LIVRE XII : DE L INSTRUMENT
lancée ordinairement avec un arc ; les Grecs se servaient aussi de frondes ; au moyen âge on employa l'arbalète. Les Romains et les Byzantins lançaient, avec des balistes, des flèches pesantes et aussi des flèches à feu. La longueur des flèches a varié beaucoup (de 2 mètres à quelques centimètres), de même que leur poids, leur forme et leur matière. De tout temps, la flèche a été redoutable entre les mains d'archers robustes et exercés.
Arc. — L'arc a été employé dès la plus haute antiquité, et souvent avec une vigueur et une dextérité remarquables. Vigèce rapporte que les archers lançaient leurs flèches à 547 pieds. Anne Comnène raconte que les croisés, qui assiégèrent Constantinople, perdaient avec leurs flèches les meilleures armes défensives et qu'elles s'enfonçaient même dans les murailles. Il est vrai que les arcs dont ils se servaient étaient de telle force que, pour les bander, l'archer se couchait sur le dos et y employait les deux pieds et les deux mains. Les archers contribuèrent beaucoup au succès des armes anglaises pendant la guerre de Cent Ans, notamment à Créey, à Poitiers et à Azincourt.
Baliste. — Parmi les machines de guerre que les anciens employaient et qui ont été remplacées par l'artillerie, on peut remarquer la baliste et le bélier. La baliste avait la forme d'une énorme arbalète : on la tendait à force de bras et avec un moulinet. Elle servait à lancer toutes sortes de projectiles et à battre des murailles. Le bélier consistait en une énorme poutre, garnie à son extrémité d'une tête de bélier en fer ou en bronze ; on la suspendait à une charpente et on la poussait à force de bras contre les portes ou les murs qu'on voulait renverser.
Fusil. — Le fusil a succédé au mousquet et à l'arquebuse, qui avaient remplacé l'arc et l'arbalète. D'abord les fusils furent à pierre, et on les chargeait par la bouche. On remplaça ensuite la pierre à feu par la capsule. Des perfectionnements n'ont cessé d'être apportés à cette arme, depuis cinquante ans. Les Prussiens adoptèrent le fusil à aiguille, qui contribua beaucoup à leurs succès en 1864 et 1866. La France adopta, en 1866, le fusil Chassepot, qui fut remplacé par le fusil Gras, en 1874. Le fusil Lebel, qu'on lui a préféré, en 1887, est au calibre de 8mm et porte un magasin de cartouches ; ce qui permet de tirer, sans cesser de viser, un certain nombre de coups. La portée du Lebel est de 2 à 3,000 mètres.
Baïonnette. — La baïonnette était d'abord un poignard, qu'on emmanchait dans le canon du fusil. Vauban fit couder la lame et remplacer le manche par une douille; ce qui permit de laisser la baïonnette au bout du fusil pendant le tir. L'adoption de cette arme nouvelle fit abandonner définitivement la pique, en 1703. La baïonnette à douille, qui ne pouvait être utilisée qu'au bout du fusil, a été remplacée ensuite par le sabre-baïonnette, et enfin par 1 epée-baïonnette, qui est plus légère.
Canon. — Les canons d'aujourd'hui sont rayés et se chargent parla culasse; ils sont destinés à tirer différentes espèces d'obus ou des boites à mitraille. Les canons tiraient auparavant des boulets sphériques pleins en fonte. Les premiers canons datent du XVe siècle : on les appelait, selon leur calibre, canons, coulevrines, fauconneaux, etc. Mais ce n'est que dans ces derniers temps qu'on a fondu ces canons gigantesques, employés à la défense des ports, etc., capables de porter de 10 à 15 kilomètres des obus de 4 ou 500 kilogr. de fonte, dont l'explosion peut causer les plus grands ravages.
