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raidîmes placées eo dedans du larynx, de manière à ce que l'air sortant de la glotte t'y engouffre pour produire un murmure sourd , lequel m .peut conséquent ment, selon ces naturalistes , Jamais former un langage articulé. Il me sembleque ceci n'est pas très concluant, surtout quand ou a entendu articuler des mots par des Perroquets, des Pies, des Serins et autres Oiseaux qui, certes, ont un organe de la voix bien plus différent de celui de l'Homme. Ensuite voici un passade «suait de l'Abrégé de géographie de Balbi : • 31. de ttienzi a vu luimême , près de la baie des La ni pou ngs, des Hommes de très petite taille, etc. Cet infatigable voyageur a vu aussi , sur la cote orientale de l'Ile d'Andragiri, quelques individus que les naturels nomment Gougons; ils venaient, dit-il, de l'État de Menangkarhou. Ces hommes appartenaient à Ja race qu'il propose d« nommer Pitbékomorphes (ou à formes de Singes), parce qu'ils oN freut quelque ressemblance avec ces Quadrumanes , par leur corps couvert de lougs poils, l'os frontal très étroit et comprimé en arrière , la conformation de la glotte, et leur peu de conception. • A ceci , M. de Ricnzi ajoute : « Ils ne surpassent guère les Singes en intelligence, mais enfin ils sont Hommes. Ils nous dirent qu'ils habitaient l'intérieur de îlenangkorbou , et qu'ils formaient une petite peuplade.»
Quelle que soitila confiance que l'on ait en M. de Riensi , il n'en est pas moins vrai que si les Orangs ne parlent pas , c'est tout simplement parce que , ainsi que tous les autres animaux , ils ne pensent pas , a Ja manière de l'Homme, faute d'une intelligence suffisante. Ils -n'ont pas reçu de Dieu une Ame immortelle et raisonnable, et ce caractère spécifique , comme dirait un na • turaliste , suffit pour mettre entre l'Homme et l'animal une distance incommensurable, que nulles ressemblances anaiomiques ne peuvent rapprocher.
L'Orang-Houlan , selon le plus grand nombre des naturalistes, est bout de trois à quatre pieds. Son corps est trapu, couvert d'un poil uniformément roui; son visage est nu, un peu bleuâtre; ses cuisses et «es jambes sont courtes, ses bras très longs; son ventre est gros et tendu. Tel le est la description qu'on en fait généralement. G. Cu-
vier ajoute : • C'est un animal assez doux , qui s'apprivoise et s'attache aisément; qui, par sa conformation, parvient à imiter un grand nombre de nos actions, mais dont l'intelligence ne parait pas s'élever à beaucoup près autant qu'on l'a dit, ni même surpasser beaucoup celle du Chien. Camper a découvert et bien décrit deux sacs membraneux qui communiquent avec les ventricules de la gloUede eet animal, et qui assourdissent sa voii ; mais il a eu tort de croire que les ongles manquent toujours à ses pouces de derrière. » Cotte description prouve que Cuvier connaissait fort mal cet Orang , et ce qui le prouve encore davantage, c'est rétablissement de son genre Pongo, placé dans son règne animal à la suite des Guenons et desMacaques, quoique son prétendu Pungo ne soit qu'un Qcang-Uoutan.
L'histoire de cet animal est extrêmement embrouillée , et les naturalistes ne font tous les jours qu'augmenter sa confusion. Citonsen un exemple : Leaaon (Maslologie méthodique , p. 40) dit, dans sa description générale de l'ûrang roux , qu'il habite exclusivement les Iles de Sumatra et de Bornéo. Puis il donne sa description à l'âge adulte , et il le place alors sur le continent indien ; puis, à l'Age mûr, il lui fait habiter la cote N.-O. de Sumatra ; et enfin, dans sa vieillesse, l'Ile de Bornéo. Or, comme il n'admet qu'une espèce, il en résulte naturellement que cet animal devrait changer de contrée en raison de son Age, et être fort habile nageur pour passer du continent indien à la cote N.-O. de Sumatra , entre l'âge adulte et l'Age mûr ! — D'un autre côté , voilà Temminck qui décide, comme je l ai dit plus haut, sur une peau et un squelette , que le Pongo de Cuvier ou ûrang do Wurmbs est identique avec l'Oraog roux , et cependant Guvier a établi uniquement son genre Pongo sur Ja présence d'abajoues , dont Temminck n'a pu vérifier l'existence ni sur des peaux ni sur des squelettes ! Et voilà cependant comment écrivent des naturalistes à grande réputation, je dirai mieux, à réputation méritée.
Quant à moi , je crois qu'il est d'une sago critique de ne décider son opinion que sur des faits parfaitement constatés , et je n on vois aucun dont on puisse conclure avec certitude qu'il n'existe qu'une espèce d'Orang-
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Hou un. J'en vois beaucoup, au contraire , qui me portent à croire qu'il eo existe au moins deux , peut-être trois.
L'histoire de l'Orang, telle que nous allons la faire, jettera peut-être quelque jour sur celte question.
La ménagerie de Paris a possédé , il y a quelques années, un Orang-Houtan vivant, qui a permis de faire de bonnes observations, en faisant néanmoins la part de l'âge, car il n'avait pas plus de deux ans. Il est clair que l'on ne peut pas plus se faire une idée de l'Orang adulte , d'après cet individu, que l'on ne pourrait se faire l'idée d'un tambour-major de grenadiers sur la vue d'un enfant de deux ans , malingre , racbitique , mourant de marasme dans un hôpital sous un ciel étranger et un climat contraire , à trois mille lieues de son pays. Or, cet individu avorté a servi de type à presque toutes les figures elles descriptions que l'on a publiées en France , et même en Allemagne , depuis cette époque. Un autre Orang vivant avait déjà été vu à Paris en 1808; il appartenait à l'impératrice Joséphine, qui le tenait à la Malmaison , et comme c'était une jeune femelle, Bonaparte l'avait nommée Mademoiselle des Boit. Cet animal était encore plus malingre que l'autre. Il avait eu les mains et les pieds gelés dans les Pyrénées, lorsqu'on l'apportait d'Espagne ; et il n'a survécu que peu de mois i cet accident. Lorsqu'il mourut, H n'avait que dix-huit , mois.
