PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
étroit, on voit l'eau s'élever dans le tube sensiblement au-dessus du niveau extérieur. Mais si l'on plonge le tube dans le mercure, c'est le phénomène inverse qui a lieu : le niveau intérieur du mercure est au-dessous du niveau extérieur. Dans le premier cas, il y a donc attraction et, dans le second, répulsion exercée par les parois sur le liquide. Ce phénomène rappelle celui de Yadhérenca (v. plus haut; v. aussi endosmose). Une attraction très curieuse est celle que les corps poreux exercent sur les liquides : ainsi un morceau de sucre qui ne trempe que par un coin dans l'eau, ne tarde pas à s'imbiber tout entier et à fondre. La même capillarité explique l'ascension de l'huile ou de la cire fondue dans la mèche d'une lampe ou d'une bougie.
Force. — Considérée en mécanique, la force est un principe de mouvement : elle rentre dans les qualités ou puissances actives dont traite la philosophie (v. livre II). On distingue les forces qui agissent dans un corps en repos (force de pression, de tension, etc. qu'on appelle forces mortes), et les forces motrices, qui agissent dans un corps en mouvement. On appelle résultante une force qui, appliquée en un point, peut en remplacer plusieurs autres. Selon leur mode d'action, les forces sont dites instantanées (par ex. celle de la poudre) ou continues (par ex. la pesanteur); tantôt elles accélèrent un mouvement déjà imprimé, et tantôt elles le retardent. On appelle force rive d'un point matériel ou d'un corps, le produit de la masse de ce point ou de ce corps par le carré de sa vitesse. Parmi les forces naturelles que l'on utilise le plus souvent, citons les chutes d'eau, dont on tire un si merveilleux parti aujourd'hui (forces motrices, éclairage électrique), et les vents (navigation à voiles, moulins à vent). La question de la transmission et du transport de la force, c'est-à dire du travail mécanique d'un moteur, est très importante dans la mécanique industrielle. A de courtes distances on transmet la force au moyen d'engrenages, de courroies, d'arbres; si la distance augmente, on emploie des cables, l'air comprimé, l'eau sous pression, etc. Enfin le transport de la force à de grandes distances peut se laire par l'électricité, mais avec une déperdition de 40 à 50 pour cent, si ce n'est davantage.
Energie. — En thermodynamique, c'est la puissance que possède un corps de produire un travail mécanique ou une quantité équivalente de chaleur. On distingue l'énergie actuelle ou de mouvement etV énergie potentielle, qui est, pour ainsi dire, du mouvement en puissance. Si l'on soulève, par exemple, dix kilogrammes à un mètre de hauteur, on dépense dix kilogrammètres; si le corps reste suspendu, il conserve une énergie potentielle égale à celle qu'on a dépensée; et si on le laisse retomber, il acquiert une énergie actuelle de 10 kilogrammètres encore. Un corps chaud possède de même une énergie potentielle; car la chaleur qu'il dégagera en se refroidissant pourra fournir un mouvement ou travail mécanique proportionnel. Toute combinaison chimique qui produit de la chaleur en se détruisant (poudres, explosifs), possède de l'énergie potentielle. L'énergie est indestructible ; elle ne peut être que déplacée ou transformée. Ce principe de la conservation de l'énergie s'accorde parfaitement avec les meilleures conclusions de la métaphysique.
'Chapitre IV
Du mouvement et du temps.
Mouvement. — Les esprits pensent, veulent, désirent. Mais ces opérations spirituelles ne peuvent être représentées aux yeux et à l'imagination que sous une forme sensible : le mot de mouve-
ment passe donc de l'ordre matériel à Tordre spirituel et sert à exprimer des actes invisibles. Tous les actes de l'intelligence et de la volonté peuvent ainsi être appelés du nom de mouvements. Platon avait recours à cette image, lorsqu'il affirmait que Dieu se meut lui-même, c'est-à-dire qu'il est un acte pur.
Les mouvements des corps ne sont pas moins variés peut-être que les actes de l'esprit. Le mouvement est lent ou rapide, continu ou saccadé ; il s'exerce dans un sens ou dans un autre, il va en augmentant ou en diminuant; il tend directement à son but, comme la flèche lancée par un arc solide, ou bien il présente une courbe gracieuse, comme le disque lancé par un athlète; il va et vient, pirouette, vacille, chancelle, monte ou descend, décrit une courbe, une spirale, une circonférence, puis soudain s'échappe par une tangente ou se perd dans mille sinuosités : on ne peut suivre l'hirondelle en son vol capricieux et rapide, ni le poisson qui s'effraie dans le cristal des eaux. Le mouvement est partout, au ciel et sur la terre ; il est en nous-mêmes et au dehors ; la plante croît et cherche le soleil, l'animal bondit, l'oiseau bat de l'aile et s'envole, l'eau suit sa pente : partout nous apparaît le mouvement, mécanique ou vital et spontané. C'est par le mouvement que les corps agissent et se manifestent. Rien cependant ne leur est plus accidentel : preuve de l'infériorité de nos connaissances. Qu'est-ce, en effet, que le mouvement? C'est la manière dont un corps change ses relations de distance avec les corps qui peuvent lui être comparés. Mais ce changement est purement extrinsèque ; il n'en est pas qui affecte moins la matière qui en est l'objet. Pour démontrer que les purs esprits peuvent mettre en mouvement la matière, on emploie l'argument suivant. L'ordre général de l'univers et la hiérarchie des créatures sont tels que tout être peut agir sur ceux qui lui sont immédiatement inférieurs : sinon, il faudrait rompre toute relation naturelle entre les créatures et spécialement entre les esprits et les corps. Mais la moindre action que les esprits puissent exercer sur les corps, est celle du mouvement. Donc les esprits peuvent au moins remuer la matière.
Cet argument, qui s'appuie sur l'infériorité même du mouvement, nous laisse apercevoir en même temps son efficacité ; car le mouvement imprimé par l'esprit de l'ange ou de l'homme devient l'agent des transformations les plus étonnantes. La nature elle-même n'accomplit ses grands ouvrages que par le moyen du mouvement. La mise en présence de deux corps, quelque accidentelle qu'elle soit, suffit bien souvent pour déterminer des forces latentes, qui n'attendaient qu'une occasion pour se réveiller : l'étincelle approchée du baril de poudre ébranle la montagne ou fait sauter un navire. Ce n'est pas en vain que le grain tombe de la main du semeur, sa chute n'est point inutile : mis en contact avec la terre, exposé à la chaleur du soleil et à la rosée de la nuit, ce grain va germer et se développer merveilleusement. Le mouvement est donc le principe des plus grands phénomènes.
L'homme est doué de la faculté de produire le mouvement. L'àme, par le moyen des membres qu'elle l'ait vivre, excite la matière ou l'arrête, la met en jeu de mille manières. Non contente de ce pouvoir direct, elle a recours à toutes sortes d'agencements et de mécanismes, pour faire subir aux forces motrices toutes les transformations désirables. Le mouvement passe donc du levier dans le rouage, du centre de la roue à l'extrémité du rayon; ici on le condense et on le fortifie, là on l'étend et on l'affaiblit. Non content de produire des forces, l'homme dirige et utilise toutes celles qu'il trouve dans la nature : le vent est reçu dans les voiles et emporte les navires ; le courant du fleuve ou la