PII Y
elle, pour ne pas dire impossible, de déterminer en quoi consiste l'action d'un filament sur l'autre. Depuis Réaumur et Correa de Serres, nous ne connaissons aucun phycologiste qui ait tenté de restituer aux Algues, ou du moins aux plus élevées d'entre elles, une sexualité que beaucoup de botanistes refusent encore, mais, selon nous, bien à tort, aux Hépatiques et aux Mousses, jusqu'à MM. Decaisne et Tburet, qui, parleur belle découverte des zoospores, ou, si l'on admet leur bypolbèse spécieuse, desspermatoioaires des Fucées, sont venus revendiquer pour ces plantes la présence des deux sexes. C'est dans l'endocbrôme terminal de ces filaments confervoldes rameux, que nous nommions autrefois acrospermes, que ces deux savants ont observé la métamorphose des gonidies en corpuscules doués d'une grande mobilité. Ces corpuscules sont transparents, presque pyriformes, et contiennent un seul globule rouge. Chacun d'eux est muni de deux cils très déliés au moyen desquels il se meut avec une extrême rapidité. Nous avons dit ailleurs {Flore d'Algérie, p. 3) les raisons qui nous faisaient ajourner l'adoption sans restriction, sans réserve, de l'opinion d'après laquelle ces corpuscules seraient regardés plutôt comme des spermatozoaires que comme des zoospores.
Maturité du fruit. Quoique la plupart des Algues portent et mûrissent leur fruit à une époque fixe et déterminée, il y a néanmoins des exceptions à celte règle. Quelques individus présentent souvent à la fois des fruits mûrs et d'autres à peine rudimentaires.
Plusieurs espèces fructifient pendant toute l'année. Le temps de la formation du fruit succédant a celui de la végétation, la maturation ne se fait que lorsque l'algue a acquis tout son développement.
Germination. Nous avons vu plus haut que les spores soot pourvues d'un épispore simple ou double. Dans le premier cas, la germination se fait par l'allongement des deux extrémités opposées de la spore, l'une devenant la radicelle et l'autre la tige ou la fronde ; mais, si l'épispore est double, l'extérieur se rompt dans l'acte de la germination pour livrer passage aux prolongements dirigés en sens opposé qu'envoie la spore ou dehors. De là sans doute le dissentiment qui règne à ce sujet entre MM. J. Agardb et
Duby, c'est-à-dire que les observations de l'un auront été faîtes sur des spores à double enveloppe, et celles de l'autre ou des autres, car nous croyons qu'elles lui sont communes avec MM. Crouan, sur des spores a épispore simple. C'est fur le Laurencia que le phycologiste de Lund a suivi les progrès de la germination. Il a vu que les filaments destinés à produire la fronde ne commencent à se ramifier que six semaines ou deux mois après leur première apparition. Dans le genre Ceramium, au lieu d'une radicule, la spore produit inférieurementun épatement servant à fixer la plante, et s'allonge en filament par le haut. Dans la Laminaria saccharina et le Fucus vesiculosus, elle émet des radicelles par le bout inférieur, et se développe en fronde par l'autre bout.
Mais les Algues ne se reproduisent pal seulement par des spores ; elles se propagent encore, selon quelques pbycologistes : 1* par les zoospores ou gonidies ; 2* par des propa* gules ou gemmes; 3* par desprolifications; 4* enfin par division.
Par les soosporos. Dès 1 800 (Foy. Schrad . Jour*. Bot., p. 445) Bory avait constaté ta présence de ces corpuscules dans les articles des Conferves. La motilité dont ils étaient doués les lui fit d'abord considérer comme des Infosoires. Ce n'est que plus tard, en 1817, à l'époque de son exil en Belgique, que de nouvelles observations vinrent l'éclairer et lui démontrer que c'étaient bien de véritables aéminules. Ayant remarqué qu'après leur sortie des endoebrdmes des Conferves, ils s'allongeaient en filaments an Tond des vases où il les avait placés, il leur donna le nom de zoocarpes qu'on a changé plus tard, nous ne savons trop pourquoi, en celui de zoospores. Peut-être Bory a-t-il confondu les zoospores avec ces vraies spores qui, pour un temps déterminé, j ou osent aussi du mouvement; mais il est manifeste qu'il a très bien vu le phénomène. Nous avons cru qu'il était de toute équité de rétablir les îaits, et de lui attribuer la juste part de gloire qui s'attache à la découverte des zoospores, d'autant mieux que les pbycologistes ont manqué d'impartialité et se sont même montrés injustes en passant son nom sous silence dans l'histoire de ce singulier phénomène. Noos citerons volontiers, après le sien, ceux de Girod-Cnanlrans,
PHY
Gaillon, Hoffmann- Bang, Mertens, Rotb, Trentepohl, et, dans ces derniers temps, ceux de MM. J. Agardh, Chauvin, Decaisne et Thuret, Harvey, Kûtzing et Unger, lesquels ont considérablement étendu les observa t ions sur les zoospores. Mais ce qui nous importe ici, c'est la reproduction de la plante-mère par la germination desgonidies, reproduction que nient encore quelques cryptogamistes. C'est surtout chez les zoospores du DraparnaWa plumosa que MM. J.
Agardh et KQtzing ont constaté cette faculté et ont suivi tous les phénomènes de la germination. Le premier de ces savants a m aussi les mêmes phénomènes se passer dans In reproduction des zoospores du Bryopsis arbuscvlo. On peut donc conclure de ces observations que, comme le dit le professeur de Nordhausen, les zoospores sont en effet des organes embryonnaires capables, comme les vraies spores, de propager l'espèce dont ils émanent. Il parait en même temps prouvé que beaucoup de Zoospermées se reproduisent de préférence par le moyen de ces organes (1).
Par despropagules. Dans plusieurs Algues inférieures et en particulier chez les Conférées, chaque eodoebrome peut être considéré comme une gemme susceptible, en végétant, de produire un individu semblable à la plante-mère. M. Tburet a montré jusqu'à quel point cette faculté de reproduction était développée chez les Vauchéries où des fragraents de la plante deviennent promptement autant d'individus distincts. M. KQtzing mentionne, comme appartenant à ce mode de multiplication, le phénomène d'après lequel les filaments confervoldes, nés d'un pore mucipare, se soudent pour former un nouvel individu. Cet individu n'est à la vérité qu'une simple prolification du Fucus, et le fait présente une grande similitude avec celui rapporté par M. J. Agardh d'une fronde née de la prolification d'une Némalhécie. L'auteur de la Phycologie générale raconte en outre avoir positivement observé que de nouvelles frondes se développent sur le Phycolapatkum débite, non d'une spore, mais d'une cellule corticale. M. Duby a aussi été témoin de la reproduction d'un individu
(•) On sa Un pu uti tnt«r*t. 4uu U J>*j-(*fer'* f**-
PHY
M(ù, ce q
lit M. Kutiing df« métamorphOKi
4c VUbtkris wmH et *• U«r f «rtDlu.Uoo. I. X.
complet par la continuation de la végétation d'un seul eodoebrome séparé du filament principal d'un Ceramium. Enfin M. J. Agardh a vu un segment de la fronde du Sphacelaria cirrhosa pousser une racine de sa partie inférieure, et donner naissance à un individu semblable i ta plante-mère.
Par des proliflcations. La prolification diffère de la propagation en ce qu'elle ne doit pas son origine au développement d'une simple cellule , mais i l'action organique concentrée vers un ou plusieurs points, en quoi elle se rapproche beaucoup plus de la ramification. On trouve dans les Floridécs de fréquents exemples de ce mode de multiplication. C'est ainsi que les Polysipbonies par leurs radicelles adventives, et les Céramies par ces ramules quelquefois unilatéraux qui naissent de leur filament principal, nous montrent ce qu'il faut entendre par prolification. Ce sont, au reste, les espèces bisannuelles etvivaces qui sont le plut sujettes à s'en recouvrir, ainsi qu'on en a des exemples dans le Rhodymenia palmata, les Phyllophora Brodiœi et rubens, etc. Ces prolification* offrent dans leur jeunesse une si grande ressemblance avec les jeunes individus nés de la germination des spores qu'il serait malaisé de les en distinguer. Mais le fait le plus curieux de propagation indéfinie des Algues est sans contredit celui que présente le Sorgassum bacciferum, chez lequel on n'observe ni spores , ni rien qui puisse en tenir lieu. lu tige se divise et pousse de nouvelles feuilles qu'on peut aisément, 1 leur couleur olivacée, distinguer des vieilles qui sont d'un brun roux.
Par division. On a enfin observé que, parmi les Algues les plus inférieures, il en était de fissipares. C'est ainsi que M. Menegbini explique la multiplication de son Cylindrocystis Brebissonii. M. Kutring admet encore deux autres modes de propagation, celui par turions (ex. : Ckondrus crispus , Alsidium corallinum) et celui par coulants (ex. : Carpocauhn Boryanum et Furceltafia fastigiata).
Génération spontanée. Gcneratioœquivoca.
