‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle, servant de complément aux œuvres de Buffon, de G. Cuvier, aux encyclopédies, aux anciens dictionnaires scientifiquesChapitre 93 sur 170 · Pavot cooucliCot, Papaver Rhaas Lin · texte numérisé non relu

Pavot cooucliCot, Papaver Rhaas Lin

Cette espèce, beaucoup trop commune dans les moissons de toute la France, a sa tige droite, rameuse, hérissée de poils espacés et étalés, haute de 3 ou 4 décimètres; ses feuilles sont pinnatiparlites, à lobes incisésdentes, aigus ; ses fleurs, terminales sur de longs rameaux grêles, hérissés, sont grandes i d'un rouge vif avec une tache noirâtre i la base des pétales; elles renferment un grand nombre d'étamines à pollen brunâtre; lu capsule qui leur succède est obovée; le disque stigmatifère qui la surmonte a le plus souvent dix lobes. M. Spach réunit à celte plante, sous la dénomination scientifique de P. Bhceadtum Spach, plusieurs espèces décrites et regardées comme distinctes par divers botanistes, savoir: P. Roubiati DC, P. sinente Weinm., P. oblusifolium Desf., p. t'itlerwdtumRcb., P. commutatum Fisch. et Mever, p. dubium Lin., P. arenarium et lavigatumBitb.,P. trilobum Wallr. Cultivée pour l'ornement des jardins, celte plante produit, surtout en grandes masses, un effet magnifique par les nombreuses variations de couleur de ses fleurs, les unes simples, les autres doubles, unicolores ou panachées de blanc, de rouge, de brun-rouge, bordées d'un liseré clair, etc. Ces variations se multi-

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plient presque indéfiniment par les semis, et •Iles acquièrent toute leur beauté lorsqu'on a le soin de m recueillir la graine que des fleurs déjà doubles et surtout celles de la capsule qui s'est développée la première. Les fleurs de celte plante ont une odeur faiblement vireuse; leurs pétales ont une saveur mucilagineuse, légèrement arrière ; ils agissent comme adoucissants, un peu calmants, légèrement diaphoniques; ils partagent avec les fleurs de Guimauve, etc., le nom de Fleurs pectorales.

On Tait très fréquemment usage de l'infusion de ces fleurs dans les affections de poitrine peu intenses , surtout au début des catarrhes pulmonaires avec gèoe de respiration et toux pénible.

Dans certains pays , notamment aux en»

virons de Montpellier, on mange, au printemps, les pousses du Coquelicot, après les avoir Tait cuire.

e. Mecones, Bernh. {loco cilato). Tige simple; feuiles embrassantes; pétales blancs ou rouges; capsules glabres ; disque stigmalifère presque pian. Plantes herbacées annuelles, à suc laiteux narcotique, très probablement spontanées dans le midi de l'Europe et dans l'Asie mineure. Ici rentre une espèce des plus importantes sous plusieurs rapports.

4. Pavot somnifèbb, Papater tonutiferum Linn. Cette belle plante annuelle s'élève à i mètre ou plus de hauteur; sa racine est fusiforme ; sa lige est droite, rameuse à une certaine hauteur, cylindrique, glabre et glauque. Ses feuilles sont grandes, embrassantes, glabres et glauques, incisées et dentées sur leurs bords, qui sont ondules et recourbés irrégulièrement. Sa fleur, terminale sur des rameaux allongés, est très grande, à quatre pétales entiers, rouges-purpurins avec une tache foncée à leur base, ou blancs, variant au reste beaucoup par l'effet de la culture ; leurs étamines , très nombreuses , ont le filet dilaté supérieurement; le disque stigmatifère présente dix, douxe rayons et autant de lobes crénelés, distants; la capsule qui succède à ces fleurs, vulgairement désignée sous le nom de Téle de Paoot, est obovée ou presque globuleuse, grosse, glabre; elle renferme un très grand nombre de graines fort petites , brunâtres et presque noires dans certaines variétés, grises dans d'autres,

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blanches enfin dans celle qu'on nomme pour ce motif Pavot blanc.