Voilà , ou du moins je le crois, les seuls sujets vivants qui , en France , ont pu être soumis à l'observation des savants ; et l'on conçoit qu'ils n'étaient nullement propres a fournir une description exacte , quant au physique de l'animal ; mais pour son moral il en est autrement : aussi nous rapporterons ici tout ce que l'on a pu observer de ieur intelligence. Fr. Cuvier, qui a publié un Mémoire sur l'Oranp (Je l'impératrice Joséphine, s'est fait une très haute idée de cette intelligence. « lit répètent sans peine , dit cet écrivain, toutes tes actions auxquelles leur organisation ne s'oppose pas , ce qui résulte de leur confiance , de leur docilité , et de la grande facilité de leur conception. Dès la première tentative, ils comprennent ce qu'on leur demande , c'est-à-dire qu'après avoir fait l'action pour laquelle on vient
de les guider, ils savent qu'ils doivent la faire eux-mêmes, lorsque la même circonstance se représente. 0 L'auteur va plus loin, il dit , dans les Annales du Muséum (t. XVI, p. 58) : « Il a (l'Orang) la faculté de généraliser ses idées, de la prudence, de la prévoyance , et même des idées innées auxquelles les sens n'ont jamais la moindre part. » Je demande ce que peut avoir de plus , je ne dis pas un Hotlentot, mais un Homme civilisé. Ailleurs, le même Fr. Cuvier assure que toutes ces choses ne sont pas des actes de raisonnement, et qu'on pourrait les apprendre à des Chiens , seulement avec un peu plus de peine. Abstraction faite de la contradiction où tombe F. Cuvier avec lui-même, voilà deux naturalistes à grande réputation, lui et G. Cuvier, qui n'accordent guère plus d'intelligence à cet animal qu'à un Chien. D'autres, au contraire, lui en attribuent presque autant qu'à un Homme , et Bory de Saint-Vincent va jusqu'à lui en supposer plus qu'à un Hotlentot. H y a une grande exagération dans chacune de ces opinions contradictoires , d'où il résulte que l'histoire morale des Orangs est tout aussi embrouillée que leur histoire physique. Étudions d'abord les deux individus misérables que nous avons vus vivants. Nous extrairons deFr. Cuvier lui-même les observations faites sur celui de l'impératrice Joséphine. Il employait ses mains comme nous employons les nôtres, et l'on voyait qu'il ne lui manquait que de l'expérience pour en faire l'usage que nous en faisons dans un très grand nombre de cas particuliers; il portait presque toujours les aliments à sa bouche avec les doigts. H buvait en humant, flairait ses alimenta avant de mettre la dent dessus; mangeait presque indifféremment des légumes, des fruits, des œufs, du lait et de la viande. Il aimait beaucoup le pain , le café et les oranges , ne mettait aucun ordre dans ses repas , et pouvait manger à toute heure , comme les enfants. La musique ne produisait chex lut aucune autre sensation que celle du bruit ; pour sa défense il mordait et frappait de la main , mais ce n'était qu'envers les enfants qui l'impatientaient qu'il montrait quelque méchanceté. En général , il était doux, affectueux , et répondait au besoin naturel de vivre en société. Il aimait à être caressé ,
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donnait de véri tables baisers. Son cri était guttural et aigre ; il ne le Taisait entendre que lorsqu'il désirait vivement quelque chose ; alors tous ses signes étaient très expressifs. Secouant sa tète pour montrer sa désapprobation , il boudait quand on ne lui obéissait pas, et, quand il était Taché tout de bon , il ci hit très fort en se roulant par terre; son cou s'enflait alors beaucoup. Cet animal, bien différent de ceux dont on avait jusqu'alors Tait l'histoire, n'avait été soumis a aucune éducation particulière ; il ne devait rien à l'habitude, toutes ses actions l iaient indépendantes et les simples effets de sa volonté. « La nature , ajoute Fr. Cuvier, a doué l'Orang-Houtan de beaucoup de circonspection ; la prudence de cet animal s'est montrée dans toutes ses actions , et principalement dans celles qui avaient pour but de le soustraire à quelque danger. Il donna plusieurs preuves d'une certains façon de raisonnement durant la traversée, ne se hasardant à Taire ce dont il ne connaissait pas les suites, qu'il ne l'eût vu Taire sans danger à la personne qui en avait un soin particulier , et dans laquelle il avait consequemment placé ses affections et sa conûance. • Ennuyé des nombreuses visites qu'on lui Taisait, il se cachait souvent sous sa couverture, mais il n'en agissait jamais ainsi avec les personnes qu'il affectionnait, et dont il ne se séparait qu'avec peine, la solitude lui paraissant insupportable. Une fois , pour l'empêcher d'entrer dans un appartement , on avait ôié du voisinage de la porte les chaises sur lesquelles il eût pu monter pour atteindre au loquet; mais il fut au loin en chercher une pour s'élever jusqu'à la serrure, qu'il sut bien ouvrir. Aimant à jouer avec un petit Chat qu'on lui avait donné pour le divertir, il en Tut égratigné ; aussitôt il regarda Tort attentivement le dessous des pattes du Chat ; y ayant trouvé les griffes, il examina comment elles étaient Taitcs et essaya de les arracher avec ses doigts. Se servant assez maladroitement de fourchette et de cuiller, lorsque les choses qu'il voulait saisir avec ces instruments semblaient s'y refuser, il présentait ta Tourchctte et la cuiller aux personnes qui l'avoisinaienl, pour qu'on l'aidât dans ce qu'il n'avait su Taire. Ayant posé uu vase de travers, et ^aperce-
vant qu'il allait tomber, il le soutint et l'étaya.