Existet-il une génération spontanée et en trouve- 1- on des exemples avérés parmi les Algues? Question ardue et si controversée que non seulement nous n'avons pas la prétention de la résoudre, mais que nous noua
PHY
PHY
abstiendront même de la traiter dan» un article de Dictionnaire. Nous renverrons les personnesqui seraient désireuses de connaître ce qui a été dit sur ce sujet, soit à la Phycologia generalis, p. 129, soit à l'article cbéàtion du Dictionnaire classique, t. V, p. 40.
consinÊBATions généra les.
S'il y a eu succession dans la formation des espèces du règne végétal, et il n'est guère permis d'en douter en présence des faits, les Algues sont nécessairement les premières plantes qui ont paru a la surface du globe. En effet, d'après les théories les plus modernes de la géogonie, le refroidissement graduel et successif des couches extérieures de la terre ayant eu pour conséquence la production du milieu qui réunit toutes les conditions nécessaires à leur existence, il est évident que ces plantes ont dû précéder toutes les autres, et commencer, pour les végétaux, une série analogue à celle que les animalcules infusoires ont ouverte pour le règne animal. Condition essentielle du développement de tout corps organisé , le mucilage est la matrice où s'engendrent ces deux séries qui, à leur point de départ, sont tellement confluen les, qu'il devient difficile de prononcer si l'être qu'on examine appar tient à l'une ou à l'autre.
Les Algues sont pour ainsi dire la palette où la nature étale les vives et brillantes couleurs dont son pinceau magique compose, en graduant admirablement les nuances, les végétaux qui font une de ses plus belles parures; ou, si l'on préfère cette comparaison, moins poétique peut-être, mais plus vraie, le milieu où elles vivent est l'immense laboratoire dans lequel, essayant ses forces , elle s'élève par gradation à des formations successives de plus en plus compliquées par le mélange varié et modifié à l'infini des éléments les plus simples. L'étude des plantes de cette immense classe nous conduira donc quelque jour à soulever un coin du voile qui recouvre encore les plus importantes questions de la physiologie végétale.
Affinités. Les Algues n'ont d'autre rapport avec les Fonginéesque par leur mode de végétation, qui est le même que celui du Mycélium ; mais elles s'en distinguent sur-lechamp par le milieu où elles naissent, se
développent et surtout fructifient. Les Mycophycees de MM. Agardh et RQtziog pourraient servir de transition entre les deux classes , si ces végétations ambiguës et tout au moins anormales présentaient pour la plupart de véritables fruits. Mais, «n général, on ne saurait guère les considérer autrement que comme des productions fongiques arrêtées dans leur développement en deçà de la fructification. Nous ne connaissons qu'un seul fait avéré de Champignon parcourant toutes les périodes de sa vie au sein de la mer, et c'est le Sphotria Potidonim DR. et Montg. qui nous le fournit. Or, ce Champignon, recueilli par M. Durieu sur des tiges vivantes de celte Caoliniée, appartient à la famille des Hypoxylées, si étroitement liée aux Lichens par les Verrocaires. Et notes bien que , dans la Méditerranée, ce qui rend le phénomène plus surprenant encore, la plante n'est jamais i sec, puisque les oscillations de la marée y sont insensibles.
Des rapports qui unissent entre elles les familles des plantes cellulaires, ceux qu'on observe entre les Lichens et les Algues sont les plus manifestes. Déjà Fries, Eschweiler et pl usieurs autres les avaient signalés. Nous voyons en effet le g. Lichma, si longtemps pris pour une algue , présenter la fronde d'une phjcée et une fructification analogue à celle du Sphœrophoron. La présence des gooidies dans les deux ordres, et de gooidies soumises à la division quaternaire, de gonidies qui ont la faculté de continuer la plante-mère; leur mode de végétation, qui consiste à puiser dans le milieu où ils sont placés la éléments de leur nutrition, tandis que les Fonginées et les Muscinées les empruntent à la terre ou aux matières végétales et animales sur lesquelles elles parcourent toutes le» phases de leur existence souvent éphémère, tout concourt à prouver l'affinité extrêmement prochaine qui les unit, affinité que démontre encore bien plus évidemment la structure presque identique des Nostocs et des Collema. La similitude qui rétulle de cette conformité d'organisation est en effet telle qu'il est impossible de décider à laquelle des deux familles appartient un individu dépourvu de fruit. 11 n'est aucune phjcée qu'on puisse comparer avec une mousse qui serait parvenue au dernier terme de son évolution. Chez quelques mousses, BfâQ-
PHV
moins, les pseudo-cotylédons, d'où s'élèvera la tige, ont une si grande ressemblance avec les Confieras qu'on s'y méprendrait facilement, si l'on n'y apportait pas une grande attention. M. KQUing signale, dans la végétation des radicelles de V Ilydrogastrum argillactum, de nouveaux rapports bien propres à rapprocher les deux familles. Pour terminer, nous citerons le passage des Algues aux Hépatiques par les Ricciées , le Spharocarjms et le Duriœa. Enfin, les phénomènes que nous avons rapportés avec quelque détail aux paragraphes où nous avoos traité des Zoospores et des Antbéridies mettent dans tout leur jour la conformité qui existe entre les Algues les plus inférieures et les animalcules infusoires. C'est là que les deux règnes confluent , et semblent se confondre dans un milieu où ils ont l'un et l'autre pris
Dignité des Algues. Ces considérations nous conduisent à toucher deux mots de la dignité, de l'importance relative des Hydrophytea comparées aux autres plantes cellulaires, avec lesquelles nous venons de signaler leurs affinités. Ces plantes, considérées dans leur série ascendante depuis le Protocoeem jusqu'au Sargastum , forment arec les Champignons envisagés de la même manière, depuis P Ustilago ou le Protomyces jusqu'à VAgarit , deux séries parallèles, dont on se trouve d'autre exemple que dans le règne animal. En effet, ni les Mousses, ni les Lichens n'offrent de représentants d'une aussi grande simplicité, ni d'espèces aussi voisines des hautes plantes par leur port et leur grandeur. 11 est vrai que les Mousses et les Hépatiques offrent les deux sexes et des stomatesou quelque chose d'analogue, et que celles-ci présentent dans leurs élalères un simulacre , un rudiment de vaisseau spiral. Quoi qu'il en soit, les tiges, les feuilles et les réceptacles discrets des Sargasses , d'une part, et, de l'autre, l'immense développement des Macrocystes et du Durvillœa, assurent aux Algues une grande supériorité sur les Champignons, et, si l'on parvient à constater leur sexualité, elles pourront marcher de pair avec les Mousses.
Dimensions. La grandeur des Algues varie depuis 1/300 de millim. (ex. : Protococeus atlanticus) jusqu'à cinq cents mètres (ex. : Macrocystispynfera). Ce Protococcus,
si petit qu'il en faudrait de 40 à 60 mille individus pour couvrir une surface de 1 millimètre carré, est pourtant capable, par l'immensité du nombre, de colorer la mer en rouge de sang dans une étendue qui peut être évaluée à 8 kilomètres carrés. Et, puisque nous avons été amenés à parler ici de ce phénomène, nous ne pouvons passer sous silence celui qu'ont observé sur la mer Rouge M. Ehrenberg d'abord, puis plus tard, mais sur une bien plus grande échelle, M. Evenor Dupont. Nous en avons fait l'objet duo Mémoire que nous avons lu en 1844 devant l'Académie des sciences. Une algue sui generis, nommée Trichodesmium Ehrcnbergii, couvrait en effet la mer à perle de vue dans l'espace de 320 kilomètres sans interruption , en lui donnant une couleur rouge-brique qui variait d'intensité jusqu'au rouge de sang.
Durée. La durée de la vie des Phycées est infiniment variable et différente dans les quatre familles dont la classe se compose. Les Zoospermées , presque toutes vivipares, qu'on nous passe l'expression, ont une existence fort courte. Les Floridées sont en général annuelles ou bisannuelles. La plupart des Pbycoldées sont vivaces.
Couleur. Cbex les Phycées , la couleur est un caractère de la plus grande valeur. A part quelques exceptions, dont aucune loi formulée par l'intelligence humaine n'est exempte, elle est si constante dans les trois tribus qu'elle caractérise, qu'il est presque impossible qu'elle ne soit pas liée à la constitution organique de ces plantes. Aussi les divisions générales fondées sur ce caractère nous semblent elles encore les plus solides. Elle est en général d'un vert gai ou herbacé dans toutes les Zoospermées, et passe au jaune pale ou devient blanchâtre par le séjour hors de l'eau et l'insolation. Les genres Hœmatococcus , Porphyre , Bangia et Spltœroplea, parleur coloration en rouge, offrent des exceptions. Dans la Flore du Péloponèse , Bory dit que le Dasycladus vivant est d'un vert tendre , et que ce n'est que hors de Peau qu'il passe au brun noirâtre. La couleur rose , violette ou pourpre-brun distingue les Floridées, qui sont le plus bel ornement de nos herbiers. C'est surtout l'action de l'air et de la lumière qui avive au plus haut degré les belles nuances que nous
offrent ces plantes ; car, tant qu'elles restent attachées sous l'eau au rocher qui les vit naître, cette couleur si vive, si éclatante après la dessiccation, est alors terne et sans lustre. Longtemps exposées à l'action du soleil , sur le rivage où le flot les rejeta , les Floridées se nuancent de vert et de jaune, ou deviennent même entièrement vertes; en traitant plus haut de la constitution organique élémentaire des Algues , nous avons vu comment cela pouvait s'expliquer. On n'en a pas moins publié comme des espèces distinctes plusieurs Hydrophytcs dans cet état anormal. Mais ce que nous venons de noter comme une altération de la couleur naturelle, comme un commencement de décomposition dans les Floridées, amenées par leur séjour hors de l'eau , est quelquefois la couleur normale de la plante, surtout lorsque celle-ci croit à de petites profondeurs dans la mer. C'est ainsi que l'amiral d'Urville , qui avait recueilli vivant l'flydropuntia , nous rapporta que cette algue offrait alors la couleur de l'émeraude nuancée légèrement de jaune. Chacun sait que le Chondrus crispus et les Laurencies présentent aussi par exception la coloration verte, quand ils croissent près du niveau des hautes eaux. Les g. Iridaa , Champia et Cftrysytnenia sont aussi remarquables par les couleurs de l'Iris ou de la nacre qui distinguent les premiers , et par les reflets dorés qui émanent du dernier, tandis qu'ils sont sous l'eau et à l'état de vie. Il faut encore noter ceci : si l'on plonge dans l'eau douce plusieurs Floridées des genres Delesseria, Callilhamnion , Grifllthsia, etc., elles s'y décomposent assez promptement , et les espèces de Grifllthsia font en outre entendre une sorte de pétillement qui naît de la rupture des endochrômes , et s'accompagne de l'effusion de la matière colorante.
