‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 634 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

grée au XVIe siècle. Sa naissance coûta la vie à sa mère ; son père, qui était horloger, négligea son éducation. Rousseau s'appliqua à l'étude, mais sans direction, lisant les Vies de Plutarque, puis Virgile, Descartes, Racine, Newton, Fénelon, le P. Lamy, en même temps qu'il cherchait son pain dans divers emplois ou courait les aventures, tour à tour clerc de greffier, apprenti graveur, accueilli par Mme de Warens à Annecy, catéchumène et néophyte au séminaire de Turin, laquais de grande maison, professeur de musique, de nouveau accueilli à Chambéry et aux Charmettes par Mme de Warens, auprès de laquelle il vécut huit ans. En 1740, elle le fit agréer comme précepteur chez M. de Mably, grand prévôt de Lyon. Rousseau n'y resta qu'une année et retourna à Paris, où il était déjà allé en 1732. Ses tentatives et ses aventures continuèrent. Il se lia avec Diderot et Griinin, mais ne put faire représenter son opéra, les Muses galantes. 11 épousa plus tard Thérèse Levasseur, une servante d'auberge, et ils abandonnèrent leurs enfants aux soins des hospices. Rousseau ne devint célèbre que vers 1750, par son Mémoire adressé à l'Académie de Dijon, qui avait proposé cette question : Si le rétablissement des sciences et des arts a contribue à épurer les mœurs. Rousseau s'y élevait avec éloquence, en exprimant autant de paradoxes que de vérités, mais dans un style nouveau et enchanteur, contre la corruption des mœurs et la civilisation trop factice de son siècle. Ce fut toujours le tort de Rousseau de n'accuser que la société des faiblesses et des chutes individuelles. En s'érigeant ainsi en censeur de son temps, il rompait avec les encyclopédistes, qui s'accommodaient généralement des mœurs faciles, du luxe et des vains plaisirs à la mode, tout en appelant de leurs vœux un autre régime. Nous ne ierons que mentionner son opéra : le Devin du village, musique et paroles, qui fut représenté avec succès à Fontainebleau (1753); une comédie, Narcisse, qui échoua; la Lettre sur la musique, qui lui créa des ennemis. Une œuvre qui intéresse la philosophie est le fameux Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes (1753), qui fut envoyé encore à l'Académie de Dijon, mais qui n'obtint pas le prix, à cause de ses déclamations contre le despotisme. Ici se place le retour de Rousseau au protestantisme ; ce qui lui permit de recouvrer le titre de citoyen de Genève. Le roman de la Nouvelle Hélo'ise, œuvre indigeste, date de 1759. Il fut composé à l'Ermitage, dans la vallée de Montmorency, où Mme d'Epinay avait offert un refuge à l'écrivain misanthrope, dégoûté de Paris. Mais c'est dans la Lettre à d'Alembert sur les spectacles ou plutôt contre les spectacles, et surtout dans le Contrat social et V Emile ou de l'Education (1762) que Rousseau développa les idées de réforme qui devinrent l'Evangile de la Révolution. Elles le firent condamner à Paris et à Genève. Il se réfugia à Moticrs-Travers, dans la principauté de Neuchàtel, d'où il écrivit ses Lettres de Ici montagne aux Genevois et sa Lettre ci Mgr de Beaumont, archevêque de Paris ; puis il passa en Angleterre et accepta pendant quelques mois l'hospitalité que lui offrait David Hume. Il écrivit la première partie de ses Confessions (1766). Rentré bientôt en France, il fut accueilli par le prince de Conti ; puis habita Lyon, Grenoble, etc., revint à Paris en 1770 et accepta la belle retraite d'Ermenonville qui lui était offerte. Il y apportait une santé ruinée, une humeur plus noire que jamais, qui confinait à la folie et lui faisait voir partout des ennemis conjurés contre lui. Il mourut subitement; quelques-uns disent même qu'il se suicida. La Convention fit transporter ses restes au Panthéon en 1704. Signalons encore, parmi ses œuvres, la Profession de foi du vicaire savoyard. (V. Texte : J.-J. Rousseau et

les origines du cosmopolitisme littéraire, 1895; Chuquet, J.-J. Rousseau).