Quant à l'Orang qui a vécu à la Ménagerie, il a confirme en tout point ce quo Fr. Cuvier avait observé chex le précédent, et il serait inutile de le répéter ici. Nos naturalistes en ont conclu avec beaucoup de justesse que les Orangs sont des animaux éminemment grimpants , destines à vivre constamment sur les arbres, ce qui est rigoureusement vrai. En effet, quand ils marchent à quatre pattes , ils ne posent sur le sol que l'extrémité des doigts des pieds , . et le devant du corps ne porte que sur les poings Termés ou sur le tranchant des mains. Eu outre, ils sont obligés, dans cette attitude, pour voir devant eux , de relever la tète d'une manière Tort incommode. Mais il me semble qu'on s'est un peu trop pressé quand on a décidé qu'ils ne pouvaient pas marcher debout, parce qu'il leur manque ce puissant développement des muscles du mollet, de la cuisse et des fesses , au moyen duquel l'homme conserve son équilibre et marche avec fermeté. Dumont d'L'rville et beaucoup d'autres voyageurs ont trouvé en Australie des nations sauvages qui sont aussi mal partagées sous ce rapport que les Orangs, dont les hommes, cependant, sont de très bons marcheurs. D'une autre part, nous voyons tous les jours dans les rues de Paris de petits Singes bien plus mal conformés pour la station verticale, et auxquels , cependant, ou a Tait contracter l'habitude de se tenir et de marcher constamment debout.
L'Orang observé par Vosmaër était une jeune femelle à peu près de l'âge des deux précédents. Elle aimait le vin de Malaga , les carottes , et surtout les feuilles de persil. Elle mangeait aussi avec plaisir de la viande rôtie et du poisson cuit , savait boire avec un verre, déboucher une bouteille, se curer les dents , s'essuyer les lèvres avec une serviette , escamoter dans les poches ce qu'elle y trouvait h sa convenance. Connaissant la route de la cuisine, elle y allait seule chercher son repas. Elle se couchait à l'entrée de la nuit, après avoir bien arrangé le foin de sa couche, s'être fait un oreiller et avoir disposé convenablement sa couverture, sou* laquelle on la voyait se blottir comme le fait un homme frileux. Ayant examiné que
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on a
▼o^maér ouvrait ou fermait le cadenas de «a chaîne au moyen d'une clef, on la surprit tournant un morceau de bois dans le trou et ctaerrbant à se rendre compte de ce qu'elle ne réussissait point à se mettre en liberté. Lorsqu'il lui arrivait d'uriner sur le plancher, elle n'avait pas de cesse qu'elle n'eût trouvé un chiffon pour essuyer les ordures qu'elle avait faites. On lui avait appris à nettoyer les bottes , ainsi qu'à ôler les boucles des souliers, etc.
Cest à peu près tout ce qu'on sait de très positif sur le jeune Orang-Houtan. A l'état adulte et sauvage, cet animal a été peu observé. On sait qu'il n'habite que les forêts le* plus retirées , et qu'il se construit sur les arbres une sorte de hamac , où il se couche chaque soir, pour neselever qu'avec le soleil. Il se nourrit principalement de fruits , mais U est probable qu'il y adjoint les oeufs et les petits des Oiseaux qu'il est habile à dénicher. D'anciens voyageurs ont avancé qu'en temps de disette il quitte les montagnes, et descend sur le bord de la mer, où il se nourrit de Coquillages et de Crabes. « Il y a, dit Gemelli Careri , certaines Huîtres qui pèsent plusieurs livres, et qui sont souvent ouvertes sur le rivage; or, le Singe, craignant que, lorsqu'il veut les manger,elles lui attrapent la patte en se refermant, jette une pierre dans la coquille , ce qui l'emjiechede se fermer, et ensuite il les mange sans crainte. » Les Indiens lui font la chasse pour le réduire en esclavage et en tirer quelques services domestiques. « On les prend , dit Schouten , avec des lacs , on les apprivoise, on leur apprend à marcher sur les pieds de derrière , et à se servir de leurs mains pour faire certains ouvrages, et même ceui du ménage, comme de rincer les verreSi donner a boire, tourner la broche, etc. ■
• L'Orang-Houtan , dit Sonnerat, est plutôt sauvage que méchant, ses passions sont néanmoins très vives. Un observateur judicieux , qui exerçait la chirurgie à Batavia , écrivait à M. Allemand , savant naturaliste hollandais, qu'il avait tu pendant quelque temps, cbex un magistrat de Batavia , un couple d'Orangs-Houlans de grandeur humaine, qui, entre autres singularités, témoignaient de la honte quand on les regardait avec trop d'attention. La femelle se jetait dans les bras du maie et so
cachait le visage dans son sein, ce qui, ajoute l'observateur , faisait un spectacle véritablement tournant, que j'ai vu de mes propres yeux. Ces animaux, continue Sonnerat, vivent en troupe, se construisent des cabanes, et se nourrissent de fruits, de racines, de graines, d'œufs de Grenouilles, d'Huîtres, etc. Ils aiment beaucoup leurs petits, et les corrigent en leur donnant des soufflets. En domesticité, on leur apprend à travailler, à servir à table; mais toute contrainte les rend tristes et ils meurent bientôt d'ennui en captivité , quelques soins que l'ou prenne pour l'adoucir. »
François Léguât dit avoir vu à Java « un Singe fort extraordinaire; c'était une femelle ; elle était de grande taille et marchait souvent fort droit sur ses pieds de derrière; alors elle cachait d'une de ses mains l'endroit de son corps que la pudeur défend de montrer. Elle avait le visage sans autres poils que les sourcils , faisait fort proprement son lit chaque jour, s'y couchait la tête appuyée sur un oreiller, et se couvrait d'une couverture. Quand elle avait mal à la tête, elle se serrait d'un mouchoir, et c'était un plaisir de la voir ainsi coiffée dans son lit. Je pourrais en raconter diverses petites choses qui paraissent extrêmement singulières, mais j'avoue que je ne pouvais pas admirer cela autant que la multitude, parce que je savais qu'on devait conduire cet animal en Europe, pour le montrer par curiosité , et je supposais qu'on l'avait dressé en conséquence. •
Il y a, dans cette citation et la précédente , une chose qui me parait plus que douteuse; c'est le fait de la pudeur, fait qui a été également avancé par Bontius , médecin à Batavia. Les voyageurs qui ont vu les femmes de la Nouvelle-Zélande, de quelques Iles de la mer du Sud, etc. , se montrer sans voile et sans pudeur aux étrangers, auront de la peine à croire que cette vertu puisse exister naturellement dans un animal, quand elle manque à des nations entières.
