‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 533 sur 686 · LIVRE XVI : DES ACCIDENTS DE LA MATIERE · texte numérisé non relu

LIVRE XVI : DES ACCIDENTS DE LA MATIERE

monolithes dressés par les druides : des pierres levées. Soulever c'est élever à quelque hauteur, et en agissant par-dessous, quelque chose de lourd ou considéré comme pesant. Enlever c'est lever en portant ou en emportant, avec violence, avec force, ou du moins avec rapidité. Le vent soulève les flots de la mer et il peut enlever la toiture des maisons.

Fraction, fragment. — Fraction se dit de l'action de rompre et, par extension, du fragment ainsi obtenu. De plus, fraction se dit des choses abstraites considérées comme le résultat d'une division ; par exemple : fraction décimale; pour additionner plusieurs fractions, il faut d'abord les réduire au même dénominateur. Fragment, au contraire, a un sens plus restreint; il se dit de parties matérielles et moins précises, qui ne sont pas le résultat d'une division intentionnelle : le fragment d'un vase brisé, d'une colonne mutilée. Au figuré, fragment se dit mieux que fraction de certains ouvrages d'esprit : les fragments d'un poème; fragments philosophiques, historiques.

Deuxième, second. — Second succède à premier et s'emploie mieux que deuxième, lorsqu'il n'y a que deux choses en présence. On dira par exemple le second volume de tel ouvrage, si cet ouvrage ne compte que deux volumes. De plus, second marque, de sa nature, une certaine infériorité par rapport au premier. C'est pourquoi second a donné secondaire, de même que premier a donné principal. Au contraire, deuxième marque simplement l'ordre; il réveille l'idée d'une série ordonnée, mais sans autre comparaison entre les termes. Tel est inscrit le deuxième, pour un concours, qui sera classé le premier; et tel est inscrit le premier, qui ne sera classé que le second.

Occuper, remplir. — On occupe un lieu en s'y trouvant; on le remplit, en l'occupant tout entier. Au figuré, ces deux mots ont donc un sens bien différent. Celui qui occupe une place, une charge, l'a obtenue, il la possède ; mais ses capacités peuvent être bien au-dessous de ses fonctions. Celui, au contraire, qui remplit cette place ou cette charge n'a pas moins de capacités que d'obligations. Remplir, en effet, exclut le vide et l'insuffisance.

Surface, superficie. — Surface appartient au langage commun ; il désigne le dessus des choses, mais sans faire abstraction de la nature de ces choses ou du moins de leur forme et des autres qualités sensibles : la surface est convexe ou concave, grande ou petite, unie ou raboteuse. La

superficie, au contraire, est quelque chose de géométrique et d'abstrait : elle résulte d'une longueur et d'une largeur, se mesure exactement et n'a point d'épaisseur : la superficie de la France est d'environ cinquante millions d'hectares. Au moral, la différence de ces deux mots est non moins marquée. Présenter beaucoup de surface, c'est offrir beaucoup de garanties, par sa fortune ou sa position. Mais n'avoir que de la superficie, c'est manquer de profondeur.

Lumière, lueur, clarté, éclat, splendeur. — La lumière est l'objet général de la vue, comme le son est celui de l'ouïe : elle comprend toutes les couleurs. On entend aussi, par lumière, tout ce qui fait voir et, sous ce rapport, c'est encore le terme le plus général. La lueur, en effet, n'est qu'une lumière faible ou peu brillante : c'est une lumière qui commence ou s'éteint. La clarté est une abondance de lumière, qui permet de bien voir, de voir nettement. L'éclat est une lumière fort vive, au point même de blesser la vue. Enfin la splendeur ajoute à l'idée d'une grande clarté celle de grandeur et de magnificence. On dira donc, par exemple : la lueur des étoiles, la clarté de la lune, l'éclat du soleil, la splendeur d'un beau jour; et au figuré : la lumière de la raison, une lueur d'espérance, la clarté des idées et du style, l'éclat des grandeurs, la splendeur à une fête.

Son, ton, bruit. — Le son est tout ce qui frappe l'oreille, comme la lumière est tout ce qui frappe les yeux. Mais on entend aussi par ce mot un son défini et pouvant entrer dans quelque harmonie : des sons graves, aigus, doux, harmonieux. Le ton dit bien plus encore. Il désigne, en effet, une série de sons ou une inflexion du son, qui permettent d'exprimer tous les sentiments de l'âme. Les sons varient selon les instruments de musique : chacun, en effet, a le sien; mais les tons sont communs à tous. De même pour les personnes, le son de la voix tient à l'organe et il est unique pour chacun, si bien qu'on peut reconnaître la personne dès la première syllabe qu'elle prononce, même à voix basse. Mais chacun ensuite, peut prendre tous les tons, chanter et parler sur tous. Du son au ton il y a donc toute la distance du mot au style. Quant au bruit, ce n'est qu'un ensemble de sons, plus ou moins confus, et étrangers d'ordinaire à toute harmonie, bien qu'ils puissent être imposants : le bruit des flots, le bruit du canon, le bruit du tonnerre.

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