‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 22 sur 686 · LIVRE II : DE L ETRE · texte numérisé non relu

LIVRE II : DE L ETRE

sont intrinsèques et non pas extrinsèques, comme les circon- stances et certaines relations.

Continu, continuel. — Ce qui est continu ne suppose ni division ni interruption : le continu , comme tel, ne tombe pas sous le nombre ; pour le compter il faut le diviser en quelque manière. Mais ce qui est continue/ peut souffrir interruption. Ainsi les battements du cœur et les pulsations des artères sont continuels, tandis que la circulation du sang est continue.

Continu, contigu — Les extrémités des continus ne font qu'un, celles des choses contiguës se rencontrent ; les extrémités des continus se confondent, celles des choses continues se touchent. Le temps, le mouvement, des réalités impalpables sont continues ; des champs, des maisons, des objets tangibles sont contigus.

Opposé, contradictoire, contraire. — Les choses opposées peuvent l'être con trael ictoirem ont ou contrairement. Les choses contradictoires n'admettent pas de milieu entre elles, elles répugnent ensemble : si l'une est vraie, l'autre est nécessairement fausse et réciproquement. Au lieu que les choses contraires s'excluent mutuellement, en admettant, de leur nature, un milieu entre elles, en sorte que l'une et l'autre peuvent être fausses. Le oui et le non sont contradictoires, car on ne peut affirmer et nier en même temps et sous le même rapport ; le vice et la vertu sont contraires, car on peut être sans vice ni vertu.

Cause, principe — Le principe est ce dont une chose procède de quelque manière que ce soit, à titre d'occasion, de condition, etc., tandis que la cause est ce dont une chose tient son existence. Donc toute cause est principe, mais tout principe n'est pas cause. La cause est une espèce de principe; et l'effet, une espèce de conséquent. Ajoutons que leprincipe appartient indifféremment à l'ordre concret et à l'ordre abstrait : il y a, en effet, des principes de connaissance, vérités premières et axiomes, et il y a des principes d'existence, éléments, substances, etc. Mais la cause est circonscrite, à proprement parler, à l'ordre réel et concret: la cause, en effet, donne l'existence.

Cause, occasion, condition — Celle-ci permet à la cause d'agir, en la disposant ou en supprimant les obstacles. Ainsi la lumière, qui est une cause de la vue, n'est qu'une condition par rapport à l'action de lire ou d'écrire. L'occasion (occasio : cadere, choir, arriver) n'est guère qu'une coïncidence, une circonstance plus ou moins heureuse, qui invite à l'action sans la produire. La nuit, pour le voleur, est une occasion de vol ; pour le penseur, c'est une occasion de méditer. Dans le langage ordinaire, l'occasion est prise quelquefois pour une simple coïncidence, et d'autres fois pour une vraie condition. On parlera d'une occasion heureuse qu'il ne faut pas laisser passer, mais pren dre aux chevev.r, parce qu'on ne la trouvera jamais après, et qu'elle assure le succès en même temps qu'elle le permet. Mais l'occasion la plus heureuse et la condition la plus indispensable, comme aussi les simples antécédents, ne sauraient être confondus avec la cause proprement dite. A celle-ci, à son efficacité est lié positivement l'effet ; et voilà pourquoi l'effet nous donne la science de la cause.

Hasard, fortune, fatalité, destin, destinée. — Le hasard échappe à nos combinaisons, on ne peut que le courir ; il nous apparaît comme capricieux et bizarre. La fortune, c'est le hasard, mais considéré non plus dans tel fait étranger à tout ordre connu de nous, mais dans un ensemble et une suite de faits qui décident de la vie humaine, du bonheur ou du malheur. La fortune est mobile, aveugle ; elle parait cependant pousser l'homme avec intelligence vers une fin qu'il ne connaît pas. La fatalité c'est le hasard et la fortune considérés

comme invincibles, inéluctables. Le destin est fatal lui aussi ; il est aveugle, et cependant, de même et mieux encore que la fortune, il arrive à une fin déterminée. La destinée n'est que l'accomplissement du destin. En somme il n'y a pas d'effet sans cause, sans principe et sans fin ; et dans les choses même laissées le plus à la fortune, on aperçoit souvent la main d'une Providence qui arrive toujours à ses fins, sans violenter la liberté humaine.

Exciter, inciter, inspirer, suggérer. — Exciter c'est mettre en mouvement, c'est déterminer un être vivant à l'action. On excite en aiguillonnant, en stimulant ; on excite vivement, fortement ; on excite la volonté, les passions, la colère, le zèle, etc. Inciter c'est exciter en proposant le but à atteindre : on incite les personnes, en les encourageant, en les exhortant. On inspire en exerçant une influence plus intime encore, quoique moins énergique. Inspirer quelqu'un, en effet, c'est pénétrer dans son esprit, c'est souffler dans son âme, en quelque sorte, pour lui communiquer ses idées. On luggère une pensée, une résolution à quelqu'un, en agissant de même sur son esprit, mais par des voies détournées, en lui fournissant indirectement des occasions de remarquer, de réfléchir, et des motifs de se déterminer.

Prodige, merveille miracle. — Le prodif/e étonne, il frappe d'admiration et souvent même de stupeur; il est inexplicable ou inexpliqué; c'est un phénomène éclatant dû à quelque loi inconnue de la nature, c'est un miracle vrai ou apparent; c'est aussi quelque action ou quelque œuvre extraordinaire, car il y a des prodiges de science, de zèle, de charité. La merveille est quelque chose d'admirable comme le prodige, mais elle suppose moins de grandeur ; de plus elle est d'ordinaire une œuvre durable (ainsi les sept merveilles du monde) plutôt qu'un phénomène ou une action. Quant au miracle, il se distingue de la merveille et du prodige par son caractère surnaturel : c'est le signe de Dieu et comme le sceau de la révélation.

Nécessaire, indispensable, important.

— Le nécessaire est ce qui ne peut pas ne pas être : il est absolu de sa nature. Mais si on considère le nécessaire par rapport à un but donné, il devient l'indispensable. Cependant un moyen nécessaire diffère encore d'un moyen indispensable, en ce qu'il est imposé par la nature des choses plutôt que par les lois et l'ordre établi : c'est ainsi qu'il est indispensable de respecter les usages de la société, tandis qu'il est nécessaire de pratiquer la vertu. Quant à l'important, il n'est pas toujours nécessaire de sa nature, mais il est au moins très utile ; il arrive même souvent qu'une chose importante est la première de plusieurs choses nécessaires.

Superflu, inutile, vain, frivole, futile.

— Le superflu (du latin superfluere, couler pardessus bord) est ce qui est de trop, dans un cas ou pour un but donné ; mais il n'est pas de sa nature, vain ou inutile : c'est ainsi que le superflu du riche est le nécessaire du pauvre. L'inutile est ce qui ne peut servir; il ne suppose d'ailleurs aucune abondance : par exemple il est superflu d'instruire les sages, mais inutile d'instruire les insensés. Ce qui est vain a l'apparence de l'utile, mais non pas la réalité : on peut dire que c'est l'inutile sous l'apparence de son contraire. On en parle surtout au moral. Que de vaines espérances et de vaines paroles! Le frivole c'est le vain, mais rapetissé : les projets des ambitieux sont vains, mais ne sont pas frivoles. Enfin, le futile marque un degré inférieur au frivole : il n'est pas digne de retenir ni même d'amuser une personne d'esprit.

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