A cet âge adulte , cet animal aurait, selon Lesson, l'occiput aplati au lieu d'être bombé, et les crêtes occipitales et frontales seraient très saillautes. C'est ce qu'on ne voit pas sur une excellente figure d'adulte que ' l'on trouve dans les Mémoires pour servir
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à l'histoire naturelle des possessions Néerlandaises dans V Inde , V* livraison, 1839. A cet âge, toujours selon le môme, il habiterait le continent indien, comme s'il était possible quecet animal s'exilât de contrées en contrées selon ses diffère nu âges! Son pelage serait alors d'un roux plus ou moins foncé, avec les poils des avant-bras , des jambes et de la tête plus roux que les autres.
Prenons maintenant l'Orang-Houtan dans ce que Lesson appelle son âge mûr. Il aura alors 6 pieds 5 pouces de grandeur, et ce sera le Pongo Abelii du Manuel de M. Lesson lut même, le Simia satyrus de Clark A bel , et le Simia Abelii de Fischer. Sa tête sera recouverte d'une épaisse crinière de poils lisses et d'un noir plombé. Il aura la face nue , des moustaches touffues sur la lèvre supérieure; une barbe couleur marron, longue, épaisse, au menton ; le nez très aplati et le museau très proéminent ; le pelage entièrement roux ou rouge-brun&tre , passant au rouge vif ou au brun noir en certains endroits ; la paume des mains et la plante des pieds nues et noirâtres. Sa peau sera encore d'un gris bleuâtre , comme dam les précédents. Il habitera alors la cote nord-ouest de Sumatra.
Or, voici tout ce que l'on sait de cet animal , que je crois , à l'exemple de M. Lesson , être l'Orang roux. Je l'extrairai de the Asialic researches , t. XV : « Deux officiers anglais , du brick Mary-Anna-Sophia, M M, FisbelGraigraan, quittaient en relâche i Ramboun , sur la cote nord-ouest de Sumatra , furent avertis qu'un animal de la plus haute taille se trouvait perché sur un arbre du voisinage. Us formèrent sur-lechamp le projet de s'en emparer mort ou vif. Plusieurs chasseurs du pays se joignirent à eux. En les voyant approcher, l'animal , qu'ils reconnurent pour un Orang- Iloutan de la plus grande espèce, descendit de l'arbre et se mit à fuir sur deux pieds » avec assez de vitesse, et s'aidant quelquefois de ses mains ou d'une branche d'arbre. Dès qu'il eut atteint d'autres arbres, on reconnut combien il était habile à grimper. Malgré sa taille élevée et son poids , il saisissait de faibles branches et s'en servait pour s'élancer sur d'autres, comme aurait pu faire un Singe de la petite espèce. Les habitants de Sumatra assurent que dans
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les vastes forêts de l'intérieur de l'Ile , où les grands arbres sont très rapprochés , ces animaux s'élancent de l'un à l'autre avec autant de vitesse qu'un Cheval peut en mettre à la course. Le bosquet dans lequel l'Orang-Houtan poursuivi se réfugia était assez petit; mais les mouvements de I animal étaient si vifs et si prompts , que les chasseurs restèrent longtemps sans pouvoir l'ajuster, et le manquèrent à diverses reprises. Ils prirent alors le parti de couper plusieurs arbres, afin de ne lui permettre d'autre refuge que ceux qu'ils laissèrent debout. On l'atteignit enfin , et une grêle de balles lui traversa le corps. Il se cou* eba sur une branche qu'il tenait fortement embrassée , et rendit par la bouche une quantité prodigieuse de sang ; ses viscères sortaient par les blessures qu'on lui avait faites au ventre, et offraient un spectacle horrible. Les chasseurs ayant épuisé toutes leurs munitions, résolurent, pour achever leur capture , d'abattre l'arbre sur lequel le malheureux Orang-Houtan s'était cramponné; mais, dès que cet arbre toucha la terre , le blessé s'élança sur un autre arbre avec autant d'agilité que s'il n'eût rien perdu de ses forces. On renouvela le procédé dont on venait de se servir; on reprit la hache et l'on abattit l'un après l'autre presque tous les arbres du bosquet. Réduit enfin à se défendre par terre , l'animal abattu montra encore un courage digne d'un meilleur sort. Accablé par le nombre, percé d'outre en outre à grands coups de lances , on le vit s'emparer d'une de ces armes , et , selon l'expression des témoins du combat , la briser aussi facilementquesi c'eût été une carotte. Pendant son agonie, on fut forcé de reconnaître dans cet animal une grande similitude avec l'homme, en étudiant l'expression de son regard mourant et de ses gestes, les intonations plaintives de sa voix, et surtout son intelligence et son courage. Malgré ses douleurs atroces , il n'était point abattu et s'efforçait à prolonger sa vie en contenant avec ses mains les parties blessCes. Mais rien ne put arrêter ses impitoyables meurtriers , jusqu'à ce que la victime eût rendu le dernier soupir.