Le Pavot somnifère est une espèce du plus haut intérêt, comme plante d'ornement, comme plante oléagineuse , surtout comme plante médicinale. Sous les deux derniers rapports, elle fournit des produits précieux qui sont devenus l'objet d'un commerce étendu, et dont l'un a été récemment le motif d'une guerre entre deux puissants Étatt. Aussi sa culture occupe t el le aujourd'hui de très vastes surraces de terrain.

Cultivé comme espèce d'ornement, le Pavot somnifère vient avec la plus grande fa« cilité dans tous les terrains, et se multiplie, sans la moindre difficulté, de semis faits eu place, généralement en automne, plus rarement à la fin de l'hiver. Les plantes provenant des semis d'automne fleurissent au commencement de l'été; les autres, vers la fin de l'été et au commencement de l'automne. Les fleurs des variétés cultivées varient presqu'à l'infini pour leur coloration dans laquelle on retrouve presque toutes les nuances, à l'exception du bleu, tantôt isolées , tantôt réunies en panachures d'une grande beauté; leur beauté est souvent augmentée par la division de leurs pétales en franges élégantes, et, dans la plupart des cas , par le grand nombre de ces pétales. Malheureusement leur odeur vireuie est fort peu agréable.

Comme espèce oléifère, le Pavot somnifère est l'objet de grandes cultures, surtout en Allemagne, en Belgique et dans plusieurs de nos départements septentrionaux. Sa graine, uniquement mucilagineuse, Técu lente et oleagineusc, entièrement dépourvue des principes narcotiques qui existentdans toutes les autres parties de la plante , fournit par expression V huile d'OEflteltê ou d'OlieUe, ainsi nommée par un simple diminutif d'Oteum, hurle ((Heolum, petite huile). Celte huile est légèrement colorée d'une teinte citrine peu prononcée ; elle est siccative ; elle seconsc ne longtemps sans rancir; elle résiste, sans se congeler, a un froid de— 12° C. ; elle sent un peu la noisette; elle est, du reste, bonne pour la cuisine, et, sous ce rapport, on la ratme à peu près immédiatement au-dejsous de l'huile d'Olive ; ausii l'on en consomme, pour cet usage, des quantités considérables. Elle est aussi très bonne pour l'éclairage;

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Enfin, dans la peinture à l'huile, on s'en J sert principalement pour là préparation des couleurs claires et terreuses, ou, plus généralement cour toutes relies uni n'eiinent pas l'emploi de l'huile de Un rendue très siccative par l'ébuUiiion avec la iitliargc (protoxydede Plomb). Le commerce de l'huile dOEilletie, pour la France seule, s'aère aujonrd'hui à la somme de 25 i 30 millions par ao. On obtient cette huile des variétés à graines noirâtres, vulgairement désignées sous le nom de Pavot noir, et quelquefois d'une rariété connue des cultivateurs sous le nom de Paroi aveugle, parce que ses capsules restent entièrement fermées à leur maturité, particularité avantageuse qui éloigne tout danger de perdre de la graine. Cette culture demande une terre douce et substantielle, préalablement ameublée et préparée avec soin. La graine étant très petite, 4 ou 5 demikilogrammes suffisent pour en ensemencer un hectare. Les semis s'en font le plus souvent à la volée, pendant toute la durée du printemps, et l'on a le soin de la recouvrir très I peu. On éclaircit peu à peu, jusqu'à ce que lea pieds restent espacés d'environ 2 on 3 décimètres. On donne plusieurs binages successif» jusqu'au moment où la ligecommence a monter. La maturité des capsules arrive vers le commencement de l'automne; on arrache alors les plantes, qu'on lie par poignées, en les maintenant verticales pour ne pas faire tomber la graine; ces poignées, réunies en faisceaux également droits, restent sur le champ jusqu'à ce que, leur maturité et leur dessiccation étant complètes, on les batte sur place et sur des toiles. Le marc qui reste de ces graines après l'ei traction de l'uuile «tu moyen de la presse sert à nourrir les bestiaux et la volaille. La graine du Pavot somnifère est encore comestible. Les Romains faisaient des gâteaux avec de la farine, du miel et celte graine torréfiée ou son huile. De nos jours, on en Tait encore un usage semblable, en certaines parties de la France; en Pologne, elle constitue, dit-on, un aliment très usité. Enfin la volaille la recherche et la mange avec avidité.

