‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 21 sur 686 · LIVRE II : DE L'ETRE · texte numérisé non relu

LIVRE II : DE L'ETRE

a) Utile (v. agréable, honnête), utilement, utilité, utiliser, inutile, inutilement, inutilité — Futile, futilité — Servir, service (v. office), resservir.

Disposer, disposition, disponible, disponibilité, indisponible — Employer, emploi, remployer, remploi — Fongible — Consommer, consommation, consommateur (v. producteur) — Consumer (v. détruire), consumant, consomption.

Commode, commodément, commodité, accommoder, incommode (v. importun, fâcheux), incomrnodèment, incommodité, incommoder, incommodant — Aise (v. aisance, richesse), aisé (v. facile), malaisé malaisément — Gêne, gêner, gênant (v. souffrance).

b) Obstacle (v. difficulté) — Inconvénient

— Obvier — Eluder — Evasif, évasivement — Echappatoire — Subterfuge (v. stratagème, ruse, faux-fuyant) — Rengaine — Tergiverser (v. biaiser), tergiversation — Déjouer — Empêcher, empêchement.

Réprimer (v. refréner), réprimant, répression, répressif, réprimable, répressible, supprimer, suppression.

Embarrasser, embarrassant, embarras{w. barrière, traverse, entrares), débarrasser, débarras

— Intrigue, intriguer (v. astuce) — Tracasser, tracas, tracassier, tracasserie — Anicroche — Enger — Empêtrer, dépêtrer — Encombre, encombrer, encombrant, encombrement, désencombrer, désencombrement — Obstruer, désobstruer

— Engager, dégager, dégagement.

N° 19. — Elément.

c) Elément (v. atome, métaux, métalloïdes), élémentaire — Rudiment, rudimentaire — Matière, matériel, matériellement.

Forme (v. figure, façon), formel, formellement, former (v. composer), formation, formateur, informe (v. difforme), informer, information (v. instruction, avis), transformer (v. métamorphoser), transformation, reformer, réformer, réforme, réformation, réformateur, réformable, irrèformable

— Entéléchie (v. acte).

Changer (v. changement), rechanger — Convertir, conversion (v. transsubstantiation), convertissement, convertible, inconvertible, convertibilité — Muer, transmuer, transmutation, transmuable, transmutabilité (v. mutation) — Elaborer, élaboration.

NOTES SUR LES SYNONYMES

Etre, exister, subsister, vivre. — Il n'y

a que le néant en dehors de l'être : le simple possible lui-même est de quelque manière. Mais le réel seul existe, et, parmi les réalités, les substances seules, à proprement parler, subsistent. On peut dire donc que l'existence est la perfection de l'être, et que la subsistence est la perfection de l'existence. La subsistence, en effet, c'est proprement l'existence de la substance et non pas celle de l'accident; c'est aussi, par extension, une existence prolongée, assurée, durable. On dira, par exemple, d'un usage qu'il subsiste après un long temps et malgré bien des causes de disparition. Ajoutons enfin que la subsistence, qui est la perfection de l'existence, a elle-même sa perfection dans la vie. Vivre c'est être réellement (exister) et substantiellement {subsister) ; c'est en outre agir de soi-même et se mouvoir ; et s'il s'agit des degrés de la vie, vivre c'est croître, vivre c'est sentir, vivre c'est connaître, vivre c'est penser et vouloir. Toute vie aspire ainsi vers Dieu, son principe et sa fin.

Néant, rien. — Le néant (du latin non ens, non-être) c'est le rien; mais un rien (res, chose), c'est quelque chose, ce n'est pas un néant. A proprement parler, l'homme n'est pas u a nèa n t devant l'infinité divine, mais il est comme un rien, il est

peu de chose. Le néant est donc plus opposé à l'être que rien. Celui-ci n'est synonyme de néant que s'il est employé absolument (le rien) ou avec la négation, comme dans cette proposition : « le néant n'est rien ».

Néant, possible — Le possible est une affirmation d'être, une affirmation limitée ; le néant, au contraire, est une pure négation . Le néant n'est pas d'être possible, mais c'est un néant de n'être que possible. Le possible est un non-être réel, mais c'est un être idéal ; le possible n'a pas d'existence, mais il a une essence, il est concevable par luimême, ou du moins par l'actualité qui le réalise, tandis que le néant n'est concevable que par l'être auquel il est opposé et qui l'exclut.

Essence, nature, essentiel, naturel. — L'essence (esse, être) est ce par quoi une chose est, ce par quoi elle se définit, elle est de telle espèce. La nature (natura : nasci, naître), est ce que l'on apporte en naissant ; c'est donc aussi l'essence ; mais c'est surtout ce par quoi on agit. La nature se dit donc non seulement de l'essence, mais mieux encore de toutes les facultés, de toutes les énergies et de toutes les aptitudes qui en découlent et la déterminent. — Les termes essentiel et naturel diffèrent de la même manière. On dira, par exemple, qu'il est essentiel à l'homme d'avoir un corps et une âme; mais on dira plutôt qu'il lui est naturel d'aimer son père et sa mère.

