PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
(1735). A 24 ans, il publiait Vert-Vert, son œuvre la plus connue, qui n'est qu'un charmant badinage. 11 écrivit plusieurs pièces pour le théâtre ; la meilleure est le Méchant (1747). L'année suivante, l'Académie lui ouvrit ses portes. 11 se retira à Amiens ; les dernières années de sa vie furent très chrétiennes et lui attirèrent les sarcasmes des philosophes.
Delille (l'abbé), né à Aigueperse, dans le Puyde-Dôme (1738-1813), regardé comme le fondateur de la poésie descriptive, se fit connaître par sa traduction en vers des Géorgiques et entra à l'Académie en 1774. Sans recevoir les ordres, il fut abbé de Saint-Séverin (bénéfice de 30,000 livres de rente). Exilé à la Révolution, il revint sous le consulat. Délillo a traduit l'Enéide, le Paradis perdu, l'Essai sur l'homme, de Pope. Parmi ses poèmes, citons : les Jardins, l'Homme des champs.
Gilbert, né à Fontenay-le-Château (1751-1780), écrivit un roman, des odes, des satires, etc. et se rangea parmi les ennemis des philosophes et des encyclopédistes. 11 ne mourut pas de misère à l'Hôtel-Dieu, comme l'a dit la légende. Mais sa dernière œuvre fut le Poète ma/heureux, dont il venait de composer les dernières strophes, quand il mourut des suites d'une chute de cheval.
Chénier, né à Constantinople (1762-1794), célébra les conquêtes de la Révolution dans un Dithyrambe sur le Jeu de Paume, soutint les constitutionnels dans le Journal de Paris et périt sur l'échafaud. 11 a laissé des odes, des idylles, des élégies, etc. qui en font un des maîtres de la poésie française au XIXe siècle. — Son frère Joseph (1764-181 1 ) se distingua aussi dans les lettres et la poésie. Citons ses hymnes patriotiques, parmi lesquels le Chaut du départ.
Rouget de Lisle, né à Lons-le-Saunier (1760- 1836), était officier du génie, lorsqu'il composa, à Strasbourg (1792), les paroles et le chant de la Marseillaise, qu'il appela le Chant de l'armée du Rhin. Les volontaires marseillais chantaient cet hymne, qui est devenu national, en marchant vers Paris ; de là le nom sous lequel il est désigné aujourd'hui. Rouget n'aurait fait, paraît-il, qu'adapter à de nouvelles paroles un hymne déjà ancien et même religieux. On lui doit aussi d'autres chants, une tragédie et une Relation du désastre de Quiberon, où il fut blessé (V. Tiersot, Rouget de Lisle, son œuvre, sa vie, 1892).
(Ecrivains et poètes étrangers.) Foë (Daniel de), né à Londres (1663-1731), fils d'un boucher et mercier lui-même, embrassa avec ardeur la cause du protestantisme et fut protégé de Guillaume III. 11 écrivit, pour le soutenir, le Vrai citoyen anglais, etc. Délaissé par George I et les whigs, il composa le livre qui l'a immortalisé : Aventures de Robinson Crusoè (1719).
Swift, né à Dublin (1667-1745), fut reçu maître es arts à Oxford (1692) et obtint une prébende en Irlande, puis le doyenné de Saint-Patrick (1713). Il publia des pamphlets et autres écrits humoristiques. Ses Voyages de Gulliver (1726), satire pleine d'allusions aux événements de l'époque, sont restés célèbres.
Bolingbroke, né dans le comté de Surrey (1678-1751), eut une jeunesse dissipée, devint l'un des chefs du parti tory, contribua à la disgrâce de Marlborough, fut chancelier et fit signer la paix d'Utrecht (1713). Sous George I, il dut fuir en France pour échapper à une accusation de haute trahison. Rentré en Angleterre, il lutta contre Walpole (1723-1733). Il s'attacha ensuite, soit en Angleterre, soit en France, à combattre le christianisme : il fut le digne précurseur de Voltaire.
