LIVRE XIV : DU VEGETAL
libres ; les autres sont fixes et portées sur un pédoncule. Plusieurs sont hermaphrodites.
Cœlentérés. — Souvent ces animaux sont formés d'un simple sac, qui communique avec l'extérieur par un seul orifice. Celui-ci est entouré de tentacules, qui attirent les particules alimentaires qui flottent à leur portée. On observe deux formes principales chez les cœlentérés : les polypos et les méduses. Le polype peut donner, soit par bourgeon, soit par œuf, un polype; mais il peut donner aussi, par bourgeon, une méduse, qui, par œuf, reproduit un polype. C'est ce qu'on appelle la génération alternante.
Hydre. — Cet animal, regardé d'abord comme une plante, est un polype nu, c'est-à-dire sans test. Il a fourni le premier exemple de reproduction gemmipare. L'hydre se reproduit aussi par scissiparité; il est, en outre, ovipare. Ce fut en 1740 qu'on remarqua qu'on pouvait couper l'hydre en tous sens et qu'au bout de 4 ou 5 jours les segments se complétaient.
Méduse. — Le polymorphisme n'est pas moins remarquable, observé du côté de la méduse que du côté du polype. L'œuf de méduse donne une larve semblable à celle d'un infusoire, qui se fixe sur les rochers ou au fond de l'eau et devient un polype. Celui-ci grandit et se segmente; puis tous ses éléments se séparent et deviennent autant de méduses sexuées. Le contact des méduses produit une sorte d'urtication : de là le nom d'acalèphes ou orties de mer qu'elles ont porté. Quelques espèces sont phosphorescentes.
Protozoaires. — Ce groupe de zoophytes ou cet embranchement du règne animal, comprend les animaux les plus petits et les plus simples. Ils sont bien souvent dépourvus de toute structure et formés apparemment d'une simple matière gélatineuse {sarcode), qui a pourtant les propriétés vitales. Les protozoaires comprennent les infusoires et les foraminifères (V. Granger, Cœlentérés, échinodermes, protozoaires).
Foraminifères. — Ces animaux microscopiques sont munis de filaments sarcodiques contractiles, qui leur servent à se fixer et à se déplacer; ils sont pourvus aussi d'un test calcaire. Il en existe un très grand nombre d'espèces dans les mers des pays chauds. Les foraminifères fossiles abondent plus encore, au point que certains terrains, comme le calcaire à nummulites, en sont composés en grande partie.
Infusoires. — L'existence de ces animalcules microscopiques fut remarquée, en 1676, dans une infusion de poivre. De là leur nom. Ils se multiplient prodigieusement dans tous les liquides où séjournent des matières végétales ou animales : il s'en trouve aussi en nombre infini, pour ainsi dire, dans les poussières et souvent dans les humeurs
des animaux et de l'homme en particulier. Desséchés et comme morts dans la poussière, ils revivent dès qu'ils sont mis en contact avecl'eau. Les infusoires prennent toutes les formes ; mais on distingue surtout les infusoires ciliés, c'est-à-dire munis de cils vibratiles,qui leur servent à se mouvoir (par ex. les kolpodes), et les infusoires flagellifères (monades, amibes, etc.).
Amibe. — Ces êtres microscopiques paraissent consister en une simple parcelle de protoplasma, sans aucune enveloppe. Ils se meuvent et changent de forme continuellement : de là le nom de protée, qui leur a été donné. On a cru pouvoir distinguer des amibes animaux et des amibes végétaux. Ceux-ci appartiendraient à un groupe de champignons. On appelle mouvement amiboïde le mouvement qu'on observe dans diverses cellules vivantes, animales ou végétales, lorsqu'elles sont libres dans un liquide. Les amibes, les globules blancs du sang (v. sang), etc., exercent cette sorte de mouvement. Des amibes on peut rapprocher les mo— nères, qui n'en diffèrent que par l'absence de noyau. '
Microbe. — Ces êtres microscopiques appartiennent à des espèces très différentes. On pense même que plusieurs sont des animaux (ainsi le microbe de la fièvre palustre) et que les autres appartiennent au règne végétal : ils se rattacheraient aux champignons ou aux algues. Telles seraient les bactéries, qui composent le plus grand nombre des microbes. Les bactéries affectent diverses formes : ainsi les microcoques sont des cellules arrondies, mais qui peuvent composer des grappes (staphylocoques) ou des chaînettes {streptocoques) ; les bacilles ont la forme de bâtonnets, isolés ou à la file; les vibrions ou spirilles ont la forme de spirale. On connaît ou plutôt on soupçonne le rôle des microbes dans la nature, depuis les découvertes de Pasteur. Ils pullulent facilement partout, et l'homme en est envahi. Mais tous ne sont pas nuisibles, beaucoup même sont bienfaisants : ainsi les microbes qui sont les agents de la fermentation du pain et du vin. De plus les microbes pernicieux ne peuvent envahir un organisme par toutes les portes ni même peut-être par aucune, quand cet organisme est sain et bien défendu.
Quoi qu'il en soit et quelle que doive être la fortune des théories microbiennes, nous touchons ici aux confins des doux règnes : animal et végétal. Il semble que parvenue à ces profondeurs, où va la saisir le microscope, la vie a épuisé ses manifestations et n'a plus qu'à disparaître ; mais il n'en est rien. Entre le dernier des animalcules qui pullulent dans une goutte d'eau et la matière inorganique semée dans les espaces, où elle forme de brillantes sphères, s'étend un nouveau règne, le règne végétal, dont la richesse égale et surpasse même, à certains égards, celle du précédent.