‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 626 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

matie de Louis XV et le Pacte de famille, 1894; les études du duc de Broglie : la Paix d'Aix-la- Chapelle ; V Alliance autrichienne, etc.).

Le Régent. — Philippe 11 d'Orléans, né à Saint-Cloud (1074 1723), s'empara de la régence à la mort de Louis XIV et fut un corrupteur de la société française (1715-1723). Son irréligion et ses débauches l'avaient fait accuser d'avoir empoisonné le duc et la duchesse de Bourgogne pour arriver au trône, et Louis XIV, qui l'appelait un fanfaron de crimes, lui refusa des juges. La régence fut une réaction contre le gouvernement précédent : le droit de remontrances fut rendu au parlement, les jésuites furent écartés, les mœurs se relâchèrent et les scandales financiers s'ajoutèrent aux autres. Après la découverte du complot de Cellamare, le Régent forma la Quadruple allia née (avec l'Angleterre, la Hollande it l'Empire) contre Philippe V : l'Espagne vaincue signa le traité de Madrid (1720). Le Régent avait épousé une fille de Mme de Montespan, Mlle de Blois : il mourut d'une attaque d'apoplexie (v. Wiesener, le Régent, l'abbé Dubois et les Anglais, 1893-4, 2 vol.)!

Fleury. — Le cardinal de Fleury, né à Lodève (1653-1743), aumônier de Louis XIV, évêque de Fréjus (1698), précepteur de Louis XV (1715), devint ministre, en 1726, et gouverna la Francejusqu'à sa mort. Son administration honnête tranche sur celle du Régent et il parvint à rétablir l'équilibre dans les finances. Vainement il essaya de remettre en vigueur la bulle Unigenitus contre les jansénistes. Désirant la paix, il i'ut entraîné dans deux guerres : celle de Pologne et celle de la succession d'Autriche. Dans la première, il dut soutenir Stanislas Leczinski et obtint pour lui (1738) les duchés de Lorraine et de Bar, qui devaient faire retour à la France après sa mort.

Choiseul (le duc de), né en 1719, connu d'abord sous le nom de comtede Stainville, quitta la carrière des armes pour la diplomatie et devint, par la protection de Mme de Pompadour, ambassadeur à Rome, puis à Vienne et enfin ministre des affaires étrangères (1758). Peu après il fut créé duc et pair. Il prit le portefeuille de la guerre en 1761 et se fit remplacer aux affaires étrangères par son «cousin le duc de Praslin. En 1763, il reçut en outre le ministère de la marine. 11 lut disgracié peu après la mort de sa protectrice. Il forma le Pacte de famille (Espagne, Bourbons de Naples et de Parme) contre l'Angleterre, mais n'en dut pas moins signer le traité de Paris , qui enlevait à la France ses plus belles colonies. Il supprima les jésuites en 1763 et tenta beaucoup de réformes.

D'Aguesseau, chancelier de France, né à Limoges (1668-1751), se distingua par ses talents et son indépendance. Nommé chancelier, en 1717, par le Régent, il fut exilé l'année suivante, pour s'être opposé à Law. Il le fut encore en 1722, pour s'être opposé à Dubois. Fleury le rendit à son poste, qu'il conserva jusqu'en 1750. Ses Œuvres forment 13 vol. in-8.

Lamoignon (GuillaumeIIde),né àParis (1683- 1772), devint chancelier en 1750. Il fut hostile aux philosophes, qui exerçaient alors une influence néfaste sur les esprits; mais il montra un caractère faible. 11 démissionna en 1768.

Maupeou, né à Paris (1688-1775), fut premier président du parlement de Paris et, en 1768, chancelier pendant 24 heures. Il transmit cette charge à son fils. — Celui-ci (1714-1792) succéda à son père comme premier président (1763), devint chancelier en 1768, fit une sorte de coup d'Etat en supprimant le parlement de Paris et les juridictions qui résistèrent (1771). Louis XVI le disgracia (1774).

