‹ Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts ... refondu sous la direction de E. Faguet [et] J. TanneryChapitre 1484 sur 1729 · SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ

SOCIALISME. Ce mot s'applique à l'oiisomble des tloctrines loiidanl à réformer la société et à faire prévaloir une plus grande égalité entre les hommes. Bien qu'il se soit développé surtout au xix'' siècle et semble au premier abord le iruit d'une civilisation industrielle où l'ouvrier est soumis aux nécessités du salariat, il a ses origines dans la plus haute antiquité. Sans parler de théories récentes d'après lesquelles la propriété a dû être collective aux origines de tous les peuples, lors de l'organisation tribale ou familiale {Voy. iMioi'itiÉrii), et en consultant seulement l'histoire, on constate que le communisme, qui est la forme simple du socialisme, a été mis eu pratique à Crète sous Minos, et à Lacédémone sous Lycurgnc, par le partage égal des terres et des héritages, l'es repas en commun, les distributions de butin. Platon rêve une similitude de vie pour les plus parfaits d'entre les hommes : il commence par créer une sorte d'aristocratie intellectuelle et physique à laquelle il doimc le monopole de l'existence idéale qu'il préconise et qui est marquée par les caractères suivants : anéantissement de la sponlatieité humaine, abolition de la famille et de la propriété, suppression du commerce, de l'industrie et des arts, despotisme politiijue, extension du r'ile de l'Etat. L'énoncé de ces conclusions de la République, œuvre de la jeunesse de Platon, nous dispensera de reproduire les systèmes des réformateurs qui l'ont suivi jusqu'au xix° siècle, car il en contient les éléments essentiels. Rappelons seulement les rapports de la religion chrétienne avec le socialisme, et les mœurs des Esséniens courbés sous une même discipline, qui excitèrent à tel point l'éloimement de Pline. A toutes les époques de désolation, les opprimés ont trouvé des apôtres i)rêchant devant eux la rénovation sociale. Ainsi s'expliquent les soulèvements des Anabaptistes et des Hussites, les révoltes de pavsans au moyen âge. En même temps des communautés refigieusei se sont organisées pacifiquement sur le type des Frères Jloraves. Au point de vue théorique, signalons : l'Utopie lie Thomas Jlorus. parue en 1510: la Cité du Soleil de Campauella, moine italien: le Téléinafjue de Fénelon; le Discours sur l' inégalité des conditions de Rousseau. Avec la Révolution, le socialisme entre dans la période active par la conspiration de Babeuf ( Voy. ce nom au Dict. d'IIist. et de Gcogr.), puis il s'assoupit. C'est des années ayant précédé 1848 que datent les célèbres écoles de Saint-Simon, de l'ourier, de Cabet, de, Proudhon. Le saint-simonisme admet une hiérarchie sociale : à chacun suivant ses capacités, à chaque capacité suivant ses œuvres. Enfantin lait de sa doctrine une religion ; Fourier veut réunir les hommes dans le plialanstcre {Voy. ce mol) ; Proudhon réclame la suppression de l'intérêt de l'argent : Cabet fait un essai de communisme appliqué en Amérique [Voy. ces noms). Louis Blanc tente l'organisation du travail et dit : à chaque capacité selon ses besoins. Le défaut commun de tous ces systèmes est de méconnaître les notions fondamentales des devoirs et des droits, de sacrifier la liberté à l'égalité, d'aboutir au despotisme, de violenter la nature humaine, d'arrêter les progrès de la civilisation en supprimant les mobiles de notre activité.

D'ailleurs les excès des Babouvistes, les horreurs des journées de Juin et de la Commune eussent dû suffire à démontrer leur danger. Cependant, si le communisme est presque unanimement condamné et relégué au rang des utopies, le collectivisme au contraire prend un grand déyeloppemeiil. Ce dernier met de côté les rêves d'égalité chimérique et fait de l'Etat l'entrepreneur de la production et le régulateur de la répartition.

Il soumet à la propriété collective, entre les mains de l'Etat, tous les capitaux; mais il laisse au travailleur le fruit de son travail. En France les collectivistes révolutionnaires ont formulé leur programme en 1880; les points principaux en sont les suivants : abolition de toutes lois sur les associations, décentralisation au profit de la Commune, armement général du peuple (ou désarmement international), réduction de la journée de travail, interdiction dans les ateliers du travail des femmes et des enfants, minimum de salaire, responsabilité des patrons en cas d'accidents; '■f^'?'?" de tous les contrats avant aliéné la propriété, abohtion des impôts indirects d'établissement d'un impôt progressif sur les revenus dépassant 3 000 francs. A côté uu collectivisme révolutionnaire, le possibilisme tient compte des nécessités de l'ordre social actuel. Signalons encore, eu France, l'école des socialistes catholiques, qui

a organisé des Cercles catholiques et qui a pour chef M. A. de Mun.

