LIVRK VII : DE LA. SOCIETE
tiels de l'individu ; celui-là, au contraire, sacrifie les droits de chacun et des faibles en particulier au plus fort ou au plus habile. Le socialisme ancien s'est appelé le communisme. On distingue plusieurs degrés dans le communisme, selon qu'il s'étend à la communauté des biens et de certains biens (sol, immeubles, instruments de travail), ou qu'il va jusqu'à la destruction de la famille. Mais, dans le socialisme moderne, il y a toujours un communisme latent, et, au fond, les erreurs sociales n'ont guère changé, bien que les transformations économiques aient changé leurs applications.
L'opposition du libéralisme et du socialisme ne doit pas nous fermer les yeux sur leurs affinités. En réalité, le second naît du premier, et cela de deux manières : par voie de conséquence directe et par voie de réaction. Par voie de conséquence directe ; car le libéralisme est essentiellement rationaliste et exposé comme tel à plus d'une utopie sociale. C'est ainsi qu'on a vu les philosophes rationalistes et libéraux du XVIIIe siècle préparer la Révolution. Puisque, d'après le libéralisme, l'homme est son maître et que la société est fondée sur un contrat social, pourquoi la société ne pourrait-elle pas décréter le communisme ? Elle le devrait même ; et l'égalité absolue des raisons individuelles, leur égalité politique surtout devrait entraîner leur égalité économique. La théorie du libéralisme est essentiellement égalitaire et révolutionnaire, bien que la pratique en soit despotique et se retourne contre toutes les libertés légitimes.
Mais le socialisme naît encore du libéralisme et beaucoup mieux peut-être par voie de réaction ; c'est-à-dire que les abus énormes engendrés par les théories libérales et inguérissables par elles, jettent les esprits ardents dans les erreurs toutes contraires. L'inégalité extrême des richesses, leur accumulation dans un petit nombre de mains, la concurrence effrénée, les monopoles, les accaparements, les jeux de Bourse et tous les désordres qui en sont la suite, le culte de l'or, la vénalité universelle, le régime ploutocratique, l'écrasement des classes laborieuses et l'avilissement de toutes : tous ces maux ont révolté le peuple et soulevé d'indignation tous les cœurs généreux contre le régime qui fait tant de victimes et qui, en définitive, sacrifie l'homme à la richesse, au lieu de soumettre la richesse à l'homme. La réaction est si forte qu'elle dépasse souvent la mesure, et ainsi le socialisme naît du libéralisme ; pour échapper aux erreurs du second, on tombe dans celles du premier.
Ajoutons que le libéralisme, en pactisant si 'souvent avec l'irréligion et l'impiété, allume dans les masses ces convoitises de jouissance qui sont l'âme même du socialisme athée et matérialiste : « Rien n'est plus inexplicable, dit à ce sujet l'abbé Winterer (le Socialisme contemporain) que l'aveuglement du libéralisme impie, qui blasphème avec le socialisme, qui poursuit par ses écoles et par sa presse la ruine de la foi dans l'âme du peuple, et qui s'imagine qu'au jour des fureurs révolutionnaires le peuple sans Dieu passera devant les coffres-forts libéraux, parce qu'on lui aura livré les tabernacles.» En réalité, le libéralisme et le socialisme naissent de graves erreurs philosophiques et religieuses ou y conduisent. De même que le libéralisme est rationaliste et incrédule de sa nature, le socialisme est matérialiste ou panthéiste. Du moment que la société supprime les droits essentiels de l'individu et s'érige en maîtresse absolue, elle doit se substituer à Dieu ou le supprimer ; elle courbera l'homme vers les jouissances terrestres, les seules qu'elle puisse promettre, et étouffera toute espérance de l'au-delà. Mais l'homme ne peut guère renoncer à l'autre vie sans la mépriser ni blasphémer. De fait nous voyons les chefs des socialistes, surtout les collectivistes, rompre violemment avec la religion