La Ghalotais, procureur général au parlement de Bretagne, né à Rennes (1701-1785), attaqua vivement les jésuites dans une sorte de pamphlet,

publié en 1761 : Compte rendu des Constitutions des jésuites. Peu après, il fut accusé d'avoir fait opposition à quelques édits bursaux, enfermé à Saint-Malo et exilé à Saintes, d'où il ne revint à Rennes qu'après 10 ans. On a encore de lui : Essai d'éducation nationale.

Law, né à Edimbourg (1671-1729), dut fuir l'Ecosse à la suite d'un duel et visita le continent. De retour en Ecosse, il exposa ses idées dans un écrit : Considérations sur le numéraire et le commerce. Repoussé en Ecosse et en Angleterre, il fut accueilli par le Régent comme un sauveur et autorisé à fonder une banque au capital de 6 millions divisé en 1200 actions de 5.000 livres. Elle réussit et, dès 1717, ses billets pouvaient être donnés en payement des impôts. 11 acheta alors le privilège du commerce de la Louisiane, fonda la Compagnie des Indes occidentales au capital de 100 millions, divisé en 200.000 actions de 500 livres. Toujours avec l'appui du Régent, sa banque fut transformée en banque royale ; les billets atteignirent bientôt 100 millions; le cours des actions monta d'une manière fabuleuse et, en même temps, les émissions d'actions se multipliaient. Des actions de 500 livres se vendirent jusqu'à 20.000 livres. Il y eut jusqu'à 624.000 actions et pour un milliard de billets. Bref, cette période d'agiotage aboutit à un désastre économique. Law dut quitter la France, en 1720, et mourut pauvre à Venise.

Mandrin, fameux brigand né près de Saint- Marcellin (1724-1755). Déserteur, faux-monnayeur, contrebandier, il sut se créer de nombreux complices, profita de l'impopularité de certains impôts et exploita tout le bassin du Rhône. Attaqué par 6.000 hommes, il fut trahi et roué à Valence.

Calas, négociant à Toulouse (1698-1765) et protestant, fut accusé d'avoir tué son fils, qui voulait se faire catholique. Condamné au supplice de la roue par le parlement de Toulouse, il fut exécuté. Samémoire fut réhabilitée en 1765, grâce à Voltaire, à Elie de Beaumont, etc.

(Guerre.) Saxe (le maréchal de), né en Saxe (1696-1750) et fils du roi Auguste II, se distingua surtout au service de la France et pendant la guerre de succession d'Autriche, dite aussi Pe guerre de àept ans (1741-1748). Nommé lieutenant- général en 1734, il commanda, en 1741, l'aile gauche de l'armée de Belle-Isle, qui envahit la Bohême. Il enleva Prague et Egra. En 1744, il prit les principales places de la Belgique et gagna, l'année suivante, la bataille de Fontenoy, sous les yeux de Louis XV, qui lui donna la jouissance de Chambord, avec 40.000 livres de rente. Il fut encore victorieux à Raucoux (1746), à Laufeld (1747), prit Berg-op- Zoom et Maëstricht, ce qui décida la paix d'Aix-la- Chapelle (1748). Sa force corporelle était extraordinaire, spirituel et intelligent, il a laissé : Mes rêveries.

Chevert, né à Verdun (1695-1769), de parents pauvres, s'engagea à 1 1 ans et s'éleva aux grades supérieurs par sa bravoure extraordinaire et ses mérites. Lieutenant-colonel au siège de Prague, il décida la prise de cette ville (1741). Il la défendit l'année suivante, pendant 18 jours, avec 1.800 hommes contre toute l'armée autrichienne. Nommé lieutenant-général en 1748, il décida la victoire d'Hastembeek (1757).

Assas (le chevalierd'), né au Vigan (1738-1760) et capitaine au régiment d'Auvergne, est célèbre par son dévouement. En faisant une reconnaissance dans la nuit du 15 oct. 1760, à Klostcrcamp (Westphalie), il tomba sur une colonne ennemie, qui s'avançait sans bruit pour surprendre les Français. Sommé de se rendre sans donner l'alarme, il s'écria : « A moi, Auvergne ! ce sont les ennemis », et tomba criblé de coups.