» On fut alors étonné de la taille et des proportions du vaincu. Cet Orang-Houtan avait environ 6 pieds 6 pouces (anglais) de
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hauteur , le corps bien proportionné, la poitrine large, la tête d'une grandeur moyenne, les yeux un peu plus petits que les nôtres. Le nez paraissait plus saillant que dans les autres Singes; la bouche était très Tendue; une barbe couleur de noisette, et de 3 pouces de longueur, couvrait les lèvres et les joues. Elle semblait plutôt un ornement qu'un disgracieux appendice au vif âge; les bras étaient bien plus longs que les membres postérieurs. La beauté des dents, dont aucune ne manquait, indiquait que l'animal était encore Jeune. Le poil qui recouvrait tout le corps était doux, poli, luisant. Ce qui surprenait le plus les assis- Unis était la ténacité avec laquelle sa vie atait résisté aux coups nombreux qu'il avait reçus. Sa force musculaire devait avoir été bien grande, car l'irritabilité de la fibre se manifesta encore lorsque le cadavre eut été transporté à bord et bissé pour être écorebé. Dans cette opération, faite longtemps après sa mort, l'action du couteau détermina un mouvement effroyable de contraction sur les parties charnues. Celte espèce de vie galvanique inspira un tel sentiment d'horreur, que, lorsqu'on parvint aux régions dorsales, le capitaine du navire ordonna de suspendre la dissection jusqu'à ce que la tête eût été déticbée.
» Cet Orang avait dû voyager durant plusieurs jours avant d'arriver au lieu où on le surprit, car il avait de la boue jusqu'aux genoux (ce qui prouve qu'il avait voyagé à pied, au moins en partie). Sans doute il s'était égaré en sortant des forêts impénétrables de cette partie de l'Ile, dans lesquelles nul habitant n'aurait osé s'aventurer. kVes gens du pays, accourus à cette chasse, attribuèrent alors à l'Orang les cris singuliers qu'ils entendaient depuis quelques jours, et qui n'appartenaient i aucun des animaux féroces de la contrée. La hauteur de son corps était de 6 pieds 6 pouces. Desséchée, sa peau avait encore 5 pieds 4 pouces de hauteur, de l'épaule à la cheville du pied ; le cou avait 3 pouces, et la face 8 ; la figure était complètement nue, si ce n'est au menton et au bas des joues, où commençait la barbe; les cheveux, d'un noir plombé, tombaient sur les côtés et sur les tempes; lef paupières étaient garnies de cils; set lèvres paraissaient minces; les oreilles, appliquées
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contre la tête, avaient un pouce et demi de haut en bas; ses bras étaient très longs. •
Il parait certain, d'après ce qu'on vient de lire , que le Pongo Abelii n'est rien autre chose qu'un Orang- Houtan , mais qui, i l'Age mûr, pour me servir de l'expression de M. Lesson, n'avait ni le nez très aplati, ni le museau très proéminent, ni crinière épaisse, mais une chevelure, car il n'est pas dit que cette chevelure existât sur le cou et les épaules.
Selon l'auteur que je viens de citer, le Simia niorio d'Owen (Proced. 1836, p. 91) ne serait qu'une variété adulte de l'Orang roux, tandis que d'autres auteurs le regardent comme une variété de l'Orang de Yurrabs. Owen, qui certainement est un excellent anatomisle, a soutenu son opinion dans Y Écho (mars 1839), dans les Ann. des se. nat. (t. XI, 1839), et dans un Mémoire envoyé à l'Institut (séance du 18 février 1839), que son Simia morio diffère spécifiquement de l'Orang roux et de l'Orang de Wurmbs par plusieurs caractères spécifiques très tranchés, et particulièrement par son système dentaire. En effet, son Morio, au lieu de n'avoir que seize molaires, comme l'avait avancé M. Dumortier, en avait vingt, dont douze vraies, et huit bicuspides ou fausses molaires cachées dans l'épaisseur des mâchoires; en outre, les canines sont plus petites que les incisives. Il cite encore la présence ou la persistance des sutures maxillo-intermaxiltaires, comme de bons caractères pour le distinguer. Jusqu'à des preuves contraires mieux établies, je crois, comme Owen , que son Morio doit être considéré comme une espèce distincte.
Il nous reste maintenant le Pongo de G. Cuv., grand Orang-Houtan deWurmbs, Pongo Wurmbii E. Geoff. Desm., Blainv.»
Fr. Cuv., etc. Simia Wurmbii Owen , Kubl, Fischer ; animal dont Lesson, dans sa Mastologie, fait l'état de vieillesse de l'Orang roux.
Or, nous avons vu que ce dernier auteur donne 6 pieds 5 pouces à son Orang de Tige mûr, et le fait habiter la côte N.-O. de Sumatra. Pour l'amener à l'état de vieillesse, il le fait se raccourcir de 17 pouces, car il ne lui donne plus que 5 pieds , et il te fait se transporter de Sumatra à Bornéo. Tout cela
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n'a pas besoin de réfutation , mais d'autres naturalistes ont traité la chose plus sérieusement. Buffon, qui n'avait aucune connaissance de cet animal, a donné le nom de Pongo à un être imaginaire qu'il croyait voisin du Chimpanzé. Le savant G. Cuvier, qui probablement ne Pavait connu que par le Mémoire de Wurmbs, le retira de la famille des Orangs, pour le classer, ainsi que je l'ai dit , entre les Mandrilles et les Sapajous, place qui certainement ne lui convient pas. Dcsmarest, à son exemple, et plusieurs naturalistes anglais, en ont fait un genre bien tranché; et voilà qu'aujourd'hui on ne veut pas l'accepter comme espèce.
