‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle résumant et complétant tous les faits présentés par les encyclopédiesChapitre 9 sur 192 · OIS. — VOII. MARTIN-PÊCHEUR · texte numérisé non relu

OIS. — VOII. MARTIN-PÊCHEUR

MARTM-PÊCHEUR. Alcedo. ois. — Par suite de cette réforme particulière, dont le résultat a été la transformation des genres linnéens en familles, le nom générique de Martin-Pêcheur, qui s'étendait à un grand nombre d'espèces, détourné de la signification générale, ne s'applique plus aujourd'hui qu'à un groupe assez restreint, dont notre Marlin-Pêeheur d'Europe est le type. Nous devrions donc , si nous nous conformions à la nomenclature moderne, nous astreindre à ne traiter que de ce groupe; mais il nous paraît préférable, ainsi que nous Favons déjà fait ailleurs, de considérer les Martins Pêcheurs comme division linnéenne, ou, si l'on veut, comme famille, sans avoir égard ici aux sections dont cette famille est susceptible.

Les Martins-Pêcheurs sont des oiseaux qui appartiennent à l'ordre des Passereaux, et, pour les méthodistes modernes, à la famille des Alcédidées ou AIccdinidées. Ils onl pour caractères: un bec long, gro«, droit,

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plus ou moins comprimé, très rarement échancré et incliné vers le bout; des narines situées à la base du bec, étroites; des tarses courts, placés un peu en arrière du corps; quatre ou trois doigts, l'externe presque aussi long que celui du milieu , auquel il est uni dans une grande partie de sa longueur; une queue généralement courte et des ailes de médiocre longueur.

En général , les Martins-Pêcheurs se distinguent des autres oiseaux par leur forme, et ont entre eux une très grande analogie sous le rapport des couleurs. Ainsi leur corps est épais, court, ramassé pour ainsi dire; leur tête est allongée, grosse, et, presque chez toutes les espèces , couverte de plumes étroites plus ou moins longues, et formant, vers l'occiput , une sorte de huppe immobile qui a une direction contraire à celle du bec. Quant à leur plumage , lustré chez les uns, mat chez les autres, il est, en général , assez richement coloré ; et parmi les couleurs qui les parent, on peut dire que, dans toutes les espèces, le bleu domine sous fies différentes nuances.

Les Martins-Pêcheurs, ou mieux les oiseaux que nous réunissons sous ce nom générique, n'ont pas une conformité de mœurs aussi grande que ce que pourrait le faire supposer leur conformité générale d'organisation. Ainsi, tandis que les uns ont des habitudes essentiellement aquatiques , qu'ils nesauraient exister loin des rives des fleuves ou des bords de la mer, les autres, au contraire, ne fréquentent qu'accidentellement les rivières et ne vivent qu'au sein des forêts touffues et humides : cette différence d'habitat produit nécessairement une différence dans le régime : tels sont ichthyophages , tels autres insectivores. C'est en raison de ces considérations que les premiers sont plus particulièrement désignés sous le nom de Martins-Pêcheurs, et que les seconds ont été distingués sous celui de Martins-Chasseurs. D'ailleurs , les uns et les autres sont des oiseaux solitaires, qui vivent ordinairement loin de toute société, et qui évitent même celle de leur semblable. Tous ont un vol rapide et bas, direct et peu soutenu.

L'espèce dont on connaît le mieux les mœurs est, sans contredit, notre Martin- Pêcheur d'Europe {Alcedo ispida). Soumise ,

pour ainsi dire , à notre observation de tou» les jours, tous ses actes nous sont devenus familiers. Mais, ainsi que la plupart des animaux qui vivent dans le voisinage de l'homme , et qui se font remarquer par quelques attributs particuliers, le vulgaire s'est plu à doter cet oiseau de propriétés merveilleuses. Il y a peu de nations qui ne lui aient reconnu quelque faculté extraordinaire. Les anciens croyaient que son corps desséché repoussait la foudre; que, porté sur soi, il communiquait la grâce et la beauté; qu'il donnait la paix à la maison, le calme à la mer, et rendait la pêche abondante sur toutes les eaux. Ce qu'il y a de singulier, c'est que des idées à peu près pareilles se trouvent chez les Tartares et les Asiatiques. Si ces croyances ont totalement disparu , d'autres sont restées , et l'on n'est pas peu surpris d'entendre , dans nos campagnes , dire et affirmer que la dépouille du Martin-Pêcheur a la singulière propriété de conserver les draps et les autres étoffes de laine en éloignant les teignes qui pourraient les dévorer. Les dénominations d'Oiseau-Teigne, Drapier, Garde- Boutique, etc., font tous allusion à cette prétendue faculté dont nous venons de parler. Il est inutile de dire que cette croyance tombe devant les faits; les plumes du Martin-Pêcheur deviennent, comme celles des autres oiseaux, la pâture des Teignes , et sa chair est la proie des Anthères et des Dermestes.

