‹ Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts ... refondu sous la direction de E. Faguet [et] J. TanneryChapitre 439 sur 1729 · CRITIQUE · texte numérisé non relu

CRITIQUE

propriété de se Jicjuéfier par une légère chaleur; celte fusion aqueuse fait vaporiser leur eau de cristallisation, et ce n'est qu'après être devenus anhydres qu'ils peuvent de nouveau se fondre par l'action du l'eu ; alors ils éprouvent ce qu'on appelle la fusion ignée. Les sels desséchés, et susceptibles de se combiner avec l'eau, développent toujours de la chaleur au contact de ce liquide, parce qu'ils reprennent alors l'eau de cristallisation qu'on leur avait fait perdre; on observe ce phénomène en (fâchant avec de l'eau le plâtre cuit. Outre l'eau de cristallisation, les sels en contiennent souvent une certaine quantité simplement engajïée entre les molécules des cristaux ; ils doivent à cette eau, dite eau d'interposition, la propriété d'humecter le papier dans lequel on les comprime, ainsi que celle de se fendiller avec bruit et de sauter en éclats quand on les expose brusquement à une forte chaleur : le sel de cuisine offre ce phénomène de décrépitation. Voy. CRISTAL et cristallographie.

CRISTALLOGRAPHIE (de cristal ei du gr. Ypitpw, écrire), science qui a pour objet l'étude des cristaux et des relations de forme qui existent entre eux. Ces relations se déterminent par les mesures des angles des cristaux à l'aide du goniomètre [Voy. ce mol), et par des calculs trigonométriques basés sur ces mesures. La cristallograpliie sert aux chimistes et aux minéralogistes pour distinguer les corps.

Les .iiiciens naturalistes connaissaient certains cristaux,

Sarticulièrement le cristal de roche ; mais ils les regaraient comme des jeux de la nature, et ignoraient les lois qui en régissent la forme. Linné parait avoir le premier compris 1 importance de l'étude des formes cristallines

Jour la connaissance des minéraux, et il peut être consiéré comme le fondateur de la cristallographie. Rome de Lisle publia, en 1772, le premier traité de cristallographie, et fit les premières recherches scientifiques sur cette matière ; mais ce fut Haiiy qui, quelque temps après, eut la gloire de découvTir la loi de dérivation et la loi de symétrie qui déterminent les formes cristallines : il avait reconnu à Paris, en i781, presque en même temps que Bergmann à Berlin, l'existence du clivage {Voy. cristal et clivage). Haiiy a fait de la cristallographie une science rigoureuse. AVeiss y introduisit plus lard la considération de i'hémiédrie. Ensuite, Mitscherlich découvrit l'isomorphisme, Miller en Angleterre, Naumann en Allemagne, surtout Bravais en France constituèrent définitivement la science. Dans ces dernières années, M. Mallard lui a fait faire encore de grands progrès.

Sans parler ici des traités dus aux fondateurs de la science, on doit citer le traité magistral qu'a écrit M. Mallard (1879), et pour les étudiants le Traité de Minéraloaie de M. de Lapparent et le Traité pratique de Cristallographie de M. 'SVyrouboff.

CRISTALLOÏDES, nom donné à des cristaux de matières protéiques ou albuminoïdes qui se forment dans les cellules végétales ; ils se distinguent des cristaux ordinaires par la variabilité de leurs angles.

CRISTALLOPHYLLiEN (du gr. xpûaTaXXoî, cristal, et (pjAXov, feuillet), terrain primitif des anciens auteurs, nom donné en Géologie aux plus anciennes couches qui constituent l'écorce terrestre. On les considérait autrefois comme l'enveloppe primitive de la Terre. Elles se composent de schistes cristallins et ne contiennent jamais de fossiles. La succession des roches cristallophylliennes est constante et se retrouve dans toutes les régions où affleure le terrain primitif. A la base on rencontre des gneiss granitoïdes ; puis vieiuient les gneiss gris et les micaschistes, avec intepcalations d'amphibolites ; enfin, à la partie supérieure, l'on observe une série de chloritoschistes et de scliistes à sérielle. Le terrain cristallophyllien est très développé : en France, dans le Massif armoricain, dans le Plateau central, dans^ les Pyrénées, dans les Alpes, dans les Vosges; en Bohême, en Scandinavie, au Canada, dans l'Afrique équaloriale, etc. On attribue auj. la formation des schistes cristallins à un métamorphisme dû soit à des eaux chargées d'éléments minéralisateurs, soit à l'action que les granités et les granulites auraient exercée sur des roches sedimenlaires en les traversant et en les injectant. En Amérique, dans la péninsule Scandinave, en Bretagne, etc., le métamorphisme peut envahir les terrains primaires et même, comme en Grèce, les terrains secondaires, et leur donne alors l'aspect de schistes cristallophylliens.

CRISTATELLE (du lat. crista, crête), Cristatella, genre

de Bryozoaires qui habitent les eaux douces stagnantes. Ces animaux n'offrent à l'œil nu que l'apparence de moisissures; mais, examinés à la loupe, ils apparaissent composés d'une multitude d'animaux membraneux réunis dans une même enveloppe et étendant en dehors leurs panaches branchiaux. Voy. plcmatelle.

CRISTE-MARINE, nom vulg. du genre Bacile. Voy. ce mot.

CRITÉRIUM (du gr. xpixi^piov), caractère par lequel l'esprit discerne le vrai du faux et arrive ainsi à la certitude [Voy. ce mot). L'observation de la conscience nous découvre l'existence d'un pareil caractère qui nous dirige dans nos jugements, nous fait affirmer la vérité de nos connaissances et la distinguer de Verreur. Ce critérium, comme l'a établi Descartes, est l'évidence de la raison ; quand nous disons je pense, j'existe, le motif qui détermine notre assentiment avec une pleine assurance, c'est que nous voyons clairement que nous pensons, que nous existons, en sorte qu'il nous est impossible d'en douter; en général, l'évidence seule force l'esprit à ijconnaitrc les vérités premières de la raison et les faits de l'expérience ; sans elle, il ne peut y avoir ni déduction, ni induction, ni croyance au témoignage de nos semblables. On a proposé d'autres critériums : Aristote et Leibniz, lejyrincipe de contradiction; Locke, la convenance des idées; Pascal, la véracité divine [Pensées : Personne n'a d'assurance, hors la foi, s'il veille ou s'il dort); Lamennais, le consentement universel. Tous ces critériums sont insuffisants, et, loin de pouvoir remplacer l'évidence de la raison, ils la présupiwsent. M. Herbert Spencer propose Yinconcevabilité de la négative; mais c'est, sous un autre nom, la même chose que l'évidence. Sans doute, comme le dit Descartes, « il y a quelque difficulté à bien remarquer quelles sont les clioses que nous concevons distinctement » ; mais c'est là un défaut propre à l'intelligence humaine : elle est bornée, et aucune règle ne peut la rendre infaillible. Voy. consentement universel, contradiction, évidence, erreur, vérité.

CRITHMUM, nom latin botaniq. du genre bacile.

CRI'TICISME (du gr. xpixixôî, critique), nom par lequel on désigne le système de Kant, qui prétend soumettre à la critique toutes les notions qui sont dans l'entendement humain [Voy. idéalisme). La doctrine de Kant a été traduite en français, exposée et développée par les travaux de MM. Tissot, Barni, Secrétan et Renouvier. Voy. estbétiqce, logique, morale, métaphysique, etc.

CRITIQUE (du gr. xpiTix^j), art déjuger les œuvre» de l'esprit humain. — La Critique littéraire revêt diverse» formes : ou elle se présente comme une partie essentielle de l'histoire générale, décrit les révolutions de la pensée, explique les changements du goût, apprécie les chelsd'œuvre d'après les lois générales de l'esprit et le génie de l'époque qui les a produits [Voy. littérature); ou elle étudie les types variés que présentent les talents individuels (Taine", Sainte-Beuve, etc.) ; ou elle traite à fond une question pour en tirer un enseignement pratique (Villemain, Saint-Marc Girardin, Nisard, etc.). Elle est la faculté dominante de notre siècle; elle est l'âme de tous les ouvrages et elle est mêlée à tous les genres. — Il en est de même de la Critique appliquée aux beaux-arts : elle trace l'histoire des grandes écoles [Voy. peinture, sculpture, etc.), ou elle s'attache particulièrement à un genre, à un artiste (Diderot, Lcssing, AVinckelmann, Quatremère de Quincv, Cousin, Vitet, Scudo, Beulé). Voy. esthétique. — Pour la Critique philosophique, la C. historique, la C. 'philologique, voy. philosophie,! "istoire, philologie et aussi journaux.

On doit à M. Egger un Essai sur l'Histoire de la critique chez les Grecs (Paris, 1849-50). L'histoire complète de la critique dans les temps modernes est encore à faire.

CRITIQUE (école), écolc Contemporaine dont le nom indique le caractère distinctif. S'inspirant à la fois du positivisme d'Aug. Comte, du criticisme de Kant et de la dialectique de Hegel, par suite occupant une position intermédiaire entre l'empirisme et l'idéalisme, elle n'a point de doctrine fixe et précise susceptible d'être formulûe dans une définition. Elle pose en principe que tout est relatif et changeant dans l'humanité comme dans la nature. A ce point de vue, l'univers n'est que la série des apparences par lesquelles il se montre à nos yeux; c'est une force infinie qui aspire à passer, dans la suite de ses évolutions successives, par l'infinité des formes possibles; l'état présent sort de celui

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