LIVRE V : DE LA SCIENCE ET DE L ART
puits artésiens, etc. Elles marquent aussi, et ceci est bien plus important, le plan des cotes et des îles, la place des écueils, récifs, bancs de sable, la direction et la vitesse des courants, les profondeurs de la mer. On attribue encore à cette science tous les calculs de la position occupée par un navire en marche. Confondue d'abord avec le pilotage, l'hydrographie maritime a pris un grand développement et une extrême importance avec le progrès du commerce maritime, l'invention de la boussole et d'une foule d'instruments scientifiques utiles à la navigation. Il existe dans les ports principaux de France des écoles gratuites A' hydrographie. Le Bureau des longitudes, le Dépôt des cartes et plan de la marine et le corps des ingénieurs-hydrographes rendent des services indispensables à cette science par leurs publications (tables nautiques annuelles, cartes) .
Géodésie. — C'est la science des opérations nécessaires pour lever la carte d'un pays, mesurer un arc de méridien, etc. (v. triangulation). Liée dès lors à la géographie, à l'hydrographie, etc., la géodésie est en même temps une branche des mathématiques.
Géographie . — Considérée comme simple description de la terre ou topographie, la géographie se ramène à l'histoire de la nature. Mais, dès que la description de la terre est raisonnée et scientifique, elle intéresse et comprend de quelque manière les sciences mathématiques et physiques, la politique, l'histoire, etc. La géographie ramène ainsi à elle toutes les connaissances. On peut donc distinguer : la géographie mathématique etastronomique, qui traite du globe et de ses rapports avec le reste du ciel; — la géographie physique, qui décrit le relief terrestre et la distribution des eaux; elle comprend la géographie physique proprement dite et la géographie biologique, qui se subdivise en botanique et zoologique : celles-ci étudient les distributions géographiques des animaux et des plantes; — la géographie politique, c'est-à-dire celle des Etats, des langues, des religions, des rares ; et ici nous rencontrons de nouveau Veth nograph ie ; — la gèograph ie h istorique, (pii n'omet jamais les rapports des pays ou des lieux qu'elle considère avec les événements qui s'y accomplirent ; elle note les changements de frontière, la fondation et la destruction des villes, etc. ; on peut la diviser comme l'histoire (ancienne, du moyen âge, moderne). On pourrait distinguer encore les géographies militaire, commerciale, industrielle, économique, etc. — La géographie s'est développée à mesure que la terre était mieux connue des peuples commerçants et despeuples conquérants. Les Phéniciens avaient semé des comptoirs sur tout le littoral de la Méditerranée et au delà ; ils firent peut-être le tour de l'Afrique. Alexandre ouvrit à ses contemporains les portes de l'Orient. Les Romains dressèrent des Itineraria pour tout l'Empire. Eratosthène, Hipparque, Strabon, Ptolémée cultivèrent la géographie dans un esprit vraiment scientifique. Les conquêtes des Arabes, les croisades provoquèrent des découvertes géographiques; un envoyé de S. Louis (v. Rubruquis) alla jusqu'au fond de la Mongolie. Les expéditions des Portugais aux Indes, la découverte de l'Amérique rendirent enfin la géographie universelle. Mais le centre de l'Afrique n'a été connu qu'à la fin du XIXe siècle. tons parmi les géographes : d'Anville, Malte- Rrun, Balbi, Vivien de Saint-Martin, Elisée Reclus. Des Sociétés de géographie existent dans les principales villes. Aucune science peut-être n'est plus encouragée (v. les noms des explorateurs contemporains, les Dictionnaires et Revues gèograph iques, le grand ouvrage d'Elisée Reclus, l'a Terre et les hommes ; de Lapparent, Leçons de Géographie physique, etc.)
Topographie. — La topographie ou lever de plans est l'art de représenter un lieu, un pays avec sa configuration, ses reliefs et ses accidents. La topographie relève essentiellement de la trigonométrie (v. ce mot, triangulation, graphomètre, etc.) ; elle fait partie de la cartographie, art de dresser des cartes, dont les perfectionnements sont parallèles aux progrès de la géographie. La topographie est indispensable en particulier à l'art militaire; elle est cultivée avec soin dans l'armée française. Elle diffère de la chorographie, qui est la description générale d'un pays : la topographie en est la description exacte et détaillée.
Astronomie. — Comme l'étymologie l'indique, l'astronomie est la science des astres et de leurs mouvements. On donne le nom de cosmographie ou d'uranographie à l'astronomie descriptive, et celui de mécanique céleste à l'astronomie mathématique. Les plus célèbres observateurs du ciel dans l'antiquité, furent les Chaldéens, et, après eux les Egyptiens et les Chinois ; mais l'ancienne astronomie fut trop souvent entachée de superstition (v. astrologie). En Occident, les plus anciens astronomes sont Thaïes et Pythagore. Le premier aurait connu la sphéricité de la terre, l'obliquité de l'écliptique et la cause des éclipses, la rotation du globe terrestre sur son axe et sa révolution annuelle autour du soleil. A l'école d'Alexandrie, l'astronomie se développa ; au gnomon, déjà employé par Thaïes, s'ajoutèrent des instruments ingénieux, qui facilitèrent les observations et les calculs. Les principaux astronomes d'alors sont : Aristarque de Samos, qui essaie vainement d'accréditer les idées de Pythagore ; Hipparque, qui invente l'astrolabe, découvre la précision des équinoxes, etc. ; Sosigène, que César appela à Rome pour réformer le calendrier; Ptolémée enfin, auteur de l'Almageste, dont le système astronomique prévalut malheureusement et si longtemps. Il plaçait la Terre au centre du monde et supposait que les astres tournent autour d'elle : c'était aussi l'idée d'Aristote. Les astronomes arabes, initiés par les chrétiens d'Orient, cultivèrent à leur tour l'astronomie et dressèrent des tables plus exactes que celles de Ptolémée. Le système de ce dernier ne fut réfuté que par Copernic. Encore les idées de Copernic ne prévalurent-elles pas d'abord. En les soutenant indiscrètement et en paraissant attaquer l'Ecriture, Galilée les compromit un instant. Mais le système de Copernic ne tarda pas néanmoins à devenir incontestable, pendant que l'invention et le perfectionnement des lunettes astronomiques faisait faire de grandes découvertes. Citons encore parmi les astronomes célèbres : Tycho- Brahé, Kepler, Newton, Herschell, Lagrange, Laplace, Arago, Le Verrier. L'invention du spectroscope et les progrès de la photographie (v. ce mot) ont fait faire de nouveaux progrès à l'astronomie. Il n'est plus douteux aujourd'hui que le soleil et les astres sont composés des mêmes éléments que la terre. (V. les Traités d'astronomie ; [au point de vue apologétique, Ortolan, Astronomie et théologie, 1894.)
Cosmogonie. — Cette science relève à la fois de la cosmologie ou philosophie de la nature et de Y astronomie. Elle diffère néanmoins de la première en ce qu'elle ne recherche pas toutes les premières causes du monde, mais les plus anciennes et les premières dans l'ordre scientifique. Elle diffère de l'astronomie en ce qu'elle considère moins l'état actuel du monde que ses origines et ses modes de formation possibles. Sans parler des légendes indiennes et d'autres cosmogonies inventées par les poètes, Descartes essaya d'expliquer la formation du monde d'une manière toute mécanique, au moyen de tourbillons de matière. Laplace s'est appuyé sur l'idée newtonienne de la gravitation et aussi sur l'hypothèse delà condensation progressive