POUR LA DIX-SEPTIÈME ÉDITION
Les livres tels que le Dictionnaire des Sciences, des Lettres et des Arts, de M. Bouillet, doivent être, de temps isn temps, l'objet d'une revision scrupuleuse, afin d'être tenus au courant des découvertes nouvelles. La science, notamment, se transforme d'année en année, ses applications se multiplient, des théories nouvelles surgissent qui exigent des mots nouveaux. Ces mots ne tfudent pas à sortir des laboratoires et h pénétrer dans le langage courant. Tels ont, par exemple, ceux qui se rapportent aux applications industrielles de l'électricité ou encore ceux qui sont relatifs à la radioactivité. De là naît la nécessité de publier, à chaque édition nouvelle, un supplément soigneusement tenu à jour.
Mais l'activité scientifique est aujourd'hui si grande, les diverses branches de la Science poussent de si nombreux rameaux à croissance rapide, que ce supplément périodique devrait, à chaque revision, prendre une extension considérable, hors de proportion avec le but que se sont proposé l'auteur et les nliteurs du Dictionnaire. Aussi, afin de conserver son caractère au Dictionnaire iiouillet. avons-nous tenu à nous borner aux points essentiels, comprenant non -t'ulement les faits et les phénomènes nouvellement découverts, mais encore les ihéories et les hypothèses au moyen desquelles on a cherché à relier entre eux • es phénomènes et à les expliquer.
Ces théories et ces hypothèses ne sont évidemment pas définitives; elles ne pruvenl d'ailleurs pas l'être, car des découvertes nouvelles pourront, dans un avenir peut-être prochain, entraîner leur modification ou même les faire disparaître ; mais comme elles sont, jusqu'à nouvel ordre, adoptées par la grande généralité des savants, on a pensé qu'il était utile de les exposer brièvement mais claiiement.
On a donc introduit, dans l'édition présente, toutes les théories relatives à la Physique nouvelle née des belles découvertes des Lenard, dès Rœntgen, des Decquerel et des Curie. En un mot on a attribué à la radioactivité une place
iniportaïUe el l'oii a Aiil une étude spéciale des rayons de tous genres et de toutes origines qui ont jeté un jour si inattendu sur la structure de l'atome et bouleversé les idées anciennes relatives à la constitution de la matière.
Parmi les doctrines nouvelles, il en est une que l'on ne pouvait plus longtemps passer sous silence. Nous voulons parler du tramformisme et de Vécolutionnisme. Cette théorie qui cherche à résoudre le problème des origines ne repose encore (|ue sur des hypothèses difficiles à contrôler ; mais comme elle se répand de plus en plus, qu'elle se généralise et s'étend aux sociétés, qu'on en fait même la loi des mondes et qu'elle a pénétré dans l'enseignement officiel qui en est comme imprégné, il n'est plus permis de l'ignorer. C'est pourquoi l'on a cru devoir exposer ses parties essentielles dans un article spécial.
Mais en faisant à la doctrine transformiste et h l'évolution la place qui leur était due, on a, bien entendu, scrupuleusement respecté les tendances philosophiques et religieuses de l'ouvrage original.
Déjà, depuis sa publication, le dictionnaire de M. Bouillet avait dû subir des remaniements importants, qui avaient été l'ccuvre de savants très autorisés. Dans la seizième édition, pour diriger le travail de refonte, nous nous étions adressés à M. Emile Faguet pour la partie littéraire, à M. Jules Tannery pour la partie scientifique.
L'un et l'autre s'étaient entourés de collaborateurs occupant des situations considérables dans la science, dans les lettres ou dans les arts et dans l'ensei-
gnement.
Dans la dix-septième édition que nous oifrons aujourd'hui au [)ublic, les principaux articles du nouveau supplément sont dus à M. J. Perrin pour ce qui concerne la radioactivité, à M. Colomb pour les sciences physiques et naturelles, à M. Carré pour la chimie, à M. de Perera pour la littérature.
Qu'il nous soit permis de remercier ici du concours qu'ils ont apporté à une œuvre modeste et utile tous ces hommes dont le temps est singulièrement précieux.
A, voyelle et J" lettre de l'alphabet dans presque toutes les langues. — En composition, la initial est ordinairement privatif dans les langues indo-européeimes. — Dans Ici nombres, a' valait 1 chez les Grecs, ,a 1 000 ; chez les Uoniains. A valait 500 ( Voy. la lettre D) : Â 5 000. — Dans le laiendrier, A est la 1" des 8 lettres nundinalcs et des 7 lettres dominicales. — En Logique. A indique la proposition universelle aflirmative. — En Musique, et principalement dans la musique allemande, A désigne le ta. G' ton de la gamine diatonique et naturelle; écrit sur une partilion, il indique Valto. — Dans les abréviations, A. se* met pour Altesse, pour Albert, Alfred, Alphonse, André, Armand, etc. Sur les effets de commerce, A signifie accepte: A. P., à protester. Sur les l'açades des maisons, A signifie assuré, etc. — Dans les fonnules médicales, ââ, pour ana, veut dire : égale quantité de chaque suljstance. — Sur nos monnaies, A indique la fabrique de Paris. — llans les foi-mules chimiques et minéralogiques, Ag veut dirt! argent; Al, aluminium ; Am, ammonium; Aq, eau; As ou Ar, arsenic ; Au, or: Az, aiote.
ABACCA, plante textile. Voy. baxamer et jcte.
ABACUS. Voy. ab.\qce.
ABAISSE, en Cuisine, épaisseur que l'on donne à la pâte . uilletée ou brisée, dans son emploi pour pâté, galette, i'nuciiée, vol-au-vent.
ABAISSEMENT. Voy. cataracte et éqcation.
ABAISSEURS (mcscles), ceux dont la fonction est d'abais-
' une partie quelconque du corps; on les oppose aux il. élévateurs. Voy. mcsci.es.
ABAJOUES (de à et bajoue, ou pour au bas des joues), poches situées aux deux côtés de la bouche chez les Singes de l'ancien continent, certains Rongeurs et les Chauves- Souris nyctèrcs, leur servent d'ordinaire comme de gardemanger; elles sont formées par la distension des muscles de la joue.
ABANDON. ABAXDONNEMEST. Voy. CESSION, CONCORDAT, DÉl.U<?EMENT, ENFANTS TROUVÉS, CtC.
ABAQUE OU ABACCs (du gr. aoa?), tablette divisée en colonnes dont les anciens se servaient pour calculer à l'aide de jetons représentant les unités de divers ordres. Au commencement du moyen âge, avant que l'usage de calculer en écrivant se fiit répandu, on substitua aux jetons-unités des jetons marqués de chiffres, de 1 à 9: les règles du calcul sur cet ahacus sont exjiosées dans des traités composes par Odon de Cluny. Gerbert, Bemelinus, le pseudo- Boèce, aux x« et xi« siècles. — Les Grecs avaient également tppplé nbaj- une laiilelte qui, posée à plat et recouverte ' ou de poudre bleue, senait à tracer les figures n(';trie. Récemment on a donné abusivement le nom
/'"■ '■ 1° au boulier-compteur, emprunté aux Russes.
aux appareils analogues qui sont encore usités en Orient, "lannnent en Chine; 2° à des tableaux propres à faciliter
ABATARDISSEMENT
les calculs, comme VAbaqtte ou compteur universel de Lalaiine et divers appareils de M. M. d'Ocagne.
En Architecture, on nomme Abaque ou Tailloir la tablette formant la jwirtie supérieure du cliajiiteau des colonnes, sur laquelle porte l'architrave.
ABATAGE des bois. Voy. coupe.
ABATAGE en quille ou en carène, opération qui consiste à incliner le bâtiment sur le bord non avarié, de manière à émei^er l'autre côté de la carène et à pouvoir rechercher les avaries et les voies d'eau.
ABATAGE, en Art vétérinaire, désigne la mise à mort do bestiaux atteints d'épizootie, ou encore la façon dont on fixe à l'aide de liens un animal qui doit subir une opération chirurgicale.
ABÂTARDISSEMENT (de à et bâtard], dégénérescence d'une race animale ou végétale. Ce mot s'applique à tous les êtres vivants qui viemient à perdre quelques-uns des caractères de force, de beauté corporelle, d'utilité que
Possédaient leurs ascendants. Les causes qui président à altération des races se rangent sous deux chefs : 1° les actions du milieu, comprenant l'influence du climat et les modifications dans le régime ou dans le genre de vie ; 2° celles de l'hérédité, comprenant le pouvoir qu'ont les parents de transmettre à leurs enfants leui-s qualités et leurs défauts acquis, ainsi que les influences du croisement et de la sélection naturelle ou artificielle. — C'est par l'effet du changement de climat que certaines races de poules d'Europe transportées dans l'Amérique tropicale ont échangé leur vêlement de plumes pour une fourrure de poils. L'action du climat combinée avec une modification dans le régime a transformé en oiseau de table le dindon, qui au moment de son importation en Europe élait un superbe oiseau d'ornement. Les chiens d'Asie qui alwndonnent la vie domestique pour la vie sauvage s'abâtardissent prompfeinent et deviennent semblables au chacal. Les chevaux libres dans les pampas de l'.Amérique ou dans les steppes de la Sibérie n'ont plus les belles formes que l'homme leur a données. C'est pour cela que les éleveurs de bestiaux de choix ont soin de fournir à ces animaux des conditions d'existence savamment déterminées : ils les préservent de tout mélange avec les races étrangères, et sitôt qu'une déviation de type se produit chez un individu, ils le séparent du reste du troupeau. — L'homme luimême, malgré ses nombreux moyens de résistance, subit des dégénérescences accidentelles. A la suite des guerres de 1641 et de 1689, des Irlandais réfugiés dans les montagnes, ayant eu à subir pendant plusieurs générations les eflets désastreux de l'isolement, de la misère et de l'ignorance, ont éprouvé une dégradation physique qui les a rapprothés de l'état sauvage.
I^es mêmes causes d'abâtardissement se rencontrent dans le Règne végétal. La carotte de nos potagers aban-