Diderot, naquit à Langres (1713-1784), étudia chez les jésuites de cette ville, puis au collège d'Harcourt, à Paris, et chercha à vivre de sa plume. Son Essai sur le mérite et la vertu est de 1745; les Pensées philosophiques sont de 1746 : Diderot s'y annonce déjà comme un esprit fort, amoureux des témérités et des paradoxes. La Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient est de 1749: Diderot y professe le matérialisme et l'athéisme. Cet ouvrage mérita à son auteur d'être emprisonné à Vincennes et de devenir l'un des chefs du parti philosophique. Deux ans après paraissaient les deux premiers volumes de l'Encyclopédie, dont Diderot devait être l'âme. Deux fois l'impression de l'ouvrage fut suspendue. Lorsque, enfin, après le septième volume, l'ouvrage eut été exempté de la censure, grâce au duc de Choiseul, Diderot en poursuivit la continuation avec une ardeur incroyable, cultivant en même temps toutes les branches de la littérature : théâtre, roman, critique d'art, etc. Il en écrivit le Prospectus, le Système des connaissances humaines et, en général, tout ce qui concerne les arts et métiers et'l'histoire de la philosophie ancienne.

A la différence de Voltaire, Diderot était pauvre ; il allait vendre sa bibliothèque pour doter sa fille, lorsque Catherine II la lui acheta pour cinquante mille livres, en le nommant bibliothécaire avec mille livres de pension. Il alla remercier sa bienfaitrice à Saint-Pétersbourg (1773), où il fut bien accueilli; à Berlin, Frédéric se montra moins favorable. Diderot écrivait encore, en 1779, son Essai sur les règnes de Claude et de Néron, sorte d'apologie du stoïcisme de Sénèque. Malgré ses erreurs habituelles, Diderot a plus d'une fois rendu hommage à la vérité religieuse. On pourrait extraire de son œuvre, comme de celle de Voltaire, de véritables éléments d'apologétique. (V. Ducros, Diderot, 1804). — La monographie consacrée à Diderot par J. Reinach, dans la Coll. des grands écrivains, a été justement critiquée.

D'Alembert (1717-1783), l'un des principaux collaborateurs de Diderot, était fils naturel du chevalier Destouches et de Mme de Tencin. Abandonné par sa mère, il fut confié à une pauvre vitrière. 11 fit des études brillantes au collège Mazarin : sa vocation se dessina bientôt, et ses travaux sur les mathématiques le firent monter jeune encore au premier rang. Comme philosophe, d'Alembert donna à Y Encyclopédie le Discours préliminaire, qui est son œuvre littéraire la plus remarquable, et il écrivit des Eléments de philosophie (1759). 11 se montre sceptique en religion et en métaphysique ; mais il met des réserves dans ses négations et évite de se prononcer sur les questions délicates. A la différence de Diderot il est froid et sans idées nouvelles : c'est un géomètre et non un artiste ; son esprit brille mais n'échauffe pas. D'Alembert était lié avec Voltaire et avec Frédéric, qui essaya vainement de le retenir à Berlin. (V. Joseph Bertrand, D'Alembert).

Les Encyclopédistes. — Nous venons de citer les principaux auteurs de Y Encyclopédie (1751-1772), monument qui résume tout l'esprit du XVIIIe siècle. Elle fut conçue par Diderot, qui en fut l'âme et l'ouvrier principal jusqu'à la fin, surtout lorsque d'Alembert se fut retiré avec plusieurs autres. Ce qui se dégage nettement de Y Encyclopédie, malgré l'incohérence et la médiocrité des doctrines philosophiques, c'est la révolte de la raison contre la foi, la négation de la chute originelle, la condamnation de toutes les traditions comme de tous les abus ; c'est l'appel inconsidéré à une liberté sans frein, à un nouvel état de choses impossible en lui-même, qu'on ne pouvait chercher à réaliser

HISTOIRE : XVIIIe SIÈCLE

qu'à travers des révolutions sans fin. Les encyclopédistes hâtèrent la disparition de l'ancien régime, sans définir les réformes salutaires qui auraient pu transformer heureusement la société ; ils excellèrent à détruire sans préparer aucune création ; leur impuissance égala leur impiété ou leur insuffisance religieuse.

