LIVRE V : DE LA. SCIENCE ET DE L ART
suivre certains cours auprès des Facultés de médecine et ne peuvent exercer leur profession que dans les limites tracées par la loi.
Dentiste. — L'art dentaire, qui a progressé beaucoup, d'abord en Amérique, est devenu une spécialité importante, grâce au développement de toutes les branches de la chirurgie et surtout par le fait de l'extension des maladies, la carie en particulier, qui affectent les dents chez les peuples civilisés. Cet art relève de l'anatomie, de l'hygiène et, d'une manière générale, delà médecine, surtout lorsque des anesthésiques sont employés ; il exige aussi une certaine pratique de la mécanique et une grande dextérité de main. Son exercice a été réglementé par des lois récentes. Les principales opérations dentaires sont : le limage, la cautérisation, le plombage ou Y aurification, l'extraction. Avec la multiplication des pièces artificielles ou dentiers, le commerce des dents artificielles a pris de l'importance. On fait les fausses dents avec 1 ivoire, les dents d'hippopotame, l'émail, etc.
Inoculation. — C'est, en général, toute introduction dans l'économie du principe d'une maladie contagieuse. Plus spécialement, elle consiste à prendre du virus variolique sur une personne légèrement atteinte et à l'introduire dans le corps d'une personne saine, afin d'y produire une variole bénigne et préservatrice d'une variole dangereuse. Mais cette inoculation elle-même n'était pas sans danger. Connue depuis longtemps en Asie et en Afrique, elle fut introduite à Constantinople en 1673, puis importée en Angleterre et autorisée en France en 1674. Elle fut remplacée bientôt et avantageusement par la vaccination, qui ellemême est une sorte d'inoculation. Le traitement de la rage selon la méthode pasteurienne et la méthode générale dite de se ru m thérapie (v. ce mot) se rapportent aussi à l'inoculation.
Saignée. — Elle est veineuse (phlêèotomie) ou artérielle (artèriotomie) et se pratique, dans les deux cas, avec une lancette ; la saignée capillaire se pratique au moyen de sangsues ou de ventouses, etc. On distinguo aussi la saignée générale et la saignée locale, selon qu'elle dégorge tout l'organisme ou un organe seulement. La saignée veineuse, qui est la plus ordinaire, se pratique généralement au pli du bras. Regardée autrefois comme un remède à peu près universel, la saignée est peut-être trop négligée de nos jours : on reconnaît cependant ses bons effets dans les cas de phlegmasies aiguës, de pléthore.
Transfusion du sang. — Elle fut pratiquée pour la première fois en 1666 par le docteur Emmerets, qui essaya par là de guérir un fou. Les accidents qui s'ensuivirent la firent condamner par le Châtelet. On l'a pratiquée depuis lors et avec plus de succès, mais pour fortifier les malades à la suite de pertes de sang considérables. Le sang transfusé doit provenir d'un individu de même espèce, et il faut le maintenir à la température du corps.
Artériotomie. — L'artériotomie ou saignée artérielle ne peut être pratiquée que sur certaines artères moins importantes et situées de façon que l'écoulement du sang puisse être facilement arrêté : telles sont les artères temporales superficielles et auriculaires postérieures, pour la compression desquelles les os du crâne fournissent un point d'appui.
Bronchotomie — Elle peut se pratiquer de plusieurs manières : tantôt on ouvre seulement la trachée-artère {trachéotomie), tantôt le larynx {laryngotomie), tantôt les deux canaux à la fois (trachéo-laryngotomie). Cette opération, qui remonte à Asclepiade, peut se faire progressivement ou d'un seul coup de bistouri ; elle a pour but d'extirper quelque tumeur, ou d'extraire un corps étranger, ou seulement de permettre la respiration,
dans les cas de croup, d'oedème de la glotte, etc. On doit maintenir la plaie béante, au moyen d'une canule, qui permet le passage de l'air.
Résection. — Elle consiste à retrancher une des extrémités articulaires d'un os ou quelque segment d'os malade. Elle est dite pathologique ou orthopédique. Celle-ci a pour but de remédier à quelque difformité acquise ou congénitale.
Amputation. — Il y a plusieurs méthodes d'amputation : la plus ancienne et la plus usitée est dite méthode circulaire. Les autres sont dites : à un lambeau, ci deux lambeaux, ovalaire. L'amputation comprend l'incision des parties molles, la section de l'os au moyen d'une scie, la ligature des artères et le pansement. Lorsqu'un appareil prethétique doit être adapté au membre amputé, il faut rejeter la cicatrice hors du point d'appui de l'appareil. Grâce aux anesthésiques et aux antiseptiques, les amputations les plus affreuses d'ailleurs ont été rendues supportables et moins dangereuses. L'amputation qui se pratique aux points des articulations des membres, est appelée amputation dans l'article, et quelquefois désarticulation.