Sterne, né en Irlande (1713-1768), fils d'un pauvre officier d'infanterie, obtint la cure de Sulton.
Son Tristram Shandy, publié à Londres, eut beaucoup de succès et le tira de l'obscurité. Il écrivit en France (1764) le Voyage sentimental, qui est son meilleur ouvrage. Ses Œuvres, plusieurs fois traduites en français, comprennent des Sermons, des Lettres à ses amis, des Lettres à Elizu (Mme Draper).
Goldsmith, né en Irlande (1728-1774), tenta d'entrer dans diverses carrières, puis, sans argent, entreprit de faire le tour de l'Europe. Revenu à Londres (1756), il publia les Lettres chinoises, fut arrêté pour dettes, mais délivré par la vente à un libraire, pour 60 livres, de son manuscrit le Vicaire de Wakefield (1765). Cet ouvrage a fait sa réputation. On ne parle plus guère des autres, d'ailleurs fort nombreux.
Young (Edouard), né dans le Hampshire (1684- 1775), composa des tragédies et des satires et entra dans le clergé anglican (1727). La mort de sa bellefille et de sa femme lui inspirèrent ses Méditations de la Nuit ou Pensées nocturnes.
Pope, né à Londres (1688 1744), de parents catholiques, débuta par des Pastorales, une églogue du Messie, etc II entreprit plus tard une traduction d'Homère. D'humeur chagrine, il répondit à ses critiques dans la Guerre des sots (1729). Mais son ouvrage le plus souvent cité est l'Essai sur l'homme (1734).
(Allemands.) Lessing, né à Kamenz, en Lusace (1729-1781), fils d'un pasteur luthérien, écrivit pour le théâtre, pour la Gazette de Voss, etc. En 1767, il publia à Berlin le Laocoon, son ouvrage célèbre d'esthétique. Ses drames et ses critiques contribuèrent à renouveler le théâtre en Allemagne. Il écrivit aussi sur des sujets philosophiques.
Gesner, né à Zurich (1730-1780), se distingua dans les lettres et les arts, s'appliquant surtout à peindre la nature. Entre autres poèmes, il écrivit la Mort d'Abel (1758), sorte d'épopée en prose. Comme graveur, ii a publié 336 planches.
Grimm (le baron), né à Ratisbonne (1723-1807), vint à Paris comme précepteur des fils du comte de Schomberget fut secrétaire du duc d'Orléans, etc. Il quitta la France en 1790. Grimm s'est distingué surtout comme critique. Sa Correspondance littéraire comprend une quinzaine de volumes.
i Italien.) Goldoni, né à Venise (1707-1793) et mort à Paris, étudia le droit à Padoue, fut avocat à Venise, mais se livra bientôt à son attrait pour l'art dramatique et mena une vie errante. Il s'établit en France en 1761 et travailla pour le Théâtre-Italien. Il donna au Théâtre-Français le Bourru bienfaisant (1771). puis l'Avare fastueux, qui eut moins de succès. On l'a surnommé le Molière italien. (Artistes.) Watteau, né à Valenciennes (1684-1721), fils d'un maître couvreur, vint à Paris en 1702, où il gagna d'abord sa vie en peignant des saints Nicolas, à 3 livres la semaine, avec la soupe. Admirateur de Rubens, il parvint à se faire connaître et entra à l'Académie en 1717. Il est l'un des chefs de l'école du XVIIIe siècle. On se disputait ses tableaux de genre et ses scènes champêtres. On lui a reproché son goût maniéré. 11 a beaucoup produit, bien qu'il soit mort prématurément.
Servandoni, peintre et architecte, né à Florence (1695-1766), entra à l'Académie de peinture en 1731. Nommé architecte du roi (1732), il construisit le portail et la chapelle de la Vierge à Saint Sulpice.
Coustou, nom d'une famille de sculpteurs. Nicolas, né à Lyon (1658-1733), élève de Coysevox, travailla pour Versailles, les Tuileries, etc. — Guillaume, son frère, né à Lyon (1677- 1740), orna de ses œuvres Marly et les Champs-Elysées. — Son
HISTOIRE : XVIIIe SIÈCLE
fils, Guillaume, né à Paris (1716-1777), imita ses maîtres.
