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Chapitre III

Des qualités des corps.

Qualités des corps. Lumière. — Les qualités des corps se manifestent en affectant les sens. On peut donc les considérer dans le même ordre que les sens dont elles sont l'objet. Il est des qualités que perçoit la vue : ainsi la lumière et les couleurs ; il en est d'autres qui appartiennent à l'ouïe, comme le bruit et le son ; il en est enfin qui appartiennent à l'odorat, ou au goût, ou au tact : ainsi l'odeur, la saveur, la dureté et la mollesse. Ces dernières et autres analogues peuvent paraître d'abord communes à plusieurs sens : mais, en réalité, elles répondent chacune à un sens déterminé : la douceur proprement dite affecte seulement le goût; la suavité, l'odorat; la dureté et la mollesse n'affectent que le tact. Les qualités s'offrent chacune à quelque sens de préférence à tous les autres; la quantité, au contraire, est indistinctement l'objet de plusieurs sens. Nous pouvons, par exemple, compter et mesurer les objets, apprécier

certaines longueurs indifféremment par la vue ou par le tact. Les yeux suppléent la main, quand on est à distance, et la main supplée les yeux, s'il faut tâtonner dans l'obscurité. Mais la lumière et les couleurs ne sont perçues que par les yeux, les sons ne frappent que l'oreille, la saveur n'excite que le goût, et ainsi des autres qualités. Donc la forme et la figure, qui tombent à la fois sous le sens de la vue et sous celui du tact, ne doivent pas être comptées parmi les qualités proprement dites. Tout au plus pourra-t-on dire que ce sont des qualités de la quantité.

La première des qualités sensibles est la lumière. Ses effets sont admirables. Sans elle la vie s'éteindrait à la surface de la terre. C'est elle qui remplit nos yeux de clarté et les attache aux spectacles qui se renouvellent sans cesse sur le théâtre de ce monde. Du matin au soir, depuis la naissance jusqu'au dernier jour, l'homme n'est ici-bas qu'un spectateur. L'enfant ouvre les yeux à la lumière, bien avant de prêter l'oreille à la voix de sa mère, il voit avant de comprendre ; et quand ses premiers pas le porteront d'objet en objet, ce sera pour mieux voir, pour voir de près et en détail...

Mais qu'est-ce que la lumière ? une émanation, comme le supposait Newton, ou une vibration ? Cette seconde hypothèse, qui est celle de Descartes, a prévalu aujourd'hui, bien que l'on continue à s'exprimer conformément à la première. Les rayons lumineux nous parviennent avec une rapidité de 75 mille lieues par seconde. L'intensité de la lumière, comme celle de la chaleur et du son, est en raison inverse du carré des distances, c'est-à-dire qu'un rayon considéré à deux mètres de son foyer est quatre fois moins efficace que s'il était considéré à un mètre seulement. On peut remarquer que la surface d'une sphère dont le rayon serait d'abord d'un mètre, puis de deux, varierait également dans la proportion de un à quatre. Le corps qui émet la lumière, la chaleur ou le son, peut donc être considéré comme occupant le centre d'une sphère vide, tandis que les yeux, les mains ou les oreilles coïncideraient avec la surface intérieure. Le rayon lumineux est émis suivant une ligne droite, mais il peut être réfléchi, ou réfracté, ou dévié. Si l'on plonge une verge dans une eau limpide, l'extrémité de la verge semble raccourcie et rompue : c'est que la vue est trompée par une déviation. Si un rayon solaire pénètre par une ouverture étroite dans une chambre obscure, on voit non seulement la ligne suivie et la surface atteinte par le rayon, mais encore les murs et les meubles adjacents : c'est qu'il y a réflexion irrégulière, d'où résulte une lumière diffuse. Si l'on place un objet devant un miroir ou plusieurs miroirs combinés, cet objet se double ou se multiplie indéfiniment : c'est que les rayons lumineux sont réfléchis et reviennent plusieurs ibis sur eux-mêmes. Les miroirs convexes et les miroirs concaves servent à condenser ou à disperser les rayons lumineux, à grossir et à rapprocher les objets : c'est en les combinant qu'on obtient les lunettes et le microscope. Grâce aux instruments d'optique, le rayon de lumière devient obéissant : c'est lui qui vient peindre dans les appareils convenables ces images photographiques d'une si grandi.' fidélité. Non seulement il se laisse diriger, mais encore il se décompose, par le moyen du prisme, en sept couleurs distinctes : le rouge, l'orangé, le jaune, le vert, le bleu, l'indigo et le violet. Le physicien est allé plus loin encore : observant qu'à chaque espèce de matière répond un spectre spécial, il a constaté la présence de certains éléments dans les corps les plus distants, sans en excepter les astres, et aujourd'hui il ne tient pas à l'optique que la chimie sidérale ne soit constituée.

Scintillation. — La scintillation des étoiles tient à des phénomènes de diffraction modifiés par

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