PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
745 membres, qui malheureusement durent tous être choisis en dehors" de l'assemblée précédente. Elle siégea du 1er octobre 1791 au 21 sept. 1792. Ses décrets frappèrent les émigrés et les prêtres qui, pour obéir à leur conscience, refusaient de se soumettre à la Constitution civile du clergé. Elle eut d'abord un ministère feuillant, puis un ministère girondin, qui fit voter la guerre contre l'empereur d'Autriche. Après le 10 août 1792 et le renversement de la royauté, la Commune de Paris s'empara du gouvernement de la capitale ; les massacres de septembi e (du 2 au 5) jetèrent le pays dans la consternation.
Convention. — La Convention nationale, qui siégea du 21 sept. 1792 au 26 oct. 17'.)."), fut convoquée, après l'insurrection du 10 août, pour faire une nouvelle constitution. Dès la première séance, elle proclama la république, mit le roi en accusation et vit se former contre elle une coalition européenne. La Convention comprenait les Girondins (modérés), les Montagnards (avancés) et les membres du centre, dit la Plaine ou le Marais. Appuyés par les Jacobins et la Commune, les Montagnards accusèrent leurs adversaires de préparer une contre-révolution; ils instituèrent le Tribunal révolutionnaire (10 mars 1793), le Comité de Salut public (6 avril) ; ils firent proscrire les Girondins, qui s'enfuirent dans les départements. Des insurrections éclatèrent à Lyon, à Bordeaux, à Toulon, à Marseille, etc. La Vendée se révolta. En même temps les ennemis envahissaient toutes les frontières et la richesse publique était anéantie, remplacée par des assignats. La Convention décréta la levée de 1,200,000 hommes, les réquisitions, la loi (/es Suspects. Elle proclama la Terreur et, après le roi (21 janv.), fit monter sur l'échafaud Marie- Antoinette (10 oct.), les Girondins, M"'e Elisabeth, Mme Roland, etc. Ses commissaires se signalèrent dans les départements par des atrocités (Fouché à Lyon, Carrier à Nantes, etc.). Elle écrasa l'opposition au dedans, pendant que les armées dégageaient les frontières. Les puissances étrangères firent la paix (avril-juillet 1705), par le traité de Bâle, sauf l'Autriche et l'Angleterre. Mais la Convention devait se détruire elle-même. Les Montagnards se divisèrent. Après la mort de Marat, frappé par Charlotte ( 'orday ( 13 juillet 1793), Robespierre, devenu, tout-puissant, fit condamner les plus exaltés : Chaumette, Hébert, etc., qui avaient proclamé le culte de la déesse Raison. Puis il se tourna contre Danton, C. Desmoulins, accusés de modérantisme. Appuyé par Coutkon, Saint-Just, il parut aspirer à la dictature et tomba sous la coalition de ses ennemis. 11 monta à son tour sur l'échafaud, avec ses principaux partisans (9-10 thermidor ou 27-28 juillet 1704). Ainsi finissait la Terreur. Alors commença une réaction véritable, mais dont les royalistes ne purent profiter beaucoup, car ils furent écrasés, le 13 vendémiaire (4 oct.), à Saint-Roch, par le général Bonaparte. La Convention se sépara bientôt, après avoir voté la Constitution de l'an III, qui instituait un - Conseil des Cinq-Cents, un Conseil des Anciens et un Directoire exécutif. Elle avait accompli quelques réformes véritables, en créant par exemple l'unité de poids et mesures. Mais elle s'était souillée de crimes. L'institution du calendrier républicain fut l'une de ses entreprises les plus folles et les plus subversives. (V. Paul Gaulot, les Grandes journées révolutionnaires, histoire anecdotique de ta ( 'onvention, 1897.)
