très étagée en dessous en sorte de cône. Son plumage est d'un brun noirâtre, varié de roux doré assez clair ou de jaunâtre. La gorge et le devant du cou sont d'un brun noirâtre; la tête et la nuque, d'un brun roux doré. Sa taille est de 85 centimètres.

L'histoire de chacune de ces espèces n'est point connue , et l'on voit combien leurdesoription même laisse encore à désirer. Levaillant a bien donné des détails sur les

AIG

mœurs des Aigles du Cap , mais depuis lui , nous ne savons que peu de chose sur ccj mêmes Oiseaux. L'intrépiiie voyageur, il tii. vrai, n'était pas naturaliste , reproche souvent adressé à cet homme de cœur et d'intelligence qui rendit d'immenses services à la science, et n'en recueillit que de l'ingratitude; mais c'est justement parce qu'il n'était pas naturaliste qu'il s'intéressait plus à ce qui concerne les mœurs qu'à tout ce qui touche à la description pure. Depuis que l'histoire naturelle s'est jetée dans la voie des méthodes , la diagnose est tout , le reste est dédaigné, de sorte que nous sommes le plus souvent dans l'ignorance des particularités les plus importantes sur l'histoire des Oiseaux même les plus communs.

Il serait pourtant à désirer que l'histoire naturelle sortît de cette déplorable voie qui satisfait quelques vanités puériles sans rien constituer de solide. Je ne proposerai pas de renoncer à toute description, ou de la borner à des indications superficielles, car une bonne description n'est pas à dédaigner; mais depuis Yieillot, le descripteur minutieux e: méthodique, où trouve-ton des descriptions faites d'une manière convenable .' Je demanderais seulement que la description n'envahît pas l'histoire naturelle, ne parût pas la constituer exclusivement, et n'usurpât pas la place des études vraiment philosophiques, qui ne s'appuient sur les détails de forme et de structure que comme sur un moyen destiné à conduire plus loin. Or, il est évident pour tous les hommes qui s'occupent de la science en véritables naturalistes, qu'elle ne se féconde que par l'étude de l'ensemble des êtres, et qu'en s'absorbant dans des détails purement descriptifs, on perd le sentiment des généralités pour devenir un simple nomenclateur: on peut dire que les nomenclateurs sont les ouvriers, et les naturalistes à idées générales, les architectes. Il faut'néanmoins avouer que, malgré la manie des descriptions, on n'a pas compris de quelle manière elles devraient être faites. Il faudrait, comme condition première de toute de.«;cription méthodique, qu'il y eût, pour chaque classe d'êtres , une série de caractère^ invariablement les mêmes, se suivant àat\>le même ordre , embrassant les mêmes détails, afin qu'en l'absence des êtres à étudier, on pût faire sur les descriptions des tr;:

AlG

vaux de comparaison. Ainsi les dimensions totales et partielles, rénuméralion des détails de forme, de couleur, etc., les comparaisons des parties entre elles, les difTérences d'âge, de seie, de localités, de saison, devraient invariablement se trouver dans toute description bien faite ; mais il n'en est rien, .\insi, l'on a cru devoir, comme Illiger, donner à chaque partie de la structure externe de l'oiseau des noms plus ou moins barbares, et constituer ainsi une prétendue langue scientifique plus difficile à apprendre que la science elle-même , quand il serait si facile de parler français. Ce préjugé , né de la vanité des inventeurs, devrait être repoussé par les vrais naturalistes. Un autre défaut non moins grand, est que chacun décrit l'oiseau qu'il a sous les yeux comme s'il était l'unique du genre, tandis qu'il faudrait étudier avec soin toute la série des espèces pour en décrire par comparaison les vrais caractères, les seuls spécifiques qui doivent être mis en saillie.

Pour ne pas sortir de mon sujet, j'appliquerai aux Aigles ce qui précède : on donne pour quelques espèces les dimensions , l'étendue de l'envergure , la couleur de la cire , celle des tarses , des ongles , de l'iris , les variations de couleur que présente le plumage, les particularités de structure qui leur sont propres , tandis que pour d'autres , quelques uns de ces caractères importantssontomis.et vous recourez vainement aux livres, il vous est impossible de reconnaître l'oiseau que vous avez sous les yeux. On ne veut pas, il est vrai, faire de trop gros livres; mais tous les ouvrages descriptifs sont nécessairement longs, très longs, et ce qui serait un défaut dans un ouvrage didactique, est une qualité dans un cuvrage à consulter. Quelquefois, pourtant, un seul caractère suffit, mais il faut bien le saisir, et ce cas se présente rarement, d'autant plus que les espèces sont toujours plus ou moins différentes dugenretype,etc'estcequi ouvre largement la voie aux créateurs de genre! nouveaux. Le seul ornithologiste qui fasse des descriptions moins défectueuses que les autres est M. Temminck; mais il manque encore de méthode, et ses descriptions ne sont pas toutes rigoureuses. On ne peut nier qu'une description ne soit une chose très fastidieuse; mais point de science sans description, et coramec'est la partie de la science

AIG

la moins ardue , pourquoi ne pas prendre l'inilialive de descriptions bien faites , logiquement conçues et qui puissent suppléer à l'absence de l'animal ? M. Schiinherr (^Gênera et species Curculiouidum) est un modèle dans le genre descriptif; mais il pèche par trop de longueur, et faute d'avoir mis en italique les différences spéci6ques, il oblige les lecteurs à un travail analytique aussi long qu'ennuyeux. Le plus important est de bien et longuement décrire l'espèce type , destinée à servir de paradigme, et le choix n'est pas aisé , car l'espèce type est assez arbitraire; mais toutefois il faut qu'elle soit décrite dans toutes ses parties avec le soin le plus scrupuleux. Quant aux espèces, on peut se borner, comme je l'ai dit plus haut, à donner le caractère spécifique saillant, et rien de plus. Ainsi, qu'il me soit permis de donner ici un exemple qu'on pourra comparer avec les autres descriptions : je prends pour type l'Aigle royal :

Tête plate , triangulaire.

