‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 421 sur 686 · LIVRE XII : DE L'INSTRUMENT · texte numérisé non relu

LIVRE XII : DE L'INSTRUMENT

ments d'optique, d'astronomie, de chirurgie, de musique, etc. Ce mot est moins familier que celui à' outil et il s'emploie souvent, au figuré, dans le sens de moyen ou de cause secondaire. L'outil, au contraire, ne s'emploie guère qu'au sens propre, et il se dit des instruments dont se servent les ouvriers et les artisans : chacun des arts mécaniques a ses outils particuliers.

Piège, embûche, leurre, appât, amorce. — Le pièfje (v. l'étymologie) est une machine dressée pour prendre des animaux par les pieds ou d'une autre manière. Au figuré, il se dit de tout artifice destiné à surprendre quelqu'un, et alors il est synonyme d'embûche, sorte de guet-apens. C'est la ruse qui fait dresser des pièges et c'est la prudence qui les fait éviter. Le leurre est une forme d'oiseau, en cuir rouge, qui sert au fauconnier pour rappeler le faucon ; au figuré, il se dit d'une apparence fausse, illusoire. L'appât est une pâture placée de manière à attirer le poisson ou le gibier ; au figuré, il se dit de tout ce qui attire et attache. Enfin Yamorce est proprement l'appât mis à l'hameçon pour prendre le poisson. L'amorce peut être fort petite : un ver, un rien ; il suffit que le poisson y morde. L'appât est d'ordinaire plus considérable : il nourrit. On peut dire encore que le piège prend, le leurre trompe, Vappât séduit, l'amorce attire et détermine.

Filet, lacs. — Le filet est un réseau ; le lacs est un nœud coulant. Le filet prend en enveloppant ; le lacs en serrant. Il n'y a qu'un moyen d'échapper au lacs, c'est de le rompre ; mais on peut sortir du filet, soit en rompant les mailles, soit en passant au travers. Ce dernier moyen, qui est le meilleur, est la ressource des petits et des faibles; l'autre est la ressource des forts.

Hache, cognée. — La hache est un instrument qui sert à couper et à [tailler, mais en frappant de grands coups ; elle est employée, sous différentes formes, dans plusieurs professions. La hache est aussi une arme redoutable, qui était fort employée au moyen âge (hache d'armes). C'est encore un instrument de supplice resté en usage dans certains pays (la hache du bourreau). La cognée est proprement la hache dont se sert le bûcheron pour abattre les arbres et les équarrir. Ce mot est donc moins général ; il est aussi moins noble et ne s'emploie pas au figuré.

Canal, conduit, tuyau, tube. — Le canal est proprement destiné à faire passer des liquides d'un endroit à un autre (canal d'irrigation), ou même à mettre en communication deux fleuves, deux mers, etc. (canal du Centre, canal de Suez). Ce mot s'applique également aux veines, aux artères, aux conduits de toute sorte qui portent le sang ou la sève dans toutes les parties des corps vivants. Le mot conduit est plus général; le conduit, en effet, livre passage à des liquides ou à des solides ou à des gaz et même à de simples vibrations (conduit auditif). Quant au tuyau et au tube, ce sont de petits conduits ou des parties de conduits, ordinairement de forme cylindrique. Le mot iube appartient surtout au langage scientifique. L'emploi de ces divers mots est ensuite déterminé par l'usage : on dira par exemple : un tube de baromètre, un tube de verre ; un tuyau de pipe, de poêle. Souvent un conduit est composé de plusieurs tuyaux, abouchés l'un à l'autre.

Vase, vaisseau. — Vase est un terme général ; il s'applique aux ustensiles les plus précieux et aux plus vulgaires, quelle que soit leur matière et quel que soit leur usage : un vase de parfums, un vase de fleurs, un vase d'or. Vaisseau se dit particulièrement de grands vases, tels que cuves, tonneaux, et, plus souvent encore, des grands navires ; il se dit aussi des canaux, veines et artères, etc., qui contiennent le sang de l'animal, la

sève de la plante. Vaisselle est la forme féminine de vaisseau ou vaissel. Ces mots ont même étymologie que rase ; mais l'usage, comme on le voit, a spécifié et déterminé leurs sens.