Directoire. — Le Directoire gouverna depuis le 5 brumaire, an IV (27 oct. 1795), jusqu'au 18 brumaire, an VIII (9 nov. 1799), où il fut renversé par Bonaparte. Le Directoire se composait de cinq membres nommés par les deux Conseils ; il se renouvelait par cinquième, chaque année, et ses membres ne pouvaient être réélus. Il nommait les
ministres, les généraux en chef; mais l'initiative des mesures législatives appartenait au Conseil des Cinq-Cents. Les premiers directeurs furent : La Revelliôre-Lépeaux, Letourneur, Rewbell, Barras et Carnot. Le Directoire dut résister à une seconde coalition des puissances, qu'il arrêta, grâce à Brune et à Masséna, pendant que Bonaparte faisait la campagne d'Egypte. L'état des finances fut des plus mauvais et amena une véritable banqueroute de l'Etat, dont profita l'ainotage. (V. Ludovic Sciout, Le Directoire, IS07 et suiv. ; Victor Pierre, La Terreur sons le Directoire.)
Journée du 14 juillet 17S0. — Dans cette fameuse journée révolutionnaire, la Bastille, qui d'ailleurs ne fut pas sérieusement défendue, fut prise par le peuple en armes. Le marquis de Launay, gouverneur de la Bastille, fut massacré, de même que Jacques <le Flesselles, dernier prévôt des marchands. L'année suivante, au jour anniversaire de la prise de la Bastille, on célébra la Ire fête de la Fédération.
Journées ou massacres de septembre 1792. — Les journées du 2 au 5 septembre 1792 furent marquées par d'horribles massacres. Deux ou trois cents misérables, soudoyés par la Commune et inspirés par Marat, se transportèrent aux Carmes, à l'Abbaye, à- la Force, à Bicêtre et autres prisons de Paris, où ils massacrèrent un millier de prisonniers suspects d'être opposés à la Révolution, et même des détenus de droit commun. La princesse de Lamballe fut du nombre; sa tète fut promenée dans les rues au bout d'une pique. MUc de Sombreuxl parvint à sauver son vieux père, en le couvrant de son corps. La légende ajoute qu'elle consentit à boire un verre de sang, condition atroce que lui imposaient les bourreaux. (V. Louis Audiat, Deu.r victimes des septembriseurs : Pierre- Lotus de La Rochefoucauld, dernier èvéquc de Saintes, et son frère, êvêque de Beauvais, 1897.)
Journée du 9 thermidor, an II i27 juillet 1794). — Cette journée mit fin à la Terreur. Robespierre fut violemment attaqué à son tour au sein de la Convention par Billaud-Varennes. 11 ne put se défendre ; les clameurs de l'assemblée couvrirent sa voix. Arrêté avec ses principaux partisans, il ne fut pas secouru par la Commune et les Jacobins, qui manquèrent de décision ; il fut exécuté le lendemain avec Couthon, Saint-Just, Henriot, Robespierre jeune, etc. A la suite du 9 thermidor, des bandes réactionnaires se formèrent sous le nom de Compagnies de Jèhu. Elles exercèrent des représailles contre les Terroristes. Mais souvent les motifs politiques dont elles se couvraient furent de simples ' prétextes pour exercer le brigandage. Elles disparurent sous le consulat.
Journées de prairial, an III ( 1, 2, 3 prairial ; 20, 21, 22 mai 1795). — Dans ces trois jours, eut lieu contre la Convention une insurrection, qui fut le dernier effort du parti jacobin, exploitant l'extrême misère du peuple, qui réclamait du pain. Les insurgés envahirent la Convention, présidée par Boissy d'Anylas, et massacrèrent le député Fèraud. L'assemblée fut délivrée par les troupes des sections. Elle ordonna l'arrestation de 13 de ses membres, complices de l'émeute. Six d'entre eux furent condamnés à mort et se suicidèrent sous les yeux du tribunal.
Journées de vendémiaire, an IV (12 et 13 vendémiaire, 3 et 4 oct. 1795). — La Convention avait promulgué la constitution de l'an III; mais, au lieu d'imiter la Constituante, qui avait exclu tous ses membres de la législation suivante, elle décréta que le tiers seulement du Corps législatif serait composé démembres nouveaux, etc. Les sections de Paris, regardant ces décrets comme illégaux, tentèrent alors de dissoudre la Convention.
HISTOIRE : XVIIIe SIÈCLE
Elles obtinrent d'abord quelques succès ; mais le général Bonaparte, que Barras avait chargé de réprimer les insurgés, les écrasa, le 4 oct., devant l'église Saint-Roch.
