MYTHE
sidérer les mystères dramatiques comme une mise ""on action des mystères de la foi. Toutefois les sujets en sont presque tou.joure empruntes à l'histoire religieuse depuis la Création jusqu'à St Louis, et les auteurs mettent indistinctement à contribution Itiblc, Evangiles, Fêles des Martyrs, Vies des Saints. Les 78 mystères qui nous restent (54 du XV» siècle et 24 du xvi°) peuvent se diviser en };roupes ou cycles : le premier comprend plusieurs mystères tirés de la Bible et fondus ensemble en 50000 vei-s sous le nom de Mystère du Viel Testament; dans le second [Cycle du Nouveau Testament), le mystère le plus célèbre [la Nativité, la Passion et la Hésurrection de N.-S. Jésus-Christ) est l'œuvre d'Arnoul Gréban et comprend 55000 vere. La Passion fut refaite en ' 30000 vers par Jean Michel, et au commencement du xvi" siècle les deux œuvres furent réunies dans une compilation d'environ 65000 vers. Dans le troisième (Cycle des Saints), on peut citer les Actes des Apôtres dus à Arnoul Gréban et à son frère Simon. A cette époque, deux mystères seulement, le Mystère du siège d'Orléans et le Mystère de la Destruction de Troie, ne sont pas empruntés à l'histoire religieuse. Les mystères profanes n'apparaîtront <|ue plus tard, après 1548, quand les Confrères de la Passion, qui avaient obtenu en 1402, par lettres patentes •de Cliai'les VI, le monopole de la représentation des Mystères à Paris, se virent retirer leur privilège à la suite d'attaques lancées contre eux à la fois par les protestants «t par les catholiques et durent se borner au répertoire pix)fane. — Voy. sur ce sujet : Berriat-St-Prix, Hecherches sur les anciens mystères (1823] ; Le Koy, Etudes sur les 7«i/s/ère«( 1858) ; Ch. Magnin, Origines du théâtre moderne (1858) ; V. Fournel, Curiosités théâtrales (1859), et Petit àe Julleville, \<i% Mystères, Histoire du théâtre en France (1882). i\os bibliothèques renferment encore beaucoup de mystères inédits.
MYSTICISME (de mystique), doctrine philosophique et religieuse qui a plusieurs formes.
I. Mysticisme néoplatonicien. Il consiste à dépouiller rame de ses motles et de sa personnalité par l'abstraction e\ à la ramener par les vertus contemplatives et l'extase à l'unité ineffable et incompréhensible de Dieu dont elle c^t sortie. A l'époque où ce système fut formulé dans les Ennéades de Plotin, d'un côté les auteurs orientaux essayaient d'allier à leur foi religieuse la philosophie grecque, comme Aristobule, Philon, les Gnostiques; d'un autre côté, le polythéisme en pleine décadence ne pouvait conserver quelque crédit auprès des esprits éclairés qu'en se rajeunissant par l'interprclation symbolique; par suite, l'école néoplatonicienne prétendit tout à la fois tirer sa doctrine de Platon par la dialectique et la rattacher aux anciennes traditions philosophiques et religieuses. Après Plotin et Porphyre, leurs successeurs Jamblique, Proclus, etc., tombèrent dans les superstitions de la théurgie, de la magie et de l'astrologie. Au moyen âge, leurs idées inspirèrent Sent Erigènc, Avicébron, Âvicenne, etc. A l'époque de la Renaissance, elles furent remises en hoimeur par Gémistc Pléthon, Marsile Ficin, Pic de la Mirandole, Jordano Bruno, Th. More, etc., qui les allièrent à la doctrine de Philon, à la cabale des Juifs et à l'alchimie des Arabes. De là naquit aussi l'alchimie mystique de Reuchlin, Corn. Agrippa, Paracelse, R. Fludd [Voy. contemplation,
EXTASE, THÉURGIE, MAGIE, ASTHOi.OGIE, ALCHIMIe). CoUSultCr :
Matter, Histoire du gnosticisme; J. Simon. Histoire de l'école d'Alexandrie; Vacherot, id.: Plotin, Ennéades (trad. de M. Bouillet]; Franck, la Kabbale, Philosophie et lieligion (le mysticisme chez les Grecs, le mysticisme et l'alchimie au ivi" siècle); Barthélemy-St Hilaire, le Bouddha et sa religion ; Foucaux, le Nirvana.