Un, simple, composé, compliqué. Tout, partie. — Tout être est un ; mais ce qui est un est simple ou composé. Ce qui est simple est indivisible et n'a pas de parties ; le composé, au contraire, a des parties, plus ou moins nombreuses. Le tout qu'elles forment est plus ou moins compliqué selon le nombre ou l'agencement ou l'ordre des parties.

Décomposer, analyser. — La nature compose et décompose, mélange et sépare les éléments de mille manières ; mais l'homme seul analyse. L'analyse suppose une intention et un but, un auteur intelligent. De plus, l'analyse s'applique aux choses intellectuelles non moins qu'aux matérielles: l'analyse des idées est familière au philosophe comme l'est au chimiste l'analyse des corps.

Complément, supplément. — Le complément achève une chose, il l'amène à sa perfection et en fait dès lors partie intégrante. Le supplément, au contraire, est plutôt une addition, qui d'ailleurs accroît la chose et ajoute à sa valeur. Une chose incomplète, c'est-à-dire sans complément, est forcément imparfaite ; mais une chose peut être parfaite, bien qu'elle soit ou devienne susceptible de recevoir un supplément.

Partie, part, portion. — Le tout se divise en parties. Si les parties sont à distribuer, elles sont proprement appelées parts. La portion se dit d'une part déjà distribuée ou du moins d'une partie précise.

Partager, répartir, dispenser, distribuer. — On partage en faisant des parts, afin de les distribuer ; on répartit selon les droits de chacun; on dispense avec autorité; ou distribue en donnant de divers côtés. On doit partager exactement, répartir équitablement, dispenser généreusement, distribuer avec discernement. On partage les successions, on répartit les impôts et des subventions, Dieu dispense ses grâces et tous doivent distribuer de leur superflu et même de leur nécessaire aux indigents.

Changement, variation.— Lechangement marque la mutabilité des choses; la variation marque, en outre, leur inconstance. On peut donc changer sans être, pour cela, variable. Le changement n'est pas sans but ou sans terme ; mais la variation est laissée au hasard des circonstances ou au caprice de la volonté. Le corps change avec

TARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

l'âge, mais il ne subit pas cependant des variations : l'humeur, au contraire, est variable comme le ternes.

Divers, différent, distinct. — Les choses diverses ne sont identiques en rien, elles ne sont pas de même genre : la diversité est donc totale, comme l'identité, à laquelle elle est opposée. Les choses différentes, au contraire, ont même genre, mais sans être de même espèce. Enfin les choses simplement distinctes sont de même espèce, mais gardent leur individualité. La diversité est donc proprement entre les genres, la différence entre les espèces, la distinction entre les individus.

Ordre, ordonnance, disposition, arrangement. — L'ordre c'est l'unité dans le nombre et la multitude; il fait que chaque chose soit convenablement adaptée à son but. L'ordre n'est donc pas sans principe : il suppose une fin et un bien, L'ordonnance suppose, en outre, un ordonnateur et il se dit souvent des parties d'un ensemble non moins que de l'ensemble même : c'est un terme moins général. On dira, par exemple : « l'ordonnance d'une tragédie, d'un tableau », mais on dira plutôt : « l'ordre de l'univers ». La disposition et Y arrangement consistent à chercher l'ordre et à l'établir, en donnant à chaque chose sa place (disposition) et son rang (arrangement). On peut ajouter que l'arrangement dénote surtout un ordre sensible, tandis que la disposition dénote un ordre dont la raison est souvent la seule spectatrice, de même qu'elle en est le seul juge.

Désordre, trouble, confusion. — Le dèsordre est la privation de l'ordre, physique ou moral, et il ne marque point par lui-même la cause ni les circonstances de cette privation. Le trouble marque le manque de connaissance ou de clarté qui est la cause et l'effet du désordre. La confusion est un grand trouble ; elle implique le manque de distinction et partant l'absence d'arrangement et d'harmonie.

Méthode. Système. — D'une manière générale, la méthode est au système ce que la voie est au terme, le procédé au résultat. Telle méthode, tel système. Ainsi le système matérialiste résulte de la méthode empirique. En histoire naturelle et en matière de classification, la méthode et le système marquent l'un et l'autre une certaine distribution des animaux et des plantes; mais le système résulte d'un ordre plus ou moins artificiel et fondé sur un petit nombre de caractères : ainsi le système de Linné; au lieu que la méthode marque plutôt un ordre naturel fondé sur un vaste ensemble de rapports réels. Ajoutons que le système organise par déduction pour ainsi dire, en allant des genres suprêmes aux dernières espèces ; au lieu que la méthode organise par induction en remontant des dernières espèces aux genres supérieurs.

