‹ Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts (volume 2)Chapitre 3 sur 508 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Il est deux sortes de difficultés qui peuvent arrêter celui qui aime it s'instruire et ilse rendre compte : les unes se rap|H)rtcntaux personnages dont les noms ont attiré, à quelque titre que ce soit, l’attention des hommes, aux lieux qui offrent quelque importance géographique, historique, administrative ou industrielle-, les autres, aux objets de la nature, aux créations de l’art ou do l’industrie, aux découvertes de la science; en un inot, les unes se rapportent aux noms, les autres aux choies. S’il est intéressant pour un esprit cultivé de se représenter les hommes qui ont influé sur le sort de leurs semblables ou contribué à leurs jouissances, les contrées qui ont été le théâtre de grands événements ou le berceau des personnages célèbres, il est nécessaire pour tous de connaître les cires qui nous entourent, les forces qui animent la nature et qui agissent incessamment sur nous, les éléments dont toutes choses sont composées; de se familiariser avec les inventions de tout genre qu’a enfantées le génie de 1 homme.

Dans notre Dictionnaire universel d’ Histoire et de Géographie , nous nous sommes efforcé de satisfaire au premier de ces besoins, en levant les difficultés qui naissent des noms propret; dans le Dictionnaire universel des Sciences, des Lettres et des Arts, que nous publions aujourd'hui, nous tentons de répondre au second, en offrant pour l’élude des choses le même genre de secours.

Il existe déjà, il est vrai, un grand nombre d’ouvrages qui paraissent avoir cette destination : tels sont les Dictionnaires de la langue ou Vocalnilaires , les Encyclopédies de toute espèce. Mais, parmi ces ouvrages, les uns, les Dictionnaires de la langue , ne peuvent , quelque complète que soit leur nomenclature, offrir que de pures définitions de mots, sans pénétrer jusqu’à la nature des choses; les autres, les Encyclopédies , allant au delà du luit, donnent sur chaque sujet des dissertations ou même de véritables traités, plutôt que de simples articles, et atteignent ainsi de vastes proportions qui les mettent hors de lu portée de la plupart des lecteurs. 11 fallait un livre qui se plaçât entre ces deux sortes d’ouvrages; qui, moins superficiel que les premiers, moins développé que les seconds, donnât sur chaque matière, et de la manière la plus exacte, les notions vraiment indispensables, mais qui, eu même temps, les présentât sous la forme la plus succincte et la plus substantielle; et qui, à la faveur de ce laconisme dans l’expression et d’un choix sévère dans les détails, pùt condenser toutes ces notions en un seul volume, d’un usage facile pour tous. Il fallait, en un mot, une Encyclopédie pratique, où trouvassent place tous les sujets sur lesquels il y a quelque chose d’utile ou d’intéressant à dire. Malgré des tentatives dont on ne doit pas méconnaître la valeur, il nous a semblé qu’un tel livre restait encore à faire : c’est ce livre que nous avons tenté d’exécuter.

Il était, on le conçoit, impossible à une seule personne de réunir toutes les connaissances nécessaires pour accomplir une si vaste entreprise : aussi avonsnous dû, |>our les parties qui ne pouvaient nous être familières, nous assurer le concours d’auteurs spéciaux, versés dans chacune d’elles. Nous réservant, avec la direction générale de tout l’ouvrage, les Sciences métaphysiques et morales, qui ont été l’objet constant de nos études et que nous avons enseignées pendant vingt ans, ainsi que les Sciences historiques, qui se rattachent étroitement aux travaux que nous avons précédemment publiés sur l'histoire et la géographie, nous avons confié les Science* physiques et mathématiques, avec les Arts industriels, qui en sont

'l'application, à M. Ch. (jcrhardl, docteur es sciences , aujourd'hui professeur de chimie it la Faculté des sciences de Strasbourg , auteur d un l’récis de Chimie organique qui depuis longtemps fait autorité , et d’un Traité de Chimie organique destiné A compléter le grand Traité de Chimie de Berzélius; — les Sciences naturelles, h M. Ach. Comte, professeur d’histoire naturelle au lycée Charlemagne, à qui l'on doit , entre autres ouvrages écrits pour la jeunesse , le Régne animal de Cuvier disposé en tableaux méthodiques , les Cahiers d'hisloire.naluretle à l’usage des collèges, et un Traité complet d’histoire naturelle; — les Sciences médicales, à M. le Dr V, Jeannoêl, médecin-major dans les hôpitaux militaires et l’un des officiers les [dus distingués du Corps de santé. — La partie littéraire a été traitée par M. Àlph. Legouèz , professeur au lycée Bonaparte, auteur de divers ouvrages classiques. La position officielle qu'occupe chacun de ces collaborateurs, les travaux que plusieurs ont déjà publiés, la réputation dont ils jouissent, garantissent assez leur parfaite compétence , et donnent l’assurance que cet ouvrage sera au niveau des connaissances actuelles.

