‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 613 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

tique à la hauteur de la prudence d'Etat. Dans ses Discours sur Tite-Live (1516), au contraire, il se montre favorable à la démocratie. Réconcilié avec les Médicis, il traça la première partie d'une Histoire de Florence, continuée par son ami Guichardin. Il mourut en 1527. •

(Jurisconsultes.) Dumoulin (Charles), né à Paris (1500-1566), fut l'un des jurisconsultes les plus érudits de son temps. Il fut calviniste, luthérien, puis revint au catholicisme. Il avait conçu l'idée d'un code unique pour la France.

Cujas, né à Toulouse (1522-1590), ne putobtenir une chaire de droit romain à Toulouse et alla enseigner en plusieurs villes, en dernier lieu à Bourges, partout suivi de ses nombreux élèves. Sa réputation fut immense. Il fonda l'école historique du droit romain. Ses œuvres sont des Commentaires sur le Corpus juris.

Pithou. — C'est le nom de deux frères, auteurs d'ouvrages de droit. Pierre (1539-1596), né à Troyes, élève de Cujas, rédigea la Coutume de Sedan. Converti au catholicisme (1573), il écrivit : Libertés de l'église gallicane (1594i, etc. Il prit part à la rédaction de la Satire Me nippée. — Son frère François (1543-1621), se convertit au catholicisme et fut avocat au parlement de Paris.

Pasquier (Etienne), jurisconsulte et historien, né à Paris (1529-1615). prit le parti de l'Université contre les jésuites, qu'il attaqua notamment dans un pamphlet. 11 est l'auteur d'une Interprétation des Institutes de Justinien, etc.

(/ e'.ir \s, érudits, etc.) Erasme, dont le nom est la traduction grecque de Désiré, était fils naturel ; il naquit à Rotterdam (1467-1536), entra pour quelque temps au couvent de Stein, eut l'occasion d'étudier à Paris et de visiter l'Angleterre. En 1506, il prit le grade de docteur à Turin; puis il retourna en Angleterre, dut quitter ce pays, et, sollicité par divers souverains, préféra vivre dans 1 indépendance. Il s'établit à Haie, puis à Fribourg, et revint mourir à Bàle. Erasme est l'auteur des Adages et de l'Eloge de la /"lie. Il excella comme humaniste et parut trop hésiter entre le catholicisme et la Réforme. Comme tant d'autres beaux esprits, il n'épargna point ses invectives contre la scolastique et parut se venger ainsi de son incapacité philosophique.

Erasme fit de fréquents séjours à Louvain et y refusa même une chaire en 1502. Il contribua du moins à l'érection du collège des Trois-Langues (1517), où l'on enseignait le latin, le grec et l'hébreu. Cette institution fut imitée en France par François Ier, qui créa le Collège royal ; elle fut imitée aussi en Espagne, par Ximénès, et en Angleterre. Elle provoqua à Louvain, une culture intense de l'éloquence et de la philologie. (V. de Nolhac, Erasme en Italie, 1898 2e éd. opusc.)

Amyot (Jacques), né à Melun (1513-1593), devint de pauvre étudiant professeur à l'université de Bourges, grand aumônier ( 1560), évèque d'Auxerre (1570). Il fut l'un des meilleurs écrivains du XVIe siècle. Ses traductions furent populaires dès le premier jour, surtout les Vies des hommes il/ astres et les Œuvres morales de Plutarque. Palsgrave, né à Londres, mort en 1554, enseigna le français à la sœur de Henri VIII, Marie, qui épousait Louis XII. On lui doit l'Eclaircissement de la langue française publié en 1530, sorte de grammaire, qui présente l'inventaire de la langue à cette époque.

Budé, né à Paris (1467-1540), fut l'un des premiers hellénistes et des premiers philologues de son temps. Prévôt des marchands, maître des requêtes, maître de la librairie, il décida François I à fonder le Collège de France.

Lambin, philologue, né à Montreuil-sur-Mer

(1510-1572), enseigna l'éloquence, puis le grec au Collège de France (1560). Très savant, mais diffus et lent, il donna de bonnes éditions. Sa lenteur surtout est devenue proverbiale, comme en témoignent plusieurs mots de la langue.

