PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
Jules II le chargea d'élever son tombeau (1504) ; il peignit des fresques au Vatican, exécuta la célèbre statue de la Nuit, pour le tombeau de Julien de Médicis à Florence, et déploya le talent d'un grand ingénieur pour défendre cette ville contre Charles- Quint et Clément VII (1529-1530). Le pape lui confia néanmoins la composition de la fresque célèbre du Jugement dernier pour la chapelle Sixtine (1534- 1541) : il y travailla 8 ans. Paul III le chargea d'achever la basilique de Saint-Pierre : il réforma les plans de ses prédécesseurs et donna le dessin de la Coupole. Citons encore la statue colossale de Moïse, dans l'église de Saint-Pierre-aux-liens : elle était destinée au mausolée de Jules II. Michel-Ange a laissé aussi des poésies et une Correspondance.
Léonard de Vinci, né au château de Vinci, près Florence (1452-1519), se distingua comme peintre, architecte, ingénieur, savant. Il travailla au dôme de Milan, fit la statue équestre de François Sforza, peignit la Cène du réfectoire de Sainte- Marie des Grâces. A Florence, il peignit avec Michel-Ange la salle du conseil. François I l'emmena en France, où il mourut. Il a laissé aussi beaucoup de manuscrits, qui ont été traduits et publiés par M. Ravaisson (1890-91, (5 vol. in-folio).
Le Titien, né à Cadore (1477-1570), étudia à Venise sous Bellini et eut pour condisciple Giorgione (v. le siècle précédent). Il fut nommé premier peintre de la république de Venise et les princes d'Italie se le disputèrent. Remarquable surtout comme coloriste, il est le peintre le plus illustre de l'école vénitienne. Cédantaux instances de Paul III, il vint à Rome en 1545. Il mourut de la peste à 99 ans.
Raphaël Sanzio, né à Urbin (1483-1520), eut pour premier maître son père, qui l'envoya étudier à Pérouse auprès du Pérugin. A 21 ans, il fit le Mariage de laVierge. Mais il se perfectionna encore en voyant les chefs-d'œuvre de Michel-Ange et de Léonard de Vinci. Appelé à Rome par le Bramante, son oncle, il fut chargé de décorer de peintures à fresque les salles du Vatican. Citons parmi ses compositions : la Dispute du Saint- Sacrement, Hèliodore chasse du temple, l'Ange délivrant S. Pierre, Attila arrêté par le pape S. Léon. Pour François I il fit : une Sainte Famille et S. Michel terrassant l'Ange des ténèbres. Son oeuvre maîtresse est la Transfiguration. Une maladie violente l'enleva à 37 ans. — Sa Vie, comme celle de Michel-Ange, a été écrite par Quatremère de Quincy, etc.
Paul Véronèse, né à Vérone (1528-1588), était fils d'un sculpteur. Parmi ses œuvres très nombreuses, qui se trouvent surtout à Venise, on cite les Noces deCana, la Vierge et l'Enfant Jésus, le Repas chez Simon le Pharisien, les Pèlerins d'Emma'ùs.
Carrache. — C'est le nom d'une famille de peintres italiens, nés à Bologne. Louis (1555- 1619) fut élève de Tintoret et maître de ses deux cousins : Augustin et Annibal. Il fonda à Bologne une Académie de peinture. Citons de lui : la Prédication de S. Jean-Baptiste; Jésus mort sur les genoux de sa mère. — Augustin (1552- 1601) abandonna la peinture pour la gravure, puis revint à la première, collabora avec son frère Annibal, rompit avec lui et mourut de chagrin. — Annibal (1560-1609) fut le plus grand peintre de l'école bolonaise. Il décora la galerie Farnèse. Citons encore de lui : S. Roch distribuant ses richesses aux pauvres, le Silence, la Résurrection, le Martyre de S. Etienne. Le Louvre possède 28 de ses tableaux. Le chagrin et les excès abrégèrent ses jours.