Morellet (1727-1819). — Un auteur qui nous fait bien connaître le malheureux esprit de folle indépendance et d'incurable légèreté qui animait la plupart des encyclopédistes et de leurs contemporains, est Morellet, né à Lyon et mort à Paris, dans un âge très avancé. Comme Fontenelle, il a vécu dans deux siècles bien différents et il a fait connaître le premier au second ; mais il appartient surtout au XVIIIe sièlce et à l'époque qui précéda la Révolution. Morellet étudia à Lyon," chez les jésuites, puis à Paris au séminaire des Trente-trois [et à la Sorbonne, où il se lia avec Tnrgot et Loménie de Brienne, jeunes abbés comme lui à cette époque ; il se lia aussi avec les philosophes, Diderot et d'Alembert. Il avait rencontré le premier chez l'abbé de Prades, dont la thèse, vers cette époque, fit scandale à la Sorbonne et obligea l'auteur à fuir à Berlin, où il fut bien accueilli ,de Frédéric. Morellet s'éprenait, avec toute l'inconsidération de la jeunesse, des idées de tolérance qui passionnaient alors les esprits. En 1756, il publia un Petit écrit sur une matière intéressante : c'était une défense des protestants. On l'enrôla aussitôt dans VEncyclopèdie, où il écrivit des articles de métaphysique et de théologie (Fatalité, Figures, Fils de Dieu, Foi, etc.). Morellet avait l'esprit fin et railleur. Un de ses pamphets, en 1760, le fit enfermer pendant deux mois à la Bastille ; ce qui acheva le mettre en honneur dans le parti philosophique. Il était fort recherché dans les sociétés littéraires, chez Mme Geoffrin et chez le baron d'Holbach, dont il répudiait cependant l'athéisme. En 1772, il visita l'Angleterre et la Suisse : Franklin à Londres, et Voltaire, à Ferney, lui firent le meilleur accueil. 11 avait depuis longtemps mérité les tristes faveurs du patriarche de l'incrédulité, pour avoir traduit et publié (1762) un Manuel des inquisiteurs (Directorium inquisitorum), daté de 1358, qu'il avait rapporté d'un voyage en Italie fait pendant sa jeunesse, lorsqu'il était précepteur d'un fils du chancelier de Lorraine, M. de la Galaizière. Le parti philosophique en prit occasion pour vouer l'inquisition à l'exécration publique. En 1783, Morellet obtenait une pension de 4.000 livres ; deux ans après, il remplaçait à l'Académie l'abbé Millot. Mais un peu plus tard, la Révolution le privait de ses trente mille livres de rente et le réduisait à vivre de son travail. Sous l'Empire, il fit partie de l'Institut et du Corps législatif. 11 rapporta alors à l'Académie les archives, les titres et le manuscrit du Dictionnaire, qu'il avait conservés pendant la tourmente révolutionnaire.

Morellet s'est aussi occupé de science sociale et d'économie politique. Il traduisit le traité des Délits et des peines de Heccaria (1760), travailla pendant vingt ans à un Nouveau Dictionnaire du commerce (1769-1789), qui est resté inachevé. Il publia, en 1818, ses Mélanges de littérature et ae philosophie (4 vol.) et laissa des Mémoires publiés en 1821 ; mais aucune de ses oeuvres n'a eu de succès durable,

Barthélémy, né à Cassis, en Provence (171 0- 1795), avait étudié pour être prêtre et il garda l'habit et le titre d'abbé. Il entra comme numismate à l'Académie des inscriptions (1747), fut protégé par le duc de Choiseul et entra à l'Académie française (1789). Son principal ouvrage est le Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (1788), où l'on admire, sous la fiction agréable dont il l'enveloppe, une véritable érudition.