Bec droit à la base , fortement crochu à l'extrémilc , de couleur cornée; mandibule supérieure très fendue , large , épaisse , tranchante, festonnée, dépassant de beaucoup la mandibule inférieure ; mandibule inférieure courte, droite, obtuse, cachée en partie dans la supérieure.

Narines dirigées d'avant en arrière, ovales et percées dans le bord antérieur de la cire.

Cire jaune , amplement développée et poilue.

OEil recouvert par une saillie très prononcée de l'arcade sus-orbilaire, l'angle externe correspondant à l'extrémité de la commissure du bec; large espace poilu entre l'œil et la cire; iris brun.

Jambes complètement emplumées ; les plumes en sont longues et dirigées en arrière.

Tarses robustes , velus , une fois et demie plus longs que le doigt du milieu.

Doigts munis antérieurement de 3 écailles, réticulés dans tout le reste de leur étendue , et jaunes.

Ongles noirs, celui du doigt interne fort long , presque autant que celui du pouce.

y^iles moins longues que la queue, première rémige, la plus courte; quatrième et cinquième rémiges, les plus longues.

Queue arrondie, presque égale, à 12 r?c trices.

AIG

Corps épais et massif, de couleur brun foncé, plus claire derrière l'œil et sons le cou ; occiput de couleur roux vif; poils des tarses d'un brun ferrugineux ; queue gris foncé, rayée de brun, et terminée par une bande de même couleur.

On peut se demander pourquoi les Aigles qui réunissent tous les attributs de force et de puissance se trouvent dans la méthode placés après les Caracaras par M. î,esson , après les Gerfauts par Cuvier, après les Buses-Aigles par M. G. R. Gray, après les Faucons par M. Temminck. Pourquoi tant d'incertitude, d'hésitation ? C'est qu'une difficulté insurmontable, invincible pourtous les naturalistes, est de déterminer l'enchaînement rationnel des êtres, et que chacun se place à un point de vue hypothétique, arbitraire , pour leur assigner la place qui leur convient dans l'ordre de succession naturel. C'est en adoptant à tort une idée fausse, erronée , dénuée de raison , qu'on a , d'après les fauconniers, qui jugeaient de tout en fauconniers sans doute, donné le nom d'ignobles à tous les oiseaux impropres à la chasse, et trop indociles pour être dressés. Certes, ce n'est pas une cause de réprobation que l'esprit d'indépendance, et les Aigles, si difficiles à apprivoiser une fois adultes, ne méritent pas plus ce nom que les Faucons celui de nobles , quoique je reconnaisse à ces derniers oiseaux plus de fierté et de véritable courage que chez les Aigles ; mais ce courage n'a sa cause que dans des rapports organiques différents. Ils ont les ailes plus longues et le vol plus léger, le bec armé d'une dent tranchante, une vivacité plus grande , et certes il n'y a rien d'étonnant qu'ils soient plus courageux que les Aigles ; il en est de même chez tous les êtres, l'Homme y compris. Lâche , poltron , qui sont dans toutes les boucles comme des épithètes injurieuses , ont pour cause une disposition physiologique particulière , et signiQent un état d'inaptitude organique pour les entreprises périlleuses. Le blâme est donc peu philosophique, car on ne peut demander à chaque être que ce qu'il peut donner en vertu des lois de son organisation. Bref, les Aigles, qu'ils soient ignobles ou non , lâches ou courageux, sont des Rapaccs dans toute l'extension du mot; et c'est à la tèle des Oiseaux de proie , toutefois

AIG

après les Faucons, et non des aulresOiseaus, que doit être leur place.

Ici se présente une autre question : pourquoi les Aigles sont-ils placés invariablement par les méthodologistes après les Vautours.'' C'est ce que je n'ai pas pu raisonnablement m'expliquer; la prétention de la méthode est pourtant de ranger les êtres dans l'ordre de leur perfection organique. Le plus haut degré de perfection d'un animal serait-il de vivre de chair putréfiée." S'il en était ainsi , l'Hyène et le Chacal devraient être mis à la place de l'Homme. Mais si l'on regarde les habitudes franchement carnivores comme le plus haut point de perfection où puisse atteindre l'animal, les Vautours seront rejetés à la fin des Oiseaux de proie diurnes, et les Aigles prendront la place que les premiers ont usurpée.

Chaque fois qu'on passe d'une classe à l'autre , il faut, dans l'ordre linéaire, que le premier de l'échelle soit le plus complet , c'està-dire qu'il réunisse les attributs qui le rendent plus parfait parmi ses pareils. Or, sou.s ce rapport , les carnivores sont-ils ceux qui mériteraient la première place? Puissance du vol , armes terribles , force irrésistible , audace , enfin tout ce qui établit la domination brutale se trouve en effet réuni chez ces Oiseaux; mais si nous avons égard à l'intelligence , ils retombent dans l'échelle des êtres de cette classe à peu près de la même hauteur que les Échassiers. Point de sens musical , point de chant, pas de nid habilement construit, pas de tendresse délicate dans l'amour , une intelligence des plus bornées, quelques instincts bruts, de la ruse, tel est leur partage; et les Passereaux, si pleins de grâce et de gentillesse, dont l'intelligence est si développée , et qui se manifeste dan» toutes leurs actions , les laissent bien loin derrière eux. Mais en établissant des groupes formés des êtres présentant entre eux le plus d'analogie de structure et de mœurs, sans se trop préoccuper de les unir aux groupes voisins, on voit que le grand g. Fatco est un groupe naturel dans les oiseaux carnivores, et que les Aigles en sont une simple subdivision ; mais il faut s'arrêter là.