Jean Cousin, dit le Michel-Ange français, né près de Sens (1500-1590), a été regardé comme le fondateur de l'école française. Il excella dans la
peinture à l'huile, la peinture sur verre et dans la sculpture. On cite surtout son tableau du Jugement dernier (Louvre) et une Descente de croix (Mayence). Il a laissé aussi sur son art des traités estimés.
Léonard, dit le Limousin, peintre émailleur de Limoges (1505-1575), obtint de François I la direction de la manufacture d'émaux fondée à Limoges. Il fit exécuter nombre de coupes et de vases de forme élégante, enrichis de peintures d'après les dessins de Raphaël, de Jules Romain, de Jean Cousin.
Jean Goujon, sculpteur et architecte, né à Paris (1515-1568), mérita d'être appelé le Phidias français et le Corrège de la sculpture. Son chefd'œuvre est la Fontaine des Innocents (1550). Il orna de sculptures le château d'Ecouen, le château d'Anet, l'hôtel de Carnavalet, qu'il construisit comme architecte.
Philibert Del orme, architecte (vers 1515- 1577), né à Lyon, étudia en Italie, fut attiré à Paris par le cardinal Du Bellay, qui le fit connaître à la cour, où il fut très apprécié et comblé de faveurs. Bien que simple tonsuré, il reçut plusieurs abbayes. 11 donna pour Henri II les plans des châteaux d'Anet et de Meudon ; pour Catherine de Médicis, les plans des Tuileries. Il a laissé des traités d'architecture.
(Musique.)
Palestrina, compositeur italien surnommé le Prince de la musique, né à Palestrina (1525- 1594), fut maître de chapelle dans les principales églises de Rome. Lorsqu'il parut, on était arrivé à composer des messes et des motets sur des airs de chansons, etc., contrairement aux prescriptions du concile de Trente. Palestrina rendit à la musique religieuse la gravité qui lui convient, sans négliger l'harmonie. On cite surtout sa Messe du pape Marcel et son Stabat.
(Savants, médecins, etc.,)
Paracelse, né à Einsiedeln, près de Zurich (1493-1541), était un illuminé autant qu'un savant. 11 s'adonna de bonne heure à l'étude des sciences, parcourut une. grande partie de l'Europe pour écouter les médecins les plus célèbres de son temps ; lui-même écrivit de nombreux ouvrages sur la médecine, l'alchimie, le macrocosme et le microcosme, c'est-à-dire sur l'univers et l'homme. Il attribuait une grande influence aux astres sur les germes terrestres, comme aussi sur le cerveau humain, et, par là même, sur toute la personne. 11 mourut à 48 ans, à l'hôpital de Salzbourg, bien qu'il fût en possession, disait -il, d'un remède de longue vie.
Cardan, né à Pavie (1501-1576), est un savant non moins bizarre que Paracelse. A 22 ans, il expliquait, à Pavie, les Eléments d'Euclide. Il prit ensuite, à Padoue, le grade de docteur en médecine, fut emprisonné quelque temps à Bologne, en 1570, on ne sait pour quel motif, et eut la douleur devoir ses propres enfants mériter l'échafaud ou la prison. Lui-même, malgré son incroyable vanité, se déclarait enclin naturellement à tous les vices. Cardan poussa aussi loin que Paracelse les prétentions scientifiques et les superstitions extravagantes. 11 osa même tirer l'horoscope de Jésus-Christ. On ne s'étonnera point qu'il ait été accusé d'impiété et d'athéisme. Au point de vue philosophique, il paraît avoir admis, en certains endroits de ses ouvrages, l'âme universelle du monde, telle que la proposait Averroôs ; il prétendait aussi expliquer tous les phénomènes par la sympathie et l'antipathie, analogues à l'amitié et à la discorde imaginées par Empédocle. Mais Cardan n'est point toujours d'accord avec lui-même.
