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Le Merganette de Colombie, Merg

columbiana 0. Desmurs (Iconog. ornith., pi. 6). Tête comme chez l'espèce qui précède; toute la base du bec entourée d'une ligne noire; plumes du dos effilées, brunes, avec une tache longitudinale noire dans le milieu; tout le dessous du corps d'un gris blanc flammé de noirâtre.

Cette espèce vient de Santa-Fé de Bogota, et fait partie de la collection du Muséum de Paris.

« Les Merganettes, dit M. Desmurs, sont très solitaires et habitent les plus hauts sommets des Cordilières. M. Gay en a trouvé jusqu'à une élévation de 1500 à 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce n'est que lorsque le froid devient trop intense qu'Us redescendent de ces hauteurs; et encore ne dépassent-ils pas alors au-dessous de 600 mètres.

«Ils fréquentent exclusivement les torrents, qu'ils parcourent avec une aisance et unefacilitésurprenantes : au moindre signe dedanger,ilsplongentimmédiatement pour ne plus reparaître. » Leurs mœurs paraissent avoir une très grande analogie avec celles des Harles. (Z. G.)

MERGANSER, Brisson. ois.— Syn. do Mergus, Linné. Voy. harle.

*MERGIÏ\ÉES. Merginœ. ois.— Nom que porte , dans la List of Ihe gênera de G. - R. Gray, la huitième sous-famille de sa famille des Anatidées dans l'ordre des Palmipèdes. Elle a été établie pour les espèces de eet ordre qui ont les bords des deux mandibules garnis de dents aiguës dirigées en arrière, et ne renferme que le genre Harle ( Mergus). (Z. G.)

*MERGOIDES, Eyton. ois. — Syn. de Fuligula, Leach , g. établi aux dépens des Canards , et dont le type est le Millouls huppé, An. rvfina Lin. (Z. G.)

MERGULE. Mergulus, Vieill. ois. —

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Division du genre Guillemot. Voyez ce mol. (Z.G.)

111ERGUS, Linn. ois. — Syn. latin de Barte.

MERÏA. ins. — Genre de la famille des Scoléides, tribu des Sphégiens, de Tordre des Hyménoptères, établi par Iiliger et adopté par tous les entomologistes. Les Méries ont des pattes épineuses, des mandibules sans dentelures et des palpes maxillaires de six articles. On connaît peu d'espèces de ce genre, dont le type est la Meria tripunctata Rossi, qui est assez répandue dans le midi de la France, en Italie et en Espagne. (Bl.)

MEIUANA, Trew. bot. ph. — Syn. de Walsonia , Mill.

*MERIA1MDRA. bot. ph. — Genre de la famille des Labiées-Menthoïdées, établi par Bentham (Labiat., 188). Arbrisseaux de l'Inde. Voy. labiées.

*MEIUAN!A. bot. ph. — Genre, de la famille des Mélastomacées-Lavoisiérées , établi par Swartz (Flor. Ind. occid., II, 824 , t. 15). Arbres ou arbrisseaux des Antilles, du Brésil et du Pérou. Voy. mélastomacées.

BIERIDA, Neck. {Elem. n. 1195). bot.

ph. — Syn. de Portulaca, Tournef.

MERIDIANA, Linn. {in Linn. f. suppl., 248). bot. ph.— Syn. de Portulaca, Tournef.

MERIDION (fxspt'ç, (xtpiSou particule).

infus. ? algues. — Genre établi par Agardh pour des Bacillariées que M. Ehrenberg place parmi les Infusoires. Il est caractérisé par la forme et lé mode d'agrégation des articles ou corpuscules, qui, plus larges à une extrémité , forment une bandelette contournée en cercle ou en spirale, au lieu d'être droite, comme pour les Fragillaires.

Le Meridion vernale, très commun au printemps dans les fossés d'eau vive , parmi les Conferves, est le type de ce genre. (Duj.)

MÉRÏLÉGÏDES , Lep. de St-Farg. ins.

— Synonyme d'Andrénides. Voy. melli- Fères. (Bl.)

*MERIMEA. bot. ph. — Genre de la famille des Élatinées, établi par Gambessèdes (in Mem. Mus., XVIII, 230). Herbes du Brésil. Voy. élatinées.

*MERIMNETES (/«pipvwTife, curieux).

ins. — Genre de Coléoptères tétramères, famille des Curculionides gonatocères , division des Cyclomides , créé par Schœnherr (Gênera et $p. Curculion. syn., tom. VII,

pag. 252). L'espèce type et unique, le M. uniformis Schœnherr, est originaire de la Nouvelle-Hollande. (C.)

MÉRINOS, mam. — Race espagnole de Moutons. Voy. ce mot. (E. D.)

*MERIOLIX. bot. ph. — Genre de la famille des OEnothéracées-Épilobiées, établi par Raflnesque (in Americ. Monthly Magaz., 1819). Herbes de l'Amérique boréale. Voy.

0ENOTHÉRACÉES.

MÉRION. Malurus. ois. — Genre de la nombreuse famille des Becs-Fins et de l'ordre des Passereaux , caractérisé par un bec plus haut que large , comprimé dans toute sa longueur, fléchi, légèrement courbé et échancré vers sa pointe, à arête distincte et se prolongeant jusque entre les plumes du front; des narines situées sur les côtés de la base du bec , et à moitié recouvertes par une membrane; des pieds longs et grêles; le doigt extérieur uni à celui du milieu jusqu'à la première articulation ; des ailes courtes, arrondies ; une queue très longue, conique; rectrices étroites, et souvent à barbules rares et décomposées.

Ce g. n'a pas été adopté par tous les naturalistes. Ainsi G. Guvier a laissé les espèces qui le composent avec les Traquets. Cependant les Méfions, loin de se confondre avec ces derniers, paraissent au contraire s'en distinguer et devoir former un groupe à part, dont le principal caractère peut être tiré de la longueur de la queue. Ce caractère, il est vrai, déterminerait le genre trop incomplètement s'il était seul ; mais , associé à ceux tirés de la forme du bec, etc., il sert à caractériser lesMérions d'une manière assez énergique.