La nature ne paraît pas s'êtreautant préoccupée que nous de lier les êtres organisés à ceux qui les précèdent et à ceux qui les suivent, par des espèces ou des genres iulermé

AIG

diaires. Naïuta non facii sallus a dit Linné, et l'erreur du grand homme (à moins qu'il n'ait voulu dire que les modifications qui s'opèrent dans un type par suite des influences ambiantes, se font par nuances insensibles , et non pas par sauts brusques et saccadés; mais sans chercher cet enchaînement régulier après lequel on semble courir, et en prenant chaque classe isolément, sans prétendre trouver des rapports au-delà) a été répétée par bien des naturalistes qui croyaient à la parole du maître ; mais nous voyons au contraire certains types qui se modifient dans d'étroites limites et que rien ne rattache aux groupes voisins. Si cela est vrai pour les oiseaux qui ont entre eux tant de points de ressemblance, qu'adviendra-t-il des tentatives faites pour les rattacher aux êtres des autres classes de Vertébrés ? Ainsi , pourquoi irions-nous chercher à unir les Oiseaux aux Mammifères par en haut et aux Reptiles par en bas, quand nous trouvons de si monstrueuses dissemblances entre les êtres de ces trois classes ! Irons-nous mettre la Baleine à côté du Vautour et le Canard ouïe Sphénisque près des ChéloniensPNous ne le faisons pas, mais pourtant notre ordre linéaire, bien inférieur , à tous égards, à l'ordre parallèle , si satisfaisant quand on ne cherche pas à multiplier les rapports, le veut ainsi. On ne peut trop répéter que la nature , irrégulière dans ses manifestations, n'a pas de méthode; que certains types , créés en vertu de lois qui nous sont inconnues , se modifient suivant les temps et les lieux chacun pour soi , et presque toujours, sans rapport avec les autres. La méthode, c'est l'esprit humain qui l'a faite, dans son impuissance d'embrasser, sans la coordonner , l'immense série des aits qui composent la science; mais il faut jaodestement reconnaître que nos méthodes, BU pour mieux dire nos moyens d'études, sont nécessairement imparfaites, et peutêtre peu perfectionnables dans la voie où nous nous sommes engagés , car les attributs les plus contradictoires se trouvent réunis chez le même être, et l'embarras est le même pour nous, que nous ayons égard, comme le veut l'école de Cuvier, à la subordination des caractères , ou que , comme le veuH'école moderne, nous en prenions l'ensemble en considération. Nos mélhades sont,

AIG

il est vrai, naturelles dans leurs généralités; mais dans leurs détails, elles sont et doivent être arbitraires; et, ce que nous devons éviter, c'est, en les perfectionnant , de les compliquer de telle sorte , que l'élude en devienne impossible. (Gérard.)

AIGLE, poiss. — Nom vulgaire d'une espèce du g. Myliobate, commune dans la Méditerranée. Lacépède a aussi employé ce nom comme épithète de son Chéilodiptère Aigle , qui est un Sciénoïde de nos côtes de la Manche ainsi que de celles de la Méditerranée, et dont l'esp. est , suivant nous, du g. Scicne ( S. aquila Cuv. ). (Val.)

AIGLE ROYAL, moll. — Nom vulgaire du Buliums bicarinalus de Bruguière, Achalina bicarinaia de Lamarck. Très rare autrefois dans les collections, avant qu'on en conniit la patrie, cette coquille y est aujourd'hui très commune depuis que Ton sait qu'elle habite fréquemment l'Afrique équatoriale. (Desh.)

AIGLES-AUTOURS. Morphnus, Cuv. ois.

—Ce g. répond àcelui de Spizaëtede Vieillot, il fait partie de notre famille des Falconidées, etde notre sous-famille des Accipitrinées. Ses caractères sont : Bec assez fort, droit d'abord, puis recourbé à quelque distance du front, garni d'une cire à sa base ; mandibule supérieure comprimée, à arête assez anguleuse, fortement arquée et crochue, se terminant en une pointe acuminée , dilatée sur ses bords, qui ne sont point dentés , mais légèrement sinueux ; narines elliptiques ; tarses allongés, un peu grêles, emplumés dans toute leur longueur, comme chez les Aigles ; doigts de grosseur médiocre, courts, mais le médian et le postérieur allongés; l'externe et le médian unis à leur base par une membrane ; ongles puissants, très arqués, le postérieur et l'interne surtout, qui surpassent de beaucoup le médian ; l'externe le moins long ; le médian à double rigole, comme chez les Aigles ; ailes sur-obluses , à rémiges de longueur médiocre , les quatrième et cinquième d'égale longueur, et les plus longues atteignant dans le repos à peu près le tiers de la longueur de la queue, qui estordinairement fort longue et terminée carrément. La plupart des espèces sont ornées d'une huppe occipitale tombante. Ce nom d'Aigle-Autour convientd'autanl mieux à ce groupe, qu'il offre des rapports évidenU