Comme espèce médicinale, le Pavot somnifère est l'une des plantes les plus précieuses que nous connaissions. Il suffit, pour donner une idée de son importance sous ce rapport, de dire que c'est de lut qu'on ex- |

trait l'Opium. Cette substance médicamenteuse est «traite de trois manières différentes: f* Par incision des capsules avant leur maturité; ces incisions doivent être superficielles et entamer le péricarpe seulement jusqu'à 1 ou 2 millimètres au plus de profondeur, sans pénétrer dans la cavité; M. Aubergier a employé récemment pour cette opération un instrument à quatre pointes parallèles peu saillantes qui, ne perçant pas l'endocarpe des fruits, leur permet de mûrir leurs graine». M. Bonafous (Comptesrendus, tom.XX,i84S,pag. 1456) dit avoir reconou que les incisions transversales sont beaucoup plus avantageuses que les longitudinales, ce dont il semble facile de se rendre compte. Par ces incisions , découle le suc laiteux, qui se concrète, au bout de quelques heures, en Opium. Après dix ou douze heures, on ramasse cette matière avec un racloir ; on répèle l'opération pendant cinq ou six jours, et Ton obtient ainsi VOpium en larmes, le plus précieux de tous. Les petites portions d'Opium, ainsi obtenues, sont humectées et pétries au soleil, et, par là, on en forme des pelotes ou des pains. t° Par expression, et 3" par ébullition. Ces deux procédés donnent un Opium de qualité bien inférieure à celle du précédent, mais beaucoup plus répandu dans le commerce, lis consistent, le premier, à extraire le suc des capsules déjà épuisées par incision, des feuilles et des tiges ; le second, à faire bouillir dans l'eau les parties donc le suc a élé déjà exprimé sous la presse, et à concentrer ensuite cette décoction en l'évaporant. On conçoit aisément que cette dernière opération donne une qualité très inférieure d'Opium; mais les Orientaux déguisent d'ord i naire ce tte i nfério r lté en mél a n t le suc exprimé à l'extrait obtenu par ébullition.

L'Opium du commerce vient de l'Asieliineure, et particulièrement du pacbalik de Kara-Hissar, par Smyrne etConsteotinople, sous la forme de gâteaux pesant chacun de 1 /4 à 1 /2 kilogramme, enveloppés de feuillet de Pavot ou de Tabac , de l'Egypte , de la Perse et de l'Inde. Celui-ci a la forme de boules ayant à peu près la grosseur d'une Orange , qu'on réunit par quarante dans des caisses soigneusement scellées. Ce sont ces caisses, d'une valeur moyenne de 3150 fr., que la contrebande introduit en Chine en

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quantité si considérable , que la valeur totale s'en est élevée, en 1898, à 67 millions. La guerre des Anglais contre l'empire chinois et le traité qui en a été la conséquence, avaient momentanément diminué celte énorme importation ; mais aujourd'hui Ton sait , autant du moins qu'il est possible d'être Gié à cet égard , que la contrebande reprend sous ce rapport sa première importance. Au reste, cet Opium des tiné par les Anglais à l'usage des Chinois est de qualité extrêmement inférieure.