HISTOIRE : XVIIIe SIÈCLE

(Corse.)

Paoli. — L'histoire des deux Paoli est liée à celle de l'acquisition de la Corse par la France. Hyacinthe Paoli (1702-170X), général corse, prit part à l'insurrection contre les Génois (1729), puis fut élu primat avec Giafferi et gouverna en cette qualité. A bout de forces, il offrit la Corse au pape, puis à l'Espagne, qui la refusèrent. Il remit alors le pouvoir à un aventurier, le baron Théodore de Nenhof, qui prit le nom de Théodore I, mais ne régna que quelques mois. Paoli lutta ensuite contre les Français, mais fut vaincu par le maréchal de Maillebois, qui soumit la Corse en trois semaines (1739). Paoli se retira alors à Naples — Son fils Pascal (1726-1807), étudia à Naples, rentra en Corse en 1755, fut proclamé chef de l'île, lutta courageusement contre les Génois et tenta d'organiser le pays. Lorsque la Corse eut été cédée à la France (1768), il protesta, mais fut vaincn et se retira en Angleterre. L'Assemblée nationale le rappela en 1790 et lui donna le commandement militaire de son pays ; mais il rompit avec la Convention (1793), expulsa les Français et offrit l'île à l'Angleterre, qui l'accepta. Sir Gilbert Elliot fut nommé vice-roi de l'île. Paoli mourut en Angleterre.

(Marine et colonie*.

La Gallissonnière, né à Rochefort 11693- 1756), lieutenant-général des armées 'navales, fut nommé gouverneur général du Canada, en 1745, et fit commencer l'exécution d'un plan selon lequel une série d'établissements le long de l'Ohio et du Mississipi auraient joint le Canada à la Louisiane. En 1756, il commanda l'escadre qui conduisit l'expédition de Richelieu à Minorque et battit l'amiral Byng.

Dupleix, né à Landrecies (1697-1763), filsd'un directeur de la Compagnie des Indes orientales, voyagea de bonne heure en Amérique et aux Indes, fut nommé directeur du Comptoir de Chandernagor et fit de cette bourgade une cité florissante. 11 avait déjà acquis une immense fortune, quand il fut nommé gouverneur des Indes françaises à la place de Dumas (1742). Il tenta alors de donner à la France un vaste empire colonial et y aurait réussi, malgré les Anglais, contre lesquels il lutta, s'il avait été soutenu parla métropole. Déjà il commandait à 30 millions de sujets et dominait un tiers de l'Inde. Mais il fut i appelé en 1754, ne put obtenir le remboursement de 13 millions qu'il avait avancés et mourut pauvre. Les Anglais, en créant leur empire des Indes, n'ont fait que suivre sa politique.

Lally-Tolendal, né à Romans (1702-1766) d'une famille irlandaise qui avait suivi Jacques II en France, se signala à Fontenoy (1745) et fut nommé, en 1756, gouverneur des Indes françaises. Il chassa les Anglais des cotes du Coromandel, mais n'imita pas la politique de Dupleix et s'aliéna les indigènes. 11 échoua devant Madras et fut assiégé, dans Pondichéry, par une armée de terre de 20.000 hommes et une flotte de 14 vaisseaux(1761). Il dut se rendre, après avoir résisté pendant plusieurs mois, avec une garnison de 700 hommes. Accusé de trahison, il obtint de venir à Paris pour se justifier, mais fut condamné et exécuté. On le bâillonna, avant de le décapiter, pour étouffer ses cris et les protestations suprêmes de son innocence. Sa mémoire fut réhabilitée, en 1781, grâce aux courageux efforts de son fils.

(Canada et Louisiane.

Bienville, fils de Le Moyne et frère à'iberville (v. le siècle précédent), né en 1680, accompagna celui-ci à la Louisiane (1698) et travailla à l'établissement de la colonie, dont il fut nommé gouverneur général, après avoir fondé la Nouvelle- Orléans (1717). 11 se retira en France, en 1741, et mourut à Paris en 1768. Il eut la douleur de voir la Louisiane cédée à l'Espagne (170^).