Une remarque que nous avons faite plusieurs fois , c'est que quelques Confervées , par suite de leur parasitisme sur des Floridées , peuvent s'imbiber de la couleur rose propre à ces plantes, et en imposer au point d'être prises pour des Céramiées par des personnes inexpérimentées. C'est à cette circonstance qu'est due sans doute la coloration en rouge de la base du filament du Conferva hospita et de notre Conferva ÏTiouar-
PHY
«if. M. Chauvin a fait la même observation sur d'autres espèces.
Si la couleur verte est propre aux Algues d'eau douce et, en général, aux espèces marines qui vivent près de la surface de l'eau, les PhycoTdées , qui habitent le plus ordinairement à de grandes profondeurs, se distinguent sur-le-champ de toutes les autres Hydropbytes par leur couleur d'un vert olivâtre plus ou moins foncé, devenant noire par l'action de l'air et la dessiccation, dans les Fucées et les Cystosirées, mais conservant immuablement la couleur brune dans quelques espèces de celle tribu et dans toutes les Dictyotées. On trouve aussi dans cette famille certaines espèces qui , vues vivantes et sous l'eau , reflètent les vives et changeantes couleurs de la nacre, mais cbex lesquelles cette propriété disparaît dès qu'on les a retirées de la mer et exposées à l'air libre (ex. : Cystosira ericoidts). Nous ferons enfin remarquer que le Dichloriaviridis, de même que plusieurs Desmareslies, qui, dan* la mer, sont d'un vert olivâtre, deviennent, hors de l'eau, d'une belle couleur de verdet. Elles offrent encore la singulière propriété de hâter la décomposition des autres Algues avec lesquelles on les mêle en les retirant de l'eau.
Lamouroux remarque que, quoique la lumière ne pénètre point au fond des abîme Jfee l'Océan, l'dn trouve cependant i 1,000 pieds de profondeur des Hydrophjtes aussi fortement colorées que sur le rivage , et il en conclut que le fluide lumineux ne leur est pas aussi nécessaire qu'aux plantes qui vivent dans l'air.
Habitat et Station. Toutes les Pbycées i habitent dans les eaux douces ou salées. Nulle ne peut vivre longtemps hors de l'eau. Mais la mer, les lacs et les fleuves ne sont point les seuls lieux qui les recèlent; partout où l'eau et un peu d'bumidilé séjournent, on est certain d'en rencontrer. C'est ainsi que les fontaines, les pavés des cours ou leurs intervalles, la terre humide des Jardins, le bas des murs exposés au nord , le bord des fleuves et des ruisseaux, les gouttières, les prairies marécageuses, en un mot, tous les lieux qui ont été inondés offrent À l'observateur une très grande quantité d'Algues toospermées. Ou nombre immense de Thalassiophytes sont , à la vérité , soumises a
PHY
des alternatives d'émenion et de submersion qui ne leur tout nallement préjudiciable! ; mais toute* lea Algues, même les plus inférieures, ont besoin , pour croître et se multiplier, de la présence de Peau, condition essentielle de leur eiistence. Leur rie en donc en quelque sorte continue, et non absolument alternative, comme celle des Lichens et des Collémacées.
Une chose bien digne d'attention, ce sont les températures extrêmes et opposées dans lesquelles peuvent vivre , croître et se propager certaines Algues. On en trouve effectivement sur les neiges perpétuelles du pôle ou des plus hautes montagnes du globe (ei. Hœmatococcus nivalis) et dans des sources d'eaui thermales dont la température atteint de 40 à 90 degrés centigrades (ex. Anabœna thermalis).
Quant aux stations des Algues , on peut, sans craindre de trop s'avancer, regarder les Zoospermées comme affectionnant plus spécialement les eaux douces. Les Clvées et quelques Confervées sont , il est vrai , en grande partie marines; mais les premières ont des représentants dans les eaux douces, et les secondes y abondent beaucoup plus. Notons bien d'ailleurs que, même quand elles habitent les mers , ou c'est presque à leur surface qu'elles se tiennent , et jamais du moins à de grandes profondeurs, ou bien eneare elles choisissent de préférence, pour y végéter, les lieux où viennent se perdre les fleuves. De là aussi la couleur verte qui leur est propre et forme un de leurs plus constants caractères, couleur évidemment due 1 l'action continue de la lumière, avec laquelle elles sont, pour ainsi dire, plus en contact. Une preuve que les Zoospermées préfèrent les eaux douces, c'est que les espèces en sont plus nombreuses dans la Baltique qui. baigne les côtes de la Suède, que dans la mer Atlantique qui baigne celles de la Norvège, et cela par l'unique raison que la première est moins salée que la seconde. M. J. Agardb, qui a fait celte remarque, s'est appuyé sur ces considérations pour établir deux régions propres à ces plantes: 1° celle des Conferves, comprenant toutes les Algues d'eau douce; 2* celle des tllvacées, dont les Ulves forment les espèces dominantes , mais où se rencontrent aussi des Conferves marines. Quoique les loca-
lités choisies par les Floridées pour leur habitation soient plus restreintes dans leurs limites, il en est pourtant, comme le Plocamium vulgan et le Ciramiwm rubrwn, qu'on rencontre dans les points les plus opposés du globe. Mais, en général, ces plantes se plaisent à des profondeurs plus grandes que celles des Zoospermées qui habitent les mers; elles exigent aussi une température plus douce et s'étendent moins loin vers les pôles. Nous avons vu les Ulvacécs donner la préférence aux eaux dont la salure est moins prononcée; le contraire a lieu pour les Floridées. Leur nombre dépasse de beaucoup celui des Pbvcoldées. La station la plus habituelle de ces Algues a lieu entre 12 et 13 mètres de profondeur, ce qui n'empêche pas qu'on n'en trouve quelques unes au niveau de la surface de la mer et dans les lieux que le reflux laisse à découvert à la marée basse. Les Céramiées sont moins profondément placées que les autres tribus. 11. d'Orbigny père a constaté, par des observations répétées, qu'au-delà de 40 mètres (1), au moins pour nos côtes, la végétation sous -marine cessait entièrement.
Parmi les Floridées , chaque espèce a même une sorte de limite en deçà ou au-delà de laquelle les individus n'atteignent pas leur développement normal. De même que pour les Zoospermées, M. J. Agardb établit deux régions principales pour les Phycées que caractérise la couleur rouge. L'une est celle des Chondriées, de quelques Polysiphonies et des Plocariées ; l'autre comprend les Delessériées, les Rbodyméniées, les Callilhamnions, etc., et a pour limites de 18 à 40 mètres au-dessous du niveau de la mer.
Sous le rapport de leur station , les Phycoldées son 1 i n terméd ia ires en tre les Zoospermées et les Floridées. Comme celles-ci, elles donnent la préférence aux mers dont la salure est la plus prononcée, et, quand elles croissent dans des mers moins saturées de sel, elles se rabougrissent d'une façon remarquable. En général , quoique leurs moyens d'attache soient puissants, elles fuient les lieux exposés a la violence des vagues, et se plaisent davantage dans les creux ou les abris formés par les rochers du rivage.
' (1) Linoaroai froit poatalr Mwnr qu* l'a» • lr«i>* *« HrrirophjU» * lontt* le» profond»»™ o4 It *»■<♦ • p. n«r«.
694 PHY
PHY
Cette régie souffre néanmoins de nombreuses exceptions. M. J. Agardb établit cinq régions pour les Algues olivacées: 1* celle do Lichtna , qui n'est point une algue, comme nous l'avons démontré; 2* celle des Sphacélariées ; 3° celle des Fucus , dont la localité de prédilection parait être, dans le Nord, le niveau de la mer, puisque les mêmes espèces , qni croissent, sous la même latitude , à une plus grande profondeur, et que la mer rejette à la cote, soot changées an point d'être méconnaissables; -4* celle des Dictyotées, qui, virant à la profondeur de 10 à 12 mètres, sont agitées par des courants continuels probablement favorables à leor mode de végétation ; 5° euû» celle des Chordariées, qui paraissent se plaire plus que les autres Algues sur les rochers les pins exposés au courroux des flou. Nous terminerons ce paragraphe en indiquant, d'après Lamouroux , les stations diverses que peur en t occuper les Tbalassiophytcs.