Les mœurs des Mérions sont, en général, fort peu connues. Le Mérion-Capocier est la seule espèce sur laquelle on ait quelques détails un peu satisfaisants , dus en grande partie à Levaillant, qui a eu occasion d'observer cet oiseau en Afrique, où on le trouve en nombre assez considérable, surtout dans les contrées les plus méridionales. Il paraît qu'il est familier, et qu'il s'approche avec confiance des habitations des colons. Il construit son nid avec le duvet qui entoure la graine d'une espèce d'Asclépiade > nommée par les habitants des colonies Capoc ( d'où le nom de Capocier). Ce nid, assez volumineux, a une entrée à la partie supérieure,

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et souvent est établi dans les bifurcations de l'arbrisseau même. On sait aussi que le Malurus palustris habite les parties marécageuses de la Nouvelle-Hollande , et que le Mal. textilis se tient presque constamment sous les buissons, comme notre Accenteur- Mouchet, et qu'il court très vite lorsqu'on le trouble. C'est à quoi se borne l'histoire de leurs mœurs. Du reste , ce sont des Oiseaux insectivores, qui, ayant une grande analogie de formes avec les Fauvettes , doivent avoir avec elles de grands rapports de mœurs.

A l'exception de quelques espèces anciennement connues , et qui étaient réparties dans les g. Merle, Sylvie et Gobe-Mouche, la plupart de celles dont on avait composé le g. dont nous parlons appartiennent aux découvertes faites dans ces quinze ou vingt dernières années : elles ont été trouvées dans l'archipel des Indes et de l'Océanie. Quelques unes des espèces que M. Temminck avait reconnues pour des Mérions sont devenues des types de nouvelles divisions génériques. Ainsi le Mérion bridé (Mal. frenalus Temm. ) a été pour Swainson la souche de son g. Chœtops. Le même auteur a fait du Capocier (Mal. macroura, Sylviamacroura Lath.) son g. Drymoica. Sur le Mal. pecloralis Steph. (Syl. brachyplera Lath.) a été fondé, par Lichtenstein, le g. Sphenura. Il en est de même pour plusieurs autres espèces, considérées ou reconnues pour des Mérions par divers auteurs, et devenues plus tard des sujets de sections particulières. Telles sont, par exemple, le Mérion natté (Mal. textilis Quoy et Gaim.) et le Mérion queve gazée (Mal. malachur us Vïç. ctHorsf.), que M. Lesson a pris pour types, le premier de son g. Amytis de la famille des Fringilles, et le second de son g. Stipiturus de la famille des Becs-Fins. Il en est de même du Mal. Africanus Swains. (Mal. a/raGmel.), dont Strickland a fait le g. Sphcnœacus , et du Mal. marginalis Reinw., dont Horsfield a fait le g. Megalurus. De sorte qu'à vrai dire, il n'y a bien du g. Mérion , tel que Vieillot et Temminck l'avaient fait, que l'espèce qui avait servi de type, et deux ou trois autres dont il ne serait pas surprenant que l'on fît plus tard autant de sections particulières.

Nous citerons le Mérion a tête bleue ,

Mal. cyaneus Vieill. (Gai. des Ois., pi. 163) : front bleu ; tête et nuque d'un beau noir de velours ; dessus du corps et gorge noirs ; parties inférieures blanches. — Habite la Nouvelle-Hollande.

G. Cuvier fait de cette espèce un Traquet.

Le Mérion a tête noire , Mal. mclanocephalus , Musci. melanocephala Lath. : tête et dessous du corps d'un noir de velours; dos et ailes rouge vermillon ; abdomen d'un blanc jaunâtre ; queue noire et blanche.

M. Lesson place encore dans ce g. le M. élégant ( Mal. superba Shaw), de la Nouvelle-Hollande. (Z. G.)

MEMONES, Illig. mam. — Syn. de Gtrbille, A. -G. Desm.

MEUIONUS, Mégerle, Dejean. ras. — Syn. de Hypsonolus, Schœn., et Barynotus, Germar. (C.)

*MERIPI1US (p-, par élision ; ïpiyoç , chevreau), ms. — Genre de Coléoptères tétramères , famille des Curculionides gonatocères , division des Érirhinides, créé par Erichson (Archiv. fur nalurg., 1842, p.

199, g. 22). Ce genre a de grands rapports avec les Anthonomus. L'espèce type et unique, le M. fullo Er., est originaire de la Nouvelle-Hollande. (G.)

MEIUSIEU. bot. ph. — Nom d'une espèce du genre Cerisier. Voy. ce mot.

MERISMA (pcpcJpo's, division), bot. cr.

— Genre de la classe des Basidiosporés et de la famille des Théléphores, établi par Persoon ( Tentant, disp. rnelh. fung. , p. 74 ; Syn. fung., 582; et myc. Europ., p. 155). Le réceptacle est coriace, à rameaux comprimés ou arrondis, fertiles sur toute leur surface. Les espèces de ce genre ont la forme des Clavaires et la structure des Théléphores. Persoon , en considérant les Merisma lacinialum, terrestre, (labellatum , etc., a eu tort, parce que ces espèces ont une surface stérile et une fructifère. Le professeur Fries a profité de celte erreur pour détruire le genre. Il existe véritablement, e-t les contrées tropicales nous en présentent un grand nombre d'espèces; mais on doit en séparer celles dont les rameaux sont tomenteux, et que je désigne sous le nom de Dasycladus. Le Merisma vermiculare, en raison de sa forme , en donne une idée exacte , et le genre Florula n'est qu'un Merisma, si l'on adopte la définition de Persoon. (Lév.)

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*MERISMOPOED!A,Mey. bot. en. — Syn. à'Agmenellum, Bréb.

*M£R1SMUS. ms.— Genre delà tribu des Chalcidiens, groupe des Miscogastérites, de l'ordre des Hyménoptères, établi par M. Wal- Ler (Entom. Magazine), et adopté par nous (Histoire des Insectes). Les Mérismes sont distingués des autres Miscogastérites par des antennes de treize articles dans les deux sexes, assez renflées dans les mâles, par une tête large, etc. Le type est le M. aculealus Walk. (Entom. Magaz., t. I, p. 375). ^l.;

*MERISOSTIGMA, Diet. bot. pu.— Syn.

tfOiieda , Spreng.

*Jtf£RIZOMYRIA (p.fpc'Çw, partager ; f*vp'oç, innombrable), bot. cr. — (Phycées.) Ce genre, établi par M. Kutzing ( Dec. et Phyc. gêner.), qui le place dans sa famille des Mastichotrichées, nous semble appartenir aux Rivulariées. Voici ses caractères : Filaments moniliformes à leur base, se terminant en un Clament délié continu; articles inférieurs renflés et se divisant en sporanges, M. Kutzing en décrit cinq espèces. (Bréb.)