II. Mysticisme chrétien. Il enseigne que. Dieu étant le type de toute perfection et de toute gi-àce, on doit le chercher par l'amour plutôt que par la science, se donner à lui tout entier et renoncer à soi pour ne vivre qu'en lui et par Ini. Quoique le mysticisme chrétien, qu'il ne faut point d'ailleurs confondre avec le christianisme lui-même, soit bien supérieur au mysticisme néoplatonicien, en ce <|u'il reconnaît pleinement la personnalité de Dieu et celle de l'homme, cependant il tend à la destruction du sentiment de l'existence individuelle en absorbant par l'extase la créature dans le Créateur, et il peut avoir ainsi des conséquences funestes. S'il a produit l'Imitation de Jésus- Uinst et mspiré St Bonavenlure, Gerson, Ste Thérèse, il a «ausc aussi les erreuns du quiétisme [Voy. ce mol). —
Voy. l'abbé Migne, Dictionnaire de mystique chrétienne (1858).
III. Philosophie mystique des temps modernes. Renonçant aux procédés réguliers de la science et sulxirdonnant la raison au sentiment, elle cherche Dieu à ^^n point de vue particulier dans l'étude de la nature, ou dans celle de l'àmc, ou dans l'histoire des religions dont elle donne une interprétation allégorique et symbolique, comme l'ont fait Bœnm, Pordage, Van Ilelmont, Poirct, Swedenborg, Martinez-Pasqualis , St-Martin, Jacobi, liallanclie, Franz Baader, etc. — Consulter : Matter, le Mysticisme au temps de Fénelon, Swedenborg, St-Martin; Franck, la Philosophie mystique en France au xviii" s.; P. Rousselot, les Mystiques espagnols. — On peut rattacher à ce mysticisme les folles rêveries du spiritisme. Voy. ce mot.
MYSTIQUE (du gr. [J-ucttixôç, caché ou allégorique). En Théologie, on appelle sens mystique une explication allégorique d'un événement, d'un passage, d'un discours de l'Ecriture : on oppose le sens mystique ou allégorique au sens littéral. Voy. ce mot.
En Droit, on nomme testament mystique (c.-à-d. secret) un testament écrit ou du moins signé par le testateur et remis par lui clos et scellé à un notaire. Voy. testament.
MYTHE (du gr. pLÛÔo;, fable), récit qui expose et tléveloppe sous forme de tradition historique et religieuse un fait physique ou moral, une loi de la nature ou de l'esprit. Il diffère de l'allégorie en ce qu'il est un produit spontané de l'esprit populaire dans un âge primitif, tandis que l'allégorie doit sa naissance à la pensée individuelle qui adapte à une conception réfléchie une forme artificielle, p. ex. le jugement des morts aux enfers à la fin du Gorgias de Platon. Il se distingue aussi du symbole en ce qu'il exprime successivement les éléments de l'idée que le symbole rend tout entière à la fois i>ar une image, comme l'épithète homérique éxaxTjêôXoî, qui lance au loin ses tj'aits, désigne Apollon et lui donne l'arc pour emblème. — Un mythe peut avoir un sens historique, physique ou moral : 1° Le sens historique suppose un fait réel : p. ex., la généalogie d'Eaque, appelé fils de Jupiter et d'Eginc, a pour fondement qu'il fut roi d'Egine cl qu'il fut ap|)elé oioxps'fVjî, nourri par Jupiter, titre commun aux anciens rois. — 2° Le sens physique se trouve dans les mythes anciens qui procèdent du naturalisme : p. ex., dans la plupart des liymnes du Rig-Véda [Voy. polythéisme), le retour quotidien du jour et de la nuit, le combat entre la lumière et les ténèbres pendant l'orage et les autres phénomènes solaires sont représentés dans tous leurs détails sous des images aussi poétiques que variées, dont beaucoup ont leurs analogues dans la mythologie grecque. Les rayons solaires semblent, à leur déclin, aller s'enfoncer dans un obscur souterrain pour reparaître à l'aurore : on dit que de noirs démons dérobent et cachent au fond de leur caverne les vaches célestes dont Indra est le pasteur et le maître, et que, le matin, le dieu enfonce la porte de la caverne et recouvre ses troupeaux après avoir livré un combat à Vala (le voleur), comme .\pollon reprend ses génisses à Mercure, et Hercule à Cacus; alors s'élancent les coursiers du Soleil pour parcourir leur route de chaque jour, c.