Vaudreuil, né à Québec en 1698, succéda à son père comme gouverneur général delà Nouvelle- France (1755-1760) et vit la colonie tomber aux mains des Anglais, malgré les brillantes campagnes de 1756, 1757, 1758, la bataille de Carillon, etc., où les Français, avec les milices canadiennes, firent des prodiges de valeur contre des ennemis bien supérieurs en nombre. Assiégé dans Montréal et n'ayant que 3,500 hommes pour résister à 20,000, il capitula honorablement. Il mourut à Paris en 1764. Le Canada français ne comptait alors que 60,000 colons ; et les Etats-Unis, alors colonie anglaise, avaient une population dix fois plus considérable.

Montcalm, né en 1712, passa au Canada en 1756, en qualité de commandant général des troupes de la Nouvelle-France. Il remporta sur les Anglais la victoire de Carillon (1758), défendit Québec contre le général Wolfe, qu'il repoussa, à Beauport (31 juillet 1759). Il mourut d'une blessure reçue à la bataille des plaines d'Abraham, près Québec (13 sept. 1759), qu'il livra avec une grande bravoure, mais peut-être avec trop de précipitation (V. abbé Casgrain, Guerre du Canada, 1756- 1760), Montcalm et Lévis, L898).

Lévis (le chevalier de), venu au Canada avec Montcalm, se distingua à Carillon, etc., battit le général Murray sur les hauteurs de Sainte-Foye, se replia sur Montréal avec 2,000 hommes et ne posa les armes que sur l'ordre formel de Vaudreuil (8 sept. 1760). Après la conquête, il rentra en France, fut nommé duc de Lévis et maréchal de France. Il mourut en 17S7.

Vauquelin (Jean) commandait la flotte française pendant le siège de Québec, où il se distingua par sa bravoure. Accusé par ses 'ennemis, à son retour en France, il fut mis en prison et y mourut (1763).

Pontiac, chef des Indiens outaouais, restafidèle à la France, au service de laquelle il avait mis sa haute intelligence et la grande influence qu'il exerçait sur toutes les nations sauvages. Il conçut le dessein de chasser les Anglais des territoires des grands lacs et ne consentit qu'après plusieurs années d'une lutte trop inégale, à accepter la paix d'Oswégo (1766). Il fut assassiné par un Illinois en 1769.

Louis XVI, roi de France, né à Versailles (1754-1793), fils du dauphin Louis, mort en 1765, et de Marie- Josèphe de Saxe, morte en 1767, succéda à son yrand-pôre Louis XV en 1774. Il avait épousé Marie Antoinette, fille de Marie-Thérèse, en 1770. Honnête, mais peu clairvoyant et faible, aimant la chasse et les arts mécaniques (serrurerie, etc.), il montait sur le trône au moment le plus critique et à la veille de la plus grande des révolutions. Maurepas , déjà ministre sous Louis XV, eut la direction des affaires ; Vergennes eut les affaires étrangères ; Turgot, les finances; Malesherbes, le ministère de la maison du roi ; le comte de Saint-Germain put entreprendre des réformes dans l'armée. Mais les préjugés, surtout chez ceux qui profitaient de l'ancien régime, firent avorter les bonnes intentions du roi. « Il n'y a que M. Turgot et moi qui aimions le peuple », disait-il ; et il demanda néanmoins à Turgot sa démission. Necker eut bientôt les finances ( 1777), mais ne put faire accepter ses réformes et se retira (1781). Pendant ce temps, la France dépensait 1,400 millions pour soutenir la guerre d'Amérique, qui se termina d'ailleurs glorieusement par le traité de Versailles (17N3). Mais le triomphe des idées républicaines en Amérique n'était pas de nature à raffermir la monarchie française. Calonne eut les finances, de I7s:i ii 17.S7, et, par ses prodigalités augmenta les embarras financiers. Les réformes qu'il proposa à la fin déplurent à l'Assemblée des notables, réunis