MERLAN {Gadus merlangus Lin.), poiss.

— C'est un des Poissons dont le nom et la forme extérieure sont le mieux connus dans presque toute l'Europe septentrionale. La Morue, que l'on sert sur presque toutes les tables plus communément que le Merlan , que Ton nomme si souvent, n'est pas aussi connue ; sa forme est souvent ignorée des hommes qui vivent à peu de distance des côtes, parce qu'on la sert toujours dépecée; tandis que le Merlan est transporté entier et en très grande abondance pendant la moitié ou le tiers au moins de l'année.

C'est un poisson à corps allongé, couvert de petites écailles, ayant trois dorsales, deux anales, des pectorales petites, des ventrales jugulaires étroites, et dont le premier rayon s'allonge en un petit filet. La gueule est bien fendue; les mâchoires sont armées de dents coniques et crochues ; il y en a aussi sur les palatins, sur les pharyngiens; la langue est lisse. La mâchoire inférieure avance au-delà de la supérieure : elle n'a pas de barbillons. La couleur du dos est un gris tirant un peu au verdâtre; le reste du corps et même l'iris de l'œil , qui est très grand , sont brillants du plus bel éclat d'argent poli. L'estomac est un grand et large sac conique avec une branche montante courte. Il y a de nom-

breux cœcums auprès du pylore. Le foie est gros, jaunâtre, son parenchyme est mou. La rate, brune foncée, est attachée derrière* l'estornac. La vessie aérienne est grande, et communique avec l'œsophage par un large trou. Les ovaire ssont assez gros ; les œufs, nombreux, sont très petits. 11 n'est pas rare de rencontrer des Merlans hermaphrodites. J'en ai observé plusieurs fois sur le marché de Paris; il y avait deux laitances bien distinctes , qu'un anatomiste ne pouvait confondre avec les lobes du foie. Je fais cette observation parce que l'on trouve dans des ouvrages fort recommandables que l'on a souvent établi l'hermaphroditisme des Merlans en prenant pour des laitances des lobes d'un foie malade.

Le Merlan habite en abondance les mers septentrionales de l'Europe; il est l'objet d'une pêche active et lucrative dans la Manche. On le prend quelquefois avec le filet qu'on nomme drège, mais le plus souvent avec de longues lignes de fond armées de deux à trois cents hameçons , amorcés avec des Vers et autres matières animales. On les retire toutes les deux ou trois heures. Tout le monde connaît la chair blanche et délicate du Merlan , dont les muscles se détachent et se lèvent par écailles après la cuisson. Ce poisson se montre en plus grande quantité après l'apparition du Hareng; et à cette époque il est meilleur et plus gras , parce qu'il a pu dévorer les œufs ou le petit fretin du Hareng, dont le Merlan est un des plus grands destructeurs.

Au reste, sa chair et sa forme varient suivant la nature des fonds. Ils ont le corps plus court , le dos plus épais sur les fonds de roches que sur les fonds de gravier ou de vase. On fait sécher le Merlan dans quelques endroits, mais cette industrie n'est pas très étendue , probablement à cause de la petitesse du corps du poisson , de la maind'œuvre plus coûteuse > et parce qu'aussi en cet état il ne peut suppléer aux grands autres Gades, et surtout à la Morue.

Le Merlan est devenu , dans l'ichthyologie moderne, le type d'un genre particulier de la famille des Gades, dont Linné et Artedi ne faisaient qu'un seul genre. L'absence du barbillon sous-maxillaire caractéristique des Morues distingue le Merlan de celles-ci. On peut placer à la suite du Merlan commun :

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1° Le Colin ou le Merlan noir ( Gadus carbonarius). Il a les caractères généraux du Merlan , c'est-à-dire trois dorsales , deux anales, pas de barbillons sous une mâchoire inférieure armée de fortes dents, mais elle est plus courte que la supérieure. On le reconnaît d'ailleurs à ses teintes verdâtres rembrunies, à ses dorsales presque noires, à une grande tache de cette couleur foncée au-dessus des pectorales , et enfin à ce que la muqueuse de la bouche est noire. La ligne latérale droite tranche par son blanc nacré sur ces couleurs rembrunies.

Le Colin est moins commun dans la Manche que dans les latitudes septentrionales , où il est assez abondant pour devenir l'objet d'une pêche qui peut suppléer avec quelque profit à celle de la Morue, car il atteint un mètre de longueur; et quand il est séché et salé, sa chair peut être vendue avec celle de la Morue sans qu'il soit possible de les distinguer l'une de l'autre, du moins au goût.

2° Le Lieu ou Merlan jaune (Gadus pollachius Lin. ) est semblable au Merlan , mais ses couleurs sont jaunes; sa ligne latérale , droite dans les deux espèces précédentes, est courbe chez celui-ci. C'est aussi une espèce des mers septentrionales qui ne devient pas plus grande que le Merlan, dont la chair est moins bonne , et qui reste toujours à la petite taille de 25 à 30 centimètres.

3° Le Sey ou Merlan vert (Gadus virens Ascanius) est une autre espèce voisine des précédentes, mais à mâchoires égales. Cette espèce, plus verte que notre Merlan , est abondante sur les côtes de Norwége, où elle remplace, pour la consommation journalière, le Merlan de la Manche. Les individus ne deviennent pas plus grands. (Val.)

MERLE. Turdus. ois. — Les Oiseaux que la plupart des auteurs comprenaient, il n'y a pas longtemps encore, sous ce terme générique , composeraient la réunion la plus hétérogène et la plus disparate, si les ornithologistes modernes, pour atténuer un peu ce qu'un pareil rassemblement d'espèces en une seule division avait de défectueux , n'avaient fait une famille de ce que l'on considérait comme genre. Cet expédient a conduit à ceci : d'une part, les espèces de Merles ont été divisées par petits groupes naturels,

T. VIII

qui sont devenus autant de genres particuliers ; et d'autre part, des oiseaux qui n'avaient jamais été considérés comme des Merles, quoiqu'ils eussent avec eux de très grands rapports d'organisation , ont été introduits, quoique sous une dénomination [ différente, dans la même famille. En voulant éviter un inconvénient, quelques auteurs ne seraient-ils pas tombés forcément dans un autre? La famille des Merles est tellement élastique; elle se trouve actuellement si agrandie ; ses limites sont si peu tranchées, si diffuses, qu'il y a vraiment impossibilité de dire où commence et où finit cette famille. D'ailleurs nous devons avouer que cette difficulté est, en très grande partie, justifiée par l'absence absolue de tout caractère propre à faire distinguer bien nettement les vrais Merles des autres groupes qui les avoisinent; et cette difficulté existera , nous en sommes convaincus , tant que nous n'aurons pas de bons détails de mœurs sur les espèces étrangères dont aujourd'hui on fait des Merles. Plus bas nous exposerons la manière de voir de la plupart des ornithologistes relativement à la classification de ces oiseaux; ici nous devons essayer de tracer leur histoire naturelle, etc., en ayant toujours et principalement en vue, dans cette partie de notre travail, les espèces que possède l'Europe.

