LIVRE XVI : DES ACCIDENTS DE LA MATIÈRE
comme la physionomie du son, a pour causes la substance et la forme même du corps qui résonne. Les timbres sont donc aussi variés que la matière vibrante : fer, bois, verre, argent, cuivre, etc.
Echo. — L'écho peut être double, triple, etc., lorsque le son est réfléchi plusieurs fois, comme il arrive facilement entre des murs ou des collines parallèles. On cite des échos qui répètent jusqu'à 20 et même 40 fois. Les architectes savent ménager des échos artificiels. Mais ils réussissent moins bien à éviter, dans leurs constructions, les résonances incommodes pour les orateurs et les auditoires. La résonance, qu'on observe surtout dans les salles vides, diffère de l'écho en ce qu'elle est produite par des surfaces trop rapprochées pour que la répétition des sons soit distincte. Etant donnée la vitesse du son, la surface réfléchissante doit être distante de 170 mètres pour qu'il s'écoule une seconde entre le son émis et l'écho. Certains échos modifient sensiblement le son qu'ils renvoient et lui donnent quelque chose de plaintif.
Intervalle. — En musique, on donne le nom d'intervalle à la différence d'élévation de deux notes. L'intervalle est dit harmonique ou mélodique, selon que les notes sont entendues simultanément ou successivement. Selon les distances des notes, les intervalles prennent les noms de seconde, tierce, quarte, quinte, sixte, septième, octave. De làles gammes.
Gamme. — La hauteur du son ou le ton donne, en variant, toutes les gammes et les sept notes principales qui les composent. Depuis la note la plus grave qu'on puisse obtenir jusqu'à la note la plus élevée, il y a environ douze gammes. La note la plus grave est produite par des vibrations au nombre de 16 à la seconde, et déterminant des ondes de soixante-quatre pieds de longueur. La note la plus élevée est produite par des vibrations au nombre de 48.000 à la seconde et déterminant des ondes de quelques millimètres seulement. Toute note est à son octave comme 1 est à 2, c'est-à-dire que les vibrations d'une note sont deux fois moins nombreuses que celles de son octave, tandis que les ondes correspondantes sont deux fois plus étendues. Dans une même gamme, le do est au ré, pour le nombre des vibrations, comme 8 est à 9; au mi, comme 8 est à 10, soit comme 4 est à 5; au fa, comme 8 est à 10 2 3; au sol, comme 8 est à 12, soit comme 2 est à 3; au la, comme 8 est à 13 1/3; au si, comme 8 est à 15. Les trois notes principales et constitutives du plus parfait accord sont : do, mi, sol, qui sont entre elles dans les mêmes rapports que 4, 5 et 6. Toute corde qui vibre, toute cloche qui résonne fait entendre cet accord parfait. Il en existe un grand nombre d'autres : par exemple l'accord parfait mineur (la, do, mi), l'accord de quinte diminuée (si, ré, fa), l'accord de quinte augmentée (do, mi, la), etc. Mais, quels que soient les accords, ils satisfont tous aux lois de l'arithmétique et de la géométrie, comme à celles de l'acoustique, et prouvent que Dieu, suprême Intelligence, est l'auteur de l'une comme des autres.