Dépouillée de ces erreurs , qui pouvaient en être jadis la partie intéressante, l'histoire du Martin-Pêcheur d'Europe (histoire qui, à quelques différences près , doit être celle de toutes les autres espèces) n'est pas moins pleine d'attraits. Cet oiseau, que l'on voit triste et toujours seul , si ce n'est à l'époque des amours, a un caractère sauvage et méfiant qui lui fait fuir la présence de l'homme. Lorsqu'on l'approche , il part d'un vol rapide, file en rasant la surface de l'eau ou du sol , et en suivant ordinairement tous les détours d'une rivière. En volant, il fait entendre un cri perçant qu'expriment assez bien les syllabes ki ki kivi ki; c'est même de ce cri que lui vient, selon Gesner , le nom latin ispida. Il est peu d'oiseaux de sa taille dont les mouvements d'ailes soient aussi prompts, et qui cependant puissent mieux commander à son voK Au moment où

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il parcourt l'air avec le plus de vélocité , il s'arrête tout d'un coup et s'y soutient pendant plusieurs secondes. A ce moment, ses battements d'ailes, réitères et pressés, ressemblent à une sorte de trémoussement, et ne peuvent être comparés qu'à ceux du Faucon lorsqu'il plane, ou encore mieux à ceux des Colibris , lorsqu'ils cherchent leur nourriture dans le calice des fleurs. Le Martin- Pêcheur alcyon ne saute ni ne marche lorsqu'il se pose à terre , ce qui tient à l'ingrate organisation de ses pieds. Comme il ne peut saisir sa proie qu'au passage, et qu'il est forcé de l'attendre pour s'en emparer, la nature l'a doué d'une patience admirable. On le voit des heures entières, épiant les poissons, perché sur une branche morte, sur une pierre qui s'élève dans l'eau, ou même sur la rive d'un fleuve, et dans une immobilité complète. On a vanté la patience du Héron ; on a dit avec quelle persévérance il attend, les pieds dans l'eau, qu'une proie passe à portée de son bec; mais cependant le Martin-Pécheur ne le lui cède pas sous ce rapport. Il est, comme le Héron, doué d'une grande patience : il sait attendre , et aussitôt qu'il aperçoit un poisson , il fond dessus avec la rapidité de l'éclair , en tombant d'aplomb, la tête en bas , et en plongeant dans l'eau : le plus ordinairement il fait cette pêche aux petites espèces, ou encore il s'attaque aux petits individus des grandes espèces; mais, à défaut de ceuxci, il se jette sur ceux d'une taille plus forte, et alors, si sa capture est d'une grosseur qui ne lui permette pas de l'avaler, il la porte à terre, et là il la dépèce tout à l'aise. La manière dont le Martin- Pêcheur traite la proie vivante qu'il vient de saisir est un fait digne de remarque, et rappelle ce que font beaucoup d'oiseaux insectivores. Avant de la déglutir, il la conserve quelque temps dans son bec, la tourne, la retourne, la bat contre une pierre ou contre un tronc d'arbre; il ne se contente pas de la tuer, il la malaxe, la pétrit, si l'on peut dire, et, lorsqu'il la juge suffisamment brisée, il l'avale la tête la première; ce qu'il y a de particulier, c'est qu'il agit de même à l'égard d'une proie morte.

De l'habitude qu'a le Martin-Pêcheur de toujours se poser sur les branches mortes

était venu ce conte , né en Allemagne et accrédité chez nous, du moins dans la classe ignorante , que cet oiseau fait sécher le bois sur lequel il s'arrête; mais depuis longtemps l'opinion a été rectifiée sur ce point. C'est par instinct que le Martin-Pêcheur se pose de préférence sur les branches sèches ou dépouillées de feuilles qui avancent sur l'eau ; de là il est mieux à portée de guetter et d'apercevoir les poissons, isolé qu'il est de tout ce qui pourrait borner sa vue ; de là aussi il peut tomber dans Peau sans que rien l'arrête. L'hiver, lorsqu'il est forcé par la glace ou la crue des eaux de quitter momentanément les rivières , on le voit sur les bords des ruisseaux d'eau vive exercer son industrie aux dépens alors plutôt des insectes aquatiques que des poissons. Mais comme , dans ces circonstances , il ne trouve pas toujours d'arbres où il puisse s'arrêter, il chasse en voltigeant continuellement; il s'élève , plane , puis plonge si une proie se présente. Lorsqu'il veut changer de place, il descend de quelques pieds , continue à voler, s'arrête de nouveau, se relève et s'abaisse encore : il peut, de cette manière, parcourir de grandes distances.