A ces noms , nous devons ajouter ici ceux de plusieurs personnes qui nous ont aussi prêté leur concours, quoique d’une manière moins assidue. M. lid. Bonnier, professeur à la Faculté de droit de Paris, a bien voulu revoir les articles de Droit les plus iin|)ortants. M. Val. Parisot , professeur de littérature à la Faculté de Douay, nous a donné des articles de littérature et de philologie où l'on retrouve la solide instruction qu’on lui connaît. M. C.-R. d’Hurbal, colonel d’état-major, nous a fourni les documents les plus exacts sur l’Art et l’Administration militaires. M. le Dr Rigal, médecin du lycée Bonaparte, a coopéré de la manière la plus utile à la rédaction des articles de Médecine. M. Cap, auteur d'ouvrages couronnés par diverses sociétés savantes, a traité la Matière médicale. M. Aggiutorio, professeur de musique, et l'un de nos plus gracieux compositeurs, a revu ce qui se rapporte à la Musique. M. Jacquet, licencié ès sciences, auteur d’un Cours élémentaire d’ Histoire naturelle , avait préparé bon nombre d’articles sur les objets de ses études ; mais une mort aussi cruelle que prématurée nous l’a enlevé avant qu'il ait pu mettre la dernière main à son travail.

Malgré cette diversité de collaborateurs, que nécessitait la multiplicité des matières, l’unité de l’ouvrage a été maintenue avec le plus grand soin, et c’est là, nous ne craignons pas de le dire , un mérite par lequel ce Dictionnaire se distinguera de la plupart des autres recueils de ce genre. On y trouvera, d’un bout à l’autre, le môme esprit, la môme marche, le môme style.

L’esprit qu’on s'est efforcé d’y faire régner, c’est, avant tout, un respect scrupuleux pour tout ce qui doit être respecté : ninsi , dans les sujets qui intéressent la morale ou la religion , on a écarté tout ce qui aurait pu alarmer la pudeur ou la foi; bien que cet ouvrage ne soit pas exclusivement destiné à la jeunesse et qu’il s’adresse à toutes les classes de lecteurs, on a voulu qu’il pût , en toute sécurité, être mis entre les mains des jeunes gens, auxquels il sera plus particulièrement utile. En outre, dans toutes les matières qui sont encore controversées, on s’est fait un devoir d’observer une stricte impartialité entre les doctrines en lutte, et de parler avec de justes égards de toutes les opinions sincères : dans ees cas, on s’est borné à exposer fidèlement l’état de la science, sans faire prévaloir de système.

Dans la rédaction des articles, on a partout suivi une marche uniforme. Immédiatement après le nom de la chose, on a donné l’étymologie du mot, quand elle devait en éclaircir le sens, ou même seulement quand elle pouvait aider la mémoire; viennent ensuite la définition adoptée par la science, la description, réduite aux traits essentiels et vraiment caractéristiques, les divisions et les classifications consacrées, les usages et les applications de l'objet décrit ou les inconvénients qu’il peut offrir. Les articles se terminent, quand il y a lieu, par une

notice historique qui fait connaître l'origine et le progrès de chaque science ou de chaque art, l'époque et l'auteur de chaque découverte. Enfin, on a joint aux articles principaux des indications bibliographiques , qui renvoient aux meilleurs ouvrages publiés sur chaque matière.

Quant nu genre de style, il était commandé par la nature même d'un ouvrage où il fallait dire le plus de choses avec le moins de mots , et qui aurait pu prendre pour devise : Ret, non terba. Le style devait donc être laconique, sans cesser d'être clair; il devait, en outre, être éminemment exact et expressif. Or, il n’v a que la langue scientifique qui remplisse ces conditions : aucune périphrase n’cùt pu remplacer, pour la description d’un minéral, d’un végétal, d'un animal, pour l'analyse d’un eorps, pour la démonstration d’un ttîéorèmc, les termes propres et la savante phraséologie qu’ont adoptés les minéralogistes, les botanistes, les zoologues, les chimistes , les géomètres : ce sont comme autant de signes algébriques auxquels la science moderne doit en grande partie sa précision , sa rigueur et ses progrès. Le nombre des personnes qui ont été initiées par leurs études premières au langage technique s’accroissant de jour en jour, nous |>ouvions sans inconvénient emprunter ce langage-, néanmoins, pour venir en aide aux lecteurs auxquels il est moins familier, nous avons de préférence employé les termes vulgaires toutes les fois que nous pouvions le faire sans nuire il l’exactitude-, en outre, nous avons pris soin d'expliquer, à leur ordre alphabétique, tous les termes techniques qui étaient de nature à offrir quelque obscurité.

Pour mieux assurer l’unité et l’harmonie du tout , pour éviter les contradictions, les omissions, les répétitions, les doubles emplois, les faux renvois, qui déparent tant d’ouvrages de ce genre, nous nous sommes réservé le soin, nonseulement de distribuer le travail entre les divers collaborateurs, mais de coordonner et de réviser tous les articles, afin de les mettre en accord et de les proportionner entre eux. Un jeune et savant professeur, que nous avons déjit nommé parmi nos collaborateurs principaux , et qui précédemment nous avait prêté le plus utile concours dans la préparation du Dictionnaire universel d’ Histoire et de Géographie, M. Alph. Legouëz, nous a, cette fois encore, secondé dans cette partie si pénible et si délicate de notre tâche avec autant de dévouement que d'intelligence : nous lut en témoignons ici toute notre reconnaissance.