AIG

avec ces deux genres : à la forme du bec, aux tarses emplumés des Aigles , ils joignent la hauteur des pâlies, la brièveté des rémiges et la longueur de queue des Autours, mais le tout porté à un degré plus éminent. Il paraît que, dans leurs mœurs forestières, et leur manière de poursuivre et saisir leur proie, les Aigles-Autours se rapprochent entièrement des vrais Autours et des Éperviers, et n'offrent plus de contact avec les Aigles ; ce qui nous a décidé à les rapprocher des premiers dans notre classification. Les Aigles -Autours habitent l'ancien comme le nouveau monde. L'Amérique nous en offre entre autres une espèce remarquable par la beauté de son plumage {VUnitaurana ) ; l'Afrique une autre, qui semble s'éloigner un peu des espèces américaines par its ailes plus longues, et sa queue beaucoup plus courte. C'est le Huppari de Levaillant, j4fr. pi. II, et de Bruce, Abyss., pi. 32, qui, d'après Levaillant , donne la chasse aux lièvres , perdrix et canards sauvages. En espèces indiennes, nous citerons I'Autour u^m- COLORK de Tem., Col. 134, Falco Umnœtus Horsf. L'Europe et la Nouvelle-Hollande n'en possèdent point jusqu'à ce moment, à moins qu'on ne doive ranger parmi les Aigles-Autours l'oiseau désigné par Vigors et par Horsfield comme un Pygargue, sous le nom de Haliœtuscatei,el que Gould.en raison de la forme arrondie de ses ailes et de ses autres caractères, rapproche plutôt des Autours. (Lafr.)

AIGREMOIKE. Agrimoniu , Tourn., L.

(Corruption latine d'ôpytpiwvïj , nom chez les Grecs d'une plante que les modernes rapportent à leur Argémone, et qui, selon Dioscoride, guérissait les taies de l'œil.ctpyEfioç). BOT. PH. —Genre de la famille des Rosacées (Dryadées, Baril.), tribu des Dryadées, Vent. (Potentillces, DC; Fragariacées, Rich.; Roséées, Reichenb.). — Ce genre, propre aux contrées extra- tropicales de l'hémisphère septentrional, se compose de 6 ou 7 espèces. L'espèce connue sous le nom vulgaire A'Aiçremoine [A. Eupatoria L.), et qui est commune en Europe , était préconisée jadis comme remède tonique ; mais, au fond, ses propriétés se réduisent à l'astringence si fréquente parmi les Rosacées en général. (Sp.)

AIGIIETTE. zooL. — Sorte d'ornement donné par la nature à certains Oiseaux, tels

AIG

I que le Paon, les Ducs , quelques espèces d« Hiboux, etc. L'existence de cet ornement,

I ou de quelque partie ayant de l'analogie avec lui, a motivé la désignation individuelle d'un assez grand nombre d'animaux de toutes les classes. C'est ainsi qu'on a appelé Aigrette une espèce de Singe ( Simia aygula ) du g. Cercocebus de Geoffroy , plusieurs espèces de Hérons: un poisson du g. Coris ; plusieurs espèces de coquilles, etc. — Enfin , les entomologistes désignent sous \e nom d'Aigrette { Pappus) les petits bouquets de poils , plus ou moins touffus , que l'on remarque sur le corps de différents insectes. (A. T.)

AIGRETTE. Pappus (na7riTo«, duvet).

BOT. PH. — On appelle ainsi la réunion de poils ou d'appendices de formes si variées, qui couronne le fruit dans la plupart des plantes de la famille des Synanthérées. L'ovaire étant infère ou adhérent dans toutes les plantes de celte famille, l'Aigrette, quelle que soit la diversité de forme sous laquelle elle se présente, n'est en réalité que la partie supérieure ou le limbe du calice, dont le tube t)u la partie inférieure est soudée avec l'ovaire. Les formes principales sous lesquelles l'Aigrette peut se présenter sont les suivantes :

L'AlGRETTK MEMBRANEUSE [PappUS membranaceiis) ;

L'Aigrette squameuse { Pappus squameus ) ;

L'AlGRETTK soyeuse {PappUS setosHs).

Quelle que soit la nature des poils qui forment l'Aigrette soyeuse , on la dit sessile ( Pappus se.isilis) , quand les poils naissent immédiatement du sommet du fruit, et stipiiée, quand elle est portée par un prolongement filiforme du sommet du fruit, plus ou moins allongé et plus ou moins grêle.

L'Aigrette, comme nous l'avons déjà dit, n'est qu'une forme particulière que prend le limbe du calice. On l'observe spécialement dans les plantes de la famille des Synanthérées ; mais quelques autres familles en présentent aussi des exemples, comme les Dipsacées et surtout les Valérianées. Quelques auteurs ont désigné sous le même nom d'Aigrette le bouquet de poils blancs et nacrés qui existent à la base de la graine dans un grand nombre de genres de la famille des Apocynées ; mais c'est à tort, selon nous . c«

AIG

nom devant être réservé pour une forme Kspécialc du limbe calicinai. (A. R.)

AIGRON. OIS. — Synonyme vulgaire de Cormoran et de Héron dans quelques parties de la France. {C- d'O.)

AIGLILLAT. poiss. — Nom vulgaire du SqualiLs acatitlnas et des espèces voisines, qui ont été réunies sous la dénomination générique d'^caiiilnas. Ce g. appartient, dans la inéthodede MM. Mulleret Henle, à la 4» sec. tion de la famille des Squales. Ces auteurs y rapportent YAcanthias vulgaris, VA. Blaintillii et Y A. ayants , toutes trois de nos mers. (Val.)

