LIVRE VI : DU CORPS
corps est un instrument précieux : on ne saurait s'en servir avec trop de sagesse. Chacun de nos organes réclame une activité que l'âme doit lui accorder sans exagération. Que la poitrine respire abondamment un air libre et pur, et que les membres expérimentent tour à tour le travail, la lassitude et le repos. Il faut aimer la propreté, la lumière, une nourriture frugale ; il faut prendre un exercice proportionné à ses forces d'enfant, de jeune homme ou de vieillard. Point de passions tumultueuses, qui ébranlent le corps et le brisent avant l'heure ! Pas d'excès qui ravagent l'organisme ! Celui qui garde la vertu est bien gardé. On doit céder sans faiblesse, mais avec prudence, aux exigences de son tempérament, peut-être de ses infirmités. Chacun doit connaître la vraie mesure de ses forces et de sa santé. Les conseils des sages et une expérience personnelle lui indiqueront ses devoirs.
Spécifique. — On donne le nom de spécifique à tout médicament dont l'action s'exerce sur une maladie spéciale ou sur un organe déterminé. Comme spécifique, on emploie le soufre contre les maladies parasitaires de la peau (gale, etc.) ; la quinine, contre les fièvres ; l'iode, contre les affections scrofuleuses : la digitale agit sur le cœur et la circulation du sang ; la belladone, sur la pupille (v. Bouchardat, Nouveau Formulaire magistral et autres Codex).
Révulsifs. — Les uns s'appliquent à l'extérieur : ainsi les sinapismes et autres rubéfiants, les vésicatoires, sétons, cautères, la saignée et les ventouses, les bains de pieds. Les autres s'administrent à l'intérieur : ainsi les purgatifs, les vomitifs, les injections irritantes. On leur donne ordinairement le nom de dérivatifs.
Stomachiques. — Ils comprennent toutes les préparations qui stimulent l'estomac et que l'on peut prendre soit avant le repas, soit après (apéritifs, cordiaux). En particulier les amers sont des médicaments stomachiques, toniques, parfois aussi fébrifuges, dépuratifs, purgatifs. Citons parmi eux le quinquina, l'absinthe, la gentiane, la petite centaurée, la camomille, la rhubarbe, l'écorce d'orange.
Vomitifs. — On les administre dans les cas d'empoisonnement, dans certains cas d'indigestion. Les vomitifs les plus employés sont, parmi les substances végétales, l'ipécacuana, ou l'émétine extraite de cette racine; parmi les substances minérales, l'émétique.
Purgatifs. — L'un des préceptes de l'hygiène, c'est que les voies digestives doivent être libres. Les purgatifs sont administrés en cas d'embarras gastrique, etc., et aussi comme dérivatifs. On distingue, selon leur degré de force : les drastiques, les plus énergiques, les cathartiqv.es (huile de ricin, sulfate de magnésie, séné, rhubarbe), et les lucratifs (miel, manne, casse, pruneaux).
Contrepoison. — Parmi les contrepoisons.
citons : le lait, employé contre les empoisonnements par l'oxyde de cuivre (vert de gris) ou le phosphore ; Yétlier, le jus de citron, contre les champignons vénéneux; le blanc d'œuf, Veau de chaux, contre l'arsenic ; le café, contre l'opium, le laudanum et autres narcotiques.
Antisepsie. — On comprend, sous ce nom, les moyens employés pour prévenir et détruire l'infection des plaies et de l'organisme. L'antisepsie a fait faire de grands progrès à la chirurgie. A la suite des découvertes de Pasteur, il fut admis qu'il n'y a pas de putréfaction et de suppuration sans germes pathogènes. On s'attacha donc à en préserver les plaies, pour les empêcher de s'envenimer, et à détendre de leur accès tout l'organisme. De là les procédés de désinfection en usage aujourd'hui clans les hôpitaux et, en particulier, dans les salles d'opération ; de là les pansements antiseptiques d'après la méthode de Lister, etc.
Antiseptiques. — Parmi les antiseptiques les plus usités citons : l'acide borique, le borax, le camphre, le charbon végétal, le chloral, le chlorure mercurique, le chlorure de zinc, le jus de citron, le créosote, l'eucalyptol, la glycérine, l'hypochlorite de soude, l'iode et l'iodoforme, la nahptaline et le naphtol, le phénol, le sulfate de cuivre et le sulfate de zinc.
Vulnéraire. — La plupart des anciens vulnéraires sont discrédités aujourd'hui. On distinguait les vulnéraires externes (détersifs, dessicatifs, cicatrisants), tels que l'onguent de la Mère, le baume du Commandeur, et les vulnéraires internes. Sous le nom d'espèces vulnéraires, sont comprises des plantes aromatiques, telles que l'absinthe, l'arnica, la bétoine, l'hysope, le lierre terrestre, l'origan, la pervenche, le romarin, la sauge, le thym.
Narcotique. — Tous les narcotiques ont cela de commun qu'ils agissent sur le système nerveux, en ralentissent ou en suspendent même les fonctions et déterminent la stupéfaction ou la somnolence. La thérapeutique peut donc les employer comme calmants ; mais, à forte dose, ils constituent de véritables empoisonnements. Parmi les narcotiques citons : l'opium, le pavot, la belladone, la jusquiame, la ciguë, le tabac, le bétel (Inde), le coca (Pérou).
Anesthésique. — Parmi les substances qui ont la propriété de suspendre la sensibilité et la douleur, il faut distinguer celles qui agissent par application (ainsi la cocaïne, les mélanges réfrigérants, les jets d'éther), et celles qui agissent par inhalation (éther, chloroforme, protoxyde d'azote). On les emploie journellement dans les opérations chirurgicales; mais elles n'en constituent pas moins, dans bien des cas, de véritables dangers.