-à-d. les brillants rayons que l'on voit avant le lever de l'astre jaillissent de l'orient avec la rapidité de l'éclair et font monter après eux le globe lumineux, comme des coursiers traînent le char d'un guerrier, image oue les poètes grecs et latins se sont plu à décrire. Si le soleil est obscurci par les nuées épaisses qui portent l'orage dans leurs flancs, celles-ci sont appelées des esprils malfaisants (Asouras), qui dans leur insolente audace se flattent vainement de triompher d'Indra, comme les Titans vaincus par Jupiter; le dieu du jour s'avance contre eux avec les Marouts (les vents qui chassent les nuages), guerriers ailiîs couverts d'une brillante armure, comme les Amschaspai'.ds et les Izeds qui luttent avec Ormuzd et Mithra conlrc Ahriman et les dews; monté sur son char, il souffle sur ses misérables ennemis et les met en fuite ; il lance conlrc eux sa foudre forgée par Tvachtri, assisté des Rihhavas, comme Vulcain est assisté des Cydojies; il fait jaillir de leurs blessures la pluie sur la terre desséchée et ramène la sérénité (Voy. M. Bréal, Hercule et Cacus). — 3° le sens moral explique quelques mythes, conune la fable de Pandore dans Hésiode. la fable de l'Amour et de Psyché dans Apulée et dans Plotin [Ennéade VI, 1. ix, 9). Mais, dans
MYTHOGMPHES
les légendes grecques, le naturalisme et l'anthropomorphisme, le physique et le moral sont étroitement liés, de sorte qu'il faut faire la part de rhacun d'eux ({uand on «xplique un mjthe : p. ex., Jupiter est à la fois t'cther lumineux et fécond qui donne la \\c aux êtres, et la providence active qui maintient l'harmonie générale du monde et les lois des sociétés humaines: les poètes et les artistes s'accordent à le représenter comme le t\\)e idéal de la l)eauté virile et de la force souveraine. De mémo, rens<îignement des mystères à Eleusis unissait le sens moral au sens physique. Les divers aspects qu'olfrc ainsi un même mythe ont donné lieu à divers systèmes d'ii>torprétation chez les ajiciens et les modernes. îoy. ciaprès JIÏTIIOLOGIE.
MYTHOGRAPHES ou »\-thologues. écrivains qui ont cherche à interpréter les traditions religieuses et poétir^ues des âges primitifs. Voy. mythologie. — Consulter : Alfred Maury. Histoires des religions de la Grèce antique; Mas. Muller, Philosophie de la mythologie.
MYTHOLOGIE ^du gr. [JiuOoXovta, de aOBoî, fable, et "Xôvoî. discours). Ce nom, qui signifie proprement l'histoire faotdeuse des dieux, des demi-dieux et des héros, est souvent étendu à l'histoire des religions de l'antiquité, à l'explication de leurs cérémonies, de leurs mystères, de Jeurs ?nythes [Voy. ces mots) : c'est en ce dernier sens <ju'on dit la M. grecqtte, la .V. hindoue, la .V. Scandinave, etc. Il vaut mieux néanmoins, au point de vue de la philosophie comme de l'histoire, distinguer les religions des mythes qui la plupart du temps en voilent plutôt qu'elles n'en développent les conceptions fondamentales. Nous traitons des religions anciennes à l'article polythéisme. Nous indiquerons ici les divers systèmes qui ont *lé proposés pour l'explication des mythes.
Les Grecs, si remarquables par les qualités intellectuelles €t morales de leur esprit, admiraient les poèmes d'Homère et d'Hésiode et étaient choqués de l'absurdité et de l'immoralité qu'offraient beaucoup de leurs mythes, depuis qu'on n'en comprenait plus la signification métaphorique. Pour y trouver un sens raisonnable, ils essayèrent trois modes d'interprétation, qui ont encore leurs partisans chez les modernes.
1» Interprétation morale. Ces fables ont été inventées par des hommes sages pour fortifier les lois et enseigner des vérités morales : p. ex. Horace [Art poétique, Epitres. I, 2), St Basile [Homélie sur l'utilité à retirer de la lecture des auteurs profanes). Bacon [De la sagesse des anciens). Cette explication n'est bonne que pour quelques mythes poétiques, pour les mjlhes philosophiques et pour les allégories.
I 2* Interprétation historique. Les dieux sont des rois ou des héros transformés par l'admiration en êtres divins. Cette théorie, à laquelle Evhémère a donné son nom et que beaucoup d'autres auteurs ont admise partiellement, servit aux pères de l'Eglise pour combattre le paganisme. Elle jouit d'une grande faveur au xvni* siècle auprès des philosophes (p. ex. Banier, la Mythologie et les Fables expliquées par l'histoire). D'autres cherchèrent dans la mythologie des traces de la Bible, comme Eusèlie [Préparation évangélique), Bochart [Geographia sacra), Vossius (De theologia gentili), Huet [Demonstratio evangelica). De nos jours, une étude approfondie a réduit de plus en plus la part qu'il convient de faire à V évhéméristne . Bien oes divmités, qui avaient paru tirer leur origine de personnages tout humains, se sont trouvées n'être que des produits de l'anthropomorphisme.