« Les Pongos, dit G. Cuvier, ont les longs bras et l'absence de queue des Orangs-Houtans, avec les abajoues des Guenons et des Babouins, et une forme de tète toute particulière; le front en est très reculé, le crâne petit et comprimé; la face de forme pyramidale, à cause des branches montantes de la mâchoire inférieure , etc. On n'en connatt encore qu'une espèce, qui est le plus grand de tous les Singes, et un des animaux les plus redoutables. Son squelette est représenté dans Âudebert, pl. II, f. S. » Comme on le voit , ceci ne peut guère s'appliquer aux Orangs dont nous avons parlé jusqu'à présent.
Si le Pongo est un Orang-Houtan , son histoire offre une singularité unique parmi les animaux, et la voici : dans tous les êtres doués d'instinct ou d'intelligence, celte intelligence est comparativement très faible dans le premier Age; elle se développe progressivement, et n'atteint guère à toute son énergie que vers la fin du premier tiers de la vie. Elle se soutient ensuite jusqu'à la décrépitude, et même, dans les animaux aauvages, jusqu'à la mort. Dans l'Orang- Houtan, ce serait positivement le contraire, en supposant qu'il devint un Pongo dans sa vieillesse. Dans son enfance, il a le front grand, saillant, proéminent, et la téte arrondie comme l'homme. Alors il est doux, posé, réfléchi, et il semble tout-à-fait incapable de la pétulance et de la férocité de beaucoup do Singes ; H affectionne les personnes qui le caressent et le nourrissent, et, comme le Chien, il est susceptible de recevoir une certaine éducation. Devenu vieux, c'est-à-dire quand il prend le nom
de Pongo, il s'opère chez loi une métamorphose étrange et sans autre exemple connu : son angle facial, qui était ouvert à 65 degrés, s'allonge, se ferme, et se trouve réduit à oO; son front se rejette en arrière comme celui [ des idiots nommés crétins; sa téte s'allonge' vers son sommet et se rétrécit considérablement. Son museau s'avance; sa face s'élargit prodigieusement par l'effet de deux gros* ses protubérances qui se développent entra les yeux et les oreilles, depuis la base des mâchoires; son nez s'affaisse et disparaît; ses lèvres, de minces qu'elles étaient, deviennent épaisses et grosses; une loupe difforme et adipeuse s'élève depuis la tempe jusqu'à l'origine de la mâchoire inférieure, sur chaque joue, devant les oreilles; la couleur de la peau et du poil passe au noir et au brun noirâtre; et, ce qu'il y a de plus merveilleux , sa taille , qui était do 6 pieds 6 pouces, se réduit à 4 pieds, car telle est la hauteur du squelette d'Audebert. Il se creuse des abajoues dans sa bouche ; ses dents canines , au lieu de se raccourcir par l'usure, grossissent, s'allongent, sortent de sa bouche dans des proportions menaçantes. Des sortes de poches se forment sur sa poitrine; enfin, c'est une métamorphose aussi complète qu'extraordinaire.
L'intelligence éprouve la même révolution. Les voyageurs épouvantés qui le retrouvent dans les bois sous les noms de Sin-Sin, Fc[c\ Kukurlago, Golokk, tremblent à son approche , car ce n'est plus cet animal rempli de douceur et d'affection , mais un être farouche, indomptable, plein de courage et de férocité, sans cesse occupé à donner la chasse aux êtres plus faibles que lui, se nourrissant non seulement de fruits, mais de la chair des animaux qu'il surprend la nuit dans leur retraite; c'est ce terrible homme nocturne qui poursuit les femmes, attaque les voyageurs, les assomme à coups de pierre ou de bâton, et les dévore ; qui, enfin, porte l'épouvante et la mort partout avec lui.
Sans doute, dans ce portrait que nous en font les voyageurs, il y a beaucoup d'exagération; mais en adoucissant beaucoup cette peinture de mœurs sauvages, il restera toujours, dans le Pongo de Wurmbs, un animal féroce, courageux et indomptable. Pour en donner une idée plus précise, nous extrairons quelques passages du Mémoire de
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Wurmbs (Trans. Soc. do Dalav., tom. II,
Le résidant hollandais à Rnmnang , ayant été envoyé en mission à Saccadons, dans l'Ile de Bornéo, parvint à se procurer l'animal dont il est question , lequel se défendit vigoureusement avec de grosses branches d'arbre qu'il arrachait, de sorte qu'on ne put parvenir à le saisir vivant. Sa tète était fin peu pointue vers le haut de l'occiput, le museau était assez proéminent, et les deux joues munies d'une large excroissance charnue. Lrs yeux , petits , saillaient hors de la té te; le nez, qui n'offrait point d'élévation, consistait en deux narines placées obliquement à côté l'une de l'autre. La bouche était garnie de grosses lèvres et d'abajoues; la langue était épaisse et large; la face d'un noir fauve, sans poils, excepté à la barbe, qui en présentait fort peu; le cou fort court; la poitrine beaucoup plus large que les hanches. Les jambes, courtes et grêles, étaient fortement musclées. La poitrine et le ventre demeuraient tans poils ; mais sur les autres parties du corps où l'animal eo était couvert, ce poil, qui n'avait au plus qu'un doigt de long, était brun. Il avait des poches particulières sur la poitrine.
En 1818, Cuvier ayant reçu une tète osseuse de l'Inde, qui, dans la généralité de ses formes, ressemble à celle de l'Orang roux, mais où le museau est plus allougé, et dans laquelle on voit des crêtes sourcilières, «apposa que cette tête prouvait l'identité de l'Orang roux et du Pongo de Wurmbs, mais que celui-ci était le vieil Âge du premier. Comme on le voit, quelques rapports dans les os du crâne lui firent négliger d'autres caractères bien plus essentiels, en dépit de la description de Wurmbs, et il est remarquable qu'il ne connaissait l'animal que par cotte description ! le pense que. s'il eût connu le Pongo Abelti, ce «rand naturaliste est changé de manière de voir.