Fébribuge. — Parmi les fébrifuges ou antipyrétiques, excelle le quinquina, avec ses diverses préparations, entre lesquelles le sulfate de quinine, î'antipyrine, les préparations salicyliques, l'acide arsénieux et les sels qu'il forme. Certains végétaux aromatiques, comme l'eucalyptus, la petite centaurée, la gentiane, sont réputés fébrifuges.
Topique. — On appelle remède topique ou absolument topique tout médicament qu'on applique à l'extérieur, en un point déterminé. On distingue : les topiques solides, tels que les cautères, les moxas ; les topiques mous, comme les emplâtres, les onguents, les cataplasmes ; et les topiques liquides, comme les fomentations, les lotions.
Bains. — L'usage des bains, des douches, des lotions, etc., constitue le traitement hydrothérapique (v. hydrothérapie). Les bains, en particulier, selon qu'ils sont pris froids ou chauds, non seulement provoquent certaines réactions salutaires, mais offrent encore l'avantage général de faciliter la transpiration nécessaire à la santé. Il est dangereux de se baigner, avant que la digestion soit faite. Les bains froids ne sont salutaires qu'autant qu'ils sont de courte durée et que la réaction s'opère. On peut les prolonger un peu, si au bain s'ajoute l'exercice de la natation. Les bains chauds sont pris à la température de 24 à 35 degrés ; leur durée doit être modérée.
Douche. — Les douches sont administrées de diverses manières, en jet, ou en pluie, ou en vapeur, sur tout le corps ou sur certains membres seulement, avec de l'eau ordinaire, chaude ou froide, ou avec de l'eau sulfureuse. On les emploie contre les maladies nerveuses et les douleurs articulaires. Elles sont devenues fort à la mode (il s'agit surtout des douches froides), depuis que la méthode Kneipp s'est accréditée.
Cataplasme. — C'est un topique qu'on emploie sous forme de bouillie épaisse, préparée avec de la farine de lin ou de seigle ou d'orge, la fécule, la mie de pain, etc. On distingue les cataplasmes
emollients, maturatlfs, actifs, etc. Les sinapisines comptent parmi ces derniers. Les cataplasmes sont employés tantôt chauds, tantôt froids.
Vésicatoire. — D'une manière générale on entend par vésicatoire tout topique qui, appliqué sur la peau, détermine une exhalation séreuse, par laquelle l'épiderme est soulevé et forme cloche. Les cantharides, la moutarde, le garou, l'eau bouillante sont les principales substances vésicantes. Le vésicatoire commun est fait avec de la poix blanche, de la térébenthine, de la cire jaune et de la poudre fine de cantharide. Si on ne veut produire qu'un vésicatoire volant, c'est-à-dire une irritation momentanée, on crève la cloche ou l'ampoule sans la détacher, et l'on panse avec du beurre ou du cérat étendu sur une feuille de poirée ou sur du linge fin.
Cautère. — On applique le camère dans les parties où abonde le tissu cellulaire, en particulier au bras, afin de déterminer une suppuration permanente et dérivative ; le petit ulcère arrondi ou la plaie que l'on établit ainsi devient un exutoire. On attire de cette manière à la peau une inflammation qui se porterait sur d'autres organes. On remplace souvent le cautère par des pointes de feu, sorte de brûlures superficielles qu'on fait avec un instrument d'acier rougi au feu.
Bandages. — Ce sont des appareils formés de bandes, de compresses, de coton, qui servent à maintenir en place les organes malades ou certains médicaments externes. Ils diffèrent de forme selon leur destination spéciale. Delà les bandages roule, croisé, en bourse, les spicas, etc. Les bandages doivent être d'une grande propreté, surtout s'ils sont appliqués sur des plaies. On appelle bandages
mécaniques ceux dans la composition desquels il entre des ressorts, des vis, etc. : ainsi les brayers, les bandages herniaires. Certains bandages mécaniques sont destinés à arrêter par compression les hémorragies.
Potion. — C'est une préparation médicamenteuse, formée d'un liquide servant de véhicule, d'une teinture, d'un extrait, d'une poudre ou d'un électuaire et d'un sirop pour édulcorer. Les décoctions et infusions, les eaux distillées servent de véhicule. On prend les potions par cuillerées, toutes les 2 ou 3 heures ou plus fréquemment. Il y a des potions de toute nature : antispasmodiques, antivomitives, calmantes, cordiales, diurétiques, pectorales, purgatives, sudorifiques, etc.
Infusion. — On fait par infusion la plupart des tisanes. On laisse infuser les fleurs et les feuilles de 5 à 10 minutes ;! les écorces, les bois, les racines, 15 minutes au plus. Si l'infusion se fait à froid (comme pour le vin de quinquina), sa durée est de 8 à 10 jours.
Tonique. — C'est le nom de médicaments qui ont pour objet d'exciter par degrés insensibles les divers sytèmes de l'économie et de rétablir les forces diminuées ou perdues. On distingue les toniques purs et les toniques analeptiques. Les premiers ne sont pas associés à un principe acre ou narcotique : ainsi le quinquina, le quassia, la gentiane, la petite centaurée, les ferrugineux. Les seconds sont fournis par les substances nutritives : ainsi les viandes faites, le vin vieux. Les toniques sont administrés contre la faiblesse ou l'adynamie, mais autant que possible quand les voies digestives sont en bon état.