‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 223 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

lation donne lieu à divers problèmes de morale et d'économie publique. Dans son fameux Essai, Malthus prétend que la population tend à augmenter beaucoup plus vite que les subsistances et il conclut à la nécessité d'une contrainte morale dans le mariage. Mais ses vues sont fausses au point de vue économique et ne sauraient être approuvées en morale. La terre n'a pas encore manqué à ses habitants, et si elle devait manquer un jour, ce n'est pas aux moyens proposés par Malthus qu'il faudrait recourir. En attendant et toutes choses égales d'ailleurs, l'avenir est aux peuples féconds, à ceux qui obéissent le mieux à cette parole du Créateur : Croissez et multiplies... De tout temps et chez les divers peuples (Juifs, Egyptiens, Athéniens, etc.) on a procédé au recensement de la population. A Rome, le cens comprenait le dénombrement de la population et l'évaluation de la fortune. En France, le recensement a lieu tous les 5 ans ; le dernier date de 1896.

Civilisation. — Elle consiste dans la perfection plus ou moins grande des institutions, des arts et de l'industrie, et surtout dans l'honnêteté publique et la douceur des mœurs, d'où résulte pour la société tout entière une situation heureuse au double point de vue physique et moral. Le progrès dans la civilisation est soumis à des causes et à des lois qui font l'objet de la philosophie de l'histoire. Celle-ci reconnaît en particulier que le développement de la civilisation n'est point fatal, quoique providentiel, mais qu'il est sujet à mille vicissitudes et dépend, à beaucoup d'égards, de la liberté humaine. Avec la volonté du peuple, qui s'exerce toujours de quelque manière, il faut compter l'influence des hommes de génie et des autres esprits d'élite, auxquels appartient le monde des idées, et celle des hommes d'état qui président à la politique. La philosophie de l'histoire enseigne également que le progrès d'un peuple, dans l'ordre matériel, exige un minimum de moralité, au-dessous duquel les catastrophes mortelles ou la décadence sont imminentes. Les instincts sauvages sont toujours latents dans les civilisations les plus brillantes : les barbares ne sont plus aux frontières, mais au cœur même de la société. Bref la civilisation vraie est sous la dépendance continuelle des vertus morales et sociales, dont le principe le plus actif est la religion chrétienne, avec la pratique des lois de l'Evangile (v. progrès).

Barbares. — On comprend, sous ce nom, les différents peuples qui envahirent l'empire romain et y exercèrent souvent de grands ravages : Francs, Germains, Goths, Hérules, Huns, Lombards, etc. Plusieurs de ces peuples, avec l'Eglise qui sut les instruire et polir leurs moeurs, ont jeté les fondements des empires modernes et de la civilisation européenne. Ainsi les Francs, qui s'établissaient en France au Ve siècle (v. Dict. Irist., Clovis, etc.) pendant que les Anglo-Saxons envahissaient l'Angleterre et que les Wisi goths occupaient l'Espagne. A part peut-être quelques exceptions, on ne saurait donc confondre les barbares avec les sauvages, qui existent encore de nos jours dans certaines contrées (v. Geffroy, Rome et les barbares).

Vandalisme. — On doit à Montalembert : du Catholicisme et du vandalisme dans l'art (1829). Ce mot aurait été créé par l'abbé Grégoire, qui stigmatisait par là certains excès commis pendant la Révolution. Le mot était heureux et juste, car les V,andales se sont signalés entre tous les barbares par les ravages qu'ils exercèrent en Italie et en Afrique, au Ve siècle.

Sauvages. — Des évolutionnistes ont prétendu que l'état sauvage était l'état originaire de l'homme, qui se serait dégagé peu à peu de l'animalité. Ma's, sans compter que cette opinion est en contradiction avec la révélation, elle ne s'accorde point avec la

psychologie, ni avec les sciences historiques. On ne voit pas que les peuples sauvages aient pu jamais sortir par eux-mêmes de leur misérable état, qui n'est qu'une dégradation plus ou moins grande. Au contraire, mis en contact avec la civilisation chrétienne et transformés par nos missionnaires, ils ne tardent pas quelquefois à se relever merveilleusement dans l'ordre moral ; ce qui montre bien qu'il y a entre eux et les peuples civilisés une communauté de nature et de destinée. Des utopistes comme Rousseau ont fait d'un certain état sauvage, où l'homme aurait vécu isolé et à l'école de la seule nature, l'état primitif et idéal de l'humanité. Mais ils oubliaient la chute originelle et la lutte incessante que l'homme doit soutenir contre la nature et contre les passions. L'homme est un être enseigné et l'état social lui est naturel et nécessaire.

Migrations. — A l'origine de l'histoire, les migrations de peuples sont fréquentes, et l'on s'ex- 'plique facilement que les premières tribus, en se propageant rapidement, et en essaimant de tous côtés, aient fourni des habitants à toutes les parties du globe. Presque tout l'ancien monde a été habité de temps immémorial ; l'Amérique reçut ses pre- \miers habitants du nord de l'Europe et surtout de l'Asie. Cependant les migrations des peuples ne cessèrent de se produire sous forme d'invasions ; les populations nouvelles repoussaient les anciennes ou se les soumettaient, C'est du plateau de l'Asie, occupé par les pasteurs, que descendirent le plus souvent les envahisseurs : les Aryas, les Hellènes, etc. puis plus tard les barbares, qui se partagèrent l'empire romain ; plus tard encore les Huns, les Hongrois, les Mongols, les Turcs. Dans ces derniers siècles, l'Amérique a été envahie par les colons européens, qui ont soumis ou fait disparaître les indigènes : la race espagnole au Sud ; la race anglo-saxonne, les Irlandais, les Français, au Nord. Anthropophages. — H y a encore des peuples anthropophages dans l'Afrique centrale, en Australie, dans la Polynésie et la Nouvelle-Zélande. Mais on n'a pas le droit de dire que cette horrible coutume de l'anthropophagie a jamais été universelle. De tout temps, elle a été en horreur aux peuples qui n'étaient pas tombés au dernier degré de la barbarie. On peut le voir même par l'histoire plus ou moins fabuleuse de Tantale, de Lycaon, de Thyeste, celle aussi du géant Polyphème et des Lestrygons, qui auraient dévoré les compagnons d'Ulysse. Cependant l'anthropophagie a sévi partiellement chez beaucoup de peuples anciens : Scythes, Germains, Celtes, Carthaginois, Ethiopiens. Lors de la découverte de l'Amérique, les Espagnols la trouvèrent établie chez les Caraïbes et même chez les Mexicains et les Péruviens, qui formaient cependant des empires relativement civilisés.

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