AIGUILLE (corruption à.'acus , aiguille), poiss. — Nom donné à plusieurs poissons de nos côtes, et particulièrement à un Syngnathe [Sijng. acus Lin.), et à l'Orphie {Esox Belone Lin.). (Val.)

AIGUILLE. AcM. zool. et bot. — Dénomination vulgaire donnée à quelques Poissons et à divers animaux, que leur forme allongée et pointue a fait comparer à des aiguilles. On l'a aussi appliquée à divers végétaux dont les fruits affectent cette forme. Exemple : l'Aiguille de Vénus ou de Berger {Scandix peclen f^eneris) ; l'Aiguille musquée {Cerauium moschalum] , etc. (C. d'O.)

AIGUILLETTE, moll. — Geoffroy, dans son 7'ruUé des Coquilles des environs de Pans, a donné ce nom à une très petite espèce d'Agathine que l'on rencontre sous les mousses dans presque toute l'Europe : c'est YAchalina acicula deLamarck, le Buccinum acicula de Muller , et le Bnlimus acicula de Bruguière. C'est réunie à ce dernier genre que cette espèce doit rester , dans la section des Agalliines. (Desh.)

AIGUILLON. Acideus. poiss. —Osselets formés d'une seule pièce, et terminés par une pointe aiguë qui, chez certains Poissons tels que la Vive, remplacent les rayons des nageoires. — Les aiguillons ne font d'ailleurs pas indispensabiement partie de l'appareil natatoire. C'est ainsi qu'on les voit rangés isolément sur les parties latérales qui avoisinent la queue des Acanlhuresetrépandus sur toute la surface du corps des P.aies et des Pleuronecles. Ils sont alors implantés sur un tubercule nommé Boucle. (A. T.j AIGUILLON. Aculeus. ins. — Dès les temps les plus reculés , cette dénomination a été appliquée à l'organe qui, che^ certains

AIG

Hyménoptére.% et chez les Scorpions, est une arme défensive ou même quelquefois offensive, ayant la propriété d'opérer une piqûre et de donner passage à un liquide vénéneux, qui , s'épanchanl dans la plaie, occasionne une douleur des plus vives. Considérée d'abord dans les Hyménoptères , cette partie se montre comme une dépendance des organes générateurs externes des femelles , et comme l'analogue de l'appareil qui, chez les autres insectes, est désigné sous les noms d'oviducte et de tanère ; elle paraît servir également à la copulation et à la ponte ; mais la manière dont elle agit n'est pas parfaite^ ment connue. D'après une observation faite par M. Audouin sur le Bombus lapidarius, e» dont nous devons la communication à son obligeance, l'Aiguillon, pendant l'accouplement, est relevé sur le dos, et l'intromission de l'organe mâle parait avoir lieu à la base; mais l'on devra encore l'observer dans diverses circonstances avant de présenter des détails plus minutieux. Le principal caractère qui différencie Y Aiguillon de la tarière consiste dans la faculté qui lui est propre d'émettre au-dehors un venin redoutable pour l'homme et pour les divers animaux, lorsqu'il se trouve introduit dans une piqûre ou dans un endroit quelconque dénudé d'épiderme. M. Audouin a fait ressortir une double analogie bien marquée de cet organe avec l'oviducte ou oviscapte de plusieurs autres insectes, en établissant les rapports qui existent entre l'Aiguillon des Abeilles , des Guêpes, etc., et la tarière d'autres Hyménoptères et même des Cigales , qui ont aussi la propriété d'opérer une blessure sur les végétaux à l'aide de cet organe, et de sécréter un liquide particulier qui occasionne une exubérance très nuisible au végétal qui en a été atteint. En effet , comme M. Lacordaire le fait remarquer , la transition est nulle ou presque insensible de l'oviscapte des Cigales , et surtout des Cercopes , à l'aiguillon des Guêpes et des Abeilles ; c'est donc à l'article tarière qu'il faut chercher de plus grands développements sur les formes qu'affecte cet organe , et sur les passages insensibles de ces formes , quand on considère cette même partie dans toutes les familles da la classe des Insectes. Ici nous nous bornons à décrire les diverses pièces qui constituea' l'Aiguillon et l'usage qu'en fait l'animal.

AIG

Les Hyménoptères qui en sont pourvus «ont les Guêpes, les Frelons, les abeilles, les Bourdons, etc.; mais seulement, les femelles , puisque , comme nous l'avons dit , il constitue une partie essentielle de leurs organes générateurs ; les neutres ou les ouvrières, qui ne sont que des femelles dont l'apareil reproducteur existe à l'état rudimentaire, en sont également munies; mais tout le monde sait que l'on peut toucher sans inconvénient les Abeilles et les Bourdons mâles, puisque jamais chez eux aucun organe ne se convertit en Aiguillon. Les auteurs anciens avaient reconnu sa présence. Aristote prétendait que le roi des Abeilles , c'est-à-dire la reine ou la mère , en était muni. Coiumelie assura qu'Aristote s'était trompe , et qu'il avait pris pour un Aiguillon un gros poil que le roi a dans le ventre. Pline s'étonnait que les mâles en fussen t privés ou qu'ils n'en fissent pas usage. Cette arme , que l'on désigne aussi vulgairement sous le nom de dard , est toujours renfermée dans l'intérieur du corps pendant l'inaction , et elle ne se montre au-dehors, par la contraction des muscles fixés au dernier segment de l'abdomen, qu'au moment où l'insecte veut en faire usage ou qu'on l'inquiète, tandis que, dans beaucoup d'autresinsectes,et particulièrementchezles Ichneumoniens qui ont une tarière quelquefois très longue, elle est toujours saillante. Cet appareil a été assez bien décrit dans les Abeilles par Swammerdam et Réaumur.

