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PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

Proclus. — Un peu plus tard, Proclus (412- 485), né à Constantinople, dirigeait l'école païenne d'Athènes. 11 se flattait d'interpréter philosophiquement tous les rites païens, et s'intitulait l'Hiérophante universel. Il composait des hymnes aux dieux et comptait sur leur protection. Malgré ces écarts, ou peut-être à cause de ces écarts mêmes, il fut regardé, après Plotin, comme le philosophe le plus illustre de l'Académie. Il s'attacha à donner au mysticisme et au panthéisme alexandrin une l'orme plus systématique. Dans sa triade, l'Un n'est plus une unité vide, abstraite : c'est un principe qui contient virtuellement les deux autres, et leur donne tout ce qu'ils possèdent. Dans chacun d'eux ensuite, Proclus trouve une nouvelle triade ; de là une ennêade. Il regarde le monde comme une émanation, une splendeur et un complément de la divinité : Dieu crée par nature et non par volonté libre. De plus, l'organisateur du monde n'est plus le troisième terme de la triade, mais le second ou l'Intelligence, l'Esprit, qui renferme en lui l'éternel paradigme ou modèle, c'est-à-dire le monde des idées. On remarquera l'affinité de ces théories avec les hérésies qui ne cessèrent de désoler l'Eglise dans les premiers siècles. Cousin a publié les Œuvres de Proclus qui nous sont parvenues. Les principales sont : les Eléments de théologie; la Théologie selon Platon ; le Commentaire sur le Timèe et le Commentaire sur le Parmènide.

Hiéroclès. — Pendant que Proclus soutenait l'école d'Athènes, Hiéroclès soutenait celle d'Alexandrie en face du christianisme toujours plus puissant. Son enseignement paraît s'être prolongé jusqu'en 485. Avec Hiéroclès et Proclus, l'éclectisme alexandrin tente ses derniers et suprêmes efforts, mais sans parvenir à ressaisir un sérieux empire sur les esprits. Vainement il fait appel à tous les anciens sages du paganisme et à toutes les traditions publiques ou occultes, pour les réconcilier dans une doctrine à la fois religieuse et philosophique, qui satisfasse la curiosité de l'esprit et les besoins religieux du cœur : les théories de l'émanation et de la métempsycose disparaissent, comme des fantômes ridicules de l'imagination , devant les radieuses vérités et les sublimes mystères de l'Evangile.

Boëce. — Avec Boëce, nous retrouvons la philosophie chrétienne. Il naquit à Rome, vers 470, d'une famille noble et consulaire, fréquenta les écoles d'Athènes, où il put entendre les derniers néo-platoniciens. De retouràRome, il fut lui-même consul sous Théodoric, qui lui accorda d'abord la plus grande confiance. Mais le roi barbare devint ensuite sombre et soupçonneux; les Goths l'excitèrent contre, les Romains, et»Boèce fut accusé d'avoir voulu livrer Rome à l'empereur d'Orient ou de chercher à affranchir la ville de quelque autre manière. Emprisonné à Pavie, il fut décapité après six mois de captivité et de tortures. Il a été honoré comme saint. Des critiques outrés, dont Cousin entre beaucoup d'autres s'est fait l'écho, ont prétendu qu'il n'était pas même chrétien. Il est vrai que Boèce a fréquenté les écoles païennes et épousé une descendante de Symmaque, l'un des derniers tenants du paganisme au IVe siècle. Mais, à ne considérer que ses ouvrages, bien que les idées des philosophes païens s'y trouvent mêlées aux idées chrétiennes, il est incontestable que Boëce était profondément attaché aux dogmes catholiques et qu'ils étaient la lumière de son esprit, de même que la règle de sa vie. Il n'est point le seul d'ailleurs, qui ait emprunté beaucoup aux philosophes du paganisme et pratiqué un éclectisme judicieux.