Projectile. — Les projectiles sont pleins ou creux. Ceux-ci sont ordinairement remplis d'une matière explosible, qui éclate au moment où le projectile frappe le but. Les balles explosibles et, en général, les projectiles explosifs pesant moins de
400 grammes, sont interdits parla convention internationale de Saint-Pétersbourg (1868). L'étude du mouvement des projectiles fait l'objet de la balistique (v. ce mot). Cette science doit déterminer soit l'action dès gaz do la poudre sur le canon et sur le projectile avant sa sortie, soit le mouvement du projectile hors du canon, étant donnés son poids, sa forme, et la résistance de l'air. Jadis les projectiles des bouches à feu (balles, boulets) étaient de forme sphérique; aujourd'hui, ils sont généralement de forme cylindro-ogivale.
Croix. — Aux armes meurtrières succèdent naturellement, par voie d'analogie, autant que par voie d'opposition, la croix et les autres instrument de torture. La croix qui est ici rapprochée de l'épée, ce n'est pas ce symbole auguste et sacré de la religion, qui est l'étendard du christianisme et un signe de distinction et d'honneur ; mais c'est plutôt la croix du supplice, ce gibet que le paganisme eut en horreur et que le sang d'un Dieu pouvait seul glorifier. La croix comme l'épée verse le sang et donne la mort : l'une et l'autre sont entre les mains de la justice. Or, Jésus-Christ a réuni ces deux instruments en un seul, désormais non sanglant et pacifique. En expiant les péchés des hommes par le supplice de la croix, il a fait de celle-ci une arme glorieuse et invincible ; mais, à la différence de l'épée, la croix veut être portée par la douceur et non par la colère, vaincre par la persuasion et non par la force, triompher par l'amour et non par la haine.
Crucifiement. — Chez les Romains, le crucifiement était le supplice des voleurs, des esclaves et des déserteurs ; mais, après sa conversion, Constantin défendit de l'infliger désormais aux criminels. Longtemps les fidèles s'abstinrent de représenter le crucifiement de N.-S., sans doute pour ne pas provoquer les railleries des philosophes et le scandale des faibles (v. croix, crucifix) ; mais, vers la fin du VIIe siècle, le crucifix commença à paraître. Toutefois, le Christ en croix fut d'abord représenté avec une figure sereine et même triomphante. Ce n'est que plus tard qu'on a développé le caractère douloureux de la passion et de la mort du Sauveur.
Potence. — Elle .différait des fourches 'patibulaires ou gibet, en ce que celui-ci servait à suspendre le cadavre des suppliciés qu'on voulait exposer. Il y avait des potences en permanence dans plusieurs endroits de Paris : à la Grève, aux Halles. Le supplice de la potence était réserve aux bourgeois et aux manants; il fut remplacé, à la Révolution, par la guillotine, qui fit beaucoup plus de victimes, en les faisant périr avec moins de cruauté apparente. — L'état d'âme des condamnés à mort a été plus d'une fois observé par les psychologues et les moralistes, et il mérite de l'être. On peut lire, à ce sujet, l'abbé Faure, Au pied de l'êchafaud, Souvenirs de la Grande Roquette.
Guillotine. — Une sorte de guillotine était déjà en usage à Gênes, (dès 1507), en Ecosse et à Toulouse. Mais ce fut le docteur Guillotin qui proposa, en 1789, à la Constituante, d'infliger la peine de mort de la même manière, par la décapitation la plus rapide et la plus sûre, aux nobles et aux roturiers. Sa proposition fut acceptée en principe, mais on n'en vint à l'application qu'en 1792, après la présentation d'un rapport du docteur Louis. Le nouvel instrument, qui fonctionna à partir du 27 mai 1792, fut d'abord appelé louison ou louisette.
Pilori. — Le supplice du pilori ou du carcan fut aboli à la Révolution et remplacé par celui de l'exposition, qui n'a disparu définitivement qu'en L848. Le pilori consistait en un poteau muni d'un carcan, auquel était passé le cou du condamné. Souvent le pilori était monte'' sur un pivot et le bourreau le faisait tourner de façon à montrer à