Ce dernier a donné de longs détails sur sa structure et sur les effets que produit le venin qu'il sécrète ; mais c'est seulement dans l'Abeille commune {^pis mellifica ) qu'il a été étudié d'une manière assez complète pour faire connaître l'Aiguillon, car dans les autres Hyménoptères qui en sont pourvus il n'en diffère que par de légères modifications dans la forme des pièces qui le constituent.

En effet, l'Aiguillon, qui, à la vue simple, paraît d'une si grande ténuité, est composé de plusieurs pièces qui ont reçu des noms différents. Les unes sont essentielles comme les Siyleis; toutes les autres sont accessoires. Ainsi, au moment où l'Abeille le fait sortir, on n'aperçoit que l'enveloppe ou l'étui de rAiguillon. Les pièces que l'on distingue sont une base , un étui et deux stv-

AIG

lets qui constituent un dard renfermé dars l'étui. La base est composée de plusieurs parties ; Swammerdam en avait compté huit, et Réaumura prétendu qu'il n'en existait que six; mais, d'après d'autres observations , il paraît évident que ce dernier a confondu en une seule deux pièces que Swammerdam avait distinguées. Au reste, comme M. Audouin l'a fait observer, il existe plusieurs inexactitudes dans les figures représentéespar ces deux auteurs, mais qui cependant sont suffisantes pourdonner une idée assez exacte de l'Aiguillon , lorsque l'on fait abstraction des détails. M. Duméril a fait connaître une nouvelle pièce, dont l'existence n'avait pas encore été signalée , et que nous croyons avoir bien reconnue ; elle est située sur la ligne médiane , ayant la forme d'un V, dont les branches, dirigées en avant, s'articulent avec l'étui, et sont très probablement destinées à le ramener en dedans. Les autres pièces, au nombre de quatre de chaque côté, sont jointes par une membrane solide, et forment, par leur réunion, une sorte d'enveloppe qui entoure l'étui, et s'attache au dernier segment de l'abdomen.

Quelques muscles s'insèrent à cette enveloppe, dont les pièces , en s'articulant entre les stylets , leur font exécuter la plupart de leurs mouvements. Deux corps dépendant de la base se font encore remarquer par leur forme allongée et leur couleur blanchâtre; ils sont aussi membraneux, creusés en gouttière, et forment, par leur réunion, une sorte de gaine incomplète, enveloppant la partie antérieure de l'étui. Réaumur pense qu'elle est destinée à garantir de tout contact les parties molles de l'abdomen et de l'étui , et Swammerdam croit qu'elles servent à faire mouvoir l'étui d'avant en arrière ; depuis , l'usage n'en a pei été observé d'une manière plus satisfaisanlf. L'éiiii consiste en une tige cornée présen tant à sa base un renflement que Réaumut désigne sous le nom de talon , et qui, dimi nuant sensiblement de grosseur, se terrain en une pointe assez aiguë. Quand on exa mine cette partie, on s'aperçoit qu'elle ne forme pas un cylindre parfait, mais qu'elle n'est qu'une sorte de gaine dans laquelle est logé le dard ; car il existe à sa partie inférieure une gouttière qui se prolonge dans toute sa longueur.

AIG

f.? dard lui-même n'est pas simple, mais foiîiposc de deux stylets longs et elTilés, qui ne remplissent pas complètement l'iiitt'rictir de l'étui, et s'appliquent l'un contre i'aîitre par leur face interne , qui est lisse, aplatie et parcourue dans sa longueur par un sillon ; leur extrémité est très aiguë et munie extérieurement de petites dents diri- ■fàes vers la base. Ces deux stylets ne sont [»as réunis dans toute leur longueur, ils s'écartent près du talon, et décrivent dans tout leur trajet une courbe très sensible. Swammerdam et divers autres observateurs pensaient qu'au moment où les deux stylets s'étaient écartés , ils se trouvaient dégagés de l'étui et rejetés en dehors. Celte opinion devenait la conséquence nécessaire de la pensée que l'étui était un cylindre conique ; mais d'autres observations faites plus attentivement ou avec des instruments plus parfaits, ont démontré qu'il n'en était pas ainsi , et que l'étui, au lieu de se terminer au talon, fournissait, comme les stylets, deux branches presque aussi longues et canaliculées l'une et l'autre , de manière à recevoir les deux stylets , comme cela a lieu dans le reste de leur étendue. Maintenant que la composition de l'aiguillon est connue dans l'Abeille domestique , on peut la considérer comme également connue dans toutes les autres familles et genres de la section des Hyménoptères porte-aiguillon; car, après avoir comparé cet organe dans l'Abeille domestique avec celui des Abeilles perce-bois {Xylocopa violacea) , des Guêpes , des Frelons ( Vespa crabro , f^espa communis) et même de quelques autres genres , nous avons reconnu une structure parfaitement analogue quant à ce qui est du nombre des parties constituantes et de leurs connexions. Ce n'est que dans la forme que quelques différences peu prononcées se font remarquer : ainsi, dans l'Abeille perce-bois, l'Aiguillon nous a paru plus petit et peut-être plus conique proportionnellement à la dimension des Insectes ; dans les Guêpes , il est assez court et robuste , et les deux pièces constituantes de l'étuisont plus larges et plus fortement ciliées sur les parties latérales. M. Westwood, dans son ouvrage intitulé : Introducl. to ihe modem classif. of Insects,lom. II, pag. 174, fig. 79, n. 15 à 20 , a représenté avec la plus grande exactitude les diverses parties de l'ai-