Boëce avait une connaissance profonde de la philosophie grecque. Il voulut traduire Aristote et Platon et montrer, dans un grand travail d'exégèse, leur accord sur toutes les questions capitales. Mais il ne put exécuter que la traduction et le commen-

taire d'Aristote. Son attention se porta surtout sur la logique. Il a commenté également la traduction de VIssaqoge de Porphyre, faite par le rhéteur Victorinus. Son ouvrage le plus admiré est son Traité de la Consolation, composé pendant sa captivité et, pour ainsi dire, pendant son agonie. Ce traité avec celui de la Trinité, ceux de logique sur la définition et la division, sur le syllogisme, se répandirent dans les écoles monastiques et contribuèrent beaucoup à donner à la scolastique son caractère. Boëce devint ainsi l'un des anneaux les plus marquants qui relièrent, à travers les invasions des barbares, la philosophie ancienne à celle du moyen âge.

Cassiodore (vers 480-575), naquit à Squillace, en Calabre, d'une famille riche et honorée. Les rois des Hérules utilisèrent ses talents d'administrateur; il fut consul (514) et préfet du prétoire (534). Vers l'an 540, il quitta le monde et les honneurs pour fonder le monastère de Viviers, à l'extrémité de la Calabre, où il vécut, dit-on, jusqu'à l'âge de cent ans. Pendant sa vie publique, il avait profité de son influence pour faire, des rois barbares, de véritables protecteurs des lettres et de la civilisation. Sa vie monastique ne fut pas moins utile à la même cause : son monastère de Viviers devint un asile de la science et le modèle d'une foule d'autres maisons religieuses ; il y forma une riche bibliothèque et fit transcrire de précieux manuscrits. Lui-même commenta l'Ecriture et peut-être la logique d'Aristote ; il composa un Traité des sept arts libéraux, le manuel encyclopédique de ces temps-là, qui fut très répandu dans les écoles au début du moyen âge. Son œuvre la plus remarquable est son traité de l'Ame, qu'il composa étant préfet du prétoire. Mais c'est surtout en entretenant le feu sacré de la science ecclésiastique et philosophique, que Cassiodore a bien mérité de la postérité. Pour ne pas désespérer, pendant ces temps ingrats traversés par tant de tempêtes, il fallait avoir un esprit aussi élevé et un cœur aussi bien trempé que le sien. (V. les saints qui furent en même temps des philosophes : Augustin, Isidore de Séville, Jérôme, etc.).

Salvien. — Cet écrivain ecclésiastique est une des gloires de l'Eglise. Né sur les bords du Rhin, vers 300, il florissait à Cologne ou à Trêves. Après avoir vécu dans le mariage, il quitta le monde pour la vie religieuse. Il résida au monastère de Lérins (420), puis à Marseille, où il fut ordonné prêtre (430) et où il mourut (484). Salvien a dépeint les vices et les malheurs de son temps avec une telle énergie qu'on l'a surnommé le Nouveau Jérémie. Au moment où les chrétiens se désespéraient devant l'invasion des barbares, il écrivit son ouvrage De gubernatione Dei et de justo Dei prœsentique judicio. Il y traite la question de la Providence, moins en philosophe qu'en historien ; il s'appuie sur des faits plutôt que sur des raisonnements. Aussi cet essai rappelle-t-il le Discours de Bossuet sur l'histoire universelle, plutôt que la Thèodicée de Leibniz, bien que celui-ci plaide comme Salvien la cause de la Providence et puisse dire avec lui : Causam Dei agimus. Salvien fait remarquer, avec raison, que les peuples frappés par les barbares avaient mérité, à bien des égards, ce fléau, par leur corruption et l'amour effréné des spectacles. Cette apologie de la Providence, en ces temps de désolation, n'était pas moins opportune peut-être que celle du christianisme pendant les temps de persécution. On a conservé encore, des nombreux ouvrages de Salvien, un traité de l'Avarice et des Lettres.

Prosper. — A côté de Salvien, signalons saint Prosper, né en Aquitaine (403), qui fit partie du clergé de Marseille et entra en correspondance avec saint Augustin, au sujet du pélagianisme. 11 combattit lui aussi cette hérésie et seconda le pape saint

HISTOIRE

Léon le Grand, qu'il visita à Rome. On lui doit, en outre, une Chronique.