Voix. — La voix est émise par un véritable instrument à vent, mais instrument vivant et dès lors incomparable, composé des poumons et de la trachée-artère, du larynx, sorte de vibrateur, du pharynx, des cavités buccale et nasale, qui achèvent de modifier le son. Ailleurs nous avons remarqué la voix articulée ou la parole (livre VIII) ; ici nous remarquons surtout la voix modulée ou le chant et la voix brute ou le cri. Au point de vue du ton, on distingue, parmi les différentes voix : \epremier dessus ou soprano, le deuxième dessus ou alto, contralto, etc. La voix de l'homme mue vers l'âge de la puberté et devient plus grave. En général, la femme chante et parle à l'octave de l'homme. Mélodie. — On peut dire que la mélodie est une
succession de sons différents, formant, à l'aide du rythme, un sens musical. L'importance du rythme est de premier ordre; on peut le regarder comme inséparable de toute mélodie proprement dite et de toute harmonie. Mais la mélodie est moins liée à celle-ci qu'au rythme. On peut composer de bonnes mélodies sans avoir fait des études d'harmonie : certaines mélodies de la Flûte enchantée furent fournies à Mozart par son poète, qui était mauvais musicien. La mélodie est surtout affaire de sentiment et d'imagination ou, si l'on préfère, d'inspiration ; et une foule d'airs remarquables ont' été composés instinctivement dans le midi delà France, en Italie et ailleurs, par des ignorants. Néanmoins, si l'art de la mélodie est d'abord naturel, il ne peut se développer et produire ses grands effets que par la science et l'étude.
Plain-chant. — - C'est le nom donné au chant ecclésiastique dans l'Eglise romaine. On l'a regardé comme ayant hérité des meilleures traditions de la musique grecque. S. Athanase, S. Ambroise et surtout le pape S. Grégoire lui auraient donné son véritable caractère. De là le nom de chant grégorien. Charlemagne l'introduisit en France et le mit en grand honneur. De nos jours, des artistes chrétiens se sont appliqués à restaurer les véritables traditions du chant grégorien, qui, rendu à son véritable caractère, ne paraît pas moins remarquable que les autres arts religieux.
Cantique. — La Bible nous a conservé quelques cantiques célèbres : celui de Moïse, après le passage de la mer Rouge ; celui de Débora, après la défaite de Sisara, etc. Le plus remarquable est celui de la sainte Vierge : le Magnificat. Les Hébreux chantaient souvent leurs cantiques avec des chœurs de musique et les accompagnaient de danse. Aujourd'hui on donne le nom de cantique à tout ce qui se chante à l'église en langue vulgaire.
Cantilène. — Jadis on appliquait ce nom à la musique profane, pour la distinguer de celle d'église. Il désigne aujourd'hui quelque mélodie, romance ou autre, douce et agréable. Dans l'histoire littéraire, les cantilènes sont des chants populaires qui furent composés sur divers sujets, religieux ou guerriers, de l'époque mérovingienne au XIe siècle. On y a vu la matière des premières chansons de geste.
Hymne. — Les premiers hymnes furent des chants en l'honneur de la divinité. Nous les trouvons chez tous les peuples : Hébreux et païens. Les hymnes des Hébreux sont plutôt connus sous le nom de cantiques (v. plus haut). Parmi les hymnes païens, citons : Yhymne à Jupiter, de Cléanthe ; Yhymne à Némèsis, de Mésomède. Le Péan était un chant qu'on exécutait tantôt en l'honneur d'Apollon ou d'Artémis (autre nom de Diane), tantôt en l'honneur d'Ares (Mars). On l'entonnait en engageant la bataille ; c'était aussi un chant d'allégresse et de victoire. La plupart de ces hymnes anciens sont perdus et il ne nous reste des autres que des paroles. A ces hymnes se rapportent les chants guerriers et nationaux : le bardit des anciens Germains ; la Marseillaise de la République française ; l'hymne russe : Dieu protège le czar ; le God save the queen, chant national des Anglais, etc.
Cri. — Nous signalerons ici le cri d'armes et le cri de guerre, qui ont tant de rapport avec les chants de guerre. Sous la féodalité, les cris d'armes servaient de mot de ralliement : on les poussait au milieu du combat, afin de se reconnaître ; on les peignait sur les armes des seigneurs féodaux et des chevaliers bannerets, qui seuls avaient le droit d'en choisir un. Le cri d'armes des anciens rois de France était : Montjoie Saint- Denis (v. interjections). Quant au cri de guerre, il | ne faut pas le confondre avec le cri d'armes ; il a