à Versailles, et il dut se retirer à. son tour. Lnménie de Brienne le remplaça; puis Necker fut rappelé pour préparer les Etats généraux, qui se réunirent à Versailles le 5 mai 1 7 >s< ) . Louis XVl ne sut les diriger. Sur la motion de Sieyès, le tiers état se déclara Assemblée nationale (17 juin) ; le serment du jeu de paume (20 juin) répondit aux menaces de la cour ; la prise et le massacre de la Bastille (Hjuillet) ouvrirent la Révolution. Bailli/ était nommé maire de Paris; La Fayette, commandant de la garde nationale ; l'émigration commençait et le roi était abandonné par ses défenseurs. La foule l'arracha à Versailles, avec sa famille, et le ramena à Paris. 11 voulut fuir pour se réiugjer dans l'armée du marquis de Bouilli', mais il fut anvté à Varennes (22 juin 1791) et ramené à Paris, où il prêta serment à la Constitution nouvelle (14 sept.). La Législative, réunie le 1er octobre, gouvernée par la Gironde, prépara l'établissement de la république. Le roi refusa de sanctionner les décrets contre les émigrés et contre les prêtres insermentés; mais il consentit à déclarer la guerre à l'empereur François II et accepta le ministère girondin. L'insurrection n'en éclata pas moins et l'imprudence de ses alliés étrangers ne fit que le précipiter dans le malheur. Le 10 août les Tuileries turent envahies et le roi fut enfermé au Temple avec sa famille. Victime désormais de la Révolution, Louis XVI montra la grandeur d'âme et la résignation les plus chrétiennes. La Convention ayant proclamé la république (13 nov.), on demanda sa mise en jugement. 11 fut amené le 11 décembre devant la Convention, répondit aux 34 chefs d'accusation, prit pour défenseurs Tronchet et Malesherbes, qui s'adjoignirent De Scze. Séparé dès lors de sa famille, il fut finalement déclaré coupable de conspiration, par 693 vois, et condamné à mort par 387 voix sur 721 votants. L'appel | au peuple proposé par les Girondins fut rejeté, par 423 voix contre 281. Louis XVI monta sur l'échafaud le 21 janvier 1793, avec une fermeté toute chrétienne et en protestant de son innocence. Il fut assisté par un prêtre irlandais, Edgeworth de Firmont, qui lui aurait dit : « Fils de saint Louis, montez au ciel ». Louis XVI a laissé quelques écrits : des Instructions données à La Pérouse, qui honorent celui qui les a écrites ; les Maximes morales et politiques tirées du Télèmaque, etc. (V. Biré, les Défenseurs de Louis XVI, Lyon, 1896).

Louis XVII, fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, né à Versailles (1785-1795), dauphin après la mort de son frère aîné, Louis-Joseph (17.S9), fut enfermé au Temple avec sa famille (1792), puis séparé de sa mère (3 juillet 1793), et confié au cordonnier Simon, qui l'accabla de mauvais traitements. Plusieurs personnages ont essayé plus tard de se faire passer pour Louis XVII, à qui on aurait substitué clandestinement un autre prisonnier. (V. Chantelauze, Louis XVII, son enfance, sa prison, sa mort au Temple 1X95).

Marie- Antoinette, fille de l'empereur François I et de Marie-Thérèse, née à Vienne en 1755, reine de Fiance en 1774, fut odieusement calomniée par des courtisans, en particulier dans l'affaire du collier (1785). On lui reprocha son ascendant sur le roi. Séparée de lui, puis de son fils, elle fut transférée à la Conciergerie et traduite devant le tribunal révolutionnaire, qui lacondamna à mort. Elle monta courageusement sur l'échafaud le 16 oct. 1793. (V. P. de Nolhac, la Dauphine Marie-Antoinette, Paris 1896 ; Lenotre, Ma rie- Antoinette, la captivité et la mort, 1897).