Les Merles, parmi lesquels se placent naturellementles Grives, les Moqueurs, etc., offrent, en raison de leur nombre considérable, des instincts, des goûts, des habitudes , et des mœurs différents. Si les uns, en dehors de l'époque des amours, vivent par petites familles, si les autres aiment la société de leurs semblables au point de se réunir en essaims innombrables , il en est aussi qui , quelle que soit l'époque de l'année, se montrent solitaires, ou ne se rencontrent que momentanément réunis au nombre de deux ou trois, conduits dans le même lieu par le même besoin. De co nombre sont à peu près tous les Merles proprement dits et les Pétrocincles ou Merles saxicoles.

Chaque contrée, chaque localité a ses Merles. Les bosquets d'une certaine étendue , les bords de l'eau , les bois en plaines, les bois en coteaux, les monts rocailleux, etc., sont les lieux où ces oiseaux m trouvent

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distribués. Les uns recherchent les ombrages frais , le fond des vallées , les terrains gras et humides ; les autres n'aiment que les sites arides et les plus exposés aux ardeurs du soleil ; ceux-ci ne s'écartent jamais des rives qu'ils fréquentent; ceux-là ont des mœurs sylvaines qui les retiennent constamment au sein des forêts les plus épaisses. Il n'y a qu'un besoin urgent de nourriture qui puisse faire écarter les Merles de leur habitat accoutumé, et encore, dans ce cas, ils se répandent dans des lieux analogues poulies circonstances à ceux qu'ils abandonnent.

Cette différenced'habitat ne coïncide pas, comme on le constate pour beaucoup d'autres familles d'Oiseaux, avec une différence bien notable dans le régime; car à peu près tous les Merles sont à la fois insectivores > frugivores et baccivores. La plupart de nos espèces d'Europe pourraientmême à la rigueur être considérées comme omnivores, tant les aliments dont elles se nourrissent sont de diverse nature. La Grive commune , la Draine , le Mauvis, le Merle noir, s'attaquent indifféremment aux raisins, aux figues , aux cerises , aux fruits du Sorbier, du Mûrier , du Lierre, aux baies du Sureau, du Genévrier, du Pistachier noir, aux[ nsectes , et surtout aux larves, aux petits Colimaçons et aux Vers de terre, qu'ils cherchent sous les feuilles tombées , et qu'ils mettent à découvert en grattant le sol. Il n'y a guère que nos Merles saxicoles dont le régime soit beaucoup plus insectivore que frugivore.

L'activité que les Merles mettent à chercher leur nourriture, surtout par un temps de disette, est extrême ; on les voit alors toujours en mouvement , courir de buisson en buisson , piétiner la terre et la fouiller à l'aide de leur bec. Leur gourmandise égale leur gloutonnerie. Leur avidité est telle que lorsqu'ils rencontrent un aliment abondant et selon leur goût, il leur faut tout au plus quarante-huit heures pour passer de la maigreur à l'obésité. La Grive commune , par exemple , peu de jours après son arrivée dans le midi de la France , a acquis tellement d'embonpoint en se gorgeant de figues, d'olives et de raisins, qu'elle devient incapable de fournir, en volant, une longue traite. C'est elle qui a donné lieu à ce proverbe : Saoul comme une Grive, parce qu'on pense qu'elle s'enivre en mangeant

du raisin. Si les observateurs qui ont avancé ce conte avaient fait la part de toutes les circonstances, ils n'auraient certainementpas attribué aux raisins l'état d'inertie dans lequel se montre la Grive. Pour nous , cet état doit être rapporté à deux causes : à l'embonpoint de l'oiseau et aux fortes chaleurs delà journée; deux causes qui la rendent paresseuse et quelquefois incapable de voler. D'ailleurs on trouve d'autres Oiseaux, principalement parmi les Bec-Fins et Jes Pipis, qui son t toutà-fait dans le même cas , quoique pourtant ils ne se nourrissent que d'Insectes ou de fruits qui ne fournissent pas une liqueur spiritueuse. Ce seul exemple suffirait pour prouver que la Grive ne s'enivre pas; elle est gloutonne comme toutes ses congénères; mais elle a de plus qu'elles la faculté d'engraisser promptement.

Les Merles joignent à un caractère sauvage une défiance, une inquiétude, une circonspection extrêmes ; un rien les met en émoi et les détermine à fuir. Les espèces saxicoles sont surtout farouches à l'excès. Il est impossible de les aborder, et si, pour se les procurer, on ne met pas la ruse en usage, il faut renoncer à les atteindre. Du reste , il n'y a qu'à observer le Merle noir dans nos jardins publics, où cependant la présence continuelle de l'homme devrait avoir un peu modifié son naturel. Il est circonspect avant tout. Quel quesoit l'objet qui l'affecte, il semble s'en défier; il s'avance, s'arrête , regarde , puis avance encore. Guéneau de Montbeilîard ( Hist nat. des Ois. de Buffon) paraît avoir mis en doute la défiance de cet oiseau , par la raison qu'ordinairement un oiseau défiant est difficile à attraper, et que le Merle noir d'Europe donne assez facilement dans les pièges. Mais la faim, la soif , et aussi la gourmandise généralement très grande , comme nous l'avons dit, chez les Merles , mettent bien souvent en défaut des animaux plus soupçonneux et plus rusés qu'eux. Du reste, Guéneau de Montbeilîard semble s'être contredit lui-même lorsque, quelques lignes plus bas, il dit que les Merles se laissent prendre aux gluaux, aux lacets et à toutes sortes de pièges , pourvu que la main qui les a tendus se rende invisible.

