LIVRE VI : DU CORPS
15 ans pour celles-ci, et à 18 pour ceux-là, en leur permettant le mariage à cette époque. L'organisme subit, à l'âge de puberté, de profondes modifications, qui retentissent dans l'ordre moral. L'une des plus apparentes chez l'homme est le changement de la voix (mue), qui devient plus grave.
Majorité. — Les Romains avaient fixé l'âge delà majorité à 25 ans. Ils supposaient avec raison qu'on n'a guère avant cet âge assez de jugement et de maturité pour diriger des affaires importantes. Chez les Germains on était majeur à 15 ans; les rois des Francs pouvaient régner à cet âge. Le Code civil français fixe la majorité à 21 ans, soit pour l'homme soit pour la femme : il y a exception pour le mariage et l'adoption. La majorité des souverains fut également de 21 ans sous les rois de la seconde race. Philippe le Hardi l'abaissa à 14 ans ; en 1842 et sous l'Empire elle fut portée à 18 ans.
Minorité. — Pendant sa minorité, le mineur est placé sous l'autorité du père et, à son défaut, sous celle de la mère ou d'un tuteur. La loi française reconnaît au mineur le droit de contracter mariage (à 18 ans), avec le consentement de ceux qui ont autorité sur lui ; il peut tester à 16 ans et disposer de la moitié des biens dont il pourrait- disposer s'il était majeur, etc. Il peut être émane/ pè, etc. La tutelle ou minorité des souverains prend le nom de régence. Citons celles de saint Louis à 12 ans, de Louis XIII, à 9 ans, de Louis XIV à 5 ans, de Louis XV à 6 ans.
Enfance. — C'est l'âge des premières impressions, qui sont les plus vives. Dès les premières années l'esprit de l'enfant s'éveille à toutes les idées générales, et ses sens, d'une extrême mobilité, expérimentent tout ce qui les attire : il apprend à marcher, à parler, etc. Il importe de ne pas l'appliquer trop tôt à l'étude, mais de le laisser en quelque sorte à l'école de la nature, en écartant de lui tout ce qui pourrait nuire à son corps délicat et à son âme plus neuve encore. Il importe aussi de le plier dès lors à l'obéissance et d'ouvrir son âme à la piété et à tous les meilleurs sentiments (v. éducation). On distingue la première enfance qui s'étend, jusqu'à 7 ans, et la seconde, qui s'étend jusqu'à l'âge de puberté. Il existe des lois protectrices du travail des enfanls, qui ne sont admis qu'à un certain âge et à certaines conditions dans les manufactures. La première enfance est sujette à de nombreuses maladies : convulsions, vers, rachitisme, croup, etc. — Plusieurs ont étudié les premiers développements de l'âme de l'enfant au point de vue philosophique (v. Perez, la Psycholoi/ie de F enfant; l'Enfant de 3 à 7 ans, etc. Cet auteur est évolutionnistc. — Au point de vue surtout de l'éducation, v. Dupanloup, l'Enfant, etc.).
Jeunesse. — Elle s'étend de l'enfance à la virilité (vers l'âge de 25 ans) ; on donne à sa première partie le nom d'adolescence. A cet âge la personnalité s'affirme de plus en plus et achève de prendre tous ses caractères distinctifs. L'instruction qu'il acquiert, les habitudes qu'il accepte, la profession ou le genre de vie qu'il embrasse décident généralement, pour le jeune homme, du reste de son existence : Etiam eu m senuerit non reeedet <ib ''H. Il restera le plus souvent tel que l'enseignement et l'éducation l'auront fait. La jeunesse est donc un âge critique. Au point de vue physique, elle est sujette aussi à beaucoup de maladies graves : fié vies inflammatoires, maladies de poitrine, etc., qui sont dues le plus souvent à des imprudences et à des excès.
