‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 515 sur 686 · Chapitre III · texte numérisé non relu

Chapitre III

Des éléments et de leurs composés.

Elément. Composé. — Nomenclature chimique. — En chimie, on entend par élément tout corps simple ou réputé tel, parce qu'on n'a pu encore le décomposer. Ces éléments sont au nombre de 65 environ ; ils se divisent en métalloïdes et métaux (v. plus bas). Leurs diverses combinaisons donnent les compotes. Ceux-ci sont dits binaires, ternaires, quaternaires, etc., selon qu'ils contiennent deux ou plusieurs corps simples. On donne le nom de radical à un composé qui joue le rôle d'élément, c'est-à-dire qui passe d'un composé à un autre à la façon d'un élément, sans paraître subir de décomposition. Le nombre des composés étudiés par la chimie ou même créés par elle s'accroît tous les jours. De là la nécessité toujours plus grande d'une nomenclature chimique. Les bases en ont été jetées par les physiciens français Guyton de Morveau, Lavoisier, Berthollet et Fourcroy. Sans parler des compléments qu'elle a reçus depuis, nous devons ici nous borner à résumer ses principes.

On sait que les corps composés comprennent ou comprenaient naguère quatre grandes classes : les acides, les bases, les sels et les corps neutres. Les acides ont en général une saveur aigre et jouissent de la propriété de rougir la teinture bleue de tournesol. Les bases, lorsqu'elles sont solubles, ramènent au bleu cette teinture, qui est employée comme diagnostic. Les corps neutres ne sont ni acides ni basiques. Enfin les sels résultent de la combinaison des acides avec les bases.

Les acides sont dits oxacydes ou hydracides : oxacydes, s'ils résultent de la combinaison de l'oxygène avec un corps simple ; hydracides, s'ils résultent de la combinaison d'un métalloïde avec l'hydrogène. Lorsqu'un corps simple forme un seul acide avec l'oxygène, cet acide est désigné par le nom du corps simple terminé en ique (acide borique). Si ce corps simple forme deux acides, le plus oxygéné garde la terminaison ique, et l'autre prend la terminaison eux (acide arsénieux, acide arsènique). Si ce corps forme quatre acides, on se sert de la particule hypo (sous), de cette manière : acide hypochloreux, chloreux, hypochlorique, chloriquc. Pour exprimer une cinquième combinaison, plus oxygénée encore que les précédentes, on dira : acide perchlorique ou hyperchlorique. Lorsque l'acide est formé par la combinaison d'un métalloïde avec l'hydrogène, on désigne cet acide en faisant suivre le nom du métalloïde de la terminaison hydrique (acide chlor hydrique). — Les bases comprennent des oxydes, c'est-à-dire des composés formés par l'oxygène et un corps simple. Lj\ nomenclature des oxydes est facile à saisir par des exemples. L'oxyde de carbone, l'oxyde de fer désignent des composés d'oxygène et de carbone, d'oxygène et de fer. heprotoxyde, le sesquioxyde, le bioxyde, le peroxyde indiquent des oxydes dans lesquels les proportions d'oxygène vont croissant. — Les sels, étant généralement composés d'un acide et d'une base, il suffira de désigner l'union de cet acide et de cette base. On dira donc, en employant la terminaison aie ou la terminaison ite, suivant que le nom de l'acide se termine en ique ou en eux: carbonate de protoxyde de plomb, ou simplement carbonate de plomb, pour désigner un sel composé d'acide carbonique et de protoxyde de plomb ; on dira sulfite île soude, pour désigner une combinaison d'acide sulfureux et de soude. Si l'acide est en excès, on l'indiquera par les particules sesqui, b>, de cette manière : sesquicarbonate de soude, bisulfate île potasse. Ce dernier sel et ceux qui lui sont analogues sont encore appelés sels acides (sulfate acide de potasse). Si c'est la base qui est en