Quoique sauvages, ou peut-être parce qu'ils sont sauvages, les Merles (certains du

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moins) sont acariâtres et querelleurs; lorsqu'ils se voient pris, ils essaient de se défendre en pinçant vigoureusement. Mis en volière, ils se rendent presque toujours redoutables à ceux de leurs compagnons d'esclavage qui sont plus faibles qu'eux. Mais l'espèce qui, par son courage, est la première dans cette nombreuse famille, est, sans contredit , la Draine. Elle devient hardie, intrépide, ne connaît point le danger lorsqu'il s'agit de défendre sa couvée , «t ne craint même pas alors d'attaquer le Geai, le Corbeau, la Crécerelle , le Hobereau , et les autres petits Oiseaux de proie. S'il arrive qu'un de ces Oiseaux s'approche de ses petits , elle se précipite sur lui avec fureur en poussant des cris perçants ; le poursuit avec autant d'ardeur que d'acharnement, et le force à prendre la fuite. D'ailleurs ce caractère, qui mériterait à peine d'être remarqué si elle ne le manifestait qu'à l'époque des amours, se décèle encore en dehors de ces circonstances. La Draine est naturellement très hargneuse , très querelleuse, et se bat souvent avec ses semblables.

La famille des Merles est une des plus richement dotées, sous le rapport du chant. La nature, en dispensant cette faculté à presque toutes les espèces , semble avoir voulu faire oublier par là le triste plumage dont , en général , elle les a parées. Cependant tous les Merles ne sont pas chanteurs au même degré. S'il en est parmi eux que l'homme recherche pour les précieuses qualités de leur voix, il en est aussi qu'il néglige parce que leur chant n'a plus ni la même harmonie ni la même durée. Nos Merles et nos Grives d'Europe chantent toute l'année. Il est pourtant vrai de dire que le printemps est l'époque pendant laquelle ils se font entendre plus fréquemment. A l'automne, la plupart d'entre eux gazouillent plutôt qu'ils ne chantent; mais aux premiers beaux jours leur voix acquérant son amplitude , ils en déploient tous les riches accords. C'est surtout le matin et îe soir, lorsque le soleil descend à l'horizon, r qu'ils en développent toutes les ressources. La Draine , au fond des bois, est la première à nous faire entendre les sons flûtes et variés de son ramage; le Merle noir, dans les bosquets, dans nos jardins , redit ces chants

tristes et mélancoliques que tout le monde connaît, et le Merle bleu, du haut de son rocher solitaire, jette ces notes tantôt douces et harmonieuses, tantôt sonores et métalliques , qui donnent à son chant une expression tour à tour gracieuse et grave. Ce dernier Oiseau a toujours été fort estimé à cause de la beauté et des modulations de sa voix. Un de nos grands rois de France , François Ier, prenait, dit-on, un singulier plaisir à l'entendre ; il l'estimait plus belle que celle de toute autre espèce. Olina rapporte qu'à Milan et à Genève un mâle apprivoisé de Merle bleu se vendait fort cher de son temps ; et selon Hassclquist, un pareil Oiseau valait à Smyrne et à Constantinople de 50 à 100 piastres (250 à 500 fr.).

Comme tous les Oiseaux chanteurs enlevés jeunes à la tutelle de leurs parents, et soumis de bonne heure à cette éducation factice que nous leur donnons, les Merles et les Grives possèdent à un certain degré le talent d'imitation. Ils oublient leur propre chant pour répéter des sons qu'ils ont entendus et qu'ils se sont appropriés. Belon nous dit que la Draine peut prononcer quelques mots, et Pline rapporte, avec un peu trop d'exagération peut-être, qu'Agrippine avait une Grive qui contrefaisait les paroles de tous ceux qu'elle entendait.

Mais de toutes les espèces de la nombreuse famille des Merles, celle qui possède au plus haut point la faculté d'imiter les autres animaux, celle en même temps dont le chant naturel est le plus suave et le plus mélodieux, est sans contredit le Moqueur polyglotte. Comme son nom l'indique, cet Oiseau a le singulier talent de reproduite à l'instant tous les cris , tous les chants qui viennent le frapper. Nous connaissons biea quelques Oiseaux, tels que lesPies-Grièchcs rousse et écorcheur, les Fauvettes effarvollc et verderolle , le Traquet imitateur, etc., qui , à l'état de liberté , prennent le ramage des autres espèces leurs voisines. Il est également certain, d'après les observations de Nordman, que le Merle de roche imite le chant et les airs d'appel des autres Oiseaux ; mais, au dire des voyageurs, l'imitation chez le Moqueur serait portée à un degré de perfection bien supérieur. «Bien loin de rendre ridicules les chants étrangers qu'il répète, dit Bulîon , il paraît ne les imiter

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que pour les embellir; on croirait qu'en s'appropriant ainsi tous les sons qui frappent ses oreilles , il ne cherche qu'à enrichir et perfectionner son propre chant, et qu'à exercer de toutes les manières son infatigable gosier. » Fernandez , Nieremberg et en général les Américains , considèrent le Moqueur comme le premier parmi les Oiseaux chanteurs de l'univers ; ils le mettent même au-dessus du Rossignol. Sa voix forte et bruyante est surtout agréable lorsqu'on l'entend à une certaine distance. Non seulement il chante avec goût sans paraître se répéter, mais il chante avec action, avec âme ; il semble que les diverses positions où il se trouve, que les diverses passions qui l'affectent, aient leur ton particulier. Gomme le Merle bleu et le Merle de roche, il s'élève en chantant dans les airs ; comme eux il décrit en volant une multitude de cercles qui se croisent; il pousse en même temps des cris vifs et légers , puis son chant s'éteignant par degrés , on le voit planer rnoelleusement au-dessus de son arbre, calculer de plus en plus les ondulations imperceptibles de ses ailes, et rester enfin comme suspendu au milieu des airs, immobile et sans voix.