Nous osons espérer que, grâce au concours de tant d'efforts, ce livre atteindra sa destination et qu'il rendra quelques services. Bien que le projet de l'ouvrage remonte ù un grand nombre d’années et que l’exécution en soit commencée depuis près de sept ans (i), il est tellement accommodé aux besoins de l'époque qu'il pourra liaraltre une œuvre de circonstance. Il offre , en effet, cette association des Sciences et des Lettres qui est aujourd’hui reconnue comme la condition indispensable de toute éducation sérieuse et complète, association que de sages réformes ont récemment consommée dans tous nos grands établissements d'instruction publique (î). En facilitant au savant et au lettré l’accès d’un nouvel ordre de connaissances, auquel chacun d’eux était jusque-là resté trop étranger, il contribuera à faire cesser ce funeste divorce qui a trop longtemps existé entre les Lettres et les Sciences.

C’est surtout par la partie scientifique que cet ouvrage nous parait devoir se recommander. L'impulsion extraordinaire qui a été donnée depuis quelques années à celte partie des études, les grandes découvertes qui ont été faites, les applications merveilleuses que ces découvertes ont reçues, et qui ont si bien justifié, même aux yeux du vulgaire, ce mot prophétique de Bacon : Spvoir, c'est

(I) L'antetir avait, dès 1829, signé avec M. Ilarhoile et nn antre éditeur on traité pour la rédaction d’on Viflionnnire rnn/rloprtl i'/uc : l'exécution , longtemps retardée par l'accomplissement de devoirs sacré* et pjr la rédaction d'autres ouvrages. n'a pu être effectuée par lui <|u'à la suite de la Révolution de 1H48. tpii lui avait fait îles loisir* prématurés.

|2, Voir le decret du 10 avril <832, le Plon i/V/m/é* du 30 août 1832 et les Programme * annexe*.

pouvoir (i), ce sont là autant de causes qui ont appelé sur les Sciences l'attention et la faveur universelles , et qui ont dunné au plus grand nombre le désir d'y être initié. Ce livre aidera à satisfaire ce légitime désir. Rassemblant en un seul corps et en un seul volume des notions qui sont éparses dans vingt dictionnaires différents, ou perdues dans de vastes encyclopédies, les résumant de la manière la plus brève, la plus exacte et la plus simple, il mettra à la portée de tous des connaissances indispensables, qui trop longtemps ont été réservées au plus petit nombre-, il donnera immédiatement à l’homme du monde la définition de termes techniques qu’il rencontre à chaque instant dans les livres, dans les journaux, dans lu conversation môme, et qui lui offraient autant d’énigmes; la description de machines et de procédés qu’il a tous les jours sous les yeux sans les comprendre; il rappellera à l’étudiant, peut-être même quelquefois au savant, les éléments et les propriétés essentielles d’un composé chimique, les caractères distinctifs d’une famille ou d’un genre en botanique, eu zoologie; il indiquera à la mère île famille les symptômes d'un mal naissant et les premiers remèdes à y apporter. S’il ne satisfait pas complètement à toutes les questions, ce livre pourra du moins, à la faveur des renseignements bibliographiques qu’il contient, indiquer aux esprits curieux les sources où ils iront puiser plus abondamment.

Répondant, comme le Dictionnaire universel d' Histoire et de Géographie , à un besoin réel , conçu dans le même esprit , exécuté |wr le même auteur, sur le même plan , dans les mêmes proportions et jusque duus la même forme , le Dictionnaire universel des Sciences, des Lettres et des Arts est destiné à devenir le compagnon inséparable de son devancier. Ces deux ouvrages forment, en effet, comme les lieux moitiés d’un même tout; ils se complètent nécessairement l’un l’autre; il y a entre eux , malgré la différence essentielle des deux sphères de l’Histoire et de la Science, des points de contact qui nous ont plus d’une fois obligé de renvoyer de l’un à l’autre : c’est ce qui a eu lieu surtout pour la législation . pour les institutions publiques, pour les titres de dignités et de fonctions, toutes matières qui appartiennent également à la science politique et à l’histoire des peuples.

Le bienveillant accueil fait par le public au Dictionnaire universel d' Histoire et de Géographie est ce qui nous a enhardi à entreprendre une œuvre devant l’exécution de laquelle nous avions longtemps reculé. Nous avons apporté dans lu rédaction du Dictionnaire universel des Sciences , des Lettres et des Arts le même zèle, les mêmes soins , avec une expérience plus grande. Puisse le nouveau venu obtenir un peu de cette faveur qui a été prodiguée à son aîné !

Paris, le 15 novembre 1854.

(I) < Scicntia cl potctitia huroana in idem roinciditni. » A'onun Orgaaum, lil>. I , aplior. 3 (vol. Il , p. 9 de notre cdiUou).

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