1" Hydrophiles que la marée couvre et découvre chaque jour.
3* Celles que la marée ne découvre qu'aux syzygies.
3* Celles que U marée ne découvre qu'aux équinoxes.
4' Celles que la mer ne découvre jamais.
5* Celles qui appartiennent à plusieurs des classes précédentes.
6* Celles qui ne croissent qu'à une profondeur de 5 brasses au moins.
7* De 10 brasses ou 50 pieds.
8* De 20 brasses.
0* Celles qui ne s'attachent que sur les terrains sablonneux.
10° Celles qui croissent dans la vase ou sur l'argile.
11* Celles qni ne viennent que sur les terrains calcaires.
12n Celles qu'on ne rencontre que sur les roches vilriflables ou qui font feu avec le briquet.
Recherche et préparation. Nous avons dit dans quels lieux l'on pouvait s'attendre à trouver des Hydrophytes. Il faut que nous Indiquions maintenant le temps le plus propice à leur récolte , et les soins que réclament leur préparation et leur conservation. Par l'élégance de leurs formes si variées , autant que par la vivacité et l'éclat de leurs couleurs, les Algues forment, sans contre-
dit, le plus bel ornement de nos collections. Elles méritent donc bien que l'on consacre quelques soins à celte préparation. Noos dirons plus : il y faut même mettre on peu de coquetterie.
Dans toutes les saisons et à toutes les époques de l'année, on peut espérer de rencontrer des Phycées. Mais, pour les espèces marines, il est un temps plus favorable à la récolte de celles qui sont rares, c'est la journée qui suit la nouvelle et la pleine lune. A cette époque , les marées sont les plus fortes et laissent au reflux une plus grande partie de la plage à découvert. L'expérience a appris à connaître quels sont les rivages les plus fertiles en belles Hydrophytes. Défiex-voos, dit Bonnemaison , des rives plates sablonneuses ou vaseuses , vous n'y rencontrera presque rien ; c'est à l'embouchure des fleuves et des rivières, ou dans les lieux rocailleux, rupestres, dans les flaques, dans les remous de courants , que l'on peut compter sur de bonnes moissons d'espèces rares venant du large. Des que le reflux sera parvenu a peu près a la moitié, le phycologiste s'avancera sur la plage en suivant le retrait de l'eau, portera ses investigations dans les flaques , les crevasses des rochers , snr le stipe des grandes Laminaires ou sur les frondes des Fucées, qui supportent un grand nombre d'espèces parasites, et ne s'arrêtera qu'aux approches du flux. Qu'il ne eraigne pas surtout d'entrer dans l'eau au moins jusqu'aux genoux , car c'est pour lui l'unique moyen de mettre la main sur des espèces ordinairement submergées, et que, sans cela, il ne rencontrera qu'en mauvais état et fort rarement , parmi les Hydrophytes rejetées par 1« flot- 11 ne faat pourtant pas non plus négliger de scruter avec soin ces amas d'Algues roulées qui forment comme une ceinture sur les plig« basses. Dans les mers méJiterranées, où le flux et le reflux sont insensibles, on sera forcé de se mettre a l'eau, de plonger même, pour se procurer de bonnes Algues; ou bien il sera nécessaire d'avoir recours aux pêcheurs , qui en ramènent souvent de fort belles avec leurs filets ou leurs dragues. Tous ces objets seront réunis dans des mouchoirs, dans des flacons pour les Corallines, les petites espèces articulées et délicates dans de petits baquets ou des vases de ferblanc.
PilY
PHY 695
ustensiles dont on aura eu le soin de se munir avant de se mettre à leur recherche. Leur prompte altération , pour ces derniers surtout , ne permet pas de les transporter au loin sans préjudice. On peut se dispenser de préparer sur-le-champ les Sargasses , les Cystosires et les Fucées. Il suffira de les laver dans de Peau douce» de les faire sécher à l'ombre et de les préserver ensuite de l'humidité, jusqu'à ce qu'on ait le loisir de les apprêter de nouveau pour l'herbier. En les remettant dans l'eau, elles reprendront leur souplesse, et il deviendra facile de les plier sans rupture et de leur donner la forme qu'elles doivent conserver daus la collection. Quant aux Céramiées , aux Co~ rallines, aux Confervées et à la plupart des Floridées, comme elles s'altèrent promptement au contact de l'air, que leur couleur cbaoge, que leurs endocbrome* se contractent, se déforment et crèvent même, et que les Algues encroûtées de calcaire se brisent, il sera bon de les préparer sur-le-champ. On a conseillé différentes manières d'opérer; voici celle que nous avons souvent employée avec succès , et qui nous • paru la meilleure, par cela même qu'elle est la plus simple. Après avoir lavé à plusieurs reprises dans l'eau douce (1) les échantillons choisis, on les plonge dans une cuvette ou un baquet rempli d'eau, sur une feuille du plus beau et du plus fort papier que l'on puisse »e procurer; puis, avec un stylet mousse, afin de ne pas percer le papier, on éparpille et l'on sépare les ramules les uns des autres , et l'on cherche à donner à la plante le port qu'elle a naturellement dans la mer. ies plus grandes précautions doivent être apportées pendant qu'où relire le papier de l'eau, afin que ce port ne soit pas dérangé. Bory conseille l'emploi d'une seringue pour pomper le liquide du vase, au fond duquel ea aura préalablement déposé la plante sur le papWt. Ce moyen peut être bon pour quelques espèces; mais nous ne l'avons jamais mis en usage, par la raison qu'il nous semble devoir entraîner une grande perte de temps, et cela sans compensation. Ce n'est certes pas en l'employant que nous «irions pu , comme cela nous est arrivé à Belle-Ile-en-Mer, recueillir et préparer dam
<i> ttapU pevrln cqwrr* <fu l'iu donc* •U*r*,«ûn>ait
la même Journée plus de mille échantillons d'Hydrophytes. Retirée de l'eau, comme nous venons de le dire , la plante étalée est placée entre des feuilles de papier non collé, puis soumise à une pression légère, qu'on augmente vers la fin de la dessiccation. II est à peine besoin d'ajouter que le papier devra être souvent changé pour s'imbiber de toute l'humidité de la plante, et que la préparation sera d'autant plus parfaite que son renouvellement aura été plus fréquent. Quand on a affaire i des algues gélatineuses, telles que des Batracbospermes, des Nemalion, Mesoglcea, etc., il est d'autres précautions à prendre. Une fois étalées et sorties de l'eau, on les laissera sécher à moitié à l'air libre, puis , avant de les soumettre à une compression légère, on aura soin, en les mettant entre des reuilles de papier sans colle, de les recouvrir d'une feuille de papier suifé ou huilé, afin qu'elles n'adhèrent qu'à celui sur lequel elles ont été étendues pour la conservation. Pour éviter de maculer le papier blanc sur lequel la plante a été fixée , on mettra le papier suifé ou huilé entre des feuilles de papier gris, on passera dessus à plusieurs reprises un fer bien chaud , et on renouvellera l'opération Jusqu'à ce que tout le corps gras superflu soit absorbé. On aura soin de réserver, pour l'élude, quelques échantillons préparés sur du talc ou sur de petites lames de verre. Avons-nous besoin d'ajouter que ce sont autant que possible les individus fructifies qu'il faut conserver et préparer, et qu'on ne devra pas négliger d'accompagner les échantillons d'une note qui indiquera leur localité précise , et les circonstances dans lesquelles ils ont été cueillis? Si l'on suit exactement les préceptes que nous venons de donner, l'on se fera une collection de Thalassiophytes capable d'exciter l'admiration des personnes les plus indifférentes aux beautés du règne végétal.
Étude anatomique. Rentré chex soi, si on n'a pu les étudier sur les lieux mêmes , on soumettra sa récolte à l'étude, en commençant par les espèces les plus promptemenl altérables. Il est évident que celte étude, faite sur la plante encore vivante, doit offrir des résultats plus satisfaisants que celle qu'on tente après avoir humecté celle-ci de nouveau. Beaucoup de phénomènes cessent
PHY
PHY
d'être observables dans ce dernier cai, parmi lesquels nous citerons en première ligne le mouvement des globules animés des anthéridies, mouvement que détruit à l'instant le contact de l'eau douce. On peut étudier anatomiquement les tissus en pratiquant sur les frondes , sur le stipe des Laminaires, sur les feuilles , la tige et les réceptacles des Sargasses, des tranches excessivement minces, soit dans le sens transversal, soit dans le sens longitudinal. On obtient les tranches les plus minces possibles en opérant au moyen d'un rasoir bien affilé sur des individus secs , car , dans leur état de vie , la plus légère pression de l'instrument les écrase souvent, et on ne voit rien de net ni de bien distinct. Au reste , cela dépend un peu de l'organe ou du tissu qu'on désire observer, qu'on se propose d'explorer. Nous nous sommes souvent bien trouvé, après avoir soumis ces tranches minces humectées sous le microscope, afin de voir la forme et les rapports naturels et normaux des parties , de les placer ensuite entre les deux lames du compresseur de Scbieck, afin de pénétrer par une compression graduelle Je plus profondément possible dans les secrets de la structure. Nous nous sommes jusqu'à présent servi exclusivement pour ces observations du microscope achromatique horizontal de M. Charles Chevalier, comme plus propre que le microscope vertical de plusieurs autres bons opticiens de France et d'Allemagne à prévenir le danger des congestions cérébrales auxquelles doit inévitablement ei poser la position longtemps inclinée de la té te. Nous avons pu observer et dessiner i la chambre claire pendant cinq ou six heures chaque jour, et répéter ces exercices plusieurs mois de suite , ce que nous n'eussions probablement pas pu faire sans de graves inconvénients avec un autre instrument.