Ainsi que nous l'avons déjà dit , c'est surtout au printemps que les Merles, comme les Grives et les Moqueurs, déploient toutes les ressources de leur gosier. Chez eux , le chant est bien , comme l'a dit Buffon d'une manière générale des Oiseaux, l'expression des amours. Aussitôt accomplis , le mâle , chez ces espèces, ne quitte plus sa femelle et semble vouloir se l'attacher et lui plaire par ses chants continuels. Celle-ci travaillet-eîle à son nid , le mâle , sans prendre une part active à sa construction, préside pour ainsi dire au travail de sa femelle, la suit dans les mille courses qu'elle fait pour chercher les matériaux qu'elle met en œuvre, et ne cesse de se faire entendre durant des heures entières. Alors son excitation est telle, qu'il chante même en volant. Il chante encore, et cela presque sans interruption, pendant toute la journée lorsque sa compagne couve; il paraît prendre à tâche de la distraire et de lui faire trouver moins pénibles les soins de l'incubation ; mais son chant se ralentit, devient moins fréquent, après l'éclosion des petits; il finit

même par ne plus se faire entendre qu'à de longs intervalles, le matin et le soir. C'est, du reste, ce qui arrive pour presque tous les oiseaux chanteurs. Le mâle , qui n'avait point aidé sa femelle pour l'édification du nid , qui n'avait pris qu'une très légère part aux fonctions pénibles de l'incubation, partage cependant les soins que réclame l'éducation des jeunes ; il pourvoit comme elle à leur subsistance. Tout entier aux besoins de sa famille, il emploie son activité à aller chercher pour elle des aliments, et oublie, pour ainsi dire, de chanter.

La plupart des espèces de la famille des Merles nichent de très bonne heure. Parmi celles d'Europe, la Draine, par exemple, travaille à son nid dès le mois de mars , quelquefois en février, par conséquent bien longtemps avant que les arbres sur lesquels elle s'établit se couvrent de feuilles. Des couples de cette espèce paraissent même ne pas être arrêtés dans leurs fonctions de reproduction par les intempéries de la saison; car j'ai vu à Paris des nichées de Draines à une époque où la température tombait encore quelquefois à zéro. Notre Merle noir entre également en amour de très bonne heure. Il n'est pas rare de trouver des jeunes de cette espèce vers la fin d'avril. Le Merle bleu, au contraire, et le Merle de roche, ne nichent qu'en mai et en juin. Ces derniers n'élèvent ordinairement qu'une couvée, tandis que les premiers font deux et parfois trois pontes. Ceux de nos Merles et de nos Grives d'Europe qui se retirent très avant dans le Nord , se reproduisent en général un peu plus tard que ceux qui restent dans les contrées plus méridionales. Ces mêmes faits se rencontrent chez les espèces étrangères ; il en est de plus précoces et de plus fécondes les unes que les autres.

Les mêmes endroits ne conviennent pas à tous les Merles pour l'établissement de leur nid; la plupart, comme le Merle noir, le Merle à plastron, la Grive commune, choisissent le plus ordinairement, à cet effet, les arbustes, les buissons épais, les broussailles , les vieux troncs d'arbres étêtés et couverts de lierre. La hauteur à laquelle ils le placent varie à l'infini; quelquefois il est tout-à-fait à l'appui du sol, d'autres fois il occupe presque le sommet des grands arbres; mais, en général, il est situé à peu

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près à hauteur d'homme. D'autres espèces , comme la Litorne, la Draine, le construisent sur les arbres de haute futaie, au fond des forêts ou sur la lisière des bois. Enfin , il en est qui, à l'exemple du Merle de roches et du Merle bleu, choisissent, pour établir leur nid , les sites rocailleux et escarpés, lesanfractuosités des cavernes creusées sur les flancs des montagnes, les vieilles tours, les édifices en ruines. Quelques uns, dit-on, parmi les exotiques, suspendent le leur aux roseaux, aux grandes plantes herbacées qui croissent le long des eaux. D'ailleurs on peut dire, d'une manière générale, que chaque espèce niche dans les lieux où ses habitudes naturelles l'appellent à vivre. On a vu, ce qui est assez remarquable , les mêmes couples de Merle noir, de Merle bleu et de Merle de roche, revenir constamment, à l'époque des amours, dans la localité où ils s'étaient reproduits une première fois, et faire leur nid dans le même buisson, dans le même trou de rocher.

Les Merles n'apportent pas une égale industrie dans la construction de l'édifice qui doit recevoir leurs œufs , et tous n'emploient pas les mêmes matériaux. Les espèces d'Europe qui compliquent le plus leur ouvrage, sont le Merle noir, la Grive commune et le Mauvis. Leur nid, composé extérieurement de mousse , de petites racines , de feuilles et d'herbes sèches , liées ensemble par une forte couche de terre détrempée , est matelassé à l'intérieur de matériaux plus mollets. Les espèces saxatiles font un nid assez négligé et fort semblable à celui des Traquets. Le nombre d'œufs que pond chaque espèce est ordinairement de cinq ; mais ce nombre est très susceptible de varier. J'ai vu jusqu'à sept petits dans un nid de Merle bleu et trois seulement dans un de Merle noir ; ce dernier nombre était probablement le produit d'une troisième couvée. La couleur des œufs, chez les Merles, ne varie pas autant que pourrait le faire supposer le grand nombre d'espèces connues : elle est ou bleu-verdàtre , avec des taches noires, comme dans la Grive commune et le Mauvis ; ou vert-bleuâtre clair, avec taches rousses ou brunes, comme chez le Merle ordinaire, le Merle erratique et la Litorne; ou d'un bleu sans taches, comme chez les Merles bleu et de roche; ou d'un

gris roussâtre taché de brun, comme chez la Draine; ou enfin blanchâtre pointillé de noir , de roux ou de brun , comme chez plusieurs espèces étrangères. La durée de l'incubation chez les Oiseaux dont il est ques* tion est de 15 à 18 jours; elle est subordonnée à des conditions de température.

Celle de l'incubation des jeunes varie également, car elle dépend en grande partie de l'abondance ou de la disette de nourriture que fournit le canton où ils sont nés.

C'est après l'émancipation des dernières nichées que toutes les espèces de la famille des Merles commencent à émigrer. Aucune d'elles ne reste dans le canton où elle s'est reproduite ; toutes passent dans d'autres contrées, pour y demeurer autant qu'elles y trouveront des circonstances favorables à leur existence : ces circonstances venant à faire défaut, elles gagnent d'autres localités. C'est donc par une série d'excursions que les Merles effectuent leurs migrations. Les vieux partent rarement en compagnie des jeunes; ils les devancent et suivent en général d'autres routes. Au moment du départ, les uns (et c'est le plus grand nombre) s'assemblent en bandes plus ou moins grandes qui se dispersent lorsqu'elles sont arrivées au lieu de leur destination; les autres, comme la Grive commune, voyagent seulement par petites familles composées d'un nombre d'individus qui varie de trois à dix environ; d'autres, enfin, émigrent solitairement ; les Merles saxicoles et le Merle noir sont dans ce cas. S'il arrive qu'au temps du passage on surprenne deux ou trois individus de ces espèces émigrant ensemble, ils sont tellement éloignés l'un de l'autre, qu'il est impossible de les considérer comme composant une petite troupe.