Fulgence (saint), né en Afrique (vers 468-533), devint évoque de Kuspina. 11 avait été déterminé par la lecture de S. Augustin à embrasser la vie religieuse. 11 rit un pèlerinage au tombeau des apôtres (500) et fut élevé ensuite à l'épiscopat. Exilé par le roi des Vandales, qui protégeait les ariens, il fut rappelé par son successeur. Ses écrits lui ont mérité d'être appelé le S. Augustin de son siècle.

Mamert (Claudien), mort vers 474, était le frère de S. Mamert, évêque de Vienne. Il fut d'abord moine, puis associé aux travaux de son frère. Son ami, Sidoine Apollinaire, le regardait comme le plus beau génie de son temps. Il est l'auteur de l'Office des Rogations et d'un Traite, de la nature de Va me, curieux ouvrage, présenté par l'auteur avec beaucoup de modestie et dirigé contre l'erreur de Faust us, auteur anonyme d'un ouvrage, De Créaturis, où la spiritualité parfaite était réservée à Dieu.

Marcien Capella était de Madaure, en Afrique. Il écrivit, de 410 à 427, avant l'invasion des Vandales, le Satyricon, sorte d'encyclopédie, rnêlée de prose et de vers, divisée en sept livres, précédée d'un petit roman de mauvais goût : les AToccs de Mercure et de Philologie. Il emprunte ses vues sur la grammaire, la dialectique, la rhétorique et les autres arts libéraux (trivium et quadrivium du moyen âge) à Varron, à Pline et autres anciens. Cet ouvrage est écrit en mauvais style ; mais il devient important par ce fait qu'il survécut à beaucoup d'autres, meilleurs sans doute, et transmit à l'âge immédiatement suivant les connaissances de l'antiquité. Au VIe siècle, il était corrigé par un rhéteur d'Auvergne, Félix, et devenait classique dans les écoles des cloîtres. Il fit place un peu plus tard aux ouvrages d'Aristote et autres auteurs plus dignes d'être étudiés. Sans parler de plusieurs commentateurs, l'Allemand Notker traduisit ces Noces de Mercure et de Philologie au commencement du XIe siècle.

Denys le Petit, ainsi nommé à cause de sa petite taille, était un moine scythe, qui vint à Rome vers 500 et fut fait abbé d'un monastère. Il mourut en 540. On a de lui des recueils de Canons apostoliques et de Dec réta les, des versions latines des ouvrages de S. Pacôme et autres Pères. - C'est à lui qu'on doit l'usage de compter les années à partir de l'ère chrétienne. Mais, en réalité, l'ère véritable est antérieure à celle qu'il a assignée, (w Jésus).

(Jurisconsulte.)

Tribonien, né vers 500 en Pamphylie, fut le principal jurisconsulte dont se servit Justinien pour les travaux de codification qui signalent son règne. Il était membre de la commission qui rédigea la lre édition du Code, publiée en 529 ; il travailla ensuite au Digeste, avec la commission qu'il avait lui-même choisie et qui termina sa tâche en 3 ans. Dans l'intervalle, il publiait les Institutes (533). Il travailla à la 2e édition du Code, publiée en 534. Il mourut jeune encore en 546.

(Rhéteurs, grammairiens, etc.)

Libanius est le plus célèbre rhéteur du IVe siècle. Il naquit à Antioche (314), étudia à Athènes, enseigna avec éclat â Constantinople, à Nicomédie, à Antioche et compta parmi ses élèves S. Basile et S. Jean Chrysostome. Julien l'Apostat fut son ami. Païen tolérant et lettré aimable, peut-être sceptique, il se fit accepter de tous. Il mourut à Antioche en 396. On a de lui des Harangues, des Lettres et des Fragments.

Donat, grammairien latin du IVe siècle, fut très apprécié en son temps ; il fut le précepteur de S. Jérôme. On a de \ lui une grammaire (Ars grammatica). Il avait commenté aussi Térence et Virgile.