Trépanation. — Elle consiste à percer les os, en particulier le crâne, au moyen du trépan, pour extraire ou redresser des fragments d'os, arrêter la carie, donner issue à un épanchement, etc. La trépanation a été pratiquée chez des peuples préhistoriques et, paraît-il, dans un but religieux. Abanbonnée à cause de ses dangers, elle a été pratiquée de nouveau et avec succès dans les cas de blessure du crâne, de tumeurs intracrânienne, d'épilepsie.
Taille. — Cette opération, qui consiste à inciser la vessie pour en extraire les calculs, était connue des anciens, et il y a diverses méthodes de la pratiquer ; elle est encore en usage quand les calculs sont trop volumineux ou trop durs. Mais elle est d'ordinaire remplacée par la lithotritie, qui offre beaucoup moins de dangers.
Lithotritie. — Connue des Arabes au XIIe siècle et indiquée plusieurs fois depuis lors, l'idée de la lithotritie ou broiement des calculs dans la vessie, sans pratiquer aucune incision de cet organe, n'a été réalisée avec plein succès qu'au XIXe siècle. On se sert à cet effet d'un appareil courbe composé de deux branches glissant l'une sur l'autre. L'appareil droit fut d'abord employé.
Vétérinaire. — Peu cultivé des anciens, bien que l'on trouve quelques indications dans les Géorgiques, l'art vétérinaire a pris de nos jours une véritable importance. L'agriculture lui doit la conservation de ses bestiaux et l'amélioration de leurs espèces. Tous les animaux domestiques profitent des progrès de cet art. Dans l'armée, plusieurs vétérinaires sont attachés à chaque régiment de cavalerie ou d'artillerie. Bourgelat (XVIIIe siècle) est regardé comme le créateur de cette branche de la médecine, qui est enseignée en Fiance dans trois écoles spéciales : Alfort, Lyon et Toulouse.
Pharmaceutique. — La pharmaceutique ou phaimacie est cette branche de la médecine qui a pour objet la préparation des médicaments, leur conservation et leur emploi. Longtemps confondue avec la médecine, alors que les médecins préparaient eux-mêmes les remèdes dont ils se servaient, cet art en est devenu distinct. Il relève étroitement de la botanique et de la chimie, auxquelles il emprunte la plupart des médicaments. La vente de ceux-ci fut longtemps laissée aux herboristes et aux épiciers-droguistes; la vente des drogues futensuite réglementée ; plus tard vinrent les formulaires du Codex, qui régirent la pharmacie. Un Collbije de pharmacie fut créé à Paris en 1677 ; il fut défendu de cumuler la pharmacie et. le commerce de l'épicerie. Des Ecole* tle pharmacie furent créées en 1803. Aujourd'hui il existe en France trois Ecoles
supérieures de pharmacie (Paris, Montpellier, Nancy); quatre Facultés mixtes de médecine et de pharmacie (Lyon, Bordeaux, Lille, Toulouse) ; deux Ecoles 'le plein exercice (Marseille, Nantes) ; quatorze Ecoles préparatoires. A Lyon est rattachée l'école de médecine et de pharmacie militaire; à Bordeaux, l'école de médecine et de pharmacie navale. Le titre de pharmacien de lre classe ne peut être conféré que par les Ecoles supérieures et les Facultés mixtes ; il donne le droit d'exercer la profession dans toute l'étendue du territoire français, d'enseigner dans les Ecoles de pharmacie et de remplir l'emploi d'officier du service de santé dans l'armée de réserve et territoriale.
Pharmacologie. — Cet l'étude delà matière médicale ou la description des médicaments : elle lait l'objet d'un enseignement spécial dans les facultés de médecine. Pharmaciens et médecins doivent connaître les caractères physiques, chimiques et médicaux des substances employées en thérapeutique.
Pharmacopée. — La rédaction de la Pharmacopée française est confiée à la Faculté de médecine et à l'Ecole de pharmacie de Paris : c'est le Codex ou Forme /aire officiel d'après lequel les médicaments doivent être préparés. La première édition date de 1748; la dernière de L884. Rédigé d'abord en latin, il l'est aujourd'hui en français.
Toxicologie. — Cette partie de la médecine et de la pharmacie traite des poisons : elle les classe, reconnaît et étudie leurs effets, détermine les moyens de les combattre. Indispensable à la médecine légale, elle éclaire la justice dans les cas d'empoisonnement criminel.
Embaumement. — Hormis les Grecs et les Romains, presque tous les peuples anciens ont pratiqué l'embaumement ; les Egyptiens en particulier l'ont pratiqué avec un art consommé, comme on le voit par les momies qu'ils ont laissées. Leurs opérations se réduisaient à vider le cadavre de ses viscères, à le soumettre à l'action prolongée du natron, pour enlever la graisse et les parties muqueuses, à le bien laver ensuite, à le dessécher et à le soustraire à l'action de l'air au moyen d'un vernis et de bandelettes gommées. Tombé en désuétude, l'embaumement a été pratiqué de nouveau à partir du XVIIe siècle. Le procédé le plus simple consiste à injecter dans le corps, par une ouverture pratiquée à l'artère carotide, une solution de sulfate d'alumine. Le corps est ainsi soustrait à la fermentation putride et se dessèche. On évite néanmoins de l'exposer à l'humidité.
