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PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

peut gâter ainsi les meilleurs sentiments : on affecte d'être juste, impartial, sincère, dévoué, sensible, etc. ; et, en trahissant de la sorte chaque vertu en particulier, l'affectation est associée successivement à tous les vices.

Précieuse. — On donne aujourd'hui ce nom aux personnes qui sont affectées dans leurs manières et surtout dans leur langage. Mais il n'en était pas de même avant Molière, alors que l'Hôtel de Rambouillet réunissait des femmes distinguées qui s'appliquaient ensemble à cultiver le beau langage. Malheureusement elles tombèrent dans une affectation ridicule d'élégance et de purisme, et Molière les railla dans les Précieuses ridicules (1659) et les Femmes savantes (1672).

Pédant. — Non moins ridicules que les précieuses, les pédants sont peut-être plus insupportables ; et, par malheur, la pédanterie atteint l'un et l'autre sexe. Elle consiste principalement dans une affectation de savoir; mais elle gâte également le ton, les manières, les entretiens, les écrits. De là, en particulier, un mauvais genre en littérature, qui a été qualifié de pèdantesque.

Bienséance. — On peut dire que la bienséance est cette qualité qui fait observer toute convenance. La politesse et l'honnêteté des manières, l'urbanité, la civilité, etc., sont ses formes les plus générales. Elle fait qu'on a égard aux personnes, aux circonstances, à l'âge, à la dignité, à la condition, aux usages établis et qu'on ne blesse jamais aucun droit ni aucune juste susceptibilité. La bienséance est dans les procédés et les manières, dans le ton, l'air, le geste et les paroles : il n'est rien dans ce qui paraît de la personne qui ne doive tomber sous sa loi. Si la bienséance n'est pas toujours une vertu, mais parfois le simple fruit de l'éducation ou d'un esprit juste, qui sait parfaitement s'accommodera son milieu, elle devient bien vite une qualité morale du moment que l'on accomplit loyalement les actes qu'elle prescrit. C'est alors une vertu des plus complexes et des plus délicates. On pourra estimer aussi qu'elle est superficielle et qu'il est facile de la mettre en conflit, du moins apparent, avec des vertus plus graves. Mais on reconnaîtra qu'elle dénote un bel ensemble de qualités morales, quand elle traduit fidèlement les sentiments habituels, les façons déjuger et de sentir de ceux qui l'observent sans jamais y manquer.

Civilité. — Bien que la civilité soit exposée au mensonge, elle n'en forme pas moins les premiers nœuds de la société. Moins parfaite, au point de vue moral, que l'honnêteté, la bienséance et

même la politesse, elle est plus indispensable qu'elles, à certains égards. Car elle consiste davantage dans les formes extérieures; or on se passe moins de celles-ci, en société, que des sentiments qu'elles expriment avec plus ou moins de sincérité. — On appelait jadis livres de civilité, des ouvrages que l'on composait pour apprendre aux enfants les usages du monde ; ainsi la Civilité puérile d'Erasme. De là le proverbe : // n'a pas lu la civilité puérile et honnête, qu'on applique à quelqu'un qui manque aux plus simples devoirs de la société.

Discrétion. — Considérée d'une façon générale, la discrétion paraît se confondre avec la prudence et mieux encore avec le jugement ou le discernement, cette partie de la prudence qui tient le milieu entre le conseil et l'ordre. Discerner le vrai du faux, savoir où finit le bien et où commence le mal, en un mot trouver pour chaque chose la juste mesure, c'est le propre des esprits judicieux et discrets. Mais considérée d'une façon spéciale, la discrétion s'applique aux paroles, à ce qu'il convient de dire ou de taire, à la manière dont il faut le dire, au temps et aux circonstances dans lesquelles il faut parler, etc. On voit dès lors combien la discrétion est précieuse et combien son objet est étendu, quoiqu'il paraisse d'abord étroitement circonscrit. La parole, en effet, est le signe par excellence et universel : rien n'échappe à ses prises. Celui qui ne commettrait aucune faute en paroles, serait donc parfait, selon une remarque de l'apôtre saint Jacques : Si quis in verbo non offendit, hic perfectus est vir (ni, 2). Une parfaite discrétion serait donc l'indice d'une vertu achevée.

Propreté. — La propreté, qui n'est par ellemême qu'une netteté des choses matérielles, devient une vertu par le soin raisonnable que l'on prend de la faire régner autour de soi et sur sa personne, en sorte qu'on a pu dire qu'elle est une seconde pudeur. Toutefois, c'est une vertu des plus relatives, des plus exposées à l'affectation et aux autres méprises de la vanité et de l'orgueil : beaucoup la préconisent, qui la confondent avec ses effets matériels. Comme vertu elle ne cesse de dépendre de la raison ; ses effets extérieurs et sa pratique matérielle sont donc subordonnés à des vertus plus hautes. Celles-ci, qui peuvent prescrire d'affronter toutes sortes de blessures, de contagions et la mort même, peuvent à plus forte raison ordonner ou permettre de ne tenir aucun compte de certaines répugnances d'ailleurs légitimes.

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