On sent que , dans un ouvrage de la nature de celui-ci, il nous est impossible d'entrer dans tous les détails que nécessite le su- Jet, et que nous avons dû nous borner i noter les choses les plus essentielles. Pour ces détails, nous renverrons encore au grand ouuoge de M. KQtzing. Nous ne pouvons pou riant pas passer sous sjlence le moyen inventé ou plutôt perfectionné par M. Th» ailes pour conserver indéfiniment les prépa-
rations anaiomiques les pins délicates , soit des animaux, soit des végétaux. Nous avons vu des Algues inférieures, des fructifications de Floridées, et des tranches de Tobéracées si admirablement conservées, qu'il était possible de les étudier sous le microscope aussi bien que pendant la vie. Les rapports des parties n'avaient subi aucune altération. Les Zygnema, par exemple, préparés de celte façon , peuvent se conserver inaltérables , et montrer longtemps après la mort cette disposition si remarquable de leurs gonidies à laquelle il est facile de les distinguer spécifiquement avant l'époque de la fructification. Le liquide préservateur se compose : 1° d'atcool, 1 partie; 2» eau distillée, 14 parties , que l'on sature avec de la créosote. On filtre cette solution au travers de la craie préparée ; on la laisse déposer pendant un mois ; on la décante ensuite, et on la conserve dans un flacon pour l'usage. Pour toutes autres manipulations, nous ne pouvons que renvoyer à la Revue botanique de M. Duchartre pour l'année 1845, p. 43 et 285.
Distribution géographique. Envisagée sous un point de vue très général, la géographie pbycologique nous montre les Zoosperroées occupant la xone polaire, les Floridées la tone tempérée, et les Pbycoldées la zone tropicale ; mais, en considérant de plus près les plantes de cette immense classe, nous remarquons que plus elles sont simples , plus aussi elles sont uniformément répandues à la surrace du globe. Les Protococcoldées, les Noslochinées, les Conrervées, quelques Dires sont presque spécifiquement les mêmes par toute la terre. Ainsi VUlva Lactuca des mers de Norwége ne diffère pas de VU. Lactuca qui croit dans la Méditerranée , à Vao-Diémen ou sur les cotes du Brésil et du Pérou. Le Codium tomentosum, qui végète daos toutes les mers, est identiquement le même partout. A peu près uniformément répandues , les Zoosperroées sont d'ailleurs communes aux eaux douces et salées. En outre, les Algues vivent en société, ou éparsessur de grands espaces. En général, les Hydropbytes étant soumises à l'influence de la couche d'eau qui les couvre , n'observent point dans leur dissémination la loi qui régit les plantes terrestres. Au lieu d'irradier, en effet, dans tous les sens en partant d'un centre commun , elles semblent suivre, «■
PHY
PHY 697
contraire, les courbures des cotes, sans rayonner Jamais. Ainsi, ce n'est pas, quant au nombre, une diminution rayonnante que celle qui a lieu pour certains genres et certaines espèces d'une mer profonde vers la côte , ou réciproquement de celle-ci vers la large.
« Pour les Hydrophyles de même que
» il I a dei localités centrales où des formes » particulières semblent dominer. Soit dans » des groupes de plusieurs genres, soitdaus » des groupes de plusieurs espèces. A mesure » qu'an s'éloigne du point où elles se mon- » iront dans toute leur beauté et dans toute » leur profusion , ces formes perdent qucls ques uns de leurs caractères ; elles se ié- » grattent, sa confondent avec d'autres , et
> unissent par disparaîtra pour faire place à » da nouveaux caractères , à de nouvelles m formes entièrement différentes des pre- » m tères. L'on peut assurer que les plantes >• marines de l'Amérique méridionale ne » sont pas les mArnes que celles de l'Afrique
> et de l'Europe, et que les exceptions, s'il » en exista , sont infiniment rares. Nous » avons cru observer que le bassin atlauti- * que, du pôle au 40* degré de latitude » nord, offrait une végétation particulière;
■ qu'il an était de même de la mer des An- » tilles , j compris le golfe du Mes i que , de » la cote orientale de l'Amérique du Sud , » de l'océan Indien et da ses golfes, et des » mers de la Nouvelle - Hollande. U Médi-
■ terranée a uo système de végétation par- » ticuliet qui sa prolonge jusqu'au fond de
> la mer Neire , et cependant les plantes » marines du. port d'Alexandrie ou des cotes » da Syrie différent presque entièrement de » celle de Suez «tdu fond da la mer Rouge, » malgré la voisinage. »
Si da ces généralités élevées nous descendons aux cas particuliers, nous trouvons que les Zoospermécs , quoique plus uni for même ut distribuées sur un plus large espace et dans dei régions bien diverses, ont pourtant leur centre géographique prédominant dons les mers polaires. Les Caulerpes, les Halimèdes, les genres Aficrodictyon , Chainœdoris, Panicilliu et plusieurs autres, font exception. Les trois premiers genres sont renfermés entre les tropiques, et ne s'en écartent guère que pour faire une pointe jusque dans t. x.
1a Méditerranée. Les Pbycoldées, dont le nombre des genres était resté stationnaire dans la zone polaire , acquièrent de la prépondérance à mesure qu'elles se rapprochent des régions tempérées ou chaudes. Mais, dans cette supputation , il faut bien distinguer cotre le nombre des individus de chaque espèce et celui des espèces elles-mêmes. M. Hervé} a donc eu raison de faire remarquer que les Fucées et les Laminaires de la Grande- Bretagne, qui ne sont représentées que par une quinzaine d'espèces, offrent dans la sociabilité et le nombre immense des individus une prédominance marquée sur d'autre* tribus, et que, pourtant, le nombre de ces espèces n'est à celui des espèces connues que dans la proportion de 1 à 27. Les Sargasses sout, en général, des Algues tropicales, sous-tropicales, ou au moins des zones chaudes et tempérées. On en trouve trois ou quatre dans la Méditerranée , un beaucoup plus grand nombre dans la mer Rouge ; le reste ne dépasse pas le 42* degré N. ou S. Tous les pbycologistes ont parlé de la mer de Sargasse, qui s'étend en longueur du 32* nu 16' degré de latitude , et en largeur du 38' au 44e degré de longitude a l'ouest du méridien de Paris. Le Sargassum bacciferum , auquel le nom de notons qu'il avait reçu de Linné conviendrait bien mieux, forme ces immenses prairies flottantes dont la masse, souvent compacte, gène considérablement la marche des vaisseaux qui les traversent. Les Cystosirées sont plus uniformément répandues dans les zones tempérées ; toutefois , le genre Blossevillea est limité jusqu'ici aux mers australes. On ne trouve pas d'espèces du genre Fucus sous les tropiques , ou bien , comme notre F. liuiUohcus nous en offre un exemple , elles y sont rabougries et méconnaissables. Dans l'Australie et à la Nouvelle-Zélande , le Xiphophora remplace VHimanlhalia de nos côtes océaniques. Le Durvilteo ufifir, cette Fucée laminariolde , dont les lanières prennent avec l'Age de si énormes dimensions , descend les côtes de l'océan Pacifique depuis , Callao jusqu'au cap Horn , et vient encore, entraîné par des courants , se montrer près des Malouines où il s'arrête. Les genres Splnchmdium, Hormosira se trouvent au Cap et dans les mers du Japon , et le Castraltia est propre à la Nouvelle-Hollande. Les La-
693 PHY mioariées.ces géants des Thalassiopbyles acquièrent bien sur no» côtes d'assex grande* proportion»; mais leur longueur n'y «aurait être comparée à celle que noua avons déjà aignalée plus baut pour le Macrocyttis pyrifera, qui remonte jusque sur les côtes du Chili. VEchlonia luccinalis est propre au Cap. Le genre Capta a des représentants aux Canaries, au cap Vert, à la Nouvelle-Hollande et dans l'océan Pacifique. Les Sporocbnoldées ont leur centre dans le nord de l'Atlantique : il faut toutefois en excepter le Desmarestia herbacea, qui a été cueilli dans le détroit de Magellan , au Chili et au cap de Bonne-Espérance, et lesD. pinnalinervia et Dresnayi, qui se retrouvent sur nos côtes de Bretagne. Les Diclyolées sont rares au nord du 52' degré de latitude ; tandis qu'en •'avançant vers le sud , leur nombre s'accroît en même temps qu'elles prennent des dimensions plus grandes.
