‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle, servant de complément aux œuvres de Buffon, de G. Cuvier, aux encyclopédies, aux anciens dictionnaires scientifiquesChapitre 14 sur 170 · DE L'AUDITION · texte numérisé non relu

DE L'AUDITION

Pour expliquer l'audition, il nous est absolument nécessaire de rappeler quelques principes d'acoustique.

Le son est la vibration d'un corps élastique; quand cette vibration est au dessous de 3 ou 4 ou au-dessus de 64,000, suivant Savart, elle n'est pas encore perçue ou cesse de l'être; la plus rare donne le son le plus grave; la plus fréquente, le son le plus aigu.

La force du son dépend de l'étendue des oscillations. Point de son sans corps vibrant, comme le prouvent la cessation du son dans le vide, et sa diminution sur de hautes montagnes et dans des gat de plus en plus rares. Les gaz sont meilleurs conducteurs des sons que les solides, et les solides meilleurs que les liquides. Il ne faut pas oublier qu'une vibration née se communique , de sorte que tout corps éprouve une vibration à l'occasion de celle de l'air ; j'ajouterai que certains corps, d'une certaine forme et d'une certaine consistance, entrent plus facilement que d'autres en vibration, à l'occasion de certaines vibrations de l'air. C'est ce qu'un de nos grands chanteurs modernes appelle les vibrations sympathiques.

La marche des ondes sonores se fait par cercles de plus en plus grands , et qui se croisent, dans certains cas, sans se détruire; cette propagation est plus étendue si elle se fait dans un seul sens , comme le prouve celte expérience de Biot qui se fait entendre , 1 voix basse, à l'extrémité d'un cylindre de 95! mètres.

Le son parcourt 337 mètres par seconde, infiniment moins que la lumière, qui, dans le même espace de temps, parcourt 72,000 lieues; ce qui explique la distance qui existe , dans certains cas, entre l'apparition de l'éclair et le bruit du tonnerre. Cette propagation du son n'est point altérée par l'humidité de l'air; elle s'accroît un peu par l'élévation de température ; elle va malgré le vent , mais elle est diminuée par celui qui lui est contraire , et favorisée par celui qui marche dans le même sens qu'elle-

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Le ton , comme la lumière , est réfléchi cous un angle égal à celui d'incidence. Le bruil résulte d'une succession de sont égaui ou inégaux dans des temps inégaux. Le bruissement est une succession de sons simples ou de bruits dans des temps égaux , tout le temps que Ton peut encore distinguer les ébranlements.

Les eipériences de IfQller prouvent que les ondes sonores, primitivement aériennes, augmentent d'inteosité en devenant liquides , et encore plus en devenant solides ; mais elles perdent de leur intensité , lorsqu'après avoir passé par un corps solide elles retournent à l'air. L'Oreille, appliquée contre le sol , ne perçoit bien que les ondes sonores primitivement parties du sol , et non celles qui viennent primitivement de l'air. Les ondes sonores solides se commun!* quent difficilement à l'air, et diminuent d'intensité par ce seul fait. Les ondes sonores liquides diminuent en passant dans Pair.

Eipliquons maintenant le mécanisme de l'audition chez l'Homme , il sera facile d'en faire l'application aux animaux.

Les ondes sonores frappent le cartilage de l'Oreille, et trouvent toujours, quelle que soit leur direction, une surface perpendiculaire, par suite des nombreux replis de ce cartilage. Celles qui vont dans la direction du conduit auditif s'engouffrent dans la conque , qui les recueille et les condense ; comme ces ondes sont directes , elles sont les plus fortes t ce qui fait qu'en tournant successivement l'Oreille dans différentes directions pour percevoir un son, on peut juger de la direction de ce son. Ces ondes centrales restent aériennes , et vont frapper obliquement la membrane du tympan puisqu'elles la rencontrent dans un plan oblique. Les autres ondes sonores , qui ont frappé sur le cartilage , deviennent solides , et se transmettent, par les parois du conduit auditif externe, au cercle tym panai. D'ailleurs, bien que la condition de la vibration soit , pour le tympan , comme pour toute membrane, uue certaine tension , il est bon de remarquer qu'une trop grande tension , comme un grand relâchement du tympan, nuit à l'audition. Cette tension parait être, d'ailleurs, en rapport avec l'acuité des sons.

Voila le trajet externe des ondes sonores, mais l'audition peut avoir lieu sans lui; ainsi les vibrations peuvent se transmettre au tympan par les os de la face et du crâne, et par les dents. Ingrassias cite un Espagnol sourd, qui entendait une guitare en mettant le manche de cet instrument entre ses dents. Ce mode de transmission des sons est analogue à celui qui a lieu chez les animaux dépourvus de conduit auditif externe. ,

Voici maintenant quel est, chez l'Homme sain , le second trajet des sons. La membrane du tympan , modérément tendue par le muscle du marteau (que Muller croit soumis à la volonté chez lui ), vibre entre les deus couches d'air, celle du conduit auditif et celle de la caisse du tympan; cette condition augmente l'intensité de la transmission des ondes sonores de l'air a l'eau , comme le prouve Muller par un mécanisme ingénieux. Cette vibration de la membrane du tympan se transmet donc , avec avantage , à travers l'air de la caisse jusqu'à la fenêtre ronde, qui est véritablement un second tympan. Celte transmission est aérienne ; mais il 7 en a une autre solide , au moyen des osselets de l'ouïe, celle-là va à la fenêtre ovale , dont la membrane est tendue par le muscle de l'étrier. Le silflet imaginé par Muller montre qu'une tige solide , placée entre deux membranes, augmente l'intensité de la transmission des sons.