excès, on emploiera les mots sesquibaSique, bibasique, trioasique, de cette manière : acétate tribasique de plomb. Ces derniers sels sont appelés sous-sels. On appelle sel double un composé de deux sels ayant le même acide (sulfate double d'alumine et de potasse). L'eau joue quelquefois relativement aux bases énergiques le rôle d'acide, et les composés qui en résultent prennent le nom d'h ydrates. — Enfin les corps neutres comprennent des alliages métalliques et des composés binaires où n'entre pas l'oxygène. Pour ces composés binaires on emploie la terminaison ure, de cette manière : chlorure de cuivre, c'est-à-dire composé de chlore et de cuivre ; sulfure de plomb, c'est-à-dire composé de soufre et de plomb.

La nomenclature des alliages et des amalgames est la plus simple. On dit : alliage de cuivre et de sine; amalgame d'ètain, etc. Dans l'énumération des corps simples qui entrent dans un même corps composé, on doit toujours énoncer en premier lieu le corps le plus èlectro— négatif, c'est-à-dire celui qui, dans la décomposition par la pile, se rend au pôle positif.

Equivalent. — Les corps simples s'unissent entre eux pour former des corps composés, dans des proportions définies, comme l'exprime bien cette loi de Dalton : Lorsque deux corps s'unissent en plusieurs proportions, les quantités pondérables, de l'un d'eux, combinées avec une même quantité du second, sont toujours entre elles dans des rapports simples. Nous trouvons une application remarquable de cette loi dans l'oxygène, qui se combine avec l'azote en cinq proportions. L'analyse démontre, en effet, que, pour un même poids d'azote, les poids de l'oxygène sont entre eux comme les nombres 1, 2, 3, 4, 5.

La chimie a fait une autre découverte intimement liée avec la précédente. En étudiant les combinaisons des corps, on remarqua que 100 parties d'oxygène en poids se combinent avec 12,50 d'hydrogène, 175 d'azote, 75 de carbone, 350 de fer, 400 de phosphore, etc. Donc 100 d'oxygène, 12,50 d'hydrogène, 175 d'azote, etc., furent regardés comme les équivalents de ces corps. On détermina pour chaque corps la quantité suivant laquelle il se combine avec l'oxygène et l'on put ainsi dresser la table des équivalents de tous les corps simples. Or, ces équivalents sont la mesure selon laquelle les corps simples se combinent non seulement avec l'oxygène, mais encore entre eux, pour former soit des composés, soit des surcomposés. L'équivalent d'un corps composé, en effet, est la somme des équivalents des corps simples qui le composent ; par exemple l'équivalent de l'eau est de 112,50.

Si l'on compare les équivalents entre eux, l'on remarque bientôt que plusieurs offrent des nombres entiers et définis, multiples exacts d'une même quantité, tandis que les autres offrent des nombres fractionnaires, qui paraissent étrangers les uns aux autres. Ainsi nous remarquons, d'une part, 100 pour l'oxygène, 175 pour l'azote, 1000 pour le brome, 250 pour le calcium, 75 pour le carbone, 350 pour le fer, 12,50 pour l'hydrogène, 150 pour le magnésium, 1250 pour le mercure, 400 pour le phosphore, 200 pour le soufre, 350 pour le titane, 750 pour l'uranium, tandis que nous remarquons, d'autre part, 170,00 pour l'aluminium, 1349 pour l'argent, 390,00 pour le cuivre, 1229,16 pour l'or, etc. On serait tenté de supposer que les corps dont les équivalents manquent de régularité sont décomposables, tandis que ceux dont les équivalents sont en gradation mathématique présentent vraiment la matière à l'un de ses degrés d'existence les plus remarquables. Si nous prenons pour terme do comparaison l'hydrogène, en lui attribuant 1 pour équivalent, nous donnerons l) au carbone, Sàl'oxygène, 12 au magnésium, 14 à l'azote, 16 au soufre, 20 au

Page 1