Malesherbes, né à Paris (1721-1794), fils de Lamoi^non, fut premier président Je la Cour des aides à la place de son père, nommé chancelier (175(1). Il eut en même temps la direction de la librairie. Sous le ministère de Maupeou, il protesta

contre la chute des parlements et fut exilé dans ses terres (1771). Sous Louis XVI, il accepta, sur les instances de Turgot, le ministère de la maison du roi, mais, ne pouvant opérer des réformes, il donna sa démission (1776). En 1792, il réclama l'honneur de défendre LouisXVI. Arrêtéà son tour (déc. 1793), il périt sur l'échafaud avec sa fille et son gendre (22 avril 1794).

Turgot (1727-1781) ne fut pas seulement un ministre éminent, mais encore un philosophe et un économiste dont les idées méritent d'être remarquées. Né à Paris, il se destina d'abord à l'état ecclésiastique. A 22 ans, étant encore au séminaire Saint-Sulpice, il publiait une Lettre sur le papier-monnaie ; il entrevoyait alors, avant A. Smith et J.-B. Say, les véritables bases du crédit; il condamnait les utopies du fameux banquier Law et signalait les abus du papier-monnaie. L'histoire des assignats, pendant la Révolution, devait trop bien lui donner raison. Prieur de Sorbonne en 1749, il renonça un peu plus tard (1752) à l'état ecclésiastique, entra dans la magistrature et collabora à l' Encyclopédie (articles : Existence, Etymologie, Expansibilitè, Foires, Marchés, Fondations) ; mais il se retira lorsque l'Encyclopédie fut devenue un parti. Intendant de Limoges en 1761, il accomplit hardiment certaines réformes. Un peu plus tard (1766), il publiait son principal ouvrage : Réflexions sur la formation et la distribution des richesses, où il tempérait les idées absolues des physiocrates (Quesnay, Gournay), dont il professait par ailleurs les principes. Devenu ministre des finances (1774) à l'avènement de Louis XVI, il tenta de généraliser les réformes entreprises à Limoges, restreignant les dépenses et modérant les impôts ; mais il tomba sous la coalition des partis (1776) et Louis XVI le remercia.

Comme économiste, Turgot professait des idées trop favorables à la liberté du travail et du commerce. Il est vrai que cette liberté était moins réglée qu'entravée â cette époque. Il regardait l'argent comme une marchandise et voulait qu'aucune contrainte ne lui fût imposée. A ses yeux, le travail agricole était la source de toute richesse ; il arrivait à méconnaître la valeur et le rôle du travail industriel.

Comme philosophe, Turgot incline au sensualisme. Dans ses Réflexions sur les langues, il se montre le disciple de Locke, qui, selon lui, aurait « ouvert le premier le chemin de la vraie métaphysique ». Mais, en philosophie sociale, il se relève et se montre vraiment supérieur. On peut en juger surtout par son Mémoire au roi sur les municipalités (1775). Nul n'avait été mieux placé que lui pour bien voir ce qui manquait à la monarchie. Celle-ci, en exerçant, depuis l'époque de Louis XIV, un pouvoir trop absolu, avait laissé s'atrophier les anciens organismes politiques et ne pouvait plus suffire à la tâche énorme qui lui incombait : « La cause du mal, sire, disait Turgot, dans son Mémoire, vient de ce que votre nation n'a point de constitution. C'est une société composée de différents ordres mal unis... Votre Majesté est obligée de tout décider par elle-même ou par ses mandataires... Vous êtes for3é de statuer sur tout, et le plus souvent par des volontés particulières, tandis que vous pourriez gouverner comme Dieu par des lois générales, si les parties intégrantes de votre empire avaient une organisation régulière et des rapports connus. » En conséquence, Turgot proposait au roi la création de conseils électifs de divers degrés, chargés des intérêts particuliers des communes, des arrondissements, des villes, des provinces. Un conseil suprême présidait à tout le royaume. Le pouvoir législatif était réservé au roi. Seuls les propriétaires du sol étaient électeurs; ils disposaient d un nombre de voix proportionné à

HISTOIRE : XVIII1' SIÈCLE

l'étendue de leur propriété. Turgot proposait aussi de faire porter tout l'impôt sur la propriété foncière et demandait, à cet effet, la création d'un cadastre général.