AIG

guillon dans celte même Guêpe commune On conçoit facilement que le grand nombre de pièces entrant dans la composition de cette arme si utile aux Insectes qui en sont pourvus , doit amener la plus grande mobilité. En cITct, outre les deux principaux mouvements dont jouit cet organe, celui de protraction et de rétraction dus à la dilatation et à la contraction des muscles insérés à la base , il existe différents mouvements indispensables à l'insecle ; car, si l'Aiguillon ne pouvait que sortir de l'abdomen et y rentrer, l'animal qui en fait usage n'atteindrait que très difficilement les corps qu'il veut piquer; mais il est susceptible de direction dans tous les sens, de manière que l'Abeille ou la Guêpe peut le tourner également de tous les côtés, étant aidée encore par la grande mobilité de l'abdomen. Nous avons vu l'Aiguillon consistant principalement en un dard formé par deux stylets ayant tout-à-fait l'apparence de la pointe d'une aiguille extrêmement fine , qui serait engagée dans un étui dont elle pourrait sortir à volonté ; mais cette arme ne produit pas seulement l'effet que produit une aiguille. Deux vaisseaux analogues à des glandes se réunissentenuncanal commun pour aboutir à une vésicule musculeuse, réservoir du venin , et éjaculant, par la contraction de ses parties latérales , le liquide vénéneux qui passe par un canal court et terminé à l'endroit où les deux stylets se séparent, coule dans le sillon qui existe à leur face in terne , et s'épanche dans la piqûre pratiquée par le dard lui-même. Aussitôt que le poison a pénétré sous l'épiderme , il occasionne les douleurs les plus vives , et son action est suffisante pour paralyser, en quelque sorte, momentanément , l'endroit qui en a été atteint ; il suffit pour tuer certains Insectes, ou pour les engourdir à tel point qu'il ne leur reste plus qu'une vie toute végétative. C'est ce que nous exposerons avec plus de développements à l'article fouisseurs. Nous avons vu que dans toute la classe des Insectes, la tarière , ou mieux l'oviducte, n'était converti en véritable aiguillon que dans l'ordre des Hyménoptères , et encore que ce n'était seulement que dans une section de cet ordre, dont il fournissait le principal cnracttTP.

Que l'on e\aminc donc maintenant si lea

AIG

Insectes qui en sont pourvus n'ont pas ,lanR leurs habitudes quelque chose qui leur soit propre , et l'on verra que ce sont ceui-là mêmes dont l'instinct est le plus développé , qui doivent prendre soin de leur progéniture , élever leurs petits , les défendre ou leur apporter leur nourriture. Le Sphex ou le Crabro ne verra jamais sortir la larve de ses œufs , car déjà il aura cessé de vivre. La petite larve ne peut se nourrir que d'Insectes, elle est privée d'organes de locomotion, elle ne peut aller chercher sa nourriture , et périrait si le Sphex , qui lui a donné le jour , n'avait apporté autour d'elle des Insectes en quantité suffisante pour sa subsistance pendant tout le temps qu'elle doit passer à l'état de larve; mais elle aurait eu beaucoup de peine à s'emparer de ceux qui devaient lui servir de pâture, si le Sphex ne les eût percés de son Aiguillon. Le venin les a plongés dans un engourdissement complet ; ils vivent encore, mais ils sont incapables d'exécuter le moindre mouvement. Des observations des plus curieuses ont été faites, par M. Audouin, sur ces habitudes dans plusieurs Hyménoptères. La Guêpe , le Bourdon, voient leurs petits éciore ; ils vont chercher leur nourriture et la leur apportent ; mais à combien d'attaques ces larves n'auraient-elles pas été exposées, si les femelles et les neutres n'avaient pu les défendre? Aussi ce sont les Insectes chez lesquels l'on remarque le plus d'instinct , dont la plupart vivent en sociétés nombreuses, où tous les individus travaillent en commun aux soins de la progéniture.

L'Aiguillon, en sécrétant le venin, aie pouvoir de tuer ou au moins d'engourdir complètement les Insectes qui en ont été piqués. Sur l'homme et sur les divers animaux vertébrés il peut aussi avoir des effets assez fâcheux , car la piqûre d'un seul Hyraénoplére suffit pour faire gonfler la partie blessée et y produire des douleurs très aiguës ; et môme , dans certains cas , elle peut occa- •ionner la fièvre. Plusieurs naturalistes et différentes personnes, pour se convaincre que la piqûre de l'Aiguillon n'était réellement vulnéranle que par la présence de la liqueur venimeuse , ont introduit dans une oiqùre faite avec une aiguille une petite quanlité de venin obtenu en pressant la véeJcule qui le contient, et les effets qu'elles

AIG

ont ressentis ont toujours été analogues é ceux qu'occasionne l'aiguillon même. La nature de ce liquide est encore inconnue. On sait seulement qu'il se coagule au contact de l'air, qu'il a une saveur styptique , enfin qu'il ne rougit pas la teinture de tournesol et ne verdit pas le sirop de violette ; mais ses effets irritants sont connus depuis bien des siècles. Plusieurs remèdes ont été préconisés pour apaiser la douleur que produisent ces piqûres; mais il est évident qu'aucun ne donne de résultat satisfaisant ; l'huile, l'eau-de-vie, la salive, ont été employés. quelquefois, dit-on, avec succès; cependant il ne faut pas trop se fier à ces remèdes. L'ammoniaque produit de meilleurs résultats ; mais un autre moyen qui réussit assez bien et que l'on conçoit facilement, consiste à sucer la plaie avant que le ve-