Juste-Lipse, philologue flamand (1547-1606), s'attacha au cardinal Granvelle, étudia à Rome et en Allemagne et accepta, en 1579, une chaire d'histoire à l'université de Leyde. En 1592, il vint occuper une chaire d'histoire à Louvain et Philippe II le nomma historiographe de la couronne. Avec Casaubon et Joseph Scaliger, il forma le triumvirat littéraire de son siècle.

Scaliger. — Jules-César Scaliger, médecin et philologue italien (1484-1558), pratiqua la médecine à Vérone et fut emmené à Agen par l'évêque de la Rovère. On a delui: Origines de la langue française (1540) ; une Poétique, qui est son meilleur ouvrage. — Son fils, Joseph, le 10° de ses 15 enfants, m'' à Agen (1540-1609), étudia à Bordeaux, à Paris, où il apprit les langues, passa au protestantisme (1502), étudia le droit sous Cujas, se réfugia à Genève, rentra en France en 1574, composa les ouvrages qui ont fait sa réputation et remplaça Juste-Lipse dans sa chaire de Leyde (1593). (Imprimeurs.) Manuce — C'est le nom d'une famille de savants imprimeurs. Aide Manuce, dit l'Ancien (1449-1515), né près de Velletri (Etats romains), fonda à Venise (1490) une imprimerie d'où sont sorties de bonnes éditions latines. On a de lui : des Grammaires latine et grecque; un Dictionnaire grec-latin ; un traité r/e Metris Horatianis. — Son fils, Paul Manuce (1511-1574), continua ses travaux, qui portèrent principalement sur les œuvres de Cicéron. Il se rendit à Rome (1561), poury imprimer les Pérès de l'Eglise. — A/de Manuce, dit lu Jeune, fils du précédent (1547-1597), enseigna à Venise, à Bologne, à Pise, à Rome, où Clément VIII l'appela (1590). Il dirigea l'imprimerie du Vatican. Estienne, famille de savants imprimeurs français. Henri (1470 1521), d'une famille noble de Provence, fut déshérité pour s'être fait imprimeur — Robert (1503-1559), né à Paris, publia le Thésaurus linguœ latinœ — Henri (1528-1598), son fils, rapporta d'Italie de nombreuses copies de manuscrits, publia un Thésaurus groecce linguœ, un traité de la I'récellence du langage français, etc. Malade et endetté, il mourut fou. Le dernier de ces excellents imprimeurs, Antoine, mourut à l'Hôtel- Dieu de Pans, en 1674.

Dolet (Etienne), né à Orléans en 1509, fut secrétaire d'ambassade à Venise, étudia le droit à Toulouse, et en fut expulsé par le parlement (1534). 11 s'établit imprimeur à Lyon, où il publia des ouvrages entachés d'hérésie. Trois foisincarcéré, condamné par la Sorbonne et le parlement de Paris pour divers crimes, il fut pendu, puis brûlé à Paris, place Maubert ( 1546). On a essayé, en lui érigeant une statue sur le lieu de son supplice, de réhabiliter sa mémoire.

Elzévir. — Cette famille célèbre d'imprimeurs hollandais ne compte pas moins de 14 membres qui se sont distingués dans leur art, au XVIe et au XVIIe siècle. Louis, le premier d'entre eux, né à Louvain (1540-1617), s'établit à Leyde. Un autre Louis (1604-1670), fonda l'imprimerie d'Amsterdam. Gryphe. — Cette famille d'imprimeurs créa des imprimeries à Lyon, à Paris, à Venise, etc. Le plus célèbre est Sébastien Gryphe (Gryphius), natif de la Souabe (1493-1556 , qui exerça son art à Lyon, de 1528 à 1556. (X. Vingtrinier, Histoire de l'imprimerie à Lyon de l'origine jusqu'à nos jours, Lyon 1894, in-8).