Perrache, sculpteur, né à Lyon (1686-1750), décora les églises de sa ville natale. — Son fils, sculpteur et architecte (1726-1779), conçut le projet d'agrandir Lyon, en y joignant par une chaussée une île considérable, qui existait au confluent du Rhône et de la Saône.
Soufflot, né près d'Auxerre (1713-1780), visita l'Italie et l'Asie Mineure, construisit à Lyon la Loge du change, devenue un temple protestant, la façade de l'IIôtel-Dieu, le Grand-Théâtre, puis se fixa à Paris, où il devint intendant général des bâtiments de la couronne. Il construisit l'Ecole de droit et commença l'église de Sainte-Geneviève (Panthéon).
(Musique.
Rameau, né à Dijon (1083-1764), voyagea dans le midi de la France et en Italie, vivant de son talent sur le violon. Il obtint, en 1717, une place d'organiste dans la paroisse Sainte-Croix. Il composa ensuite 22 grands opéras ou ballets. Sa musique est passée de mode.
Porpora, compositeur, né à Naples (1687-1767), fonda l'école napolitaine, d'où sortirent de célèbres chanteurs. En 1729, il dirigea, à Londres, un opéra italien. Il écrivit plus de 50 opéras, mais il excella surtout dans la musique religieuse.
Pergolèse, compositeur, né à Iesi, dans la marche d'Ancône (1710-1736), écrivit quelques partitions pour les théâtres de Naples, mais ne fut guère apprécié de son temps. Atteint de phtisie lorsqu'il était maître de chapelle à Lorette (1734), il se retira à Pouzzoles, où il composa son Stabat et son Sa Ire Regina.
Piccini, né à Bari (1728-1800). se forma à Naples. Il vint à Paris, en 1775, et le public des théâtres se divisa en Piccinistes et en Gluckistes. 11 donna Roland (1778), Atys (1780), et le chefd'œuvre de ses opéras français, Didon (1783).
Gluck, né dans le Palatinat (1714-1787), fut de bonne heure orphelin et pauvre. Il parvint à force de travail, en Italie, à Londres, à Vienne, à développer son talent et son originalité. A Paris, où il fut protégé par Marie-Antoinette, qui avait été son élève, il obtint de grands succès et finit par l'emporter sur Piccini. Il retourna à Vienne en 1780.
Haendel, né à Halle (1684-1759), vécut en Angleterre. Professeur, maître de chapelle, organiste, directeur de spectacles, chef d'orchestre, il écrivit un grand nombre d'œuvrcs : opéras, oratorios, etc.
Bach. — Cette famille de musiciens allemands a donné plus de 50 artistes. Jean-Sébastien, né à Eisenach (1685-1750), est l'auteur de l'Oratorio de la Nativité de J.-C, de la Passion selon S. Mathieu et autres chefs-d'œuvre de musique sacrée. Il eut 1 1 fils et 9 filles, tous musiciens.
Mozart, né à Salzbourg (1756-1791), jouait déjà merveilleusement du clavecin, à l'âge de 6 ans. A Rome, il reproduisit de mémoire, après deux auditions, le fameux Miserere d'Allegri (1769). Sans parler de ses nombreux opéras, où il a montré un génie créateur dans tous les genres, il composa en dernier lieu un Requiem, qui fut chanté à ses propres obsèques.
(Savants, médecins, naturalistes, etc.)
Chomel, né à Paris (1671-1740), médecin et botaniste, seconda Tournefort (v. ce nom), entra à l'Académie des sciences, fut médecin du roi, doyen de la faculté de médecine, et publia un Abrégé de l'histoire des plantes, qui résumait ses leçons de botanique.
Vicq-d'Azir, né à Valognes (1748-1794), entra à l'Académie française en 1788, fut secrétaire de la Société royale de médecine. Ses travaux portèrent en particulier sur l'anatomie.