Vésale, médecin, né à Bruxelles (1514-1564), est regardé comme le créateur de l'anatomie du corps humain. Bravant les préjugés, il fut l'un des
HISTOIRE
XVIe
~IECLE
premiers à disséquer des cadavres. Il se perfectionna à Paris et enseigna ensuite à Pavie, à Bologne, à Pise, devint médecin de Charles-Quint et de Philippe 11. Accusé d'avoir ouvert le corps d'un gentilhomme encore vivant, il dut faire un pèlerinage en Terre Sainte, lut jeté, au retour, par la tempête, sur les côtes de l'île de Zante, où il mourut de faim.
Paré (Ambroise), créateur de la chirurgie française, né à Bourg-Hersent, près de Laval (1517- 1590), étudia l'anatomie à Paris, eut l'occasion de visiter l'Italie, où il suivit comme chirurgien René de Montejean. A partir de 1552, il fut chirurgien des rois de France. Dans les opérations, où il excellait, il substitua la ligature des artères à la cautérisation. Ce mot de lui peint bien sa piété et sa modestie : « Je le pansai, Dieu le guérit ». Il n'était pas protestant, comme, on l'a cru sur une anecdote de Brantôme, d'après laquelle Charles IX lui aurait sauvé la vie à la Saint-Barthélémy. (Astronomie.)
Copernic (1472-1543). — Le plus ancien des astronomes de cette époque qui furent les créateurs de l'astronomie, est le chanoine polonais Copernic, né à Thorn. Il est célèbre par le système auquel il donna son nom et qu'il présenta modestement comme une hypothèse. Loin d'être repoussé par l'Eglise, à son apparition, le système de Copernic fut accueilli avec, bienveillance; le pape Paul III accepta la dédicace de l'ouvrage : De revolutionibus orbium celestium libri IV (1543).
Kepler, élevé dans le protestantisme, mais d'un esprit profondément religieux, est l'un des créateurs de l'astronomie. Il naquit à Weil (Wurtemberg) d'une famille noble et pauvre. Son père, qui fut capitaine sous le duc d'Albe, périt dans une bataille contre les Turcs. Kepler étudia au cloître de Maulbrunn, puis à l'université protestante île Tubingue. Destiné d'abord à la théologie, il tomba providentiellement sous la direction d'un professeur de mathématiques et d'astronomie, Msestiin, celui-là même qui, dans un voyage en Italie, avait gagné Galilée aux idées de Copernic. En 1597, étant professeur de géométrie à Graetz, Kepler publia son Prodrome ou Mystère cosmographique, qui aurait attiré sur lui les foudres des théologiens de Tubingue, si le duc de Wurtemberg ne l'avait protégé. Néanmoins sa doctrine fut déclarée incompatible avec l'Ecriture. Ces tracasseries lui firent accepter, en 1600, l'invitation que l'empereur catholique Rodolphe II lui adressait par Tycho- Brahé, de venir à Prague travailler aux Tables Rodolphines. Mais Tycho-Brahé n'était point copernicien ; et Kepler, privé de ses honoraires par suite des malheurs de la guerre, finit par éprouver bien des déboires. 11 se retira alors au collège de Linz, où il fut persécuté par ses propres coreligionnaires, parce qu'ils voulaient se l'associer contre les calvinistes. Ajoutons qu'il avait eu la douleur de voir sa femme frappée de démence et qu'il dut un peu plus tard aller au secours de sa mère, accusée de sorcellerie. Il mourut, alors qu'il venait de se rendre à la diète de Ratisbonne, pour réclamer les arrérages de son traitement. (V. Valson, les Savants illustres du XVIe et du XVIIe siècle.)
Tycho-Brahé, né en Scanie (1546-1601), eut la passion des observations astronomiques. Dès 1571, il installa dans sa maison un observatoire et un laboratoire. Le roi Frédéric II facilita ses travaux et lui concéda une île à 3 lieues de Copenhague. Tycho-Brahé put s'y installer magnifiquement et poursuivre pendant 20 ans ses observations (1577- 1597).
(Astrologues.)