Tous les Merles , à l'exception des saxicoles , réclament en voyageant. Dans une bande de Draines, de Litornes, de Grives communes et de Mauvis, il y a toujours un ou plusieurs individus qui poussent en volant un cri d'appel qu'on entend de fort loin. Si le temps leur est favorable, ils font de longues traites et se soutiennent dans les régions moyennes de l'air, tandis que s'ils ont un vent qui leur soit contraire et qui les fatigue, leur vol est fort bas et leur excursion de courte durée.

Comme c'est *q grande partie le besoin

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de nourriture qui force les Merles à émigrer, il en résulte que leur course s'étend d'autant plus loin , qu'ils ne trouveront pas les pays qu'ils traversent sufûsamment pourvus de subsistances; et cela est si vrai que nos Merles et nos Grives d'Europe qui, à l'automne , abandonnent le nord pour se répandre sur les îles de l'Archipel grec et passer en Afrique , s'arrêtent et demeurent l'hiver, en nombre considérable , dans le midi de la France , sur les îles de la Corse et de la Sardaigne, lorsque les baies de Genévriers et d'autres petits fruits dont ils se nourrissent y sont abondants. Si la récolte de ces baies et de ces fruits est nulle ou pauvre , on est assuré de voir ces Oiseaux ne s'y arrêter qu'en très petit nombre. D'ailleurs quelques individus du Merle noir (ce qui ne fait pas exception à la règle générale) ne bougeront pas de toute Tannée du canton où ils seraient assurés de trouver constamment de quoi satisfaire leur appétit.

Si l'on en juge par les espèces qui se reproduisent chez nous, ou qui au temps des migrations traversent la France, il est certain que tous les Merles ne se mettent pas en route au même moment ni à la même époque. Les Merles saxicoles érnigrent les premiers ; ordinairement vers les derniers jours du mois d'août or! les voit se mettre en mouvement; ce n'est qu'un mois plus tard qu'on commence à voir passer la Draine et le Merle noir ; la Grive commune abandonne le nord vers la fin de septembre , son passage durant habituellement une vingtaine de jours; le Mauvis la suit de très près , et souvent l'accompagne; enfin, la Litorne, moins sensible au froid , ne paraît dans nos prairies humides et marécageuses qu'après les premières gelées.

De tous les temps, la chair des Merles, et surtout celle des espèces à plumage grivelé, du Mauvis, par exemple, et de la Grive commune, a été fort recherchée et fort estimée à cause de son fumet et de sa délicatesse. Mais une réputation moins bien méritée qu'on lui avait faite , et que n'ont pas craint de lui attribuer des auteurs du siècle dernier, et même des écrivains fort recommandâmes du commencemeut du siècle actuel, est celle d'être un remède efficace contre certaines maladies. Ainsi la

chair du Merle noir guérissait, disait-on , les inflammations intestinales, et l'huile dans laquelle on la faisait bouillir était fort recommandée contre la sciatique et la goutte. Il n'est pas jusqu'aux excréments de cet Oiseau qui n'eussent, comme ceux des Hirondelles et d'une foule d'autres espèces, quelque propriété particulière. La plus remarquable était celle de dissiper les rousseurs du visage et les taches de la peau ; mais il fallait préalablement faire dissoudre ces excréments dans du vinaigre et en faire usage comme aliment. La chair de la Grive commune avait bien moins de vertus, car elle ne guérissait que de l'épilepsie; encore fallait-il que l'oiseau se fût nourri pendant quelque temps de gui de Chêne. Ces croyances n'ont pas existé seulement aux époques de barbarie; et si nous en parlons, c'est précisément parce qu'on les trouve exposé-es sans commentaire dans des ouvrages dont la publication remonte à peine à trente et cinquante ans.

La chair des Merles , des Grives , etc., a, comme la plupart des viandes noires , la propriété unique d'être légèrement excitante, et le précieux avantage, surtout lorsqu'elle estgrasse, d'être, pour les gourmets, un mets très succulent et très savoureux.

Les Romains, qui se connaissaient quelquefois en bons morceaux ( pour employer le langage des gourmands), faisaient souvent figurer la Grive commune dans le menu de leur banquet. Cette espèce était pour eux le premier gibier parmi les Oiseaux, comme ils avaient fait du lièvre le premier des Mammifères. Horace, qui n'était pas le moins sensuel deson temps, s'écriedans unedeses épîtres: Nilmelius Turdo, rien n'est préférables la Grive. Cette opinion était tellement celle de ses compatriotes, que la manière d'élever et d'engraisser cet Oiseau était devenue pour eux un art , et un art dont le premier inventeur, à ce que dit Plutarque , fut, comme on le pense bien, ce même Lucullus qui employait son temps et ses richesses à chercher pour sa table des mets nouveaux ou délicats. Selon Varon et Columellc {do Re rusiieà) , les Romains conservaient et engraissaient les Grives dans des volières sombres, et surtout éclairées de façon que les Oiseaux captifs, pour ne point être distraits, ne pussent pas voir ni la campagne

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ni les bois. Entassées dans ces sortes de prisons , et au milieu d'une nourriture abondante et choisie , dont faisaient partie les baies de lentisque , de myrte, de lierre, et surtouf. une pâte faite avec du millet pilé et des figues broyées, les Grives ne tardaient pas à prendre de l'embonpoint. Puis , pour leur faire atteindre leur dernier degré d'obésité, et vingt jours environ avant de Jes manger, on les mettait à part dans un lieu bien plus étroit et plus abondamment pourvu de nourriture. Ces grivières, comme les appelle Guéneau de Montbeillard, étaient en si grand nombre aux environs de Rome, et les Grives qu'elles renfermaient étaient en quantité si prodigieuse , que leurs excréments étaient employés comme engrais pour fertiliser les terres, et servaient encore à engraisser les Bœufs et les Cochons.