Marmontel, né dans la Corrèze (17231799), d'une famille pauvre, parvint à se faire un réputation littéraire ; il entra à l'Académie en 1763. Son Bèlisaire (1767) fut traduit dans plusieurs langues. Il donna un pendant à cet ouvrage dans les Incas (1773). 11 écrivit des opéras-comiques et des articles de littérature pour Y Encyclopédie. Secrétaire perpétuel de l'Académie en 1783, il s'effaça pendant les mauvais jours de la Révolution ; sous le Directoire, il siégea au Conseil des Anciens et fut expulsé au 18 fructidor. Il a laissé des Mémoires. Rivarol, né à Bagnols (1753-1801), était fils d'un aubergiste. A 20 ans, il vint à Paris, où il se fît bien accueillir grâce au charme de ses conversations. En 1788, il écrivit le Petit almanach de nos grands hommes. Son Discours sur l'universalité de la langue française fut couronné par l'Académie de Berlin en 1784. Il publia, en 1790, le Petit Dictionnaire des grands hommes de la Révolution. (V. Le Breton, Rivarol, sa vie, ses idées, son talent, 1895).

Beaumarchais, né à Paris (1732-1709), horloger du roi, s'enrichit dans des spéculations. Très habile sur la harpe et la guitare, il avait été admis à donner des leçons aux filles de Louis XV. Il est célèbre surtout par ses pièces de théâtre : le Barbier de Sévi lie, comédie en 4 actes (1775) ; le Mariage 'le Figa ro, comédie en 5 actes (1784), etc. Il donna la lre édition des Œuvres complètes de Voltaire (1785). Incarcéré pendant la Révolution, il fut sauvé par Manuel. (V. Hallays, Beaumarchais, 1897).

La Harpe, né à Paris (1739-1803), se fit connaître et applaudir de bonne heure, eut des succès, puis des échecs au théâtre, réussit dans le genre académique, puis revint au théâtre. Mais il n'a eu devrai mérite que comme professeur de littérature. Ses cours, inaugurés en 1786, attirèrent une société d'élite. Emprisonné comme suspect, en 1794, il fut délivré au 9 thermidor Après cette épreuve, qui avait changé ses idées politiques et religieuses, il était redevenu chrétien et royaliste. 11 reprit ses leçons, qui ont été publiées sous le titre de Cours de littérature ancienne et moderne.

Florian, né au château de Florian, dans le Gard (1755-1794), était gentilhomme du duc de Penthièvre, qui aimait à protéger et à recevoir les gens de lettres. Il fit des comédies, des romans, mais surtout des Fables, auxquelles il doit encore aujourd'hui sa réputation. 11 entra à l'Académie en 1788. Emprisonné en 1703, il fut sauvé au 9 thermidor. (Ecrivain militaire.) Folard. — Le die va lier de Folard, né à Avignon (1669-1752), servit dans les armées de Louis XIV, accompagna le roi de Suède, Charles XII, au siège de Frédérikshall, se retira du service l'année suivante (1719) et écrivit sur l'art militaire. Citons ses Commentaires accompagnant une traduction dePolybe. Frédéric II rédigea un extrait de ses ouvrages.

(Poètes.) Racine (Louis), 2e fils de Jean Racine, né à Paris (1692-1763), entra à l'Académie des inscriptions en 1710. Son œuvre principale est le poème de la Religion, remarquable par la versification, mais dépourvu d'enthousiasme. Citons aussi son poème de la Grâce. Il a laissé des Mémoires sur la vie et les oeuvres de son père.

Le Franc de Pompignan, né à Montauban (1709-1784), premier président à la cour des aides de cette ville, entra à l'Académie en 1760. On a de lui: des Poésies sacrées, qui ne manquent pas d'élévation ; une traduction des Tragédies d'Eschyle; un Voyage de Languedoc et de Provence, mêlé de vers, etc.

Gresset, né à Amiens (1709-1777), fut novice chez les jésuites, qui finirent par le renvoyer

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