LIVRE III : DE L AME
particulier, la volonté, l'énergie, le courage et l'ardeur. Et parce que l'âme humaine est non seulement distincte, mais encore séparable du corps, on l'oppose à ce dernier, comme le moteur au mobile et l'ouvrier à l'instrument dont il se sert. h'esprit, c'est l'âme considérée dans ses facultés de connaissance, ou bien encore c'est l'intelligence elle-même avec ce qu'elle a de plus délié, de plus ingénieux et de plus séduisant. Le cœur, au figuré, c'est l'âme encore, mais considérée comme principe des inclinations, des passions et de l'amour. On voit aussitôt la différence de ces expressions : Parler avec âme — Parler avec esprit — Parler avec cœur. Pas d'orateur sans âme; pas de conteur agréable sans esprit ; pas d'ami sans cœur. Le moi comprend toute la personne, c'est-à-dire tout l'homme, àme et corps, esprit et cœur, mais son principe formel et conscient est dans l'âme seule.
Entendement, intelligence, conscience, raison, mémoire, pensée, attention, etc.
— L' 'entendement est la faculté qu'a l'âme ^entendre, c'est-à-dire de recevoir et de comprendre les choses qui échappent aux sens. L'intelligence est plutôt la faculté de les chercher, de les regarder et de les voir. L'intelligence prépare la science, et l'entendement la sagesse. L'intelligence se dit souvent de l'âme elle-même ou des purs esprits, en tant qu'ils sont capables de connaître ; mais elle se dit mieux de la faculté même de connaître. L'intelligence prend le nom de conscience dans son retour sur elle-même et sur tout le sujet pensant; elle s'appelle raison quand elle s'applique non seulement aux premiers principes, aux vérités premières, mais encore à tirer leurs conséquences ; elle s'appelle mémoire en tant qu'elle retient ce qu'elle a appris; son acte c'est la pensée ; sa force, l'attention; sa recherche, la comparaison; sa sentence, le jugement; son exercice, le raisonnement; son but, la connaissance ; sa victoire, l'évidence ; sa limite, le mystère; sa consolation, la foi; son état, la certitude ou le doute ; sa captivité, l'ignorance; sa défaite, l'erreur; son aiguillon, la surprise; sa récompense, l'admiration.
Remords, repentir, scrupule. — Le remords est involontaire : il tourmente et poursuit le coupable, qui cherche vainement à l'étouffer. Le repentir, au contraire, est un regret accepté, voulu, par lequel on répare déjà sa faute ; il devient même plus intense à mesure que Ton devient meilleur, au lieu que le remords diminue souvent à mesure que la méchanceté augmente et que les crimes se multiplient. Le scrupule est une erreur ou du moins une exagération de la conscience ; mais il arrive que l'erreur tourmente plus que la vérité-et le scrupule que le remords.
Penser, réfléchir, méditer, contempler.
— L'abstraction est le point de départ des réflexions, des méditations, des contemplations, exercices supérieurs qui distinguent l'homme. Réfléchir, c'est revenir sur soi-même ; quelquefois réfléchir est synonyme de faire attention, méditer. Méditer, c'est penser avec suite, avec quelque profondeur. Contempler, c'est considérer longuement, à loisir, plutôt pour goûter que pour apprendre. Enfin penser, c'est tour à tour abstraire, faire attention, réfléch r, etc. La pensée comprend tous les actes de l'esprit et même tous les actes supérieurs de la sensibilité, qui s'associent constamment aux actes de l'intelligence, comme imaginer, se souvenir d'une manière sensible. Cependant la pensée n'est pas un exercice quelconque de l'esprit et il ne suffit pas de lâcher les rênes à une imagination inquiète, pour mériter le titre de penseur. Penser, au dire de S. Thomas et de Richard de Saint-Victor, c'est considérer plusieurs choses pour en dégager
une même vérité qui les éclaire toutes ; penser, c'est faire l'unité dans son esprit. On voit dès lors quelle différence il y a du penseur au rêveur.
Abstrait, distrait — On est abstrait pour être trop appliqué à une chose, et distrait pour n'être appliqué à aucune. Les hommes d'étude ou qui sont abimés dans leurs réflexions sont abstraits; mais les gens inoccupés ou légers sont distraits. Observer expérimenter. — Observer c'est considérer avec suite les phénomènes ou les individualités dont on veut trouver les causes ou pénétrer l'essence; c'est se constituer le témoin, le spectateur attentif et assidu de la nature. Expérimenter c'est faire plus encore, c'est tenter la nature, c'est l'interroger sur la vérité d'une hypothèse, c'est la mettre dans certaines conditions d'agir et de dévoiler ses secrets. Les sciences astronomiques et météorologiques comportent surtout des observations ; les sciences physiques, des expériences de toutes sorte, par lesquelles on provoque certains effets dans les conditions les plus diverses de manière à prévenir toute méprise, à éloigner toute cause d'erreur. L'homme observe et expérimente au moyen de ses sens ; il emploie aussi à la même fin une foule d'instruments, délicats et précis, qui secondent merveilleusement ses sens, si souvent débiles et insuffisants : le télescope, le microscope, les appareils photographiques, enregistreurs, etc. Observer, remarquer — Celui qui remarque est passif d'abord ; il retient et marque deux fois, pour ainsi dire, ce qui a frappé son attention. Mais celui qui observe est d'abord actif et attentif, il prend garde à ce qui est en voie de se produire sous ses yeux. On remarque par hasard, mais on observe d'ordinaire avec intention ; on remarque surtout les choses singulières, extraordinaires ; mais on observe ce qui se produit régulièrement, par exemple les phénomènes et les lois de la nature. Blâmer, désapprouver, improuver, réprouver, censurer, critiquer. — Le blâme a ses degrés. Désapprouver, c'est trouver mauvais, c'est blâmer simplement. Improuver, c'est accentuer la désapprobation et comme stigmatiser ce que l'on juge mauvais. La réprobation marque une opposition plus forte encore. Censurer et critiquer c'est blâmer publiquement. On doit censurer avec autorité, critiquer avec indépendance et motifs; mais le censeur, comme le critique, doit être juste.
Sophisme, paralogisme. — L'un et l'autre sont des erreurs de raisonnement. Mais le sophisme vient ordinairement de la mauvaise foi, tandis que le paralogisme est involontaire, il ne dénote pas un vice de l'esprit, mais une imperfection de la raison. Tous les hommes sont sujets à l'erreur et partant au paralogisme, sans être pour cela des sophistes. Controverse, débat, discussion, dispute, différend, démêlé, contestation. — La controverse, le débat, la discussion, la dispute impliquent une lutte d'opinions et de paroles plutôt que de sentiments et d'intérêts. Il faut donc les résoudre conformément à la raison et à la vérité. La controverse a pour caractère propre de durer longtemps et de porter sur un point de doctrine : elle est le plus souvent religieuse. Le débat est une discussion vive, oratoire, où les passions prennent la parole autant que la raison : telles sont les luttes parlementaires. La discussion est une dispute détaillée, qui roule sur des affaires ou sur des idées. Enfin la dispute est une lutte de paroles, où chacun s'applique à faire prévaloir son opinion : telles sont les disputes d'école.
Le différend, le démêlé, la contestation marquent des oppositions d'intérêts. Il faut donc les résoudre conformément à l'équité. Ils s'élèvent, par exemple, entre des héritiers, des riverains ; on peut les poursuivre par procuration devant un tribunal et