Vieillesse. — Elle n'offre que des désenchantements à ceux qui n'ont guère vécu jusque-là que de la vie des sens et dont l'âme n'a pas appris à goûter de mieux en mieux les charmes d'une vie supérieure, intellectuelle et morale. Mais si la vieillesse a son fardeau et même ses infirmités, elle a aussi
ses douceurs : elle est souvent, avec un repos mérité, la première récompense d'une vie laborieuse et honnête. Néanmoins elle déprend l'homme de cette vie passagère plus qu'elle ne l'y attache. Au point de vue physique, elle est sujette à bien des maux : asthme, catarrhe, lésions du cœur, affections de la vessie, paralysie, etc. Cicéron a écrit De seneetute.
Santé. — La santé est cet heureux état des organes qui fait que l'individu n'éprouve aucun malaise et jouit de toutes ses facultés. Elle est au corps ce que la vertu est à l'âme, et, après la vertu, il n'est pas de bien plus précieux : mens sana in corpore sano. Les anciens avaient divinisé la santé, qu'ils faisaient fille d'Esculape ; ils lui accordaient, avec une brillantejeunesse, les attributs de la médecine : une patère, un serpent, une couronne d'herbes officinales. Mais si la santé peut être rétablie par la médecine, ce n'est pas sans danger, et il vaut mieux la garder par l'hygiène et la tempérance.
Infirmité. — Les infirmités n'impliquent pas toujours des maladies proprement dites, et plusieurs sont compatibles avec une véritable santé. Elles résultent d'un état défectueux des organes, qui fait qu'on est privé de quelque fonction ou qu'on ne peut l'exercer parfaitement. Les principales infirmités sont la privation plus ou moins complète de la vue, de l'ouïe, de la parole, la claudication, la privation d'un membre, etc. La loi de Moïse excluait les infirmes du sacerdoce. Des infirmités, même légères, exemptent souvent du service militaire.
Cécité. Aveugles. — La cécité est accidentelle ou native. La première est le résultat d'une blessure ou d'une maladie (amaurose, taie, etc.). La seconde est celle des aveugles-nés. On a pu rendre parfois la vue à ces derniers en pratiquant l'opération de la cataracte. Ce fut un chirurgien anglais, Cheselden, qui obtint le premier ce résultat si intéressant au point de vue psychologique. L'opéré ne sentait d'abord les objets que comme une tache sur les yeux, mais il apprit bientôt à interpréter ses sensations, à juger des dimensions des objets étales situer convenablement. Les ophtalmies et la cécité sont fort communes en Orient. A son retour de la croisade, saint Louis aurait fondé, diton, pour les aveugles, l'hospice des Quinze- Vingt. Mais ce fut Valentin Hauy qui le premier songea à instruire les aveugles-nés et y réussit en substituant les caractères en relief aux caractères visibles. Il fonda, en 1783, l'institution des Jeunes Aveugle*. De nombreux établissements existent aujourd'hui et les procédés d'instruction, comme aussi les œuvres d'assistance en faveur des aveugles, se sont développés. La psychologie des aveugles est des plus instructives. Chez eux, en effet, les autres sens, extérieurs et intérieurs, s'affinent parfois singulièrement, au point de suppléer, pour ainsi dire, celui de la vue. N'étant pas distrait par les spectacles extérieurs, l'aveugle se crée une vie intérieure plus intense, et il se distingue souvent par la hauteur de l'intelligence, comme aussi par la gravité du caractère. Homère et Milton étaient aveugles ; de même le savant Diogène d'Alexandrie, qui compta saint Jérôme parmi ses disciples (v. Maurice de la Sizeranne, Psychologie de l'aveugle, etc.).
Strabisme. — Dans le strabisme, les axes visuels cessent d'être parallèles ou convergents vers un même point, en sorte que les deux yeux regardent des points différents. Le strabisme est en dedans ou en dehors : le premier est souvent associe à l'hypermétropie, le second à la myopie. Le strabisme peut avoir diverses causes : l'inégalité des muscles des deux yeux, une différence de sensibilité entre ceux-ci, enfin une lésion cérébrale. Dans le premier cas, on a recours quelquefois à une opération chirurgicale ; dans le deuxième, on exerce