Vrai, véritable, avéré. — Le vrai est ce qui est, alors même qu'il serait ignoré de celui qui en parle. Le véritable c'est le vrai qui nous appartient par la connaissance que nous en avons et par la sincérité : c'est celui qu'expriment nos paroles. Enfin lorsque le vrai est non seulement prononcé, mais encore démontré comme tel, il est avéré. Tous les faits passés sont vrais; mais toutes les histoires ne sont pas véritables, et une multitude de faits ne seront jamais avérés.

Beau, sublime, joli, gracieux, gentil.

— Le beau est digne de plaire et d'être admiré, il est facilement noble et grand, il devient subi i me quand il est imposant et incomparable dans son genre ; fût— il terrible qu'il n'en perdrait point son caractère : tels sont les grands spectacles de la nature, les chefs-d'œuvre des maîtres et les grands exemples laissés par les héros et les saints. Le joli est bien au-dessous : il plaît aux sens plus qu'à l'esprit, ou du moins à l'esprit plus qu'à l'intelligence

et à la raison. Le gracieux tient du joli, car il plaît par le détail, mais il tient aussi du beau, qu'il accompagne d'ordinaire ; il n'est éclipsé que par le sublime. Le gentil nous ramène aux choses petites qui plaisent par leur délicatesse même et leurs proportions menues. Les enfants bien élevés sont gentils ; leurs visages riants sont gracieux et jolis ; mais le dévouement dont ils sont l'objet est toujours beau et parfois sublime.

Améliorer, amender, corriger, réformer.

— On améliore en rendant meilleur, c'est-à-dire en ajoutant à de bonnes qualités. Les personnes et les choses déjà bonnes sont le plus susceptibles d'amélioration. On amende (a privatif et mendec, faute) en neutralisant quelque vice : c'est ainsi qu'on amende un sol pauvre en l'engraissant et les mauvaises natures en les soumettant à de meilleurs instincts. On corrige en dépouillant de tout vice et en introduisant de bonnes qualités : on corrige un sol trop humide en le drainant, et un enfant vicieux en le rompant aux bonnes habitudes. Enfin on ne liasse d'une mauvaise conduite à une bonne que par une réforme complète.

Imperfection, défaut, faute, défectuosité, vice. — L'imperfection n'est qu'un manque de perfection ; elle n'implique rien de mauvais ; elle vient de la nature plutôt que de la volonté. Le défaut est déjà un mal, c'est un manque de qualités requises : il est plus volontaire et Ton peut mieux s'en corriger. La faute sort naturellement du défaut: elle en est l'acte et la manifestation. La défectuosité est un petit défaut ou même une imperfection et se dit des choses plutôt que des personnes. Le vice est un grand défaut et, s'il s'agit des personnes, c'est une mauvaise habitude qui exclut la vertu correspondante. On dit que César avait tous les vices sans un seul défaut. En effet, s'il manquait de beaucoup de vertus privées, il avait, par contre, toutes les qualités du conquérant et de l'homme d'Etat.

Genre, espèce, variété, sorte, famille, ordre, classe. — Le genre réunit des espèces qui ont des propriétés communes. L'espèce réunit les individus qui ont même nature, mêmes qualités essentielles. Les variétés se forment au sein des espèces et réunissent des êtres qui ont mêmes qualités accidentelles. Le mot sorte est synonyme d'espèce, de genre ; mais il marque une collection d'êtres ou de choses que l'on considère ensemble sans les déterminer par un caractère précis. Ce mot n'appartient pas au langage philosophique.

Plusieurs genres peuvent devenir des espèces par rapport à un genre supérieur. Ainsi le genre animal et le genre végétal sont des espèces par rapport à la substance vivante, et celle-ci est une espèce de substance. — En histoire naturelle, on donne le nom de famille, d'ordre, de classe, d'embranchement, etc. à des genres moyens ou supérieurs : les embranchements sont divisés en classes; les classes, en ordres ; les ordres, en familles ; les familles, en genres inférieurs qui ne contiennent que des espèces.

Surnaturel, surhumain. —A proprement parler, le surhumain est au-dessus de l'homme ; le surnaturel est au-dessus du pouvoir de toute créature ; il n'a pas d'autre cause principale que Dieu seul. Les faits diaboliques sont donc surhumains, mais ne sont pas surnaturels ; au contraire, la résurrection d'un mort, l'annonce prophétique des événements sont essentiellement surnaturels, car ils ne sont qu'au pouvoir de Dieu.

Inhérent, adhérent. — Ce qui est adhèrent est uni et appliqué à un sujet, mais sans en faire partie ; ce qui est inhérent, au contraire, fait partie intégrante du sujet. Les accidents tels que la quantité, la qualtté, sont donc inhérents à la substance qu'ils modifient et non pas adhérents ; ils

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