En Allemagne, on distingue les socialistes de la chaire, les socialistes catlwjJiques qui ont j^iour chef Wiiidlhorst, les évangéliques, avec le pasteur Storck, les marcistes ou disciples de Karl Marx {Voy. ces mots au Dict. d'IIist. et de Géoqr.) : réunis, ils s élèvent .lu nombre de iTjOOOOO (en 19Ô4), après n'avoir été en 1870 que 6695, à m juger

{»ar les sulfragcs électoraux. Le socialisme de la chaire a ait son apparition en 1872 dans les chaires des Universités où les professeurs enseignaient, au lieu de la théorie du laissez-î'aire à laquelle concluaient jusque-là les économistes, celle de l'extension des fonctions de l'Etat et réclamaient son intervention dans les phénomènes sociaux, même dans la répartition des richesses. Ses apôtres ont été surtout Wagner et Schnioller.

Le soc. se développe surtout, outre l'Allemagne : en Belgiijue, où il a donné lieu aux grèves de 1886 et 87 dans les provinces de Liège, Mons, Charleroi; en Russie {Voy. nihilisme), puis, à un moindre degré, en Espagne, en Irlande (Voy. féxians au Dict. d'IIist. et de Gcogr.), aux Etals-Unis où il a été importé par les émigrauts allemaiwls, et où H. George a formulé sa théorie de la nationalisation du sol et a été suivi par les « Chevaliers du Iravail ».

Différents gouvernements, celui d'Allemagne en premier lieu et à l'instigation de M. de Bismarck, sont entrés, vis-àvis de lui, dans la voie des concessions et ont pratiqué ce que l'on a appelé le socialisme d'Etat. De là le mouvement auquel nous assistons en faveur des caisses de retraites, des lois sur les accidents et sur la réglementation du Iravail. La fixation d'un minimum de salaire a été appliquée dans les tarifs de la Ville de Paris. Quant à l'article fondamental du collectivisme : retour à l'Etat de tous les capitaux quels qu'ils soient (terres et instruments de travail) et leur exploitation sous sa direction dans de vastes ateliers nationaux, les produits devant être retirés ensuite par les travailleurs eux-mêmes dans d'immenses magasins, il est à penser qu'il ne recevra pas d'application d'ici à un avenir éloigné. La tentative de l'organisation du travail par l'Etat a été trop désastreuse pour être répétée. Voy. TiiAVAii.. — Voy. : De Laveleye, le Socialisme; B. Malon, Socialistne intégral: Jourdan. Du rôle de l'Etat dans l'ordre économique; Georges Renard, le Socialisme (essai de classification des doctrines socialistes).

SOCIÉTÉ (du lat. societas), réunion d'hommes ayant mêmes usages ou mêmes lois, ou poursuivant le même but. Dans une acception plus large, la société désigne le monde civilisé en général. La disposition instinctive des hommes à vivre en société est la sociabilité. L'homme est fait pour vivre avec ses semblables. Il y est porté par ses besoins, ses affections, ses facultés. A aucun moment, il n'a pu vivre isolé.

En Droit naturel, une société est l'union d'un nombre plus ou moins grand de personnes qui se sont engagées librement à poursuivre par leurs efforts un but commun. Sa formation suppose un contrat. Son but, pourvu qu'il soit licite, peut être : soit moral, comme dans le mariage; soit scientifique, comme dans une Académie : soit industriel, comme dans les sociétés commerciales; soit économique, comme dans les sociétés de coopération. Les membres qui constituent une société sont généralement considérés comme formant une collectivité juridique, dite personne morale et jouissant des avantages de la personnalité individuelle.

Dans le commerce, une société est la réunion de plusieurs personnes convenant de mettre quelque chose en commun, en vue de partager les bénéfices et de contribuer aux pertes qui résulteront de l'entreprise (C. civ., art. [X'ô'2). La loi distingue : la S. en nom collectif, qui se fonde sous une raison sociale et dans laquelle les associés sont tous placés sur le même rang, également responsables; — la S. en commandite, qui est contractée entre un ou plusieurs associés responsables et solidaires (les commandités) et un ou plusieurs autres, simples bailleurs de fonds, tenus en proportion de leurs mises, et qualifiés de commanditaires; elle se subdivise elle-même en S. en coTumanditc simple et en S. en conwiandite par actions, selon que le capital est ou non divisé en actions: — la S. anonyme, qui n'est qualifiée que par l'objet (le son entreprise et qui n'a pas de nom social ; celle-ci qui autrefois ne pouvait se constituer qu'avec l'autorisation du gouvernement, n'en a plus besoin depuis la loi du 24 juillet 1867

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