Besace, bissac. — Besace et bissac ont même étymologie et désignent une sorte de sac ouvert en long par le milieu et formant ainsi deux poches. Si la besace est portée sur l'épaule, une de ces poches tombe par devant et fait équilibre à l'autre, qui tombe par derrière. L'usage a attribué la besace au pauvre et à la pauvreté, à la misère ; le bissac, au paysan en course, à l'ouvrier en quête d'ouvrage.

Lance, hallebarde, pertuisane, pique. — La lance sert à percer et elle est plus ou moins longue et acérée ; c'est une arme d'estoc. On ne la lançait point, comme le javelot et le dard, bien que le mot lancer soit un dérivé de lance. La hallebarde et la pertuisane, qui en est la simplification, se composent d'un fer de lance et d'une lame tranchante, disposée en forme de hache ou de croissant; ce qui en fait des armes d'estoc et de taille. La pique était la lance du fantassin. Lance est le terme le plus général et le plus noble (la lance d'Achille, de Diomède, etc.). Au moyen âge, la lance était réservée aux chevaliers, qui combattaient à cheval ; elle a été conservée, jusque dans ces derniers temps, par certains corps de cavalerie (lanciers). La hallebarde et la pertuisane furent portées du XIVe au XVIIe siècle; la première était portée notamment par les Suisses et redoutable entre leurs mains. Elle est inoffensive aujourd'hui aux mains des suisses de nos églises.

Trait, dard, javelot, flèche. — Trait est le terme le plus général ; il s'applique à toutes les armes de jet : dard, javelot, flèche, etc., qu'on lançait avec la main ou avec l'arc, ou même avec des machines. Dans la guerre moderne, les projectiles de toutes sortes ont remplacé les traits. Le dard est un petit trait qu'on lançait avec la main : on l'employait pour combattre de près; il servait beaucoup à lâchasse. Le javelot était plus long, plus lourd et plus redoutable que le dard : c'était une arme de guerre. Le soldat romain avait deux javelots : il les lançait sur l'ennemi avant de l'attaquer corps à corps avec l'épée. La flèche était lancée avec l'arc et servait à combattre de loin ; au moyen âge on substitua l'arbalète à l'arc. De ces divers mots, le trait et la flèche sont les plus usités ; on les emploie surtout au figuré. Le dard se dit de l'aiguillon de certains insectes (abeille) et de la langue du serpent; il a donné un dérivé très expressif {darder), souvent employé métaphoriquement : darder un rayon, un regard, une épigramme.

Chaînes, fers. — Par les fers il faut entendre les chaînes, les menottes, le boulet, les entraves et tous autres liens de fer dont on charge les criminels ou certains prisonniers. Les chaînes peuvent n'être pas en fer. De plus, la chaîne est souple, elle s'enroule comme on veut, bien qu'elle attache et soit même de fer ; et puis la chaîne ne suppose pas une peine : on met un chien â la chaîne, mais on ne met aux fers que les criminels ou ceux qu'on répute tels. Au figuré, la chaîne, de même que le lien, se dit de toute attache très forte, de toute servitude; mais les fers marquent plus qu'une dépendance étroite, ils marquent l'oppression. Tout homme a ses chaînes; mais l'opprimé seul est dans les fers. Il faut secouer ses fers; mais il y a des chaînes qu'on accepte au lieu de les briser : il y a même des chaînes de fleurs. Les fers sont toujours honteux et durs à porter, et il n'y a qu'un moyen de s'en délivrer, c'est de les rompre. Mais que de chaînes tomberaient d'elles-mêmes, si l'on cessait de les aimer !

Page 1