Botanique. — Connaître, décrire et classer toutes les plantes, tel est l'objet de la botanique. Il n'est guère de sciences qui rendent plus de services à l'humanité et puissent charmer autant ceux qui s'y appliquent. Elle comprend la botanique générale et la botanique spéciale. Celle-ci a pour objet la classification. Celle-là comprend la morphologie ou organographie et la physiologie végétales. Il convient d'ajouter, en outre, la botaniqee géographique, qui étudie la distribution des plantes à la surface de la terre, et la paléontologie végétale, qui traite de la flore fossile. Bien que la botanique n'ait pas été étudiée par les anciens avec assez de méthode, il faut citer cependant Théophraste, Dioscoride, Pline le Naturaliste. Tournefort le premier (1694) invente une classification basée sur la présence ou l'absence de la corolle. Linné, quelque temps après, refond les genres de Tournefort d'après les organes de la reproduction ; il simplifie la classification et la nomenclature, donnant à chaque genre un nom à part et désignant chaque espèce par un qualificatif ajouté au genre : il crée la langue botanique usitée aujourd'hui encore. Mais la classification de Linné, comme celle de Tournefort, était purement artificielle. Bernard
de Jussieu (1750) et son neveu Laurent (1789) publient une nouvelle classification, qui conserve mieux les familles naturelles et qui a contribué au bon succès des travaux entrepris par les botanistes qui ont suivi : Saussure, Ad. de Jussieu, Ad. Brongniart. Depuis lors la science de la cryptogarnie a été créée pour ainsi dire, l'anatomie et la physiologie végétales sont mieux approfondies ; bref, la botanique a bénéficié des progrès généraux des sciences naturelles.
Minéralogie. — Reconnaître, décrire et classer les minéraux, c'est-à-dire tous les corps inorganiques répandus à la surface ou cachés dans le sein de la terre, tel est l'objet de la minéralogie. Cette science est liée étroitement à la géologie. Comme le botaniste et le géologue, le minéralogiste doit explorer beaucoup la nature ; dans ses excursions scientifiques, il lui suffit de quelques instruments portatifs pour reconnaître à peu près toutes les espèces de minéraux. Ces instruments sont le marteau, une aiguille aimantée, une pointe d'acier, quelques acides, un chalumeau. Dès les origines, les minéraux furent plus ou moins connus, puisque l'art de travailler les métaux est des plus anciens ; mais la minéralogie n'a été constituée comme science que dans ces derniers siècles. Citons cependant les traités d'Aristote et de Théophraste sur les minéraux. Au moyen âge, la minéralogie suit la fortune de l'alchimie. En 1546, G. Agricola publie à Bàle De re metallicâ. Deux siècles plus tard, Linné remarque la valeur des formes cristallines dans la classification des minéraux. Toutefois il était réservé à Haûy de créer la cristallographie. Des traités de minéralogie ont été publiés par Haùy, A. Brongniart, Dufrénoy, et, dans ces dernières années, par M. de Lapparent.
Cristallographie. — Connaître les cristaux et les relations de forme qu'ils ont entre eux, tel est l'objet de la cristallographie. Elle est utile au chimiste aussi bien qu'au minéralogiste et au géologue pour distinguer les corps. On mesure l'angle des cristaux avec le goniomètre. Les anciens naturalistes connurent certains cristaux, entre autres le cristal de roche, mais les regardèrent comme un jeu de la nature. Le premier traité de cristallographie, dû à Rome de Lisle, date de 1772. Mais ce fut Haûy qui, ayant reconnu l'existence du clivage, en 1781, découvrit la loi de dérivation et la loi de sijmétrie qui régissent les formes cristallines.
Géologie. — C'est la science de la Terre, de sa constitution, de la disposition de ses matériaux, de son développement à travers les âges ou de sa double évolution, à la fois physique et organique. Comme on le voit facilement par les fossile ;, ces deux évolutions sont intimement liées l'une à l'autre. Dès 1575, Bernard Palissy s'élevait contre ceux qui regardaient comme de simples jeux de la nature les coquilles enfouies au sein de la terre ; il soutint que les fossiles sont des restes d'animaux et que la mer avait jadis couvert les continents. Mais ces idées alors ne furent pas comprises. En 1785, Hutton publiait sa Théorie de la terre et fondait l'école des plutoniens ou vuleanistes, qui expliquent par le feu l'origine du globe. En 1787, "Werner publia une théorie contraire et également exclusive, celle des neptuniens. On a reconnu depuis que le feu et l'eau ont également concouru, mais à diverses époques et de diverses manières, à la formation du globe. Citons parmi les géologues célèbres : Cuvier, Elie de Beaumont, auteur de la Carte géologique de France (V. de Lapparent, Traité de géologie).
Hydrographie. — Liée intimement à la géologie et à la géographie, cette science s'occupe de toutes les eaux terrestres, soit superficielles, soit souterraines. Les cartes qu'elle dresse relatent le régime des lacs, des cours d'eau, des sources, des