Bourgelat, vétérinaire, né à Lyon (1712-1779),
est regardé comme le créateur de l'hippiatrique en France. 11 fonda une école vétérinaire à Lyon (1762) puis à Alfort. 11 écrivit des Eléments de l'art vétérinaire, etc.
Buffon, né à Montbard (1707-1788), s'est distingué dans les sciences et dans les lettres; ses vues générales intéressent aussi la philosophie. Après avoir consacré sa jeunesse à l'étude, il visita l'Italie et l'Angleterre et débuta par la traduction de deux ouvrages anglais : la Statique des végétaux de Haies, et le Traité des fluxions, de Newton. Ce fut comme physicien et géomètre qu'il entra de bonne heure (1733) à l'Académie des sciences. Un peu plus tard,Dufay, intendant du Jardin du roi, le recommanda, en mourant, à Louis XV pour lui succéder ; il fut heureusement écouté. Le choix du roi (1739) décida alors de la vocation de Bufibn, qui s'associa Daubenton et, après dix ans de travaux publia les trois premiers volumes de son Histoire naturelle. Cette œuvre qui devait comprendre 29 volumes, plus sept de supplément, fut accueillie en Europe avec admiration ; l'auteur la poursuivit avec divers collaborateurs et quelquefois seul, jusqu'à la fin de sa vie. Ses qualités littéraires lui valurent d'être admis à l'Académie sans sollicitation, en 1753, et il choisit précisément pour sujet de son discours le style. C'est lui qui a dit ce mot : «Le style est l'homme même », dont on a fait : Le style c'est l'homme, parole contestable à beaucoup d'égards, mais qui décèle cependant un observateur et un philosophe.
Linné, né en Suède (1707-1778), fils d'un pasteur luthérien, conçut le dessein de classer les plantes d'après leurs étamines et leurs pistils. Il publia ce système ingénieux en 1731 d'abord, puis en 1735, sous ce titre : Systema naturœ. Reçu docteur en médecine, en Hollande.'il jouit de l'amitié de Boerhaave et de Gronovius. Il rentra en Suède, en passant par la France, et fut reo-ardé comme le plus grand botaniste de son temps! Ses travaux portèrent aussi sur la minéralogie et la zoologie : il donna une impulsion puissante à toutes les sciences de la nature.
De Jussieu, nom d'une famille de naturalistes français, originaires de Lyon. Antoine de Jussieu, fils d'un apothicaire de Lyon (1686-1758) fut protégé par Tournefort et professa la botanique au Jardin du roi. Ses deux frères se distinguèrent également : Bernard (1699-1777), démonstrateur de botanique au Jardin du roi, publia une nouvelle édition de l'Histoire des plantes des environs de Paris, de Tournefort; — Joseph (1704-1779), médecin, mathématicien, botaniste, accompagna La Condamine dans le nouveau monde et passa 35 ans à explorer l'Amérique du Sud. — Mais le plus célèbre est Antoine-Laurent de Jussieu, neveu des précédents, né à Lyon (1748-1836). Il exposa, dès 1773, les principes d'une classification naturelle dans un Mémoire sur les renoncules, qui lui ouvrit les portes de l'Académie des sciences. Seize ans après, en 1789, il publiait son grand ouvrage qui a renouvelé l'étude de la botanique : Gênera planlarum secundum ordines naturales disposita.
Parmentier, né à Montdidier (1737-1S13), fut pharmacien à l'armée de Hanovre. Fait prisonnier et nourri de pommes de terre, il apprécia ces tubercules, que les préjugés empêchaient de cultiver en France, et il parvint plus tard à triompher des préventions de l'opinion. Inspecteur général du service de santé, il réorganisa le service pharmaceutique des armées et perfectionna la boulangerie. Il entra à l'Institut en 1790. 11 a écrit nombre d'ouvra°-es utiles (v. Joubert, Parmentier, 1891).
Stahl, médecin et chimiste, né à Anspach (1060- 1/34), fut premier médecin du duc de Saxe-Weimar (1687), professeur à Halle (1694) et premier méde