Les Floridées ont leur centre géographique vers le 40* degré dans chaque hémisphère , avec cette différence néanmoins que le méridional est plus riche en espèces que le septentrional. Le nombre de ces plantes va en décroissant du 35* degré vers l'équaleur. Parmi les Rhodomélées et les Anomalopbyllées,les genres Claudea, Amansia tlHelerocladia sont particuliers à la Nouvelle- Hollande. On trouve des Polysiphonies dans toutes les mers, mais les régions chaudes et tempérées sont fréquentées parle plus grand nombre. Les genres TAamnophora , Botryocarpa et Champia habitent exclusivement l'hémisphère sud. L'J/o/opleoma ( Modoplexia, Harv.) se rencontre 1 la fois sur les côtes de la Tasmanie et sur celles de la Martinique , où il vit parasite sur V Amansia muMifida. Les Odonihalies sont des Floridées septentrionales. Le genre Piilota , qui , lui aussi, est une plante des mers du nord , a des représentants au Cap et aux lies Auckland. Les genres lîypnea et Acanlhophora ne dépassent pas le 40* degré de latitude. VAsparagopsis est une Algue de la Méditerranée, des Canaries et des Iles Philippines. Les genres Rhodomcla, Ryliphlœa , Laurencia et Chondrus habitent les xones tempérées. Le Dclesseria acquiert de plus grandes proportions vers le 53' degré nord; il a été aussi recueilli aux Iles Auckland, et sous en avons une espèce propre au Chili.
PHY
Enfin le genre Aglaophyllum a peut-être de plus nombreuses espèces dans les parties septentrionales de la mer Atlantique que dans les méridionales où l'on n'en compte qu'un petit nombre, comme, par exemple, une espèce au Cap, une autre à la Nouvelle- Hollande et trois ou quatre au Pérou et au Chili. Les Céramiées n'affectionnent presque aucun climat en particulier ; on en rencontre partout , et le Ceramwm ruomro peut passer pour une espèce cosmopolite. Nous avons dû nous borner à ce peu de mots sur un sujet si vaste et si important. Ceux qui désireront acquérir des notions plus étendues sur cette matière devront consulter l'article Géographie botanique de Lamouroux dans le Dictionnaire classique d'hisloire naturelle , VHydrophytologie de la Coquille par Bory, et les deux introductions de MM. Greville et Harvey aux ouvrages sur les Algues britanniques publiés par ces deux savants.
Algues fossiles. Les végétaux dont nous traitons ici ayant dû précéder tous les autres, soit a cause du milieu où ils virent, soit en raison de la plus grande simplicité de leur organisation , on ne doit pas être étonné qu'il «'en retrouve des vestiges dans la croûte du globe. Que si les empreintes qu'ils ont laissées ne sont pas aussi nombreuses qu'on pourrait s'y attendre, c'est sans nul doute à leur exiguïté ou à leur prompte et facile décomposition qu'il en faut reporter la cause. Nous voyons, en effet, dans le Synopsis Plant, fossil. qoe vient de publier M. Unger, que le nombre des Algues est à la totalité des autres végétaux fossiles comme 1 est à 13 ~, et au nombre des Fougères comme i est à 3 Parmi les savants , qui nous ont fait connaître les débris des végétaux marins conservés dans les entrailles de la terre, nous citerons en première ligne M. Adolphe Brongniart, dontles savants travaux ont fait faire tant de progrès i la paléontologie végétale; Sternberg, MM. Gœpperl, Uoger et Munster ont aussi, le premier surtout, puissamment contribué à amener celte science au point où elle est arrivée de nos jours.
Statistique. Peut-être se rappellera-t on qu'en 1840 nous n'avions mentionné (I) que onxe cents espèces d'Algues connues à
(0 V. Bia p*r' . 9 •'<« " »«' ** G"** ' *
p >oJ.
PHY
PHY 699
celle époque. Si nous consul ton» aujourd'hui le troisième supplément au Gênera Plantarum de M. Eodlicher , et la Phycologie générale de M. KQtzing, les deux recensements les plus complets de ces familles qui aient élé publiés Jusqu'en 1843, nous voyons que le nombre total de ces végétaux e'élève dans le premier de ces ouvrages à 208 genres, renfermant 1518 espèces, et dans le second à 1421 espèces réparties dans 322 genres. Des 1518 algues de M. Enficher, 388 appartiennent aui Zoospermées, €74 aux Floridées et 456 aux Pbycoïdées. En ; ajoutant les 111 espèces fossiles appartenant a 17 genres , on a un total de 225 genres et de 1629 espèces. Les Algues de M. Kuizing sont réparties ainsi qu'il suit : 105 genres et 648 espèces pour les Zoospermées, 107 genres et 475 espèces pour les Floridées, et enfin 110 genres pour les Pbycoldées et 298 espèces. Voulons-nous connaître maintenant quelle est la proportion des espèces comparées aux genres dans chacune de ces énuméraiions? Nous trouvons dans l'ouvrage du célèbre professeur de Vienne que celle proportion est de 1 a 6 2/3, ce qui montre en même temps que le morcellement des genres a élé poussé loin dans l'ordre des élres naturels qui nous occupent, surtout si l'on compare le rapport que nous venons de voir avec ce que nous avaient offert précédemment les Lichens, Jes Hépatiques et les Mousses (voy. ces mots). Mais ce rapport est encore bien plus faible dans M. KQUing, puisque nous ne le trouvons plus que comme 1 est à 4 2/5, et même si nous ne voulons considérer que les Pbycoïdées en particulier , que comme 1 est à 2 f| ou à peu près. D'où l'on peut inférer que dans celte dernière famille il n'y a pas, terme moyen, trois espèces pour chaque genre ; mais les deux publications en question ne contiennent pas les Algues enregistrées dans la science depuis 1843. Comme nous avons, daos nos noies Journalières, tenu un compte assez fidèle de tout ce qui s'est publié jusqu'à ce jour, nous sommes en mesure de donner le chiffre exact des espèces et des genres qui composent en ce moment les trois grandes divisions de l'ordre des Phycées. Nous laissons toujours de coté les Diatomacées et les Desmidiées, qui n'entrent pas dans nos calculs. Le nombre total des
Algues se monte donc aujourd'hui (mars 1847) à 2226 espèces , réparties dans 324 genres , ce qui donne près de 7 espèces par genre. Celte proportion est , comme on le voit, beaucoup plus rapprochée que les précédentes de celles qu'offrent les autres familles de la Cryptogamie ; mais pour obtenir un tel résultat, nous ne pouvons taire qu'il nous a fallu reléguer parmi les Gênera inquirenda beaucoup de genres ou mal limités, ou mal définis , ou fondés sur des caractères d'une valeur fort contestable. Dans noire recensement, les Zoospermées revendiquent pour elles 96 genres et 607 espèces, les Floridées 122 genres et 1110 espèces et les Pbycoldées 106 genres et 519 espèces.
Usages. Envisageons an peu maintenant les Phycées sous le rapport de leur utilité, et nous verrons d'abord, en nous plaçant a un point de vue très élevé, que ces végétaux n'ont pas élé uniquement créés pour les besoins de l'homme et qu'ils jouent un rôle important dans l'économie de la nature. De même que les plantes terrestres servent é l'alimentation d'un nombre immense de mammifères, d'oiseaux, d'insectes et de l'homme lui -même , de même aussi les plantes marines fournissent une nourriture abondante à des myriades de poissons, de mollusques , etc., destinés, comme les herbivores terrestres , à devenir la proie d'espèces plus voraces et à mettre ainsi de plus en plus en évidence celte loi de la métempsychose indéfinie de la matière que Hippocraie formulait en disant , au début de son traité mpt *po<tni, rienne meurt, tout change et se transforme. Quand on songea l'immense quantité de petits mollusques qu'engloutit une baleine pour sa nourriture, et qu'on reporte son esprit sur la corrélation que ces phénomènes ont entre eux , on reste émerveillé et l'on arrive à comprendre comment les plantes qui nous occupent peuvent avoir pour nous une importance tout â-faii ignorée des anciens , et que beaucoup de personnes parmi nous ne soupçonnent en aucune manière. Mais les Algues n'alimentent pas seulement ces nombreuses associations d'animaux marins, elles fournissent encore i plusieurs un abri et souvent un refuge.
Les sciences et l'industrie ont fait tant de progrès dans les sociétés modernes, l'homme
PHY
• tu si bien Taire servir à ses besoins la plupart des productions naturelles , à quelque règne qu'elles appartinssent , que nous ne saurions répéter aujourd'hui avec le poêle romain le fameux : projectd vilioralgû. L'utilité directe que nous retirons de ces végétaux est effectivement digne de fixer un moment notre attention. Cette utilité peut être considérée dans ses rapports avec l'économie agricole et domestique, avec l'industrie et la médecine.
Le premier et le principal usage des Futées et des Laminaires est celui qu'on en fait pour fertiliser le sol. A certaines époques on les met en coupe réglée sut nos côtes occidentales, et l'on s'en sert comme engrais. La Laminaire bulbeuse, dit Lapylaie, en fournit d'excellent, et les cultivateurs des environs de Brest la récoltent avec soin. Ces plantes se reproduisent heureusement avec uue grande rapidité. Greville nous apprend que six mois avaient suffi pour quelMtaria esculentaeût atteint, depuis la dernière récolle, une longueur de plus de six pieds anglais.
