COLONNE
COLONIE (du latin colonia], établissemenl fondé dans une iocalilé plus ou moins l'ioignce de la niélronolo ot placé sous sa dépendance, soit pour ouvrir un débouché au trop-plein des populations, soit pour devenir un poste militaire ou un heu de déportation, soit pour servir de comptoir et de point d'attache commercial.
Antiquité. Les premières colonies, fondées dans l'Atlantique et la Méditerranée le furent par les Phéniciens; mais ce n'était en réalité que des factoreries, comme celles que les Européens possèdent encore en Afrique. Cartilage suivit l'exemple de Tyr et de Sidon et devint plus puissante qu'elles : sa principale colonie était Y Espagne. Les llrccs furent à leur tour d'intrépides colonisateurs, et leurs établissements s'étendirent sur tout le pourtour de la Méditerranée. La Sicile et l'Italie méridionale (Grande-Grèce) eurent une civilisation aussi florissante que la mère patrie. Aux yeux des Grecs d'ailleurs, la colonie était une image religieuse et politique de l'ancienne ville qu'on transportait sur le sol étranger. La colonisation romaine en Italie eut aussi son caractère original. Les villes colonisées furent de véritables garnisons jusqu'aux Grac(|ues, et leur concours permit à Rome <le se défendre contre llannibal; plus tard elles servirent à établir les citoyens pauvres et surtout à doter les vétérans. Les colons romains, transportés au dehors dans une ville nouvelle, conservaient le droit de cité romaine.
Temps modernes. Les colonies modernes ne remontent guère au delà de la découverte de l'Amérique, à moins qu'un ne veuille considérer les croisades comme une tentative de colonisation. Les Portugais les premiers cherchèrent la roule de l'Inde par l'est et, chemin faisant, établirent des comptoirs sur la côte d'Afrique ; les Espagnols, en cherciiant l'Inde par l'ouest, trouvèrent l'Amérique. Ces deux peuples ne surent pas garder leur prééminence maritime et coloniale : les Hollandais vinrent ensuite, puis les Français et les Anglais. La funeste politique de Louis XV nous lit perdre les Indes et le Canada, que l'Angleterre possède encore. Ce pays est aujourd'hui la première puissance coloniale du monde. Mais dans ces vingt dernières années, deux nouvelles puissances coloniales, V Allemagne et Yltalie, sont entrées en lice : la première s'est assuré la possession des grands lacs de 1 Afrique centrale et de la côte orientale de ce continent. La seconde s'est établie à Massaouah et convoite l'Abyssinie. La France elle-même a réparé en partie les erreurs du siècle précédent et elle a en Afrique un immense domaine : \' Algérie, la Tunisie, le Sénégal, le Soudan français, le Congo et Madagascar. Il faut y ajouter en Asie l'acquisition récente nu Tonhin, et le protectorat établi sur l'Annam. Ce sont là des possessions qui, sans nous consoler de nos pertes anciennes, ne sont pas cependant à dédaigner. L'importance prise par nos colonies a décidé récemment (mars 1894) le gouvernement français à créer pour leur administration un ministère distinct, le Ministère des Colonies.
A consulter : Raoul-Rochette, Histoire de l'établissement des colonies grecques; l'abbé Raynal, Histoire des établissements européens dans les deux Indes; A. Rambaud, la France coloniale; Lanessan, l'Expansion coloniale de la France; la Revue maritime et coloniale, la Revue de Géographie, le Bulletin de la Société de Géographie, etc.
Colonies agricoles, colonies fondées pour le défrichement des terrains incultes et pour fournir du travail et un asile aux indigents. Telle fut la colonie fondée par Stuber au Ban de la Roche (en ail. Steinlhal) et développée avec un succès remarquable par Oberlin qui y fut pasteur de 1767 à 1826 : telle fut aussi la colonie de la Carolina, créée dans la Sierra Morena vers la même époque par Olavide, comte de Pilo, intendant général de l'Andalousie. Plus spécialement les colonies agricoles sont des établissements qui recueillent des enfants pauvres ou orphelins et s'appliquent à leur donner le goût et la prati(|ue de la vie rurale. Ces sortes d'orphelinats libres sont très nombreux et reçoivent au besoin une subvention officielle. Mais il ne faut pas les confondre avec les colonies agricoles de jeunes détenus, les unes privées, comme Mettray (^I.-ct-Loire'j, Citeaux (Côte-d'Or), Fontgombault (Indre], le Luc (Gard), etc.; les autres, officielles et annexées aux maisons centrales de Clairvaux (Aube), FontevrauU (Maine-et-Loire), Loos (JSord) et Gaillon ■Eure].