3° Interprétation physique et métaphysique. Les autem^ des mythes se proposèrent de porter à la connaissance du commun des hommes certaines théories physiques, cosmogoniques et théologiques, soit dans une phraséol(»ie qui leur était propre, soit aans un langage destiné à voiler plutôt qu'à révéler les mystères de leur science sacrée. Tel fut le système d'Epichârme, d'Empédocle, de Socrate, de Platon, d'Aristotc, de Plotin, de Porphyre, de Proclus
et de Damascius. Il est formulé dans un passage célèbre de la Métaphysique d'Aristole (XII. 8^ : « Une tradition venue des anciens et de la haute antiquité, et transmise à la jKistérité sous forme de mythes, nous apprend que les premiers principes du monde sont des dieux et que le divin embrasse la nature tout entière. Le reste a été ajouté fabuleusement, dans le but de persuader le vulgaire et afin de soutenir les lois et les intérêts communs. » Chez les modernes, Creuzer, dans son grand ouvTage [Symbolick und Mythologie der alten Yôlker, 1819-21 ; traduit et refondu par Guigniaut : Religions de l'antiquité considérées principalement dans leurs formes symboliques), se montra favorable à ces idées, qui sont bien suj>érieures à celles de Dupuis et de Volney expliquant par l'astronomie seule l'origine de tous les cultes. Mais on a fait à ce symbolisme une objection capitale : c'est que les mvthes ne sont pas nés de la réflexion, qu'ils représentent au contraire l'expression spontanée et poétique des croyances religieuses.
Enfin le xix* siècle a produit une 4' espèce d'interprétation, l'exégèse philologique, développée surtout dans les ouvrages de M. Max Muller [History of ancient sanskrit literature. Essai de mythologie comparée, ÎSouvelles Leçons sur la science du langage. Etudes sur l'histoire des religions) : d'après ce savant, les mythes ne seraient que des métaphores prises mal à propos dans le sens propre, une véritable maladie du langage, et ils s'expliquent par les étj-mologies des noms propres. Un pareil système, malgré la part de vérité qu'il renferme, est évide~ment insuffisant, parce qu'il attache plus d'importance aux mots qu'aux idées et qu'il ne fait pas comprendre les transformations de la }>ensée religieuse.
Ces quatre systèmes étant incomplets parce qu'ils sont exclusifs, il faut, pour arriver à la vérité, utiliser à la fois toutes les ressources qu'offrent la philosophie, l'histoire, l'archéologie et la philologie : il faut surtout rapprocher les divinités des différents peuples d'après la ressemblance des fonctions et des attributs, sans se laisser égarer par de ftiusses analogies. C'est par cette méthode qu'on jKiurra constituer définitivement la Mythologie comparée qui détermine et explique le fonds commun des mvtliologies indo-européennes, comme la philolc^e comparée le fait pour les langues de même origine. Sous ce rapport, l'étude de la mytholc^e du Big-Véda a beaucoup d'importance [Voy. POLYTHÉISME^. — Consulter V. Parisot, Dictionnaire classique de mytholoqie comparée, etc.
Depuis sa disparition comme système religieux, la mj-thologie gréco-romaine a persiste dans les arts et la littérature, auxquels eHe a rendu les plus grands services, en leur fournissant des allégories à la fois intelligibles, faciles et élevées. Les artistes de la Benaissance et des trois siècles qui l'ont suivie recoururent souvent aux allusions mythologiques et leur donnèrent une importance qui va parfois jusqu'à l'abus, surtout sous Louis XIII et Louis XIV. La littérature et l'art contemporains font de moins en moins usage de la mythol(^e, dont l'étude même est presque négligée.
MYTILIDÉES, famille de Mollusques acéphales, a pour tyj)e le genre Mytilus (Moule). Voy. modle. " MYTILOÏDE. genre de Mollusques. Voy. inocérame.
MYXINE. genre de Poissons, de l'ordre des Cyclostoraes.
Voy. GASTROBRANCHE.
MYXOMYCÈTES, ordre de Champignons dont le thalle se réduit à une masse de protoplasma appelée plasmode. Ce plasmode se meut ; le champignon des tanneries, la fleur de tan, p. ex., peut grimper sur les arbres. Ces champignons se reproduisent par spores se formant à l'intérieur de sporanges.
MYZINE (du gr. pnjÇw, sucer), genre d'Insectes, de l'ordre des Hyménoptères porte-aiguillon, famille des Fouisseurs, tribu des Scoliètcs, a pour type la Myzine maculée, de l'Amérique du Nord : longueur 0 m. 016: corps noir; antennes, ailes et pattes roussàlres.
N, consonne nasale, est la 14' lettre de notre alphabet I montée d'im signe nommé tilde (n) ; elle devient alors et la 11" des consonnes. En espagnol, n est souvent sur- | mouillée et se prononce à peu près comme gn dans igno-