{ nin se soit complètement épanché. Lorsque l'Aiguillon est resté dans la plaie, il faut

I avoir soin de l'arracher, en évitant de presser la vésicule, car alors on ferait couler une plus grande quantité de liquide; du reste, il est rare que l'animal laisse ainsi son aiguillon. Cela arrive pourtant quelquefois, à cause des épines qui garnissent le dard au côté externe, et qui empêchent sa sortie du corps dans lequel il a pénétré. Dans ce cas, l'insecte périt bientôt à cause de la déchirure de son rectum et de son oviducte. On rapporte généralement que la piqûre d'une Guêpe ou d'une Abeille est presque sans résultat fâcheux chez certaines personnes; ce qu'il faut attribuer à une plus grande dureté de l'épiderme , qui dès lors empêcherait l'Aiguillon de pénétrer autatil. Il est presque inutile de dire qu'un Hyn:onoptère ayant piqué plusieurs fois de suite ne peut plus causer de douleur par de nouvelles piqûres, parce que le liquide s'épuise bientôt; mais il se reproduit au bout de très peu de temps.

Chez les Scorpions, la structure de l'aiguillon est beaucoup plus simple : il est formé par le dernier segment de l'abdomen, qui se termine en une pointe perforée , donnant passage à un liquide très venimeux, dont les effets ne paraissent peut-être plus funestesqu'en raison de sa plusgrandeabondance. Nous ferons connaître sur ce sujet quelques particularités dignes d'intérêt en traitant de l'article scorpion. (Émilk Blanchaes.)

AIL

AIGUII.LO\. Aculem. eot. ph. — On appelle ainsi les piquants qui existent sur certaines parties des végétaux , quand ils naissent simplement de l'écorce et qu'ils semblent n'être que des espèces de poils endurcis, comme, par exemple, dans les Rosiers. Il ne faut pas confondre les aiguillons avec les épines, qui sont ordinairement des parties avortées , terminées en pointe raide et piquante à leur sommet, et qui se continuent intérieurement avec le corps ligneux de la tige. f''oy. ÉPINE. (A. R.)

'AIKIIVIA. BOT. PH. — Le g. ainsi nommé par Wallich [Pi. asiai. rarior., III, p. 46, t. 273) et qui fait partie de la famille des Graminées , avait été décrit et figuré par M. Kunth {Gram. 2, p. 486 , t. 158), sous le nom de Ealzeburgia. f-^oy. ce mot. (A. R.)

AIL. AUium. bot. ph.— Grand g. de la famille naturelle des Asphodélées, caractérisé par des fleurs disposées en sertule ou en ombelle simple , enveloppée de spathes scarieuses. Le calice est coloré, formé de 6 sépales égaux , étalés ou plus ou moins dressés. Les étamines, au nombre de 6 , à peu près de la longueur des sépales, à la base interne desquels elles sont attachées , ont leurs filaments plans, assez souvent trifurqués au sommet; la pointe du milieu portant une anthère allongée et à 2 loges. Le fruit est une capsule à 3 côtes ou comme triangulaire , ordinairement enveloppée par le calice, qui persiste, sans prendre d'accroissement, à 3 loges contenant chacune un certain nombre de graines ordinairement noires et anguleuses , et «'ouvrant en 3 valves. Le bulbe est simple ou composé ; les feuilles planes ou cylindriques et creuses ; la hampe nue ou feuillée. — Dans quelques espèces , les fleurs sont en partie remplacées par des sortes de bourgeons écaiUeux ou de petites bulbes qu'on nomme />'/(/6///es et qui sontautanl de moyens de propagation de la plante. On dit alors que ces espèces sont vivipares.

Le nombre des espèces de ce g. est très considérable; il dépasse 160. Elles sont répandues dans presque toutes les contrées du globe, mais plus particulièrement dans l'Europe méridionale et l'Asie. Plusieurs sont cultivées dans nos jardins comme plantes potagères. Il nous suffira de citer ici les es- Skèces suivantes , dont l'emploi et les propriétés sont connus de tout le monde.

AIL

§ I. Feuilles planes.

1. L'Ail COMMUN [Allium saiivum\j.),(iiii paraît originaire des sables de la Sicile. Ses bulbes sont composés. On les emploie non seulement comme assaisonnement ou condiment, mais elles font aussi partie de plusieurs préparations médicamenteuses.

2. [>a RocAMBOLE ( AUium scorodoprasum L. ) , qui croit sauvage en Grèce, en Italie, en Portugal, etc., a également lics bulbes composés ; ses fleurs sont entremêlées de bulbilles.

3. Le Poireau [Aliaim porrum L.), dont la patrie parait être aussi le midi de l'Europe, et spécialement la Péninsule ibérique.

§ II. Feuilles cylindriques et creuses.

4. L'Ognon commun [Aliium cepa L.). C'est sans contredit l'espèce la plus importante el la plus utile du g. par son emploi journalier dans nos préparations culinaires. On en cultive un grand nombre de variétés.

5. L'Échalote [AUium ascalonicum L.); on la croit originaire des montagnes de la Palestine.

Page 1