Cette industrie n'a plus d'imitateurs, et Lucullus, sous ce rapport, n'a plus de descendants. Les gastronomes du midi de la France sont peut-être les seuls qui aient un peu conservé les goûts des Romains , car la plupart d'entre eux savent encore parfumer la chair des Grives au moyen des baies de Genièvre. D'ailleurs, comme la chair de ces Oiseaux n'a rien perdu de ses qualités naturelles, il en résulte que la chasse qu'on leur fait est toujours des plus destructives. Cette chasse forme même une branche considérable d'industrie dans certaines localités, telles que la Corse et la Sardaigne; les moyens que l'on met en usage pour la faire sont prodigieux; mais le piège le plus simple, et en même temps le plus généralement usité, est le collet.

Les espèces qui composent la famille des Merles offrent une vaste distribution géographique. Elles sont, on peut dire, répandues partout avec profusion, même en Europe, qui cependant est une des parties du monde qui en possède le moins. En effet, on n'y en compte guère que quatorze; huit qui y nichent et six qui s'y montrent accidentellement de passage.

Enfin, le plumage des Merles présente de nombreuses variétés totales ou partielles que nous indiquerons plus bas.

Ainsi que nous l'avons dit, la division dans laquelle sont comprises les différentes espèces d'Oiseaux auxquelles on donne le nom général de Merles, se caractérise d'une

manière si vague, que la plus grande confusion règne parmi les auteurs sur la question de savoir quelles en sont les vraies limites. Les uns la bornent à un fort petit nombre de genres; les autres ne lui donnent pour ainsi dire pas de circonscription, tant ils y comprennent d'éléments divers , mais en excluant telle ou telle espèce que d'autres y rapportent. Il n'y a pas dans toute la série ornithologique de section qui soit aussi mal définie et aussi arbitrairement établie que celle dont il est question. Les auteurs se sont toujours récriés avec raison contre la difficulté que présentent sous le rapport de leur composition les familles des Fringillidées, des Sylviadées et desMuscicapidées; mais ces difficultés ne sont rien , on peut le dire, en comparaison de celles qu'offre la famille des Merles. Aussi une monographie de ces Oiseaux serait unechoso vraiment nécessaire, et celui qui, dans un travail de synonymie et de classification, nous ferait bien connaître quelles sont les espèces auxquelles le nom de Merle, pris dans une acception un peu générale, doit rester, aurait bien mérité de l'ornithologie. Nous justifierons ces considérations en retirant de quelques unes des méthodes ornithologiqucs la partie qui est relative aux Merles, et en en faisant un exposé rapide. Le g. Turdus, de Linné, Gmelin et Latham , formait une collection si hétérogène, qu'on est arrivé à en retirer soixante espèces au moins, qui ont été réparties dans trente-cinq ou trente-six genres , et dans une vingtaine de familles différentes. MM. Vieillot, Temminck et G. Cuvier,'en adoptant le g. Turdus des auteurs que nous venons de citer, ont essayé de l'épurer en en éloignant des espèces qui ne pouvaient s'y rapporter; mais ce ne sont pas là les seules modifications qu'ils y aient introduites. Pour Vieillot, les Oiseaux compris sous le nom de Turdus se divisaient en Moqueurs , en Grives et en Merles, qui euxmêmes formaient deux sections: l'une pour les espèces à narines découvertes, et l'autre pour celles à narines couvertes par les plumes du capistrum. M. Temminck, prenant en considération l'habitat, s'est borné à les distinguer en Merles sylvains et en Merles saxicoles. La méthode de G. Cuvicr , sur ce point, estplus compliquée et diffère notable-

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ment de ce qu'ont fait Vieillot et Temminck. En effet, il comprend comme sections du g. Turdus les Stournes, les Turdoïdes, les Astrapies, les Grallines , les Endures et les Crinons, que Temminck et Vieillot en avaient génétiquement retirés, et comme ce dernier il différencie les Merles des Grives. Cette manière de voir est à peu près celle qu'a adoptée M. Lesson dans son Traité d'ornithologie. Les genres linnéens ayant élé convertis en familles, et M. Lesson acceptant cette innovation, qui était un progrès, fit du g. Turdus, non pas une famille, comme Vigors, mais une sous-famille dans laquelle il distingua les Stournes , les Juidas, les Spréos, les Pélrocincles, les Merlespies-Grièches et les Merles qu'il a subdivisés en Merles pr. dits , en Grives , en Fausses- Grives , en Cinclosomes , en Merles-Philédons , en Moqueurs , en Petits-Merles , en Merles à bec court, en Merles- Griviers, en Turdoïdes, en Podobés et en Merles -Traquets. Un essai de classification que nous ne saurions passer sous silence, est celui qu'a proposé M. de Lafresnaye. Pour lui , les Oiseaux dont nous parlons composent la quatrième famille de ses Passereaux dentirostres à bec comprimé, et sont, d'après des considérations de mœurs et d'habitat, distribués dans sept sections : celles des Merles buissonniers, qui comprend les genres Ixos , Brachypus , Tricophorus , Orpheus et les Merles philédons et latirostres; celle des Merles sylvains ou Merles proprement dits , représentés par les genres Turdus , Kittacincla, Sericulus, Myiophonus et Merles rubiettes; celle des Meules riverains, de laquelle font partie les genres Sciurus, Crateropus , Garrulaxis, Malacocircus , Cinclosoma, Psophodes, Megalurus; celle des Merles de roseau , g. Donacobius ; celle des Merles plongeurs, g. C inclus ; celle des Merles marcheurs, comprenant les genres Lamprotornis et Gryllivora ; et celle des Meules hiîmicoles , g. Grallina. Enfin, pour G.-R. Gray la famille des Turdidées embrasse 70 genres , qui sont répartis en cinq sous-familles, celles des Formicarinœ , des Turdinœ, des Timalinœ , des Oriolinœ et des Pycnonolinœ.

Il doit résulter de cet exposé très rapide et incomplet, mais suffisant cependant, que la difficulté de fixer les limites de la division

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qui renferme les Merles est grande, puisque les tentatives faites aux différentes époques de la science ont conduit à des résultats qui sont presque la négation les uns des autres. Comme la classification de G. Cuvier est celle que l'on a le plus généralement adoptée dans le courant de cet ouvrage, e'etf également d'après la méthode de cet auteur, combinée avec celle de M. Lesson , et mise le plus possible en rapport avec les progrès qu'a faits l'ornithologie, que nous distribuerons les Merles. On ne doit pas s'attendre à trouver ici un spéciès complet, ni moins encore la description de toutes les espèces que nous citerons; nous nous bornerons à décrire succinctement celles d'Europe, et pour les Merles étrangers, nous donnerons de la plupart d'entre eux une simple indication.

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