(Ecrivains, romanciers, poètes.) La Boétie (1530-1563), né à Sarlat, ami de Montaigne et conseiller au parlement de Bordeaux,

HISTOIRE : XVIe SIECLE

mourut jeune. 11 écrivit, outre des traductions, le Discours de la Servitude volontaire (il n'avait alors que 18 ans) et le Contre un, où il s'élève avec exagération contre la monarchie.

Bodin(Jean), né à Angers (1530 1596), fut député aux Etats de Blois (1576), puis procureur du roi à Laon, pendant la Ligue. On a de lui divers ouvrages : Méthode pour étudier V histoire ; Démonomanie, où il se montre favorable à la magie, mais surtout son traité de la République, où il combat le communisme.

Urfé. — Nom de deux frères, qui se distinguèrent dans les lettres, Anne d'Urfé (1555-1621), né dans le Forez, fut bailli du Forez et l'un des chefs de la Ligue dans sa province. 11 entra dans les ordres en 1603. 11 a laissé beaucoup d'écrits : Vaillance, dialogues ; sonnets, poésies, etc. — Honoré d'Urfé (1568-1625), né à Marseille, commença le grand roman de VAstrèe, publia des poésies, etc.

Rabelais, né à Chinon, en 1405, mort vers 1553, fut d'abord moine, puis jeta le froc, se mit à courir le monde, se fit recevoir docteur à Montpellier (1531) et y exerça la médecine. On le retrouve ensuite à Lyon, où il fut lié avec Etienne Dolet. Le cardinal du Bellay, son ancien condisciple, l'emmena à Rome en qualité de médecin. Ap es la mort de François I, il se réfugia à Metz, où il fut médecin de l'hôpital, puis à Rome, où il ne fit pas moins de 4 voyages et se fit relever de ses censures, bien qu'il n'ait pas plus épargné dans ses satires le pape et les cardinaux que les rois. Il obtint, en 1551, la cure de Meudon. La singulière vie de ce bouffon plein d'esprit, souvent obscène, jette un grand jour sur l'époque où il vécut. Sans parler de ses ouvrages sérieux sur Hippocrate et Galien, Rabelais a écrit l'histoire de Gargantua et Pantagruel, qui l'ont immortalisé. Les 5 livres de ce roman allégorique et satirique parurent de 1535 à 1564.

Passerat, poète français (1534-1602), né à Troyes, étudia le droit sous Cujas et succéda à Ramus dans la chaire d'éloquence du Collège de France. Il est le principal auteur de la fameuse Satire Ménippée, pamphlet royaliste contre les ligueurs. Passerat adonné aussi des Commentaires sur Catulle, Tibulle, etc.

Régnier (Mathurin), poète satirique 'français (1573-1613), né à Chartres, était neveu du poète Desportes, qui l'initia1 à la poésie. Il se fit clerc, accompagna à Rome le cardinal de Joyeuse, en 1503, et le duc de Béthune, en 1602, y étudia les lettres, obtint à son retour à Chartres un canonicat, avec une pension de 2,000 livres, et se livra à son goût pour les lettres et le plaisir. Ses Kpitres et ses Satires sont remarquables, mais parfois immorales et 'même cyniques. Il attaqua vivement Malherbe. (Y. Yianey, Mathurin Régnier, thèse).

Marot. — C'est le nom de deux poètes, le père et le fils. Jean (1463-1523), né près de Caen, s'appelait de son vrai nom Desmarets. 11 fut attaché à la personne de Anne de Bretagne, de Louis XII, qu'il suivit en Italie, de François I, et remplit les fonctions de valet de chambre, de secrétaire et d'historiographe. Il fit des poèmes, des épîtres, des rondeaux, etc. — Son fils Clément (1495-1544), né à Cahors, fut suspect d'hérésie et enfermé au Chàtelet, d'où François I le fit sortir (1526). Poète favori du roi, qu'il avait accompagné à Pavie, Marot a laissé son nom au genre marotique, remarquable par la naïveté et la finesse de l'expression, la délicatesse des sentiments.