Depuis que l'Algérie est devenue une colonie française, des essais y ont été faits pour la culture du Pavot somnifère dans lebutd'en obtenir l'Opium ; ces essais , provoqués et encouragés par le gouvernement, ont amené des résultats avantageux, comme il est facile de s'en convaincre en jetant les yeux sur les rapports faits à l'Académie des sciences par M. Payen ( Comptes - rendus , t. XVII , p. 845; t. XX, p. 999). En France même, des expériences ont été faites à diverses époques , et ont prouvé la possibilité d'obtenir sans désavantage, sur notre propre sol, celle substance précieuse, que nous retirons à grands frais de l'Orient , et de laquelle les grandes variations de qualité, dues aux divers procédés d'exiraclion , à la différence de climat et de culture, surtout à la fraude, font un agent thérapeutique fort inégal. Si nous en croyons même une noie publiée par M. Aubergier dans les Comptes - rendus tle l'Académie des sciences ( 18 mai 1846 ), l'Opium obtenu par cet observateur dans la Limagne serait notablement supérieur à celui de Smyrne , qu'on a regardé jusqu'ici comme le meilleur. On a assuré que l'Opium indigène ne renferme pas de Narcoline , et l'on s'est basé sur ce bit pour le dire plus calmant que l'Opium exotique; mais les expériences de M. Orûla tendent à montrer que la Narcoline ne joue pas le rôle excitant qu'on lui avait attribué.

L'Opium du commerce est de couleur brune , sec et brillant dans sa cassure , du moins lorsqu'il est de bonne qualité. Son odeur est forte et vireuse; sa saveur est amere et nauséabonde. Il se dissout dans l'eau en laissant un résidu formé des matières étrangères dont il était mêlé ; il se ramollit par la chaleur, et sur des charbons ardents il btùle avec flamme. Sa composition chi-

mique est très complexe. Ses deux principes les plus importants sont deux alcaloïdes. U Morphine et la Narcoline. 1° La Morphint, entrevue par Séguin en 1804, isolée par Sertuerner en 1817, est une substance solide, blanche , inodore , très amère , peu soluble dans l'eau, un peu soluble dans l'alcool, presque insoluble dans l'éiher, inaltérable a l'air, fusible par l'action de la chaleur, mail se décomposant par la distillation sècbe; elle cristallise, tantôt en prismes triangulaires , tantôt en octaèdres ; elle se dissout aisément dans les acides étendus ou faibles, surtout dans l'acide acétique. Sa quantité permet d'évaluer la qualité des divers Opiums ; ainsi il n'en existe qu'un demicentième dans l'Opium indien préparé pour la Chine; celui de Constanlinople en renferme 5 pour 100; celui obtenu d'abord en Algérie à peu près la même quantité; relui d Egypte 7 ou 8 pour 100; celui de Smyrne 10 pour 100; enfin certains échintillons d'Algérie en ont donné 12 pour 100, et M. Aubergier assure en avoir obieau 17,833 pour 100. 2» La Narcottne a été découverte par Derosne en 1 803 ; elle est blanche, inodore, insipide, insoluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool, soluble dans les huiles grasses et essentielles; elle cristallise en prismes droits à bases rhombe», ou en aiguilles groupées en faisceaux. Son action sur l'économie animale est moins intense que celle de la Morphine, qui l'emporte en énergie sur l'extrait d Opium, et qui détermine la mort en quantité tant soit peu forte. 3° Les autres matières contenues dans l'Opium sont : la Codéine, la Thébafne, l« Narcéinc , l'acide méconique , l'Opian , du mucilage, de la fécule, une résine, une huile fixe, etc.

L'Opium est un des agents thérapeutiques les plus importants , à cause de son action puissante sur le système nerveux. A faible dose , il agit comme calmant, sédaUf et soporifique; à dose plus forte, il détermine un état de stupeur profonde, ou bien il surescite les diverses fonctions et amène une sorte de délire ; enfin , en quantité plus forte encore, il détermine la morl;maison saUq-ic l'habitude peut émousser presque entièrement son action. Ainsi les Orientaux qui en font un usage immodéré, qui le fument, le mêlent à leurs breuvages, le mâchent pr««~

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