Le second trajet des ondes sonores n'est point encore indispensable à l'audition , et l'on a vu des hommes dont la membrane du tympan était déchirée, privés des osselets de l'ouie par une suppuration qui les avait entraînés, et qui entendaient cependant encore bien.

Suivons maintenant les ondes sonores dans leur troisième trajet. Nous nous sommes arrêté aux vibrations de la fenêtre ronde et de la fenêtre ovale. Les premières se transmettent à la rampe inférieure du limaçon ; les autres au vestibule, et de là à la rampe supérieure du limaçon et aux canaux demicirculaires. Là les ondes sonores rencontrent la lymphe de Cotugno, puis le labyrinthe membraneux , puis la vitrine auditive au milieu de laquelle flotte la substance nerveuse ; celle-ci est ébranlée, et cette impression, transmise au cerveau , constitue l'audition

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Il est probable que la transmission des ondes sonores au vestibule est seule nécessaire pour l'audition, puisque les expériences de Brescbet, et de MM. Flourens et Longet, prouvent que la destruction du nerf du limaçou ne détruit pas la sensation.

D'ailleurs, nous ferons observer ici, comme on peut le faire à l'occasion des fonctions de tous les autres sens, que la sensation du son ne dépend pas de la seule existence des ondes sonores dans l'eipansion nerveuse; mais qu'elle résulte d'un certain état du nerf auditif, ainsi que le prouvent les sons que Millier appelle-subjectifs, c'està-dire la persistance de l'audition d'un son longtemps après que les vibrations sonores ont cessé. KnOn c'est le cerveau qui entend, et c'est cet organe, et non l'Oreille proprement dite, qui fait les musiciens et Les chanteurs.

On .peut se demander, à l'occasion de l'organe auditif, comme à propos de celui de la vue , si l'audition est double. Il faut croire qu'elle est unique, parce que les deux impressions se confondent habituellement ; car lorsqu'il y a défaut d'uniformité de transmission des sons, elle apparaît double, d'après les observations de Millier.

La section de la cinquième paire a de l'influence sur l'audition comme sur la vision, d'après les expériences de M. Magendic; elle la détruirait même, au rapport de ce dernier. La seotion des canaux demi-circulaires, faite par M. i'iourens, a donné des résultats curieux : celle du canal horizontal fait tourner l'animal sur lui-même ; celle du vertical postérieur le porte à faire des culbutes en arrière,. et celle de l'antérieur des culbutes en avant. Mais ces faits n'ont pas encore leur place dons le domaine de la science.

Le nerf do l'oule a d'ailleurs cela de commun avec celui de la vision, d'être insensible aux stimulations mécaniques.

L'oule, pour se développer à son plus haut degré, a besoin , comme tous les sens, d'éducation ; les animaux, les enfants, les sauvages, les aveugles, nous fournissent la preuve de celte vérité.

Le mécanisme que nous venons de décrire est applicable a tous les animaux qui entendent dans l'air, quelque-simple que soit l'appareil ; n'y eût-il qu'un rudimeut du

tympan, comme chez certains Reptiles, n'y eût-il point de conduit auditif externe , les ondes sonores aériennes viennent toujours frapper les parties solides de l'organe auditif, avec ou sans vibration de membrane libre, et se communiquent , par les parties solides , jusqu'à l'expansion nerveuse. Mais toute l'Oreille externe est organisée pour recevoir ces ondulatioos vibratoires. La difficulté ici était de ne pas trop perdre de l'intensité des vibrations dans leur passage de l'air dans un solide , d'un solide dans l'air , pui&dansun solide, et enfin dans un liquide, la lymphe qui baigne le nerf auditif. Pour les animaux qui vivent dans l'eau, le mécanisme est beaucoup plus simple; il n'y a que transmission d'un liquide (l'eau) à un solide (les canaux demi-circulaires), et de ce solide à un liquide, la lymphe auditive. Les causes d'affaiblissement de l'intensité des vibrations qui existaient tout à l'heure ne se retrouvent plus ici; tout au contraire il y a plutôt renfoncement , parce que le passage des ondes sonores liquides à un solide augmente l'intensité de la vibration.

(C. Broossais.) Le mot Oreillt a été quelquefois appliqué à des animaux et à des plantes dont l'aspect offrait quelque ressemblance avec cet organe. Ainsi l'on a appelé :

En lebthyologie :

Oreille guakde ou obands Oreille, le Thon.

En Conchyliologie :

On fille d'Akt., une Haliotide, unStrorobc;

Oreille de Boeuf, un Bulime;

Obeillb de capucin ou de CocnoN, une Moule et un Strombe;

On ei lue de géant, la grande Haliotide;

OnsiLLE de ver , les Haliottdes ;

Oreille de Midas, les Auricules ;

Oreille de saint Piebre, l'animal des Fissurelles;

Oreille sans trous, le Sigaret;

Oreille oe Silène, un Bulime;

Oreille oe Vénus, quelques Haliotide*.

En Botanique :

Oreille d'abbb, le spathe des Gouets; Oreiixe d'Ane, l'Oreille d'abbé, le Nosloc et la grande Consoude ;

Oreille de capucin, quelques Trcmelles •Oreille de Diane, voy. Oreille d'abbé ;

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