Lapylaie rapporte encore que les stipes des Laminaires sont recherches sur toute la cote de Bretagne, et qu'ils y sont estimés comme un excellent combustible. C'est, ditil, le gros bois des pauvres; ils l'emploient pour faire la soupe et chauffer le four, parce qu'il dégage une chaleur très vive sans produire beaucoup de famée. A l'Ile de Sein, où on les appelle Calcougnes, on les vend 12 fr. la charretée. Mais pour être utilisées comme chauffage, ils ont besoin de séjourner quatre mois sur les roches et le rivage aûn de se dessécher complètement.
Dans les contrées pauvres, une foule d'Algues sont usitées comme nEimeut et même comme fourrage. C'est ainsi qu'en Irlande et en Écosse on emploie, dans les cas de disette, VAlaria esculenla, VIridtta edulis, YVlva îatisshna, la Porphyra vulgaris , les Ckondms crispus, mamillosus, etc. C'est surtout le Rhodymenia patmata qu'on fait servir à cet usage. Le Durvillœa utilis se vend aussi sur le marché, à Valparaiso, et fournit un aliment agréable. Bory dit qu'ayant fait apprêter dans du bouillon gras quelques tranches d'un des échantillons de cette plante, il les trouva un peu mucilagineux et sucrés, mais d'un excellent goût. Le Ploearia
PHY
noides mérite peut-être le p ramier t» ne le rapport culinaire. Selon M. Harvey, on l'emploie sous le nom de Mousse du Ceylan. L'ébullrtion le réduisant en gelée, rl devient sous cette forme un aliment fort nourrissant, ou bien H sert à donner de la consistance à d'antres mets. C'est une erreur de croire que tes fameut nids de Salanganes dos* les Chinois sont si friande qu'ils les paient au poids de l'or, sont formés des débris de la fronde d'une Ftoridée voisine de l'espèce précédente; nous avons été mis à mente lie constater sur un de ces nids qui nous a été remis par M. le docteur Ivan, que les apparences avaient trompé presque tout le monde, et que Vfrey s'était seul rapproché de la vérité, en comparant i de VicIdhyocoUe la bas* gélatineuse dont ils sont formés. Les plus forts grossissements du microscope, en effet, n'ont pu nous y Taire découvrir une organisation celluleusc quelconque. On manse encore, en Chine, une espèce de Afosfoc, voisine du N. eeeruinm, notre N. edute Berk. et Montg. ; on en fait des potages nourrissants qui n'ont rien de desa créa nie au goût.
En médecine, on se servit d'abord en substance du Fucus vesicnlosu* contre le goitre et en général pour résoudre (eus les engorgements des glandes, jusqu'à ce que le principe actif de ces végétaux, l'iode, en eût été «trait et employé eux mêmes usages. Cest encore un fait curieux , cosmne le remarque Greville, que, dons les parties de l'Amérique méridionale «A règne le gottre, les stipes d'une Laminaire se vendent pour remédier à cette affection. Les malheureux qui en sont atteints s'en délivrent souvent en méchant, comme du tabac, des tranches de ces stipes qu'As nomment Polo ooto. Le Ploearia hcimmlhocorton n'est plus guère employé aujourd'hui comme vermifuge; en tout cas, il est i
avec d'antres Bordées et Corallines.
LesPhycées fournissent enfin à Vit dans le Glœopclt* tmax, espèce des mers de la Chine» une matière gwtineuse dont les Chinois font un fréquent usaee en guise de colle et de vernis. Cette pbyeocolle, qui est devenue l'objet d'un grand commerce, offre beaucoup de ténacité, une fois qu'elle est refroidie, et elle a de plus la propriété très précieuse, dans certains cas, de se ra-
PHY
PHÏ
mollir de nouveau quand on l'expose à la chaleur. Les Chinois en font encore des lanternes et det carreaux de vitre. Mais un des plus grands avantages industriels que l'homme puisse retirer des ilydropbftes ; consiste dans l'extraction de la Soude. Sous ce rapport , l'utilité des Algues ne le cède en rien à beaucoup d'autres végétaux plus élevés dans la série. Les espèces les plus es- \ timées, pour cette exploitation, sont les Fut eus vcsiculosus, nodosns et serratus, VHi- ' manthaUa Lorca, la Lammaria digitata, '■ VBaligenia bulbosa et le Ckorda Filum. Depuis un siècle, les manufactures de Soude se sout multipliées tant en France qu'en Angleterre. U en existe de nombreuses en Irlande et aux Hébrides ; en France, nous en possédons tout à la fois dans la Méditerranée et sur nos cotes de l'Océan. Ce n'est pas le lieu d'entrer dans les détails relatifs à l'extraction de ce produit, ni au commerce important dont il est l'objet chez nous; nous renverrons pour cela aux articles de chimie de-ce Dictionnaire, où ils ne peuvent manquer d'être traités par des hommes plus versés que nous dans ces matières.
Mous ne pouvons terminer ce paragraphe sans parler du fait observé par II. Unger, d'une algue , VAchlya proliféra, dont le parasitisme sur les Poissons, comme celui du Botrytis Dassiana sur les Vers à soie, finit par entraîner leur mort.
Bibliographie. Les livres que Ton a écrits Sur les Algues forment une immense bibliothèque dont nous n'entreprendrons pas non plus de donner un catalogue même abrégé. La langueur de cet article nous oblige à renvoyer le lecteur à celui qu'a placé M. EndJicber en lète de son troisième supplément. Noos avons d ailleurs déjà fait connaître les plus importants de ces ouvrages, en esquissant l'histoire de la Phycologie. Nous nous bornerons donc à indiquer les collections d'Algues desséchées que l'on peut mettre à prurit pour apprendre à distinguer et à déterminer sûrement les espèces de nos cotes.
Collections desséchées. Ebrbart, Planlœ cryplogamicce exsiccatœ , Hanovre, 1785-1793. Dec. I-XXXIU.—Mougeot etNesiler.Stirpes cryptogame Vogeso- Rhénanes, etc. Bruyères, 1810 1813. Fascic. I-XII, in-4 (cent échantillons dans chacun). — Jurgens, Algaaquaticœ quas in Uttore maris, etc. Jever, 1816-
1822. Dec. I-XI, in-fV— Chauvin, Algues delà Normandie, Caen, 1826-1831, Fascic.
I-V1I, in-f». — Desmazières, Cryptogames du nord de la France, Lille, première édition, 1826-1847, Fascic. I-XXXI (se continue); 2« édition, 1886 1847, in-4», Fascic. I-XXll
suante espèces. — Kûtxing ,Algarum aqum dulcis Germanicarum Décades, Halle, 1833- 1837, in-8°. Dec. I-XVI.— Areschoug, Aigm Scandinaves, Gottbnrg, 1840-1841, in-f», Fascic. I-lll (quatre-vingt-quatre espèces). — Wyatt (Mary), Algœ Danmonieuses, quatre volumes contenant deux cent trente-quatre espèces de Thalassiopbytes très bien préparées et revues par Mistress Griffjihs. — Le Lièvre de la MarUnière et Proubet, Bydrophyles du Morbihan , Vannes, 1841, in-4*. Cent espèces en quatre fascicules.
Classification. On s'est fort évertué, et plusieurs tentatives ont été faites dans ces
naturel , c'est-à-dire d'après la plus grande somme de leurs affinités, les végétaux dont il a été question dans cet article. Il y a certainement de fort bonnes choses dans toutes, et leurs auteurs, quoique partantd'un point de vue différent, ont contribué aux progrès que le temps a amenés dans cette partie de la science des Algues. Toutefois le moment ne nous semble pas encore venu où il soit possible d'arranger ces plantes d'après une méthode qui ne laisse rien à désirer. C'est ce qui nous a engagé à suivre ici la classification qu'ont admise MM. Greville, I.
Agardh, Endlicher et Haoey, ce dernier en changeant seulement -les noms des familles. Mais, bien que nous ne les adoptions pas, nous pensons que notre qualité d'i rien nous oblige à faire connaître les cîpales divisions des méthodes dont nous venons de parler.
Dans la division des Algoec de M. C.
