‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 250 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPÉDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPÉDIQUE

droit. Tous ces excès ont été commis au nom du peuple déclaré souverain.

Autonomie. — Elle consiste, pour un Etat, à se gouverner par ses propres lois, sans subir aucune vassalité, aucun protectorat. Sous la domination romaine, certaines villes conquises (ainsi les villes grecques en général) gardaient le droit de se gouverner par leurs propres lois, tout en demeurant vassales de la République. Elles étaient dites autonomes, avaient le droit de battre monnaie, mais différaient néanmoins des villes entièrement libres.

Monarchie. — On distingue la monarchie absolue et la monarchie tempérée, dite aussi représentative ou constitutionnelle. Dans la première, le pouvoir souverain réside tout entier dans la personne du monarque, roi ou empereur, sans autres restrictions que les coutumes londamentales de l'Etat. Dans la seconde, le pouvoir est partagé entre le souverain et les représentants de la nation, et une constitution (charte, etc.) en règle l'exercice. On distingue aussi la monarchie élective (ainsi celle de Pologne) et la monarchie héréditaire. La corruption de la monarchie est le despotisme. Dans plusieurs monarchies, l'aristocratie tient une grande place : ainsi en Angleterre.

Ploutocratie. — C'est l'une des pires corruptions de l'aristocratie ou plutôt de tous les régimes. Saint-Simon et Auguste Comte ont rêvé d'un gouvernement exercé par les citoyens les plus riches. Mais fùt-il honnêtement pratiqué, ce régime ne serait pas enviable. A plus forte raison est-il mauvais, lorsqu'il n'est, comme on l'a vu de nos jours, que la tyrannie économique et politique exercée par la haute banque sous le couvert de la République démocratique, la domination complète de la nation tout entière par « une faction qui, maîtresse absolue de l'industrie et du commerce, détourne le cours des richesses et en fait affluer en elle toutes les sources, faction d'ailleurs qui tient en sa main plus d'un ressort de l'administration publique « (Énc. Sur la condition des ouvriers).

Démocratie. — Elle ne se confond point avec la république ; car celle-ci peut être aristocratique ou même oligarchique, comme était la république de Venise et comme furent, en définitive, toutes les républiques de l'antiquité, où les esclaves et le menu peuple dominaient beaucoup par le nombre sans être cependant comptés pour rien, au point de vue politique. Séparable de la république, la démocratie est compatible, au contraire, avec une certaine monarchie, telle par exemple que celle de la Belgique. La démocratie paraît consister essentiellement dans un gouvernement exercé par le peuple ou par ses représentants légitimes et pour le peuple. Il faut entendre ici par le peuple l'ensemble des citoyens et non seulement les plus pauvres. Mais il est essentiel à la démocratie que la classe la plus humble ne soit sacrifiée à aucune, qu'elle soit même protégée spécialement et que son ascension vers un état meilleur soit favorisée par les moyens les plus généreux et les plus justes. Tout homme du peuple devra donc, en principe, avoir une part de droits politique égale à celle de tout autre ; c'est-à-dire que, dans une démocratie, tout citoyen pourra parvenir et être appelé aux plus hauts emplois par ses talents, ses mérites et le choix de ses concitoyens. La hiérarchie, sans laquelle il n'est pas d'ordre, existera donc dans la démocratie, les fonctions y seront diverses et les classes distinctes ; mais les individus et, avec eux, les familles pourront s'y mouvoir : il n'y aura pas de caste ni de classe fermée, et tous les ordres sociaux, toutes les professions, pour ainsi dire, se rencontreront par leurs sommets (v. classe, caste). Il va sans dire que ce régime est sujet aux plus grands écarts : la démagogie les résume tous. On peut même ajouter qu'il est impossible dans une société païenne : il suppose

que toutes les couches de la société et, en particulier, les masses profondes, sont pénétrées des idées morales et religieuses et d'un patriotisme ardent et héréditaire. On peut le voir dans l'histoire du peuple de Dieu avant l'institution de la royauté. Car la véritable théocratie (nous ne parlons pas des tyrannies exercées au nom de la religion dans l'Inde et en Egypte), est parfaitement compatible avec la démocratie : elle la suppose ou la prépare. Après toutes ces remarques, on s'expliquera donc deux choses, et que le nom de démocrate ait été si souvent mal porté, et que cependant nombre de bons esprits et d'excellents cœurs se soient voués de nos jours au triomphe de la démocratie chrétienne. On peut penser avec eux que l'avenir lui appartient si nous en sommes dignes (v. l'abbé Lemire, Discours sur la démocratie chrétienne ; Toniolo, le Concept de la démocratie chrétienne).

République. — On distingue les républiques : aristocratiques, où le pouvoir est exercé par les citoyens de la haute classe; oligarchiques, où le petit nombre qui gouverne est loin de compter les meilleurs citoyens; démocratiques, lorsque la nation tout entière a part au gouvernement; fèdèratives, si la république résulte de la fédération de plusieurs autres, ayant chacune leur constitution propre. Les cantons suisses et les Etats-Unis forment des républiques fédératives. Plusieurs estiment que l'avenir pour l'Italie est dans une république fédérative qui offrirait tous les avantages des anciennes républiques du moyen âge (Venise, Gênes, Florence, etc.) sans être sujette aux mêmes discordes. L'Europe entière formerait, à son tour, une fédération de républiques ou d'Etats.

Libéralisme, libéralisme économique.