Nostradamus, né à Saint-Remi, en Provence (1503-1566), se fit d'abord connaître comme méde-
cin. Il publia en 1555 ses fameuses prophéties, qui eurent une vogue immense. Catherine de Médicis le combla de présents et il devint médecin ordinaire de Charles IX.
Ruggieri. — Cet astrologue florentin fut le conseiller et le confident de Catherine de Médicis. Il publia des almanachs qui eurent beaucoup de vogue, de 1604 à 1615, année de sa mort. (Agronome.)
Serres (Olivier de), né à Villeneuve-de-Berg (1539-1619), fut employé par Henri IV pour l'amélioration des domaines royaux. Il planta 15.000 mûriers dans le jardin des Tuileries et naturalisa en France l'industrie de la soie. Il introduisit aussi l'usage des prairies artificielles. On lui doit divers traités.
(Inventeur.)
Bernard Palissy, célèbre céramiste, né vers 1510, fut d'abord verrier et peintre d'images ; il vécut à Saintes, où il chercha, dès 1543, à découvrir le secret des émaux italiens. Il y réussit après 16 ans d'efforts et fabriqua des poteries qui furent très recherchées, de même que ses figulines. Sa curiosité scientifique se porta sur divers sujets : monuments de l'antiquité, terres, pierres, métaux, etc., et il les étudia avec une grande sagacité. Il mourut vers 1590 à la Bastille, où les ligueurs l'avaient enfermé. (Historiens, chroniqueurs.)
Baronius. — Le cardinal Baronius, né à Sora (Italie mérid.) en 1538, devint général de l'Oratoire italien (1593) et confesseur de Clément VIII, qui le fit cardinal et bibliothécaire du Vatican (1596). Ses Annales ecclésiastiques (1588-1593, 12 vol. infolio) embrassent toute l'histoire de l'Eglise, depuis l'origine jusqu'à l'an 1198. Ce grand ouvrage, où l'auteur se proposait de relever les inexactitudes des Centuries de Magdebourg, est resté classique, malgré ses erreurs de détail et surtout de chronologie. Il a été continué par Rainaldi, Laderchi, Theiner.
Centuriateurs de Magdebourg. — On a donné ce nom à des historiens protestants qui, dans les premiers temps de la Réforme, rédigèrent à Magdebourg une histoire de l'Eglise, qu'ils divisèrent en centuries ou siècles. Leur but était de montrer que leur doctrine s'accordait avec celle de la primitive Eglise. Les principaux centuriateurs furent : Mathias Flacius, Mathieu Richter, dit Judex, J. Wigan, B. Faber.
Pierre de l'Etoile (ou Estoile), né à Paris (1540-1611), fut grand audiencier de la chancellerie de France ; ce qui lui permit de rédiger, depuis 1574 jusqu'à sa mort, un journal rempli de renseignements précieux, rapportés avec fidélité (5 vol. in-folio). — Son aïeul avait enseigné le droit à Orléans. — Son fils Claude (1597-1652), fut un des premiers académiciens.
Brantôme, né à Bourdeilles (Périgord), vers 1540, et mort en 1614, guerroya contre les huguenots, les Turcs et les Maures, puis fut attaché à Charles IX comme gentilhomme de la chambre. Mécontent de Henri III, il se retira dans ses terres et y écrivit ses mémoires, souvent scandaleux, qui sont le tableau de cette époque. Ils comprennent plusieurs ouvrages distincts : Vie des hommes illustres etgrands capitaines français ; Vie des grands capitaines étrangers; Vie des dames illustres, etc. Ses Œuvres complètes viennent d'être publiées (plus de 12 vol.) par Prosper Mérimée et Louis Lacour.
Guichardin, ami de Machiavel (v. ce nom), naquit à Florence (1482-1540), professa d'abord le droit, puis entra dans la diplomatie et fut envoyé en ambassade auprès de Ferdinand le Catholique ( 15 12). Léon X le combla do faveurs et le nomma gouverneur de Modène et de Reggio. Il rendit de grands services à la papauté comme lieutenant-général du