Stobée. — Ce compilateur grec vivait au Ve siècle et était, sans doute, de Stobi, en Macédoine. On lui doit un recueil méthodique de morceaux extraits d'une foule de philosophes, poètes, orateurs, historiens. Bien qu'elle nous soit arrivée mutilée, cette compilation est précieuse. (Poètes.)

Prudence, poète latin chrétien, naquit en 348, dans la Tarraconaise (Espagne), fut avocat, juge, gouverneur de quelques villes, soldat et exerça une charge à la cour d'Honorius. Il tomba en disgrâce, parait-il, et s'adonna, dans la solitude, à la culture dos lettres et à la piété. Il a laissé des poésies (hymnes, cantiques, etc.), dont un poème en l'honneur des martyrs.

Sidoine Apollinaire, poète latin, né à Lyon, vers 430, et mort en 489, était gendre de l'empereur Avitus. Il fut préi'et du prétoire, patrice, sénateur et remplit diverses missions. Les Arvernes l'élurent évêque de Clermont (472) et il reçut alors les ordres sacrés. On a de lui 24 poèmes, et 9 livres de Lettres en vers (v. S. Arit).

Fortunat, poète latin, né près de Trévise, vers 530, et mort en 609, fut ('■levé â Ravenne. Il vint en Gaule en 565, fut accueilli par Sigebert, dont il célébra, dans un épithalame, le mariage avec Brunehaut. Attaché comme chapelain au monastère de sainte Radegonde, à Poitiers, il devint évêque de cette ville. Ses œuvres, très discutées, sont un monument historique précieux. Il écrivit la Vie de S. Martin en 4 chants, celle de Ste Radegonde, qui, avec lui, cultiva la poésie.

(Historiens.)

Eusèbe de Cêsarée, dit le Père de l'histoire ecclésiastique, naquit vers 270, visita les solitaires de la Thébaïde et fut créé évêque de Césarée (Palestine), en 315. Il assista au concile deNicée(325). Malheureusement, il parut soutenir ensuite les ariens, sollicita l'exil de S. Athanase et le rappel d'Arius (334). Il mourut vers 338. Ses principaux ouvrages, tous écrits en grec, sont : une Histoire ecclésiastique, en 10 livres, depuis J.-C. jusqu'à la défaite de Licinius ; Préparation et Démonstration èvangéliques, où l'on trouve un fragment attribué à Sanchoniathon ; Vie de l'empereur Constantin et panégyrique de ce prince ; Apologie d'Origène ; Topographie </<■ la Terre- Sainte, traduite par S. Jérôme ; enfin une célèbre Chronique, qui va du commencement du monde à la 20' année du règne de Constantin, dont il ne reste qu'une traduction latine, avec continuation par S. Jérôme.

Silvie, romaine du IVe siècle, qui fit un pèleririnage en Terre Sainte. Le document où est relaté son pèlerinage a été retrouvé il y a quelque 15 ans et a occupé beaucoup les érudits. (V. Dom Cabrol, Etude sur la « Peregrinatio Silviœ ». Les églises de Jérusalem, la discipline et la liturgie au IV" siècle, 1895).

Sulpice-Sévère. historien ecclésiastique latin, né en Aquitaine, vers 363, entra au barreau, puis, quitta le monde, après la mort de sa femme, distribua ses biens aux pauvres et se retira à Primuliac, près de Béziers (392). Il s'attacha ensuite à S. Martin, fut peut-être ordonné prêtre et mourut dans un monastère de Marseille. On a de lui : l'Histoire sucrée, son principal ouvrage, abrégé bien fait qui va jusqu'à l'an 400; une Histoire de S. Martin ; des Dialogues. On l'a surnommé le S alluste chrétien.

Théodoret, écrivain ecclésiastique grec, né à Antioche (387), donna sa fortune aux pauvres, pour se retirer dans un couvent, près d'Apamée, et devint évêque de Cyr, en Syrie (423). Il mourut vers 458. On a de lui : une Histoire ecclésiastique, assez estimée, qui va de 325 à 429 ; une Histoire jiieuse, qui contient la vie de 50 solitaires ; des ouvrages de théologie.

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