Ronsard, né dans le Vendômois (1524-1585), était d'une famille originaire de Hongrie. Il fut page du fils de François I, le duc d'Orléans, puis de Jacques Stuart, depuis Jacques V, fut employé dans diverses missions » l'étranger, renonça aux aifaires, à cause d'une surdité précoce, et s'adonna tout entier

à la poésie. Avec Ba'if, Belleau, Joachim du Bellay et quelques autres, il forma la Pléiade, société littéraire qui se proposait de régénérer la langue et de l'enrichir par des emprunts au grec et au latin et de l'appliquer à des genres nouveaux. Ronsard fut le chef de l'école et proclamé aux jeux Floraux le poète français par excellence. Les princes et les princesses le comblèrent d'attentions et d'honneurs. Il a laissé des sonnets, des odes, des hymnes, des élégies, des épithalames, des mascarades pour les fêtes de la cour, des èglogues sur les événements du temps, etc. Il entreprit la Franciade, vaste épopée, où devaient être chantés les exploits de Francus, fils d'Hector et fondateur de la monarchie française.

(Poètes ou écrivains étrangers.) L'Arioste, poète italien, né à Ueggio, dans le duché de Modène (1474-1533), fut protégé par le duc Alphonse et le cardinal Hippolyte d'Esté. 11 composa beaucoup de petits poèmes, gracieux et spirituels, des comédies et surtout le Roland furieux, épopée romanesque.

Le Tasse. — Nom de deux poètes italiens, le père et le fils. Bernardo, le père (1493-1560) a laissé beaucoup d'œuvres. — Mais Torqrato, le fils 1544-1505), est bien plus célèbre. Il fut appelé à la cour brillante du duc de Ferrare (1565), suivit le cardinal Louis d'Esté en France, où il fut bien accueilli par les poètes de la Pléiade (1571). Entre toutes ses œuvres, brille la Jérusalem délivrer, une des plus belles épopées, qu'il acheva à Ferrare, en 1575. Mais alors commencèrent ses malheurs. Les critiques et la jalousie de ses ennemis, l'exaltation de son esprit et ses scrupules le plongèrent dans une noire mélancolie, qui tourna même en folie pendant quelque temps : il fallut l'enfermer (1577). Revenu à la santé, mais non rentré en faveur, il fut enfermé de nouveau par le duc de Ferrare comme fou ou criminel, jusqu'en 1586. Les princes et l'opinion publique réclamèrent et obtinrent sa délivrance. Clément VIII l'appela à Rome, pour recevoir au Capitule la couronne triomphale. Mais il mourut à la veille, pour ainsi dire, de cette apothéose, le 25 avril, au couvent de Sant'Onofrio. Le Gamoëns, né à Lisbonne (1524 1570), d'une noble famille de la Galice, était pauvre. Il combattit les Maures à Ceuta, servit dans l'Inde, fut exilé à Macao et y composa son poème des Lusiades, récit des exploits de Vasco de Gaina et des autres Portugais. Il composa aussi des sonnets, des éligies, des satires. Il put revenir à Goa et rentrera Lisbonne.

Cervantes, écrivain espagnol, né à Alcala de Henarez (1547-1616), fut blessé à Lépante (1571); il tomba entre les mains des pirates algériens et fut délivré par les Pères de la Merci. De retour en Espagne, il composa, pour vivre, des pièces de théâtre, des nouvelles et surtout son immortel Don Quichott'j. La lre partie parut en 1605 ; la seconde, en 1615.

Shakespeare, le plus grand poète dramatique de l'Angleterre (1564-1616), était fils d'un bourgeois de Stratford, qui exploitait lui-même ses fermes. Vers 1585, il alla à Londres et s'associa à une troupe de comédiens, se distingua comme acteur et comme auteur et fut protégé par Elisabeth. En 1507, il acheta la plus belle maison de Stratford, quitta la scène, mais ne cessa pas d'écrire. Il a été l'un des poètes les plus féconds; mais sou mérite extraordinaire n'a été reconnu que vers la fin du XVIIIe siècle. Citons : Roméo rt Juliette, Ilumlet, Macbeth, Othello.

(Artistes.)

Michel-Ange, né près d'Arez/.o (1475-1564),

étudia la peinture sous les frères Ghirlandajo, se

perfectionna dans la sculpture et le dessin par des

dissections anatomiques à l'hôpital du Saint-Esprit.

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