Colonies pénales ou pénitentiaires. Les premières furent établies en Afrique sous le nom de presidios jmr les Portugais et les Espagnols. Vinrent ensuite celles de Sibérie et tl'Australie. En France, le système des établissements pénitentiaires dans les colonies a remplacé le bagne, (|ui avait lui-même remplacé les galères. Le décret du 27 mars 1852 siatua que les condamnés aux travaux forcés détenus dans les bagnes seraient envoyés à la Guyane Française. Plus tard la Nouvelle-t^ah-donie fut désignée comme lieu fie lransjM)rtation par le décret du 3 sept. 1863. Quant à la dcitorlation des condamnés politiques, le lieu en fut rl'alionl la Guyane sous la nremière République. Un moment supprimée, elle fut rétanlie en 1850; les condamnés politiques, à la suite du 2 Décembre, furent déportés en Algérie ou à Cayenne. Après les événements de 1871, la loi ilu 23 mars 1872 désigna comme' lieu de déportation trois localités dépendantes de la Nouvelle- Calédonie, la presqu'île Ducos, l'ile des Pins et l'île Mare (îles Loyalty).
Colonies militaires. Ces colonies disparaissent peu à peu de l'Europe : elles étaient autrefois dans chaque pays chargées de garder la marche ou frontière contre les incursions des voisins. Les habitants de ces colonies étaient à la fois laboureurs et soldats. L'Autriche a supprimé les Confins militaires, rendus inutiles, d'abord par la faiblesse des Turcs, ensuite à partir de 1878 par l annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine. Les Cosaques du Don inférieur, en Russie, forment encore une sorte de colonie militaire. A dix-sept ans ils deviennent soldats ou entrent dans l'administration en se conformant aux règlements militaires. Autrefois leur territoire était propriété collective : aujourd'hui il est divisé et la vie civile des Cosaques ne répond plus à leur organisation militaire. La Russie a également établi des colonies militaires en Sibérie, sur les bords du fleuve Amour.
COLONNADE (de colonne], disposition architecturale offrant une réunion de colonnes placées syméiriquemcnt en galerie on en circuit, et servant de décoration ou de promenade. Los plus célèbres colonnades sont celle du Louvre et ccllt; de Sl-Pierre de Rome. La première, construite par Claude Perrault, a 175° de long, et est divisée en deux parties par l'avant-corps du milieu. Chaque partie se compose de colonnes corinthiennes cannelées et accouplées. La seconde, œuvre du cavalier Bernin, se compose de deux portiques demi-circulaires qui embrassent la |)lace de St-Pierre, et sont soutenus chacun par 142 colonnes doriques et par un grand nombre de pilastres de plus de IS"" de haut. Colle colonnaile magnifique forme trois allées; celle du milieu est assez large pour que deux voitures y puissent passer. Voy. rKuiSTvr.E et poutioce.
COLONNE (du lat. columna], pilier circulaire en Iwis, en pierre, en marbre, on granit, en bronze, etc., destiné à soutenir ou à orner une portion de bâtiment. Toirte colonne se compose de trois parties : la base, sur laquelle repose le reste de la construction; le fiit, ou colonne proprement dite, et le chapiteau, qui surmonte le tout. Ou distingue : — sfius le rapport (le la construction, la 6'. d'assemblage, formée de membrures de lM)is assemblées, collées et chevillées sur des plateaux de madriers circulaires, puis façonnées au tour; la C. incrustée, faite de tranches minces de marbre mastiquées sur un noyau de pierre ou de brique; la C. jumelée ou gémellée, (font le fût est formé de trois morceaux de pierre posés en délit et liés ensemble par des cramjwns; la C. de maçonnerie, faite de moellons ou de briques, et recouverte ou non de plâtre ou de stuc; la C. par tambours, dont le fût est composé d'assises moins hautes que le diamètre de la colonne; et la C. par tronçons, composée, au contraire, de morceaux plus hauts que larges; — sous le rapjMrt de la forme, la C. en batustre, qui a la forme d'un pilier de balustre; la C. bandée, qui a des anneaux de dislance en dislance; la C. cannelée ou striée, dont le fût est orné de cannelures; la C. torse, dont le fût est contourné en spirale; la C. en faisceau, qui semble être la réunion de plusieurs colonnettes; la C. fuselée, qui ressemble à un fuseau; la C. gothiaue, pilier rond sans proportions déterminées; les C. feuillées, rustiques, rudentées, serpentines, etc., dont le fût est orné de feuillage, de guirlandes, de rudentures, de serpents entortillés, etc. Voy. ORDRE.
On appelle colonnes mémoriales et triomphales des monuments isolés ayant la forme d'une colonne, qu'on