En dernière analyse , et pour les raisons que je n'ai pu qu'esquisser dans cet article, je pense que cet animal doit être considéré comme espèce distincte, au moins tant qu'on n'aura pas la certitude qu'il manque d'abajoues . et même quand il en manquerait , son identité serait encore discutable. Je ne doute pas non plus que l'animal empaillé
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du Muséum, portant l'étiquette de vieil Orang-Outang, ne soit le Pongo de Wurmbs.
Nous terminerons par la citation de ce que le docteur Abel Clarck raconte d'un Orang maie, qui fut transporté, en 1826, de Java à Londres : « Lorsqu'il fut à bord , dit le docteur, on cherchai s'assurer de lui par une chaîne fixée à un câble; mais il réussit bientôt à détacher la chaîne, cl il s'en fut sur le pont la traînant après lui. Comme elle le gênait dans sa marche, il la roula deux fois autour de son corps , et en laissa pendre l'extrémité sur son épaule. Quand ensuite il s'aperçut qu'elle n'y le* nait pas, il la plaça dans sa bouche. On le laissa enGn circuler librement dans le navire, et il devint familier avec les matelots, qu'il surpassait en agilité. Ils faisaient la chasse après lui dans les cordages, et lui donnaient, dans leurs jeux, des occasions multipliées de déployer son adresse. Tant que nous restâmes à Java , il logeait dans un grand tamarin, près de mon habitation. Le soir, il préparait son lit en entrelaçant de petites branches de l'arbre, et en les recouvrant de feuilles. Pendant le jour, il restait couché sur la poitrine, la tête avancée hors de son lit, pour observer ce qui se passait au dehors. Quand il apercevait quelqu'un avec des fruits, il descendait pour en obtenir une portion. Cet animal était en général Tort doux; mais cependant, quand on l'irritait, sa colère n'avait plus de bornes : il ouvrait sa bouche, montrait ses dents, et mordait ceux qui l'approchaient; deux ou trois fois on eût pu croire que, dans sa rage, il allait se suicider. Lorsqu'on lui refusait quelque nourriture qu'il désirait ardemment, il poussait des cris aigus, s'élançait avec fureur dans les cordages, puis revenait et tâchait encore de l'obtenir; si on lui refusait de nouveau , il se roulait sur le pont, comme un enfant en colère, en remplissant l'air de ses cris, puis se relevait tout-à-coup et disparaissait de l'autre côti du navire. La première fois que cela arriva, nous crûmes d'abord qu'il s'était jeté à la mer; après beaucoup de recherches, on le trouva caché sous des cordages.
- Il ne faisait point de grimaces comme tes autres Singes , et n'était point disposé, comme eux , à faire perpétuellement de mauvais tours. Il était habituellement doux,
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grave, et même mélancolique. Lorsqu'il se trouvait pour la première rots en présence d'étrangers, il promenait autour de lut des regards inquiets, et pouvait rester des heures entières la tête cachée dans ses pattes. S'il était trop incommodé par leur eiamen, Il allait se blottir sous le premier abri qui était à sa portée. Il taisait voir sa douceur par la patience habituelle avec laquelle il supportait les injures ; il fallait qu'elles fussent bien violentes pour qu'il les ressentit. Cependant ii avait toujours le soin d'éviter oeux qui le tourmentaient. Il montrait, au contraire, beaucoup d'attachement pour les personnes dont il était bien traité ; il allait s'asseoir près d'elles, s'en approchait le plus possible, et ce pauvre animal, dans sa tendresse , portait même souvent leur main k sa bouche. Le contre- maître , qui était son Favori, attendu qu'il lui laissait prendre la moitié de sa portion , lui apprit à manger avec une cuiller. C'était un spectacle curieux que de le voir prendre le café avec une gravité grotesque. Ma qualité d'historien m'oblige cependant à dire, k la charge de mon héros, que, malgré m reconnaissance pour les bienfaits du contre-maître, il lui dérobait souvent son eau-de-vie. Après le contre maître , j'étais peut-être son ami le plus intime; il me suivait sur les points écartés du navire où je me rendais afin de lire tranquillement, loin du bruit de l'équipage. Après s'être bien assuré que mes poches ne contenaient rien qu'il pût manger, il s'étendait à mes pieds, fermait les yeui, puis les ouvrait de temps à autre pour observer mes mouvements. Son plus grand plaisir était de se suspendre aux cordages par les bras, s'aidant pour grimper de ses pattes et de ses dents. Il dormait ordinairement sur une voile du grand mât, dont il ramenait une partie sur lui pour lui servir de couverture. Lorsqu'il disposait son lit, il prenait le plus grand soin d'écarter tout ce qui pouvait en rendre la surface inégale. Quelquefois, pour le contrarier, j'en prenais possession avant lui ; il secouait alors la voile avec violence pour m'en faire sortir; mais quand elle était assez large pour nous contenir tous les deux , il se résignait et venait se coucher tranquillement à côté de moi. Si toutes les voiles étaient déployées, il allait k la recherche d'une autre couverture , déro-
bait les chemises que les matelots faisaient sécher, et se permettait même souvent d'enlever les draps des hamacs. » Cet animal arriva malade à Londres, et y mourut au bout de dix- neuf mois. (Boitaud.)
ORANGE, bot. ph. — Fruit de l'Oranger Voy. ce mot.
ORANGE DE MER. folyp. — Nom vulgaire des Eponges du g. Tcthium. Voy. » <mot.
