LIVRE XV : DE LA. MATIERE
ture à l'état natif (pépites) et allié à d'autres métaux, ou même combiné avec le tellure. L'or étant encore moins résistant que l'argent, on doit l'allier avec le cuivre pour le convertir en monnaie, en ustensiles, en bijoux. Voici quelles proportions doivent être observées en vertu de la loi. Pour la monnaie d'or, la proportion de cuivre est de 100 pour 1000; pour la vaisselle et les ustensiles d'or, la loi admet trois titres. Au 1er titre, la proportion de cuivre est de 80 : au 2e, de 160; au 3e, de 250. On contrôle les alliages d'or et de cuivre au moyen de la pierre de touche et à l'aide de la coupellation. Recherché dès la plus haute antiquité comme le métal le plus précieux, l'or est devenu le signe de la richesse et de la puissance. Les anciens le tiraient de l'Inde, de la Thrace, de l'Arabie. Les alchimistes s'appliquèrent, mais vainement, à l'extraire des autres métaux. Dans les temps modernes on a tiré ou on tire tous les jours des quantités considérables d'or de l'Amérique (Californie, Pérou, Mexique, Alaska et Klondyke), de la Sibérie, de l'Australie, du Transvaal.
Poudre. — La poudre à canon est un mélange intime de salpêtre (environ pour les trois quarts), de soufre (du dizième au vingtième) et de charbon. Ce mélange, en s'enflammant subitement à la moindre étincelle, produit une grande quantité de gaz, dont la force d'expansion explique celle de la poudre. La poudre ainsi fabriquée dégage beaucoup de fumée et encrasse les armes ; ce qui est un inconvénient grave pour les fusils à petit calibre et à tir rapide, adoptés aujourd'hui dans les armées. On chercha donc une poudre, sans fumée et on parvint à la trouver ; elle commença à être substituée à l'autre en 1886. D'abord connue en France, la poudre sans fumée est employée aujourd'hui par toutes les puissances, qui gardent néanmoins les secrets particuliers de leur fabrication. Beaucoup d'autres explosifs très puissants ont été découverts dans ces derniers temps, la mélinite surtout ; mais la France n'a pas su davantage garder les bénéfices de cette invention. La fabrication des poudres est réservée à l'Etat. L'invention de la poudre remonte très haut : la poudre, en effet, est connue des Chinois depuis deux mille ans peut-être; mais on n'a su en tirer vraiment parti que dans les temps modernes.
Verre. — Les verres sont, en général, des silicates doubles de potasse ou de soude et d'une autre base terreuse ou métallique. Le verre ordinaire est tantôt un silicate double de potasse et de chaux, tantôt un silicate double de soude et de chaux. L'emploi de la potasse au lieu de soude communique au verre une transparence parfaite, qui est celle des verres de Bohême. Le cristal est un silicate double de potasse et de plomb, que l'on obtient en fondant ensemble 30 parties de sable pur, 20 parties de minium et Biparties de carbonate de potasse. Le flint-glass est une espèce de cristal plus riche en oxyde de plomb que le cristal ordinaire. Le crown-glass est une autre espèce de cristal dont la composition est analogue à celle du verre de Bohême. On obtient les lentilles achromatiques, employées dans les instruments d'optique, en accolant deux lentilles dont l'une est de Hint-glass et l'autre de crown-glass. Le strass est un cristal qui imite le diamant. L'émail est un cristal rendu opaque au moyen de l'acide stannique. On colore les verres comme on colore les porcelaines et les faïences, au moyen d'oxydes métalliques en dissolution. La fragilité du verre est proverbiale. Cependant certains verres peuvent devenir assez solides et assez durs pour faire fi u au briquet. En général, plus le refroidissement du verre a été lent, plus il est dur; au contraire, les verres qui ont subi un refroidissement rapide sont très cassants. Le verre peut recevoir une certaine
trempe dans la graisse fondue et mériter le nom d'incassable, qu'on lui donne après cette opération : il va alors au feu et résiste à des chocs cinq ou six fois plus violents que le verre ordinaire. Lorsqu'on maintient le verre assez longtemps à une température voisine de la fusion, il perd sa transparence, devient très dur et mauvais conducteur de la chaleur, mais bon conducteur de l'électricité : on dit alors qu'il se dèvitrifie. Sa composition chimique est cependant restée la même. Le verre ainsi modifié a été appelé porcelaine de Rèaumur. On a essayé, mais sans succès, d'en fabriquer des bouteilles, des carreaux d'appartement, des mortiers, des porphyres. Le verre est susceptible d'être taillé et poli : on se sert, à cet effet, de roues et de meules montées sur tour. On grave sur le verre à la pointe de diamant, ou bien en employant l'acide fluorhydrique. Ramolli par le feu, le verre peut se tirer en fils aussi fins que la soie ; on a pu même en faire des étoffes.
Ciment, mortier. — Déjà, en parlant du calcium, de la chaux et des calcaires, nous avons vu comment se fabriquent les mortiers et les ciments. Plusieurs variétés de ciment peuvent remplacer la pierre à bâtir et prennent la dureté du granit. Le durcissement graduel des ciments et des mortiers provient de la conversion de la chaux en carbonate de chaux, aux dépens de l'acide carbonique de l'air. Les mortiers employés par les Grecs, les Romains, les Egyptiens ont acquis et conservent une grande dureté; quelques-uns ont été transformés en véritables marbres par la pénétration de l'acide carbonique.
Enduit. — Dans les arts, ce nom convient à toute substance molle et liquide propre à être étendue sur la surface d'un corps, pour la protéger ou l'embellir, la garantir contre l'humidité, etc. Dans les constructions, on se sert, comme revêtement, d'enduits en plâtre, en mortier de chaux, en ciment, en stuc, etc. En peinture, on donne le nom d'enduit à des couches qu'on applique sur les toiles, le bois, la pierre, le plâtre : ainsi les badigeons et les encaustiques.
Vernis. — Les vernis servent à préserver les corps de l'humidité et de l'action de l'air ; ils peuvent aussi donner aux objets un aspect plus agréable. On les compose avec des substances résineuses, qu'on fait dissoudre dans l'éther ou l'alcool ou l'essence de térébenthine, à laquelle on ajoute l'huile de lin, pour les vernis gras. Ces derniers sont les moins siccatifs, mais les plus solides. On les emploie pour les devantures de magasin, les portes et les fenêtres. Les vernis les plus fins sont employés par les peintres, les bijoutiers, etc.
Savon. — Les savons sont des sels, dont les acides sont les acides gras. On distingue les savons solubles dans l'eau, qui sont produits par la potasse et la soude, et les savons insolubles, lormés par différents oxydes métalliques. Les premiers sont les seuls employés dans l'économie domestique. Les uns sont dits mous (potasse) et les autres durs (soude). Leur fabrication fait l'objet d'une industrie importante. On emploie les savons pour blanchir les tissus. L'excès d'alcali qu'ils renferment, l'ait qu'ils rendent miscibles à l'eau les corps gras et autres impuretés.
Teinture. — Les couleurs tinctoriales sont fournies par les trois règnes de la nature. Parmi les couleurs d'origine animale, citons : le carmin ou cochenille. Parmi les couleurs d'origine végétale : l'alizarine, le carthame, l'orseille, la santaline, pour le rouge ; le q'uercitron, le safran, pour le /a u lie ; le tournesol et l'indigo, pour le bleu. Les couleurs d'origine minérale sont innombrables : citons le cinabre ou vermillon et le minium, pour le rouge ; l'orpiment, l'or massif, le sulfure de cadmium et le chromate de plomb, pour le jaune.