Dix-huit fructidor, an V (4 sept. 1797). — Ce jour-là, le Directoire, avec l'aide de l'armée, exécuta un coup d'Etat contre ses adversaires, qui venaient de mettre Pichegru à la tête du Conseil des Cinq-Cents. On condamna à la déportation Carnot et Barthélémy, 1 1 membres du Conseil des Anciens, 42 membres du Conseil des Cinq-Cents, 35 journalistes, etc., etc. Beaucoup d'élections furent annulées. (V. de la Rue, Histoire du 18 fructidor. Lu déportation des députés à la Guyane, leur évasion, etc., 1895 ; Victor Pierre, Le 18 fructidor.)
Dix-huit brumaire, an VIII (9 nov. 1799). — Ce jour-là, Bonaparte, qui revenait d'Egypte. renversa le Directoire. D'accord avec les directeurs Siéyès et Roger-Ducos, soutenu par la majorité du Conseil des Anciens, il chassa les Cinq-Cents, que présidait son frère Lucien. 11 forma bientôt, avec Sieyès et Ducos, un nouveau gouvernement, qui fut nommé le Consulat.
(Personnages de lu Révolution.)
Mirabeau, le plus grand orateur de la Constituante, fils du marquis île Mirabeau, né près de Nemours (1749-1791), fut enfermé plusieurs fois : au fort de l'île de Ré, oii il écrivit l'Essai sur le despotisme ; au château d'If, puis au fort de.Joux, d'où il s'échappa en Suisse; à \ incennes,où il subit, ayant été repris, une captivité de 42 mois (1777- 1780). 1) voyagea ensuite en Angleterre et en Allemagne. Répudié par la noblesse de Provence, en 1789, il fut élu à Aix député du tiers état et joua bientôt à l'Assemblée le premier rôle. A la fois révolutionnaire et royaliste, il était devenu, à partir du mois de mai 1790, le conseiller secret de Louis XVI, dont il recevait 6,000 livres par mois. Mais il mourut épuisé par toutes sortes d'excès (2 avril 1791), alors qu'il aurait pu peut-être, s'il avait vécu, enrayer la Révolution. Il a laissé des œuvres considérables. (V. Edmond Rousse, Mirabeau ; Stern, La rie de Mirabeau, trad. de l'allem., 1895, 2 vol.)
Grégoire (l'abbé), né près de Lunéville (1750- 1831), fut envoyé aux Etats généraux par le clergé de Lorraine. L'un des premiers, il se rallia au tiers état ; il adhéra à la Constitution civile du clergé et devint évêque constitutionnel de Blois. Elu à la Convention, il fit décréter l'abolition delà royauté et se trouva en mission à Chambéry, lorsque la mort du roi fut votée. Il s'attacha d'ailleurs à soutenir la cause de l'instruction, à protéger les monuments contre le vandalisme (le mot est de lui), demanda
Îu'une Déclaration des devoirs fût jointe à la Uclaration des droits, résista aux exaltés qui le sommaient d'apostasier, etc. Il fut comte sous l'Empire, qu'il contribua néanmoins à renverser, et fut repoussé par laRestauration comme indigne. Parmi ses nombreux écrits, il faut signaler son Essai sur la régénération physique et morale des Juifs (1788), qu'il fit admettre dans la société française, dont ils avaient été jusque-là tenus à l'écart.