ORANGER. Cilrus. bot. ta. — Genre de plantes de la famille des Aurantiacées , rangé par Linné dans la polyadelphie icosandrie de son système. Son nom français d'Oranger présente dans la pratique des inconvénients, k cause des équivoques et des confusions qu'il fait naître; on l'emploie en effet également , soit pour le genre tout entier, soit, et plus communément , pour une de ses espèces. Dès lors , il aurait été peutêtre avantageux d'adopter le nom d'Agrumes, que proposait Gallesio pour le genre entier, mot qui n'était, au reste, que l'imitation de celui d'Agrumi , sous lequel les Italiens réunissent commodément toutes les espèces et variétés cultivées de ce genre. Les Citrus sont des arbres de taille médiocre, ou des arbrisseaux, souvent armés d'épines axillaires, qui croissent spontanément dans l'Asie tropicale , d'où la culture les a répandus sur la plus grande partie de la surface du globe. Leurs feuilles persistantes, alternes, sont composées-unifoliolées, c'està-dire qu'elles représentent des feuilles pennées dans lesquelles toutes les folioles , moins l'impaire, auraient disparu paravortement; presque toujours cette composition réduite autant qu'elle puisse l'être , est in • diquée par l'articulation qui existe à l'extrémité du pétiole, sous la foliole terminale; celle-ci présente dans son épaisseur des réservoirs vésiculaires d'huile essentielle qui se montrent comme des points transparents lorsqu'on la regarde contre le jour. Les fleurs blanches ou légèrement purpurines possèdent également dans l'épaisseur de leur tissu des réservoirs d'huile essentielle qui produisent sur elles l'effet de ponctuations , et à l'existence desquelles elles doivent leur odeur suave et pénétrante. Elles présentent les caractères suivants : Calice urcéolé , 3-5 fide; corolle à 3-8 pétales hypogynes; 20 60 élamines, à filets compri-
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més intérieurement , polyadelphes, à anibères 2-loeulaires ; ovaire à loges nombreuses, renfermant chacune 4-8 ovules , fixés à l'angle central en deux séries ; style unique , cylindrique ; stigmate rendé , hémisphérique. Le fruit qui succède à ces fleurs a reçu des botanistes le oomd'Hcspértdic ( Htspcridium , Desv.) , et dans le langage vulgaire ceux d'Orange, Citron, Cédrat, Limon, etc. Ses loges, creuses dans l'ovaire, et ne renfermant d'abord dans leur cavité que les ovules, se remplissent peu à peu , après la fécondation , de sortes de poils à grandes cellules allongées et pleines de pulpes qui, de la paroi citerne, s'étendent graduellement et se multiplient jusqu'à remplir tout le vide qui existait précédemment, et a envelopper les graines. Uu endocarpe membraneux entoure ces loges , qui peuvent se séparer sans déchirement , formant ainsi ce qu'on nomme vulgairement les trancltes. Le reste du péricarpe forme ce qu'on nomme vulgairement Vécorce ou le zeste , et se distingue en deux couches; l'extérieure est orangée ou rougeâtre, creusée d'un grand nombre de réservoirs vésiculeux, remplis d'huile essentielle , ou de vésicules qui , d'après l'observation de M. Poileau , font saillie i la surface des fruits à jus doux.et forment, au contraire, une petite concavité dan» ceux à jus acide ou amer. L'intérieure, très épaisse dans certaines espèces et variétés , est blanche, plus ou moins charnue ou spongieuse, comme feutrée intérieurement ; elle renferme une substance particulière qu'on a nommée Hespéridine. Cette manière d'envisager le fruit des Citrus diffère entièrement de celle de De Candolle. Ce botaniste admettait, en effet, qu'un « torus, qui est épais et glanduleux à l'extérieur, entoure complètement les carpelles jusques à l'origine du style, et adhère avec eux au moyen d'un tissu cellulaire très lâche. > (Organog. végét.t t. U, p. 41.) Mais cette opinion est à peu près abandonnée aujourd'hui. Les graines, dont plusieurs avortent d'ordinaire dans les individus cultivés , se distinguent par la multiplicité de leurs embryons, parmi lesquels il en est en général un dont le volume dépasse celui des autres.
Les espèces de CUrus décrites jusqu'à ce jour sont , d'après la 2* édition du Komen-
clator, de Steudel , au nombre de 25.
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Celles d'entre elles dont la culture a pris de vastes développements dans ces derniers siècles, ont donné une si grande quantité de variétés , que leur histoire en est devenue très difficile. Les botanistes et les horticulteurs ne sont pas d'accord à cet égard , et nous voyons même les travaux successifs d'un même auteur présenter quelquefois , sous ce rapport, des divergences frappantes. Pour sortir de cet embarras, nous adopterons ici la classification spécifique exposée par Risso , dans son mémoire sur V Histoire naturelle des Orangers, Bigaradiers, etc. (Annal, du Mas., vol. XX), classification qui a été adoptée généralement par les botanistes. Nous ferons connaître ensuite la division qui a été présentée par le même auteur dans l'ouvrage qu'il a fait en commun avec M. Poileau. Pour plus de développements à cet égard , ainsi que pour l'histoire détaillée des CUrus, on pourra consulter les ouvrages suivants : Ferrari ; Jlespcridcs , sice de malorum aurcorum culturd et usu, in-fol.; Romx, 1016. — Volcamerius ; Hesperidum norimbergensium t sive de malorum citreorum , limonum t auranliorum culturâct usu , libr. IV ; Norimbergaj. — Gallesio ; Traité du Citrus , I , in-8. Paris, 1811. — Risso; sur V Histoire naturelle des Orangers, Bigaradiers , Limct* tiers, Cédratiers, Limonnicrs ou Citronniers, cultivés dans le déparlement des Alpes maritimes ; Annal, du Nus. , vol. XX, p. 160- 212 et 401-431. — Risso et Poileau; Histoire naturelle des Orangers, I, in-fol.; Paris, 1818, avec de belles planch. color.