Chapitre II
Des qualités du corps.
Vie. — Il y a des qualités qui conviennent indistinctement à tous les corps, vivants ou inanimés : ainsi la figure, le poids, la couleur. Il en sera traité au livre des accidents de la matière. Nous considérerons maintenant les qualités propres aux corps vivants et spécialement au corps humain, à savoir : la vie, l'âge, le sexe, la santé, etc.
La vie est une propriété essentielle du corps animé : elle résulte, en effet, de l'union même de l'âme avec le corps; et si par la vie on entend le premier principe vital, elle ne diffère pas de l'âme elle-même (v. en métaph., liv. II, ce qui a été dit de l'essence même de la vie). La vie est si naturelle à l'homme, que la mort le surprend toujours, non moins qu'elle l'effraie et l'afflige. Les membres sont faits pour agir ; les yeux cherchent toujours la lumière ; les oreilles ne peuvent se remplir de paroles ; tous les organes répugnent à l'inertie et à la dissolution. Il semble que les éléments qui composent le corps s'étaient donné rendez-vous pour ne plus se séparer. L'homme porte en sa personne comme le principe d'un mouvement incessant, perpétuel, renaissant toujours de lui-même ; la vie paraît s'écouler comme un fleuve intarissable, qui n'abandonne ses eaux à l'océan que pour en trouver de plus pures à sa source : car les aliments qui se changent en la substance même de l'homme ne perdent rien de leur saveur et de leur vertu ; le froment est toujours pur, le vin toujours généreux, l'air ne manque jamais à nos poitrines qui se dila-
tent et l'aspirent librement. Pourquoi donc faut-il mourir ? Hélas ! Nous n'ignorons point la sentence qui fut prononcée contre le premier homme : Tu mourras de mort.
Cependant, bien que dans l'homme tout semble répugner à la mort, l'immortalité n'est qu'un privilège. Il est naturel, en effet, aux éléments qui • composent le corps de se combattre mutuellement et de se préparer à une séparation. Seulement la mort, sans le péché, n'aurait pas frappé le genre humain avec cette violence, elle ne l'aurait pas traité avec tant de rigueur. L'âme, rassasiée de cette vie inférieure, aurait quitté le corps sans regret ni souffrance, comme le fruit mûr qui se détache enfin et doucement de l'arbre qui le portait. C'est le péché qui a rendu la mort si aveugle dans ses coups, si terrible dans son aspect, si inopinée dans ses apparitions. La mort est donc, selon la pensée de Bacon, une dette payée ci la nature ; mais elle est surtout, selon la pensée de S. Paul, la solde du péché : stipendia peccati mors.
Longévité. — La longévité des patriarches est proverbiale. Une certaine longévité parait héréditaire dans plusieurs familles. Néanmoins, les centenaires sont toujours rares. La vie parait se prolonger davantage sous les climats tempérés et même froids, chez les blancs plutôt que chez les nègres. Avec une constitution assez en équilibre, les principales causes d'une longue vie sont certainement l'observation parfaite des règles de l'hygiène et des lois de la tempérance. Beaucoup d'anachorètes parvenaient sans infirmités à un âge très avancé. De tout temps, les charlatans ont prôné des élixirs de longue vie ; et de vrais savants, comme Brown- Séquard, n'ont pas toujours paru se garder de cette illusion. — Parmi les animaux, l'éléphant, le corbeau, la carpe, la tortue jouissent d'une réputation de longévité ; parmi les végétaux, le cèdre, le chêne, le châtaignier, le baobab vivent de longs siècles. Le célèbre Cornaro, Flourens, Chevreul, etc., ont écrit sur la longévité.
Mort. — La mort réelle est difficile à distinguer de la mort apparente dans certains cas d'asphyxie, de léthargie, de syncope, de catalepsie et autres maladies nerveuses. De là les règlements qui interdisent les inhumations précipitées, hormis les cas de poste, etc. Un signe absolument certain de mort réelle est le commencement de la putréfaction. On représente la moit sous la forme d'un squelette armé d'une faux ; on lui donne des ailes pour marquer son agilité; parmi ses autres attiibuts, il y a le flambeau renversé, le sablier et quelquefois le papillon, signe de résurrection. Dans la mythologie grecque, la Mort était fille de l'Erèbe et de la Nuit; le cyprès, l'if, le coq lui étaient consacrés (v. Scard, la Mort réelle et la mort apparente, 1897).
Mortalité. — Elle varie beaucoup avec les pays et les époques. La moyenne de la vie, qui était de 30 ans en France, au XVIIIe siècle, a dépassé 40 ans au XIXe siècle. Les nombreuses tables de mortalité qu'on a dressées ne peuvent être que d'une exactitude relative ; elles sont peu concordantes entre elles. Néanmoins, elles sont utiles aux compagnies d'assurances sur la vie pour calculer leurs opérations. D'après les tables de Montferrand fl838), le nombre des survivants sur 10,000 serait de 7,182 à 10 ans; 6,785, à 20 ans ; 6,152,à30ans; 5,698, à 40; 5,086, à 50 ans; 4,215, à 60 ans ; 2,770, à 70 ans ; 995, à 80 ans; 139, à 90 ans ; 5, à 100 ans.
Naissance. — Les Romains fêtaient le jour de leur naissance (dies natalis), et les protestants, qui ont répudié le culte dos saints, ont paru revenir à cet usage. Les catholiques, au contraire, célèbrent leur fête et celle de leurs amis au jour de la fête du patron. Pour l'Eglise, le dies natalis des saints ou de leur vie bienheureuse est plutôl