Au rapport des voyageurs, les Martins- Chasseurs font dans les forêts ce que les Martins-Pêcheurs et ses congénères font le long des rives des fleuves et des ruisseaux et sur le bord de la mer; ils attendent patiemment, juchées sur une branche, qu'un insecte, une larve ou un ver de terre, se montrent et passent à portée d'être saisis.

Les Martins-Pêcheurs ne chantent point; ils ne font entendre que des cris aigus; ceux de VAlcedo gigantea ressemblent à des éclats de rire. Us entrent en amour au printemps. On ne connaU pas , jusqu'à présent , d'espèce qui fasse un nid proprement dit. Ces oiseaux, comme les Pics, les Guêpiers, etc., nichent, les uns dans les crevasses qui existent le long des berges des rivières ou dans les trous qu'y creusent les Rats d'eau, les autres dans les trous pratiqués sur les troncs des vieux arbres. Leurs œufs varient en nombre selon les espèces; généralement ils sont blancs. Notre Martin -Pêcheur d'Europe en pond ordinairement six ; le trou au fond duquel il les dépose a quelquefois deux pieds de profondeur, et dans les abords de ce trou sont toujours entassées des arêtes et

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des écailles de poissons , restes non digérés et vomis des nombreuses proies qu'il a faites. Les jeunes Martins-Pêcheurs sont très difficiles à élever; on ne peut guère les conserver que quatre ou cinq mois; d'ailleurs, parviendrait-on à les faire vivre plus longtemps en les entourant de tous les soins possibles, ils n'offriraient d'autre agrément que celui que procure la vue de leur plumage.

La chair des Martins-Pêcheurs est d'un goût détestable et porte avec elle une odeur de faux musc très prononcée; la qualité des aliments dont ils font usage influe d'ailleurs sur celle de leur chair. Les uns se nourrissent presque exclusivement de poissons, les autres mêlent à ce régime des insectes aquatiques de toute sorte , des crabes; ceux-ci font la chasse aux petits lézards, ceux-là aux insectes de terre et à leurs larves.

La distribution géographique des Martins-Pêcheurs est fort étendue. Ces oiseaux sont répandus sur tout le globe et en nombre considérable; l'Europe et l'Amérique ne possèdent qu'une seule espèce qui soit propre à leur climat; mais ils se trouvent profusément répartis dans les contrées chaudes de l'Afrique et de l'Asie.

Le genre Alcedo de nos méthodes modernes est loin d'être ce qu'il était dans le Systcma nalurœ. Latham , Brisson , Vieillot, etc., l'ont conservé tel que l'avait établi Linné. G. Cuvier, de son côté, a réuni sous le nom générique de Martins-Pêcheurs toutes les espèces linnéennes desquelles il a distrait seulement sous le nom de Ceyx , comme d'ailleurs l'avait déjà fait Lacépède, celles qui n'ont que trois doigts , deux devant et un derrière. Levaillant, ayant constaté que certaines espèces à plumage non lustré et à bec ordinairement échancré vers le bout, vivaient au sein des forêts loin du voisinage des eaux , s'autorisa de ces différences de mœurs et de caractères pour distinguer ces espèces sous la dénomination de Martins -Chasseurs. C'est de ceux-ci que Leach fit un peu plus tard son genre Dacelo. M. Lesson , tout en admettant une grande division Alcedo (Alcyon), introduisit cependant dans cette division des modifications assez importantes, en ce sens qu'il y établit plusieurs groupes auxquels il donna le titre de sous-genres. Par ce fait, les Alcyons fut

rent distingués en Ceyx, en Marlins -Pêcheurs proprement dits, en Symés, en Tanysiptères, en Martins-Chasseurs, en Choucalcyons, en Mélidores et en Todiramphes. Une autre modification profonde du genre Alcedo est celle que G.-R. Gray a consignée dans sa List of the gênera. Ici, les Martins- Pêcheurs ne se trouvent plus réunis dans une seule grande division générique, mais ils sontcompris dans deuxsous-familles : celle des Halcyoninées , qui a pour type le genre Dacelo; et celle des Alcédininées, fondée sur les Martins-Pêcheurs proprement dits.

Nous adopterons pour la classification des Oiseaux dont il est question une sorte de compromis; c'est-à-dire que distinguant ces Oiseaux en ceux qui fréquentent le bord des eaux et en ceux qui en vivent éloignés , nous essaierons ensuite de les grouper selon leurs affinités naturelles , chaque groupe correspondant à un genre établi.

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