Agardh (1824), en Ie hyalines , 2° vertes, 3" purpurines, et 4* olivacées , on reconnaît déjà celle qui nous servira de guide tout-à-
et des genres ; car il est évident que le premier ordre se compose, soit des Diatomacées, qui forment une famille à part, soit des Leptomitées , que leur origine fort ambiguë pourrait faire exclure des Algues. M. Greville, dans son Synopsis Algarutn (l 830),
PHY
PHY
n'a admisque les Thalassiophy tes continues; il n'y a pas établi de grandes coupes, mais il a réparti en 14 ordres les 89 genres qu'il a faits ou conservés. Dans sa Flora Scanka, Fries divise les Phycées en trois familles : l9 Fucacdes, 2° Ulvacées, et 3* Diatomacées. Les Fucacées forment 6 tribus : 1* Laminariées, 2» Fucées, 3' Furcellariées, 4* Chordariées , 5° Céramiées , et 6" Myrionémées. Les Ulvacées en forment 6 autres, qu'il nomme : 1° Dlvées , 2° Vauchériées, 3* Undinées, 4*Batracbospcrmées, 5° Confervées, et 6° Palmellées. EnOn les Diatomacées sont divisées en 1* Oscillalorinées , et 2* Diatomées. On remarque sur-le-cbamp que ni les caractères tirés de la structure anatomique, ni encore moins ceui que fournit le fruit, n'ont été suffisamment consultés , si même ils l'ont été, dans cette disposition purement systématique, pour laquelle l'illustre professeur d'Upsal s'est trop fié aux caractères extérieurs. Ainsi comment voir sans une surprise extrême la Laminaria digitata placée à coté du Rhodymenia palmala; le Fucus terrai us, près du Delesseria sanguinea ; le Callithamnion marcher côte à côte avec VEclocorpuî, et leDumontia flliformis immédiatement avant le Dycliosiphon fœniculaceus ?
En 1842, M. Decaisne publia dans les Annales des sciences naturelles une nouvelle classification des Algues et des Polypiers calcifères de Lamouroux. Ces végétaux y sont divisés en 4 ordres ou familles: l'Zoosporées, 2» Sysporées, 3* Haplosporées , et 4* Cboristosporées. A l'exception de la seconde, qui rentre comme tribu dans la première , les trois autres correspondent exactement aux trois familles principales généralement adoptées aujourd'hui. De nouvelles et importantes observations faites successivement par MM. Crouan , Dickie , et par MM. Decaisne lui-même et Thuret, ont démontré que la dénomination d'Haplosporées n'avait plus de fondement, et celles de M. Hassal , qu'il pouvait y avoir des Sysporées qui formaient leurs spores sans copulation des filaments. Mais les travaux de notre savant confrère Decaisne n'en ont pas moins été fort utiles pour la limitation de certaines tribus et de certains genres d'Algues, comme on le reconnaîtra à la part que nous leur avons faite dans l'éuuméralion qui va suivre.
TJn an après (1843), M. Kûtzing publia une nouvelle classification des Algues, dans laquelle il les partage d'abord en deux grandes classes, qu'il nomme: 1° Isocarpées, c'est-à-dire dont les vraies spores ont une seule forme dans la même espèce ; et 2° Hétérocarpées , dont chaque espèce présente deux formes de fruit. On voit que, dans la première classe, l'auteur réunit les Zoospermées et même les Diatomacées aux Phycoldées , et que la seconde est en entier et fort inégalement composée des Floridéei ou Cboristosporées. Les Isocarpées sont ensuite subdivisées en deui tribus : 1* Gymnospermées, et 2" Angiospennées ; et les Hétérocarpées en deux autres : 3* Paracarpées , et 4" Choristocarpées.
Enfin , a la même époque que celle de M. Kutzing, parut à Venise une classification naturelle des Phycées , dont l'auteur est M. Zanardini.Lepbycologiste vénitien divise ces plantes : 1° en Ascophycées, et 2* en Gonidiophycées. Les Ascophycées , qui comprennent les Floridées et les Phycoldées, sont réparties dans trois séries différentes : l°Gymnosporées (Phycoldées); 2* Aogiosporées (Floridées) ; 3* Glœosporées (Lemaniées, Batrachospermées). Les Gonidiophycées (Zoospermeei.) sont ensuite divisées en deux séries : l'une, qui comprend les espèces dont la fronde est constituée par des tubes formés d'une simple membrane; l'autre , qui renferme celles dont la fronde est formée d'une double membrane, dont l'intérieure se subdivise en utricules.
Après avoir succinctement exposé les principales classifications pbycologiqucs qui se sont succédé depuis peu d'années , nous allons enfin achever notre longue et difficile tâche en donnant une énumération complète (1) des genres généralement adoptés. Nous ne pouvons néanmoins, au risque de nous tromper, nous abstenir d'eiprimer ce sentiment, à savoir que dans l'état actuel de la science, on a poussé beaucoup trop loin et sans nécessité quelquefois le morcel-
(i) A l'eicmplc de M. EnoVner. non» »»«•« »i'l> d» celle «numération le* PiUHntréti. travaillée» dau»<» Dictionnaire par noir* collaburatear, SI. d* Dirbluon, oai ■ d*ja donné, ou donner», eu leur lieu et plate, le» »"»» de» |mre» «t de» tribui de tetie quatrterae famille. Nom ret» vojpo» d'ullcur» a notre orginojrtpliie pour le tosplé» tmnt dei caractère» de» d.lïe tente» Ulb»* ado"»»» pat oo» dant ce travail.
PHY 703
lement de certains genres très naturels. Ce n'est pas à dire que le nombre toujours croissant de ces végétaux ne doive un jour légitimer quelques unes de ces coupes, propres à en faciliter l'étude ; mais nous n'en sommes pas moins d'avis que pour le moment elles sont au moins prématurées , et d'ailleurs souvent fondées sur des caractères dont la valeur bien contestable n'est pas justifiée par cet habiius qu'il ne faut pas négliger de consulter, quelque fallacieux et décevant qu'il soit parfois.
CLASSIFICATION DES PHTCÉES.
Famille I. — ZOOSPERMÉES, J. Ag.
Tribu I. — Pausellées , Dne.
Cellules globuleuses ou elliptiques, libres, plus ou moins discrètes, ou bien reliées par une gangue mucilagineuse.
Section I. — Protoeoeeoïdcea,
Menegb.
Gangue nulle ou peu apparente.
Genres : Protococcus , Ag. ; Hœmatococcim , Ag. ; Cryplococcus, Kg ; Chlorococcum, Grev. ; Pleurococcus , àlenegh. ; Sicreococeus, Kg.
Section II. — Coccochlorée» ,
Endl.
Gangue manifeste.
Genres : Palmella, Lyngb.; CoccocMoris, Spreng. ; Microcystis , Kg. ; Anacystis, Menegb. ; Cylindrocyslis, Menegb. ; Oncobyrsa, Ag.; Iticraloa, Biasol. ; Botryiina, Bréb. ; Inoderma, Kg.; Glotocapsa, Kg.; Païmoglœa, Kg.— flydrococetu, Kg. ; jlcfinococciw, Kg.; Bdminthonema, Kg. (?)
Tribu II. — -Nobtochiîiées, Harv.
Cellules globuleuses ou ellipsoïdes, associées en série filiforme, simple ou rameuse, et réunies dans une masse mucilagineuse diversement conformée.
Genres : Nos toc, Vaucb. ; Anabœna, Bory ; Anhaltia, Schwab.; Monormia, Berk.; Hormosiphon, Kg. ; Sphœroxyga, Ag. ; Nodularia , Kg.
Tribu III. — LUTOTHiicta , Kg.
FilanenU lubuleux, déliés, continus, privés de mouvement, remplis d'endoebrùmes confluents ou indistincts.
Genres : Leptoihhx , Kg.; Asterothrix , Kg. ; SympJoca, Kg. ; Entothrix, Kg.
Tribu IV. — RnrcLAïuto, Harv.
Filaments lubuleux, continus, tranquilles, flagelliformes, renfermant des endoebrômes distincts, naissant solitaires ou géminés d'un globule transparent et rayonnant vers tous les points d'un segment de sphère. Gangue mucilagineuse.
Genres : Glmtrichia, J. Ag. ; Rivularia , Roth. ; ZonoiricAia , J. Ag. ; Diplotrichia , J. Ag. (?)
Tribu V. — Osciiaamées, Bory.
Filaments lubuleux , cylindriques , mobiles, étendus en membranes ou en lames, et contenant des endoebrômes disciformes qui les font paraître cloisonnés.
Genres : Oscillaria , Bosc ; Alicrocoleus , Desmax. ; Calothrix, Ag.; Lyngbya, Ag. ; ScytonemaAg. ; Sirosiphon, Kg.; Monta, Carm.; Ptialoncma, Berk.; Spirulina, Kg. (?)
Aphanizomenon , Morr.
Tribu VI. — HvDRODiCTYiES, Dne.
Cellules réunies bout à bout par leurs extrémités, amincies ou égales, en un réseau poljgone, rarement liées entre elles par un tissu membraneux , contenant des gonidies vertes diversement conformées.
Genres : Hydrodictyon , Roth; Mkroiictyon, Dne.; ralarodic/yon, Endl.
Tribu VII. — Ztgkéubes, Duby.
Filaments toujours simples, articulés, restantisolés(?)ouserapprocbantautemps de la reproduction, soit par des géniculations, soit au moyen de tubes transversaux de jonction par lesquels les gonidies d'un filament passent dans l'autre. Gonidies de l'endocbrôme disposées en spire , ou en étoile simple ou double. Spores simples ou quadrijuguées.
Genres : Mougeolia, Ag.; Sirogonium, Kg.; Staurospermum , Kg.; Mesocarpus, Hass. ; Tymtartdtfa, Bory; Thwaiiesia, Montag. ; Zygnema, Ag.
Tribu VIII. -ComwtM , J. Ag.
Filaments simples ou rameux articulés.
Gonidies vertes, olivâtres ou brunes. Spores simples nées de la concentration des gonidies