LIVRE XVI . DES ACCIDENTS DE LA MATIERE
chute du torrent scie, les bois de charpente, moud le grain, prépare le papier et les étoffes. Le génie de l'homme ne cesse de multiplier le mouvement et ses merveilleuses applications : la science de la mécanique, avec le machinisme contemporain qu'elle a créé, n'a pas d'autre objet.
Vitesse. — Lorsqu'un mobile se meut d'un mouvement uniforme, sa vitesse est le nombre qui mesure l'espace parcouru pendant l'unité de temps. La vitesse est donc toute relative à l'espace et au temps : elle est une relation d'espace et de temps. Outre la vitesse uniforme, la cinématique étudie la vitesse accélérée, ralentie, etc,; la dynamique y joint la considération de la force motrice, de la masse, etc. Les vitesses qu'offre la nature sont très variées, de même que les grandeurs et les durées. Un corps qui tombe à la surface de la terre ne parcourt que 4 m. 90 dans la première seconde de sa chute ; le son se propage dans l'air à raison de 340 mètres à la seconde; il se propage dans l'eau à raison de 1230 m.; dans le même temps, la lumière en parcourt 300,000,000.
Equilibre. — Un corps est dit en équilibre stable, s'il revient de lui-même à sa position, après qu'on l'en a écarté légèrement; il est dit en équilibre instable, s'il n'y revient pas; l'équilibre est dit indiffèrent, s'il persiste dans toutes les positions. Une partie de la mécanique, la statique, a pour objet les lois de l'équilibre des corps; l'hydrostatique a pour objet l'équilibre des liquides et des gaz. La notion d'équilibre s'étend à d'autres forces que celle de la pesanteur : chaleur, électricité, etc. C'est ainsi que les courants électriques, les étincelles et les éclairs, de même que les chutes d'eau et les avalanches, proviennent d'une rupture d'équilibre et tendent à le rétablir.
Vibration. — Une corde tendue par ses extrémités, les parois d'une cloche de verre ou de métal, une lame métallique, etc. sont susceptibles de vibrer, c'est-à-dire d'exécuter des mouvements rapides et réitérés autour de leur position d'équilibre. Lacause de cette vibration des corps est dans leur élasticité. Transmise à l'air et suffisamment rapide, elle fait entendre le son, qui est aigu ou grave, selon que les vibrations sont plus ou moins rapides et les ondes sonores plus ou moins courtes. On explique aussi la lumière par des vibrations et des ondulations, mais infiniment plus rapides et plus subtiles.
Chute. — Nous avons vu, en parlant de l'énergie, que tout corps, en tombant, acquiert une énergie actuelle. Celle-ci peut être utilisée et fournir un travail mécanique. C'est ce que l'on fait pour les chutes d'eau, au moyen de roues à auges, de turbines et autres machines hydrauliques. On mesure le travail mécanique fourni par une chute, en multipliant le poids de l'eau qui tombe en une seconde par la hauteur de la chute. Chaque mètre cube tombant d'un mètre en une seconde fournit un travail de mille kilogrammètres, c'est-à-dire environ 13 chevaux-vapeur. Mais les machines hydrauliques utilisent tout au plus 80 pour 100 de ce travail, appelé rendement de la chute.
Choc. — On distingue le choc droit et le choc oblique. Dans le premier, le point de contact des deux corps est sur la ligne droite menée par leurs centres de gravité. Par l'effet du choc la vitesse se partage entre les deux corps proportionnellement à leurs masses. Si les corps sont dépourvus d'élasticité, il y a perte de force vive ; ils restent en contact et se meuvent ensemble avec une vitesse moyenne. Si les corps sont élastiques, ils se séparent après le choc; si l'élasticité était parfaite, la force vive du système serait la même après le choc. Mais comme les corps jouissent toujours d'une élasticité imparfaite, une partie de la force vive est nécessairement perdue. Aussi évite-t-on autant que
possible dans le jeu des machines les percussions et autres chocs qui détruisent ou diminuent la force motrice. Mais celle-ci ne disparaît que pour produire de la chaleur. C'est ce qui est évident lorsqu'on tire du feu d'un silex en le battant avec le briquet.
Attraction. — On suppose que toutes les parties de la matière sont douées d'une force en vertu de laquelle elles s'attirent les unes les autres ou, si l'on préfère, tendent les unes vers les autres. On distingue Y attraction universelle ou gravitation universelle et Y attraction moléculaire. Celle-ci agit au contact ou à une faible distance ; elle prend, selon ses différents effets, les noms de cohésion, d'affinité, d'adhérence, de capillarité. Quant à l'attraction universelle, elle peut s'exercer à des distances énormes, par exemple entre le soleil et tous les corps qui opèrent leurs révolutions autour de lui. Le principe de l'attraction universelle est formulé ainsi par Newton : Les corps célestes s'attirent proportionnellement ri leurs masses et en raison inverse du carré de leur distance. On a montré depuis que les corps, à la surface de la terre, s'attirent selon les mêmes lois et que la pesanteur n'est qu'un cas particulier de l'attraction universelle. On a montré aussi que les attractions et les répulsions électriques obéissent â des lois analogues. Mais, malgré son utilité et les belles explorations qu'elle fournit, l'attraction universelle est regardée par des savants comme une pure hypothèse.
Temps. — Le temps est la succession des ehoses ; c'est comme le nombre dans le mouvement. En effet, nous comprenons le temps, dit S. Thomas, en distinguant un premier mouvement d'un second ; le temps, c'est donc le mouvement compté. Le temps proprement dit, celui que mesurent les jours, les heures, les chronomètres, est le nombre du mouvement sensible, une succession d'effets matériels. Mais il y a un temps supérieur, qui consiste dans une succession d'effets intellectuels. L'homme, qui est composé d'âme et de corps, de substance matérielle et de substance spirituelle, connaît ce temps-là et le distingue de l'autre. Il est évident, en effet, que le temps qui mesure les mouvements de l'âme, s'affranchit plus ou moins de celui qui mesure les mouvements du corps. L'âme peut vivre beau30up en peu de temps, par la vivacité et le nombre de ses pensées et de ses affections. C'est ce qui a fait dire aux philosophes que l'esprit est au-dessus du temps. Il est des esprits qui ont vécu beaucoup, et qui habitent des corps jeunes encore ; il est, au contraire, des corps qui touchent à la vieillesse et qui sont les berceaux d'âmes à peine éveillées.
Nous ne parlons ici que du temps proprement dit, le seul qui se mesure exactement et tombe sous nos lois. L'instant est comme un point dont le mouvement produit le temps Toutefois, le temps n'est pas composé réellement d'instants en nombre infini. Ce ne sont pas des points juxtaposés et adhérents qui composent les lignes et l'étendue ; et ce ne sont pas non plus des instants juxtaposés qui composent le temps. Car, si ces points, ces instants juxtaposés sont indivisibles, ils se confondent tous en seul instant, un seul point ; s'ils sont divisibles, ils ne sont plus points et instants, mais volumes et moments, et le problème de l'analyse de l'espace et du temps est à recommencer. Comment le résoudre ? — Au fond il sera toujours mystérieux. Nous savons seulement que le temps est une succession de choses, tandis que l'éternité est la stabilité. L'éternité existe tout entière et à la fois, d'où il suit qu'elle a toujours été, qu'elle est aujourd'hui et qu'elle sera toujours. Le temps, au contraire, n'existe que successivement, car le temps passé n'est plus, et le temps futur n'est pas encore : il