— On dit beaucoup de bien et beaucoup de mal du libéralisme. Tout dépend du sens particulier qu'on attache à ce mot ou du point de vue auquel on se place. Qu'y a-t-il de meilleur en politique, en religion, en économie sociale, que des opinions libérales et vraiment généreuses, une pratique favorable à la liberté? Or, c'est bien là ce qu'on entend tout d'abord par le libéralisme. C'est ce qui le rend séduisant et le justifie, avant tout examen, aux yeux des esprits peu attentifs. Mais de même qu'il y a liberté et liberté et que, par exemple, la liberté du plus fort et du méchant n'est que l'oppression du faible, de même il y a libéralisme et libéralisme. L'un est juste, il est vrai ; l'autre est injuste, il est faux. Le faux libéralisme est celui qui tend à diminuer la liberté du bien ; au lieu de chercher le concert des libertés, il opprime les unes par les autres ; loin d'agrandir le domaine de la liberté, il le diminue, le rétrécit, en attendant qu'il le supprime. Pour le faux libéral, en effet, il n'y a que sa propre liberté qui compte : nul ne sait moins obéir au second rang et nul ne sait mieux tyranniser au premier. Il excelle tour à tour et dans les deux rôles : celui de révolté et celui de despote. S'il faut le caractériser d'un trait essentiel, nous dirons volontiers que le libéralisme est vrai ou faux, bon ou mauvais, selon qu'il fait éviter un plus grand mal ou qu'il empêche un plus grand bien.

Mieux vaut certes un régime de libéralisme compatible avec certains abus des plus regrettables en eux-mêmes, qu'un régime d'oppression systématique ou un état d'anarchie. Il eût mieux valu, par exemple, que les empereurs romains, au lieu de chercher à noyer le christianisme dans le sang, eussent laissé une liberté égale aux chrétiens et aux païens d'adorer Jupiter ou le vrai Dieu. Si le bien ne parvient pas à gagner les suffrages de tous, du moins qu'il ne soit pas asservi au mal et que les égarés ou les méchants n'aient que le pouvoir de se nuire à eux-mêmes. Ce moindre bien est souvent le seul possible et il doit nous consoler de l'absence d'un plus grand. Ainsi se justifient certains con-

cordats, certaines transactions, qui mirent fin à des guerres politiques et religieuses. Mais il n'en est pas moins mauvais de dépouiller en principe, ou sans nécessité, le bien et la vérité, d'une partie de leurs droits natifs, pour les traiter, sous couleur d'impartialité, de la même manière que le mal et l'erreur. Ce libéralisme est faux et condamnable. Analysez son esprit, poussez-le jusqu'à ses dernières conséquences et vous verrez qu'il consiste à renoncer au règne social de Jésus-Christ, à ne pas croire à la vertu sociale de l'Evangile. Autant les catholiques doivent se montrer conciliants; en respectant les personnes jusque dans leurs erreurs, en tolérant ce que les conditions sociales et la paix publique rendent nécessaire, autant ils doivent se garder de méconnaître en ce qui les concerne ou de sacrifier en principe aucun des droits de la vérité. Leur conscience doit être une, et c'est elle qui doit juger tous les actes de leur vie privée et tous les actes de leur vie publique.

Pour bien juger le libéralisme, il faut voir où il tend, ce qu'il promet et ce qu'il tient, ce qu'il conserve de bien et ce qu'il en trahit. Jugé à ce vrai point de vue, le libéralisme de ce siècle a été particulièrement hypocrite. Que sont devenus, en effet, cette égalité, ce droit commun, cette liberté et cette fraternité qu'on nous promettait à titre de retour ? Après avoir consenti loyalement à vivre sous les mêmes lois et à partager les mêmes droits avec les juifs, les protestants, les francs-maçons et les fanatiques d'athéisme ou d'incrédulité, les catholiques se sont vus mis peu à peu hors la loi et traités en parias. Les juifs et les francs-maçons occupent toutes les avenues du pouvoir, disposent du budget, écrasent le peuple d'impôts dont ils font bénéficier leurs créatures, soumettent les congrégations à des mesures fiscales arbitraires, qui sont de véritables confiscations.

Ce que nous ajoutons maintenant a trait au libéralisme économique. Il est si bien condamné par ses propres oeuvres que personne n'ose aujourd'hui le soutenir intégralement. Qui oserait prétendre encore que la liberté individuelle se suffit parfaitement dans l'ordre économique ; que la loi ne doit jamais intervenir dans les contrats entre patrons et ouvriers, si ce n'est pour en exiger l'observation ; qu'il ne faut imposer aucune réglementation de travail : ni pour l'adulte, ni pour la femme, ni pour l'enfant; qu'il faut interdire, comme aux beaux jours de la Révolution, toute corporation, tout syndicat, toute association, afin de ne pas entraver le plein exercice de la liberté individuelle ; que les lois contre les accaparements sont inutiles et même dangereuses ; que le commerce doit être absolument libre et que par conséquent les importations ne doivent être frappées d'aucune taxe, etc. ? Ce sont là pourtant les axiomes du plus pur libéralisme. C'est là toute la liberté économique, qui comprend la liberté du travail, celle des contrats et celle des échanges. Sa loi suprême est celle de l'offre et delà demande ; sa maxime favorite : « Laissez faire, laissez passer. »

On ne sait que trop aujourd'hui où conduit la pratique de toutes ces libertés déréglées, absolues, qui dégénèrent si vite en licence : elles mènent tout droit et fatalement à l'isolement des faibles, à l'écrai 'iit des pauvres, au règne de l'or et de la force brutale qu'il achète. La charité elle-même ne peut guérir directement tout le mal, elle est plutôt un palliatif; mais elle doit, pour sauver la société, inspirer une nouvelle législation, qui soit l'abjuration de tous les principes du libéralisme. (V. contre le libéralisme en général, le Syllabus ; contre le libéralisme économique, l'Encyclique A'. A'.).

Socialisme. — Au libéralisme économique est opposé le socialisme. Celui-ci exagère les droits de la société au point de lui sacrifier les droits essen-

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