Sieyès, né à Fréjus (1748-1836), fut le métaphysicien de la Révolution. Elevé chez les jésuites, il étudia la théologie à Saint-Sulpice, lut Condillac, Locke, Bonnet, Ilelvétius, les économistes. Chanoine en Bretagne, vicaire général à Chartres et délégué à la Chambre supérieure du clergé de France, il apprit la pratique des affaires. Son idéal de gouvernement était une monarchie représentative. Plusieurs écrits le rendirent célèbre à la veille de la Révolution : Essai sur les privilèges ; Qu'est-ce que le Tiers-Etat f 'Vaut. Qu'a'-t-'â été jusqu'à présent dans l'ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? A devenir quelque chose. Il
vota la mort de Louis XVI. Pendant la Terreur, il « vécut », comme il le disait, et ce mot est devenu célèbre. Assez mal doué au point de vue oratoire, il n'en joua pas moins un rôle politique important, quoique effacé : c'est par lui que Mirabeau en 1789, et Napoléon en 1799, firent les révolutions marquées par ces dates; toutes les constitutions do 1800 à 1804 furent modelées en partie sur ses plans. Il contribua beaucoup aux traités de 1795, signés avec la Hollande, la Prusse et l'Espagne. Il étudia Kant et conçut, en 1796, l'idée de le faire connaître en France. Mais son attitude pendant les mauvais jours de la Révolution ne fut pas digne d'un philosophe, ni surtout d'un prêtre. Au dix-huit brumaire, il aida Bonaparte, qui le froissa ensuite en modifiant son plan deconstitution.il fut néanmoins sénateur, [mis comte de l'Empire et accepta comme récompense nationale le beau domaine de Crosne, en Saône-et-Loire. Il avait fait partie de l'Institut, dès sa création. La Restauration le proscrivit. Il revint, après 1830, mourir à Paris.
Maury (le cardinal), né à Valréas (1746-1817), fils d'un cordonnier, reçut les ordres, brilla bientôt dans l'éloquence de la chaire et entra à l'Académie (1785). Député du clergé aux Etats généraux, il fut l'adversaire le plus éloquent de Mirabeau. Il émigra ensuite. Pie VI le fit cardinal et évêque de Montefiaseone (1794). 11 se rapprocha de Napoléon, en 1804, et accepta en 1810, sans l'aveu de Pie VII captif, les fonctions d'administrateur du diocèse de Paris. 11 subit, en 1814, une disgrâce éclatante. Obligé de se rendre à Rome, il fut détenu 6 mois au château Saint- Ange. Ses dernières années furent irréprochables. On a de lui : Traité sur l'éloquence de la chaire (1777) (V. Mgr Ricard, Maury).
Club des jacobins. — Ce club fameux, dirigé par la maçonnerie, se forma peu de temps après la réunion des Etats généraux. 11 prit le nom de club des jacobins, quand il s'installa dans l'ancien couvent des Jacobins de la rue Saint-IIonoré. Groupant les plus ardents révolutionnaires, il correspondit bientôt avec douze cents clubs de piovince et terrorisa la France. La chute de Robespierre prépara sa ruine; il fut fermé le 11 nov. 1794. Ce club s'était fondu avec celui des Cordeliers : il était opposé à celui des Feuillants ou modérés, qui disparut après le 10 août 1792 (V. Biré, Journal d'un bourgeois de Paris pendant la Terreur, 4 vol.). Marat. — Ce farouche révolutionnaire, né à Baudry, dans la principauté de Neuchàtel (1744- 1793), d'une famille calviniste originaire d'Espagne, s'occupa d'abord de sciences et fut médecin des gardes du corps du comte d'Artois. 11 publia, le 1"-' sept. 1789, l'Ami du peuple, journal qui parut sous divers titres jusqu'à sa mort. Accusé, sous la Constituante, il se cacha dans des caves. Après le 10 août, il entra à la. Commune! et préparâtes massacres de septembre 1792. Député de Paris à la Convention, il réclamait 270.000 têtes. Accusé par les Girondins devant le tribunal révolutionnaire, il fut acquitté et se vengea. Mais le couteau de ( 'harlotte Corday mit fin à ses forfaits ( 13 juillet 1793). Girondins. — On donna ce nom, sous la Convention, au parti modéré, dont les principaux orateurs étaient de la Gironde. Les plus célèbres étaient : Vergniaud, Gensonné, Guadet, Brissot, Bu:/)/, Pétion, Ducos, Fonfrède, Vala.se, Barbaroùx, Isnard, Cnndorcet, Rabaut-Saint- Etienne, Roland, dont la femme, M"" Roland, fut l'âme du parti, qu'elle réunissait dans ses salons. Accusés de fédéralisme, ils furent frappés à la suite des insurrections du 31 mai et d,i 2 juin 179:1. Les uns périrent sur l'échafaud (31 oct.) ; les autres essayèrent de soulever les départements et finirent pour la plupart misérablement (V. Biré, la Légende des Girondins, bouv. éd., 1896 ;