PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
ne supposent pas la mise en présence des parties contestantes. La contestation a cela de propre qu'elle suppose un désaccord sur le fond même ; le différend ', un désaccord entre des personnes unies auparavant. Le démêlé est un désaccord plus grave ; il n'implique pas des relations antérieures entre les parties.
Objection, difficulté. — La difficulté porte sur le fond d'une doctrine ou d'une opinion, tandis que l'objection porte plutôt sur la forme. La première est dans les choses et la seconde n'est souvent que dans l'imagination ou dans l'esprit. Dans la difficulté il faut considérer surtout si elle est grave ou légère; dans Vobjection, si elle est bien ou mal présentée. On peut dédaigner les objection*, mais non pas les difficulté*.
Convaincre, persuader. — Convaincre c'est affaire de logique, on convainc en s'adressant à la raison et en forçant le jugement; "pour convaincre, il suffit de prouver. Mais pour persuader, il faut gagner le cœur autant que l'esprit. On peut donc convaincre sans persuader, de même qu'on peut persuader sans convaincre. On devrait ne convaincre que du vrai et ne persuader que le bien. Aux apologistes de convaincre; aux apôtres de persuader.
Enseigner, instruire, apprendre. — Enseigner c'est donner des leçons afin d'apprendre et d'instruire. Mais l'enseignement peut être privé de son fruit par la faute de celui qui le donne ou par celle de celui qui le reçoit. Au contraire, instruire c'est, de fait, enrichir l'esprit de toutes sortes de connaissances, nécessaires ou utiles, et par tous les moyens : leçons, exemples, expériences. Tout homme est enseigné, mais tous ne sont pas instruits. On s'instruit en apprenant. Apprendre quelque chose à quelqu'un, c'est ajouter à ses connaissances : c'est ainsi qu'on apprend le latin à un élève ; mais cela ne suffit pas pour l'instruire. Au sens le plus général, apprendre c'est faire connaître quelque chose, un fait, et instruire c'est apprendre avec détail. Ces mots sont alors synonymes d'avertir, annoncer, informer, etc.
Volonté, intention, dessein. — La volonté c'est la faculté ou l'acte même de vouloir : elle est plus moins énergique et tend, de sa nature, à une réalisation immédiate, L'intention c'est la direction même de la volonté ; elle implique un but plus ou moins précis, mais ordinairement lointain. — Le dessein, comme l'intention, doit être médité, réfléchi ; il implique non seulement un but cherché, mais encore des moyens prévus et des dispositions prises, ou du moins arrêtées. Il faut que la volonté soit forte, Y intention droite, le dessein net et prudent.
Aimer, affectionner, chérir. — Aimer c'est l'acte de la volonté et du cœur, comme connaître c'est l'acte de l'esprit et des sens. Il faut aimer tout bien véritable et dans son juste rapport : il faut aimer Dieu, sa patrie, ses parents, ses amis, etc. Affectionner c'est aimer avec sentiment, mais un sentiment modéré ; ce mot dit donc plus et moins qu'aimer : un enfant aime les sucreries ; plus grand, il pourra affectionner ses livres ; mais il a aimé et aimera toujours ses parents. Chérir ne se dit généralement que de personnes déterminées : on chérit sa mère et, par analogie, sa patrie ou la mémoire d'un bienfaiteur. Mais on ne chérit pas précisément la vérité et la vertu, qui sont choses abstraites : il n'y a que l'amour qui soit à leur hauteur. Chérir exclut donc ou ne marque pas les sentiments les plus élevés; il exclut aussi les sentiments les plus énergiques.
Haine, antipathie, aversion, éloignement. — La haine est le contraire de l'amour ; elle a même extension et mêmes degrés. Toutefois elle paraît plus consentie que l'amour ; elle prend
mieux pour objet les personnes et les choses particulières : elle s'inspire moins de considérations abstraites. C'est pour cela, sans doute, qu'elle paraît souvent plus forte que l'amour, bien que l'amour soit absolument le plus fort. L'antipathie serait de la haine ou de Vaversion, si elle n'était sans motif; mais elle précède la réflexion, elle tient à l'instinct, à l'incompatibilité des humeurs et des caractères. L'aversion est plus vive que l'antipathie ; elle tient à des causes plus précises : c'est un sentiment plus ou moins réfléchi. L'éloignement est de même nature que l'aversion, mais bien moins énergique. Il est opposé à l'inclination, comme l'aversion l'est au goût et à l'attrait, l'antipathie à la sympathie, et la haine à 1 amour.
Espoir, espérance. — L'espoir est une espérance vive et déterminée ; il est moins un état habituel de l'âme qu'un acte ou une disposition actuelle, vive et profonde. Les espérances sont nombreuses, mais on n'a qu'un espoir. Si nous sommes déçus dans plusieurs de nos espérances, d'autres du moins se réalisent. Mais Yespoir trompé, s'il porte sur un objet capital, fait naturellement place au désespoir.
Crainte, appréhension, alarme, peur, épouvante, frayeur, effroi, terreur. — Tous ces mots expriment la même passion. Mais la crainte est le terme le plus général ; de plus elle est dans l'esprit plutôt que dans les sens ; elle provient de la connaissance plutôt que du sentiment du danger à courir. L'appréhension est également dans l'esprit : elle se rapporte à un mal possible, plutôt soupçonné que prévu. L'alarme est soudaine, subite ; elle provient d'une alerte ou d'un souvenir subit qui ramène de vives inquiétudes, de noirs pressentiments. La peur est une crainte fort vive et subite qui, en dépit de la raison, envahit tous les sens : on est donc moins maître de sa peur que de sa crainte. La crainte vient d'un péril réel, mais la peur vient plutôt d'un péril imaginaire. L'épouvante est une grande peur, accompagnée de trouble extrême. Il en est de même de l'effroi ; mais l'effroi paralyse tandis que l'épouvante provoque la fuite. Entre la peur et l'effroi est la frayeur, passagère de sa nature, comme la surprise qui en est la cause. Enfin la terreur est une très grande crainte, accompagnée des émotions les plus fortes. Il faut raisonner ses craintes, dissiper ses appréhensions, vaincre la peur, prévenir les (/.larmes et se rendre maître autant que possible des plus terribles émotions.
Joie, réjouissance, gaîté, allégresse. — La joie est dans l'âme ; elle est plus intérieure qu'apparente ; c'est l'opposé exact de la tristesse ; elle est d'abord et essentiellement individuelle. La réjouissance, au contraire, est une joie commune et exprimée publiquement ; elle est compatible avec bien des deuils particuliers et des tristesses dissimulées. La gaîté est dans l'humeur ; elle est bruyante d'ordinaire, se manifeste par le rire et des propos plaisants ; elle est plus passagère et moins douce que la joie ; elle délasse l'esprit, tandis que la joie le fortifie. L'allégresse ressemble à la réjouissance, parce qu'elle est d'ordinaire goûtée en commun ; mais elle l'emporte sur elle, car elle implique une joie réelle et vivement éprouvée.
Affliction, désolation, douleur, souffrance, tourment. — L'affliction se dit des peines de l'âme, comme deuils, séparations, déceptions, humiliations, etc. ; elle se manifeste par des gémissements et des larmes. Il en est de même de la désolation, qui est une affliction extrême. La faute d'un enfant afflige sa mère ; sa mort la désole. La douleur, la souffrance et le tourment se disent également des peines corporelles et des peines spirituelles. La douleur est plus vive et la souffrance plus continue ; on vit dans la sou/-