Dans le même mémoire, Turgot aborde la question de l'éducation et propose la création d'un conseil de V instruction nationale, destiné à diriger les académies, les universités, les collèges, etc. Il voulait un maître d'école dans chaque paroisse. Les livres classiques auraient été composés d'après un plan suivi et choisis avec soin au concours. — Mais cette centralisation de l'enseignement public, que l'Université créée par Napoléon a trop bien réalisée, est peu conforme aux principes de liberté et de tolérance que Turgot a professés d'ailleurs, parfois jusqu'il l'excès. Ajoutons aussi qu'il ne parait pas avoir apprécié tous les avantages qu'on peut retirer de l'enseignement religieux.

Remarquons encore les idées èl&s ées et généreuses que Turgot proposait, dès 1750, dans deux discours qu'il prononça comme prieur de Sorbonne : l'un sur les Avantages que le christianisme a procurés au genre humain ; l'autre sur les Progrès de l'esprit humain. Dans le premier, Turgot se rencontre avec Montesquieu ; il exprime d'une manière déjà remarquable ces idées que Chateaubriand allait développer dans leGénie du christianisme, et que devaient mettre en œuvre tant d'autres apologistes : « En mettant l'homme sous les yeux d'un Dieu qui voit tout, disait Turgot, la religion chrétienne a donné aux passions le seul frein qui pût les contenir. Elle a donné des mœurs, c'est-à-dire des lois intérieures plus fortes que tous les liens extérieurs des lois civiles... La seule religion chrétienne a eu sur toutes les autres cet avantage, par les mœurs qu'elle a introduites, d'avoir partout affaibli le despotisme... Les limites de cette religion semblent être celles de la douceur du gouvernement et de la félicité publique. » Dans le second discours, Turgot émet des idées optimistes : « Ainsi que les tempêtes qui ont agité les flots de la mer, dit-il, les maux inséparables des révolutions disparaissent, le bien reste, et l'humanité se perfectionne. » Les Œuvres complètes de Turgot furent publiées d'abord par son ami Dupont de Nemours, 9 vol. in-8, 1808-181] (V. Léon Say, Turgot).

Philippe-Egalité, duc d'Orléans, arrièrepetit-fils du Régent, né à Saint-Cloud (1747-1793), porta d'abord le titre de duc de Chartres. Admirateur des Anglais, il fut à la tète du parti ennemi de Marie-Antoinette. Exilé par Louis XY1 à Yillers- Cotterets, il fut élu député de la noblesse aux Etats généraux par 3 bailliages. 11 se lia avec Mirabeau, se réunit au tiers état et entra un peu plus tard au club des Jacobins. 11 avait été initié depuis longtemps à la franc-maçonnerie. Après le 10 août 1792, Manuel lui offrit le titre de Philippe- Egalité, au nom de la commune de Paris, qui l'envoya comme député à la Convention. 11 y siégea parmi les montagnards et vota la mort du roi. Accusé néanmoins d'être le complice de Dumouriez, il fut arrêté, le 7 avril 1793, emprisonné à Marseille, avec deux de ses fils, puis condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris. 11 fut décapité le Ci nov. Un de ses fils devint roi </es Français, en 1830, sous le nom de Louis- Philippe.

La Fayette, né au château de Chavagnac, en Auvergne (1757-1834), épousa dès 1774 MUo de Noailles. Lorsque la guerre de l'indépendance éclata en Amérique, il équipa un vaisseau et porta secours aux insurgés, malgré la cour et sa famille (1777). De retour en France, il obtint qu'un corps de 4,000 hommes, sous les ordres de Rochambeau, fût envoyé au secours des Américains (1780). Luimême les précéda et se distingua de nouveau, notamment au siège de Yorkto«vn (1781). 11 revint

en Europe, détermina l'Espagne à faire de nouveaux sacrifices pour la cause de l'indépendance et allait s'embarquer à Cadix, avec S, 000 hommes, quand la paix fut signée (1783). Sa renommée fut dès lors immense. Député par la noblesse d'Auvergne aux Etats généraux, il joua pendant 3 ans l'un des premiers rôles, fut nommé commandant de la garde bourgeoise, qu'il appela garde nationale, et s'attacha, lorsqu'il était bien tard, à défendre l'ordre. C'est lui qui présenta la cocarde tricolore, en disant qu'elle ferait le tour du monde Sa gloire fut à son apogée à la fête de la Fédération (14 juillet 1790). Mais sa popularité ne tarda pas à décroître, à mesure que les clubs devenaient plus puissants. Après le 10 août 1792, il fut sur le point d'être décrété d'accusation, se réfugia en pays neutre, fut arrêté et finalement emprisonné à Olmutz. Le traité de Campo-Formio lui rendit la liberté (1707). Mais il ne voulut pas servir Bonaparte et ne reparut sur la scène politique qu'eu 1 S 1 4 . Il fit un dernier voyage en Amérique, au milieu d'ovations générales (1824-25). En 1 830 , il fut encore commandant général de la garde nationale. Sa famille a publié ses Mémoires, correspondance et manuscrits.

La Révolution. — Cette époque troublée et sanglante, qui s'étend de 1780 jusqu'il l'empire, fut préparée par les abus de l'ancien régime, auxquels on ne sut pas remédiera temps, la mauvaise administration et les scandales du règne de Louis XV, l'impiété de la plupart des encyclopédistes et autres philosophes, et enfin par les sourdes menées de sociétés secrètes. Il ne faut pas oublier non plus la cupidité de ceux qui s'emparèrent des biens de la noblesse et du clergé ou profitèrent de l'agiotage qui déplaça, ainsi que la confiscation, d'immenses fortunes. Une fois déclarée, la Révolution échappa à toute direction humaine et dévora ses propres enfants. Les orgies sanglantes et les premières guerres qui la signalèrent amenèrent l'empire despotique, qui fit couler de nouveaux torrents de sang et, après une gloire éphémère, laissa la France épuisée (V. les études de Taine, Biré, Sepet, YVelschinger, etc. etc.)

Constituante. — Ce fut la première des assemblées politiques de la Révolution. Elle succéda aux Etats généraux (clergé, noblesse, tiers état), qui s'étaient réunis à Versailles le 5 mai 1780. Les députés du tiers état se constituèrent d'eux-mêmes en assemblée délibérante sous le nom d'Assemblée nationale (17 juin). Le roi ayant tenté de les dissoudre et fait fermer la salle de réunion, ils se rendirent au Jeu de paume et firent serment de ne pas se séparer sans avoir donné une constitution à la France (20 juin). La Constituante abolit en partie les privilèges féodaux (nuit du 4 août); elle vota la fameuse Déclaration des droits de Vhomme (26 août); elle remplaça les anciennes provinces par 83 départements, les parlements et présidiaux par les tribunaux civils, cour de cassation, etc. Elle mit la main sur les biens de l'Eglise et voulut imposer la Constitution civile du clergé (12 juillet), que le roi eut la faiblesse d'accepter, mais qui fut condamnée par le pape. La Constitution dite de 1891 qu'elle décréta, établissait le régime parlementaire. Le roi était déclaré premier magistrat du pays, avec une liste civile de 25 millions, le droit de veto, etc. Le droit de déclarer la guerre et de faire la paix était donné à la nation. Les droits de suffrage et d'éligibilité étaient subordonnés au payement de certaines contributions. Mais la Constituante était déjà bien dépassée par l'esprit révolutionnaire, quand elle se sépara le 30 sept. 1701. Mirabeau, son plus grand orateur, /•tait mort en avril. Elle fut remplacée parla Législative (V. Charles Gomel, /Usinier financière de l'Assemblée constituante, Paris, 1896-97, 2 vol.)

Législative. — Cette assemblée se composa de

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