‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 225 sur 686 · LIVRE VII : DE LA SOCIETE · texte numérisé non relu

LIVRE VII : DE LA SOCIETE

versé les siècles nouveaux, s'est répandue dans toutes les contrées et chez tous les peuples. Pour parler encore en figure, l'Eglise est une arche immense, qui recueille tous les naufragés ; c'est un temple plus beau que celui de Salomon, car ses pierres sont vivantes ; c'est une ville bâtie sur la montagne de Sion, et que les voyageurs du temps à l'éternité peuvent apercevoir et atteindre. Le langage de l'Ecriture autorise toutes ces comparaisons. En voici de plus simples et de plus touchantes. Il y a un troupeau choisi, qu'un pasteur vigilant détend contre toute agression et conduit dans les meilleurs pâturages. Or ce bon pasteur, c'est Jésus-Christ ; ce troupeau, c'est l'Eglise. Mais la vigilance et le dévoùment du bon pasteur n'expriment pas assez la tendresse de Jésus-Christ ni son union avec les fidèles, et il faut ajouter, avec S. Paul, que l'Eglise est l'épouse du Christ, ou bien encore, que l'Eglise est un corps parfait, dont le Christ est le chef et dont tous les chrétiens sont les membres.

Pour parler d'une manière plus précise, l'Eglise est la société des fidèles, gouvernée par les évêques et le souverain Pontife. Il faut attribuer au corps de TEglise tous ceux qu'elle s'est incorporés par le baptême et qu'elle n'a pas exclus de son sein par l'excommunication. Il faut attribuer à Yâme de l'Eglise tous les justes, c'est-à-dire tous ceux que l'Esprit- Saint anime de sa grâce et qui, par elle, malgré des faiblesses inhérentes à la nature, aiment la vérité, le devoir et le bien par-dessus tout. Les pécheurs baptisés font donc partie du corps de l'Eglise, mais ce sont des membres morts. Au contraire, les hommes vertueux et justes, mais non baptisés, sont étrangers au corps de l'Eglise, mais ils font partie de l'âme ; et quand on affirme que hors de l'Eglise il n'est point de salut, il ne faut pas entendre du corps de l'Eglise cette exclusion sévère, mais seulement de l'âme.

L'Eglise a sa hiérarchie, son but et ses moyens, son histoire et ses marques distinctives. Au sommet de la hiérarchie apparaissent les successeurs de Pierre et des apôtres, le Pape et les évêques. Ensuite l'Eglise, ayant été instituée pour ramener les hommes à leur Créateur et à leur maître, qui est aussi leur père, et pour continuer ainsi la mission salutaire du Rédempteur, a reçu par là même de grands pouvoirs et d'insignes privilèges : elle peut remettre les péchés, sanctifier les âmes par les sacrements, les instruire avec infaillibilité ; son domaine n'a pas d'autres limites que le temps et l'espace : elle est catholique et immortelle.

Enfin, si nous venons aux qualités ou notes qui distinguent l'Eglise de toutes les sectes religieuses, nous en trouvons quatre principales : l'unité, la sainteté, la catholicité et l'apostolicité. L'Eglise est une : car elle a un seul chef suprême, qui est le pape; une même foi, qui est professée dans le Credo ; une seule prière, qui est exprimée dans le Notre père et les parties essentielles de la liturgie. L'Eglise est sainte : dans son auteur, qui est la sainteté même descendue parmi les hommes ; dans sa doctrine, qui élève les âmes et les sanctifie; dans ses membres, qui sont saints ou appelés à le devenir. Elle est catholique, c'est-à-dire universelle ; car, dès les premiers siècles de son existence, elle s'est propagée par toute la terre. Enfin elle est apostolique, puisqu'elle est fondée sur l'enseignement des apôtres, et que le pape et les évêques sont les successeurs légitimes de Pierre et de ses frères dans l'apostolat. Si maintenant l'on jette un regard sur les sectes séparées de l'Eglise, on verra qu'elles sont limitées par le temps et l'espace ; qu'elles n'ont pour auteurs «pie des Iiommes sans mission; qu'elles n'ont pas tardé à perdre l'unitéde doctrine aussi bien que celle de gouvernement, et <pie, ehez elles enfin, une religion incomplète, in-

conséquente, a pris la place de la religion complète et véritable.

Indépendance et droits de l'Iù/lise. — Si l'on reconnaît ces vérités, on ne peut contester la parfaite indépendance du pouvoir ecclésiastique. Comment l'Eglise dépendrait-elle d'un Etat, elle qui est supérieure à tous par l'autorité qu'elle a reçue et par la fin qu'elle poursuit ; elle qui embrasse tous les Etats dans son sein, et qui de plus les a a vus naître, comme peut-être elle les verra mourir ? On comprend aussi tous les droits essentiels de l'Eglise, contre lesquels rien ne peut prescrire. Elle a le droit de se propager par toute la terre, malgré l'opposition aveugle ou impie des princes et des rois ; elle a le droit d'organiser partout des églises particulières et de correspondre avec elles pour les administrer et les soutenir. Nul n'est autorisé à entraver le gouvernement ecclésiastique, en arrêtant les lettres apostoliques, en empêchant arbitrairement la tenue des conciles ou autres assemblées religieuses convoquées régulièrement.

Au premier rang des droits de l'Eglise il faut mettre celui de l'enseignement. Alors qu'on ne peut le refuser au père de famille par rapport à ses enfants, et que le simple citoyen peut, de par la loi naturelle, propager toute vérité utile, sous la protection et la surveillance de l'Etat, ce serait une impiété et une insupportable tyrannie de vouloir condamner au silence 1 Eglise, société parfaite et éminemment spirituelle. Elle a le droit exclusif d'enseigner le dogme, d'interpréter les Ecritures et les traditions. Nul n'est autorisé comme elle à enseigner toute vérité morale et religieuse. Son enseignement doit même s'étendre à toutes les connaissances humaines ; car toutes sont solidaires entre elles et peuvent contribuer à la défense et à la propagation de la foi.

Ayant le droit d'enseigner et en tant que société parfaite, l'Eglise peut donc fonder des écoles et des universités, instituer des grades et autres distinctions académiques, surveiller l'enseignement donné aux fidèles, signaler et interdire les livres et les doctrines qui offensent la foi ou les moeurs. L'Eglise a particulièrement le devoir et le droit de former des prêtres d'une manière conforme à l'esprit de leur état. Le pouvoir civil n'est donc pas fondé à imposer à ceux-ci des charges incompatibles avec l'état ecclésiastique. Sans refuser certes de veniren aide à la société civile, l'Eglise a bien le droit de choisir parmi les charges les plus onéreuses celles qui ne répugnent pas à son ministère, fait de dévouement et d'humanité. L'Eglise peut encore instituer des ordres et des congrégations qui contribuent soit au bien particulier de certaines classes, soit au bien général de la société chrétienne. Alors que tout homme peut, de droit naturel, s'associer avec son semblable pour des intérêts de commerce et d'industrie, comment refuserait-on ce droit aux fidèles 1 Pendant que l'on tolère des associations secrètes, où l'on conspire contre l'ordre social, comment pourrait-on de bonne foi prohiber des associations publiques dont les statuts sont dignes d'éloge et approuvés par l'autorité ecclésiastique ?

Il y a des droits ecclésiastiques qui sont plus extérieurs encore. L'Eglise peut posséder en toute propriété des biens temporels. Comment dénier ce droit à une société parfaite, éminemment spirituelle, il est vrai, mais composée d'hommes 'pu se réunissent précisément pour rendre à Dieu le culte extérieur qui lui est dû ? Il est nécessaire que l'Eglise ait des temples pour ses fidèles, des monastères pour ses religieux, des biens ecclésiastiques pour les frais du culte et l'entretien de ses ministres. 11 faut qu'elle puisse fonder des hôpitaux, secourir les pauvres, ('lever les orphelins. En sécularisant les institutions de charité, que l